| n° 23596 | Fiche technique | 7887 caractères | 7887 1426 Temps de lecture estimé : 6 mn |
15/04/26 |
Résumé: Après quelques jours d’échanges ininterrompus sur le site, le moment de la rencontre est arrivé. | ||||
Critères: #érotisme fh fsoumise hdomine | ||||
| Auteur : Elle_O Envoi mini-message | ||||
Je vais sonner…
Je ne crois pas qu’il m’ait vu m’approcher de la porte. Je sonne ou pas ?
Est-ce que je peux repartir en courant sans laisser toute ma fierté sur le ciment ? Avec les talons que j’ai mis, ce n’est même pas envisageable.
De toute façon, ce n’est pas un peu tard pour se poser la question ?
Respire. Du calme. Sinon tu vas être toute rouge. Il n’y a qu’une question à se poser : envie d’y aller ou pas ?
…
Oui. Ça fait dix jours que je ne pense qu’à ça. On n’est jamais sûre de rien, mais il m’a donné l’impression d’avoir compris ma recherche, d’avoir su lire entre les lignes qui j’étais. Même si je ne suis pas certaine qu’il ait réellement saisi ce qu’impliquait mon profil HP, mais bon… HP et soumise. Moi-même, j’ai souvent du mal avec moi-même alors…
Je sonne.
La porte s’ouvre presque aussitôt. Il était juste derrière ?
C’est la première fois que je le vois. Sur le site, son profil dessinait les contours d’un physique qui me correspondait. Plus âgé, plus grand que moi. C’est absurde, mais j’ai besoin d’une présence réelle, tangible en face de moi. Et puis… j’aime les « vieux ». Le plus important, ça va être sa légitimité. S’il je sens qu’il est sérieux, sans baratin et sans excitation puérile, je le respecterai et tout le reste suivra. Ma tête suivra. Donc tout suivra.
Il ne m’invite pas encore à entrer.
Moment suspendu.
Ah, la canne ! J’ai oublié de la laisser dans la voiture. Dommage. Je ne lui avais rien dit. J’ai oublié. Le tableau que je lui offre doit être surprenant en effet : ma robe noire à col Claudine et ma canne… joli couple.
Un voile de doute traverse son regard. Fugace, mais je le vois. Je voulais être belle, confiante, désirable et me voilà finalement à espérer qu’il ne verra pas tout de suite que je ne tiens pas debout plus de deux minutes sans grimacer.
Vous savez, il y a des moments où tout se décale furtivement. Où tout ce qu’on avait imaginé, préparé, anticipé, prend une teinte différente, glisse d’un petit cran. Comme une réalité qui coulisse et qui, sans tout à fait disparaitre, n’est plus tout à fait la même. Là j’ai senti un de ces décalages. Je pense que lui aussi.
Bizarrement, son hésitation me rassure. Elle l’humanise et le rend accessible. Ouf, un Homme qui ressent et qui est conscient de ressentir.
S’il se ressaisit, il marquera un point. Gagné, il m’invite à entrer. Je le remercie avec la formule qu’il aime bien – moi, j’ai toujours eu du mal avec les clichés DS – et un sourire. Pas un sourire de séduction. Plutôt un réflexe de survie élégante. Celui qu’on adopte quand on refuse de montrer qu’on vacille déjà un peu : « Merci Monsieur ».
Son regard accroche le mien. Bien trop vite pour être innocent. Ça me plaît. Même si j’ai un sacré trac.
J’entre. Il me suit du regard, comme s’il cherchait à ajuster quelque chose en lui pour se mettre en correspondance avec ce qu’il voit. Je pourrais parler, dire quelque chose de neutre. De socialement correct. Une phrase se surface pour délayer la tension. Mais je ne le fais pas. Parce que ce que je veux tester, ce n’est pas sa conversation.
C’est sa présence… Et la mienne face à la sienne. Je n’ai encore rien promis.
Son attention appuyée sur moi est comme une main, comme une mesure. Et je comprends qu’il s’approprie la situation, qu’il fusionne l’idée de son rôle avec ce qu’il découvre. J’aime bien ce qu’il se passe. Je ne m’y attendais pas. Il ne semble pas perdu. Il règle son rôle comme on accorde un instrument.
Il me propose de m’asseoir. Soulagement intérieur car mon corps a sa logique, ses limites, ses vérités. La canne reste près de moi, non pas comme un aveu, mais comme une extension subie de ce que je suis aujourd’hui. Finalement c’est aussi bien. Je n’ai pas envie de la cacher. Je n’ai jamais aimé feindre être parfaite, intacte. Son regard revient dessus. Alors je lui explique. Je le rassure.
Acte manqué, vous me direz ? Ce que je veux, c’est me livrer à lui telle que je suis. C’est le deal que j’ai passé avec moi-même.
Le vin, la conversation, la chaleur douce de la pièce, la première réalité revient.
Tout se remet en place.
Je me surprends à ne pas voir le temps passer – c’est rare – à aimer être questionnée et même à être malmenée quand je manque de précision. Il s’est assis dans un fauteuil qu’il a rapproché en face de moi très près et il me surplombe un peu. Ses coudes sont posés sur ses cuisses, les mains jointes, le buste penché vers moi. Il me scrute. Intégralement. Il étudie tout. Je ne peux rien cacher, rien taire. Cette position lui donne l’aura que je recherche. Ça fonctionne. Je sens son souffle quand il s’étonne, son parfum quand il bouge. Sa présence est très réelle. Il me regarde avec intensité et sa voix, grave, reste étonnamment calme lorsqu’il rit de mes réparties. Parfois sa main s’approche. Elle ne me touche pas. Elle s’arrête à quelques centimètres. Et je découvre alors que mon corps avance tout seul. Qu’il tente de combler la distance.
J’ai la sensation, oh combien jouissive ! d’être à la fois vulnérable et en sécurité. Je me laisse porter. Je ne dis pas que c’est facile. Il est très intimidant. Je suis intimidée. Mais c’est un défi que j’ai instinctivement envie et besoin de relever.
D’un coup, dès cette prise de conscience, ma respiration se normalise, mes mots viennent plus facilement. Je deviens celle qui veut convaincre. Celle qui met ses tripes sur la table. Celle qui se livre, nue, celle qui espère et celle qui attend.
Parce que c’est une communion que je recherche, je suis franche avec lui. Une communion de sentiments, de désirs, d’aspirations. Un accord profond et sincère entre deux êtres. Parce que, si je dois me donner toute entière je n’en attends pas moins de lui. Tout le monde doit s’engager. Je n’ai plus de temps à perdre.
Peut-être parce que sa curiosité n’est pas découragée par mes contradictions, peut-être parce que je sens vraiment que toute son attention se focalise sur mes espoirs ou bien peut-être parce ce qu’il n’attendait que moi – pourquoi pas ? – j’ai enfin envie de fermer les yeux. Je m’étonne de ne pas ressentir ce doute qui m’accompagne pourtant depuis si longtemps. Je me surprends à vouloir le suivre, à vouloir qu’il me guide, à vouloir tout lui ouvrir et surtout à avoir envie qu’il se serve. Je me sens fragile et c’est la première fois que je ne crains pas ce sentiment.
Sa voix tombe, très basse : « Laisse-toi aller. »
C’est un courant chaud qui me traverse alors instantanément. Mon désir se diffuse dans tout mon corps aussitôt : il envahit ma nuque, mes bras, mon ventre, mes cuisses. Mes lèvres – toutes mes lèvres – deviennent brûlantes.
Quand il effleure enfin ma joue, la différence de température entre la pulpe de ses doigts et ma peau est si peu perceptible, si subtile, que j’ai l’impression qu’il me touche avec son intention plutôt qu’avec sa main.
Dans la lumière douce de la pièce où il m’amène, il va me déshabiller avec attention. La douceur qu’il porte à ses gestes s’accompagne – et je vais en demander encore et encore – de caresses appuyées et fermes. Et je comprends à ce moment précis que je ne suis plus en train de l’observer, mais que je commence enfin à lui appartenir. Et dans ce basculement, je découvre que la sensation la plus forte n’est pas là où se porte son contact sur ma peau, non, mais au contraire, ce sont toutes les zones où il ne me touche pas encore qui m’incendient. Je vais chavirer. J’attendais depuis tellement longtemps d’être appelée…
Il sait ce qu’il désire. Et il le veut pour nous deux.
Tout va avoir une saveur bien particulière. Comme un goût d’effort terminé, quand les muscles se relâchent après une trop longue course. Étonnamment, je vais me sentir vidée et en même temps sous une extrême tension. Une hypersensibilité sereine. Ma quête aurait-elle enfin abouti ?
Ses mots glissés dans le creux de mon cou, ses mains passées sur mes fesses, son sexe prenant ma bouche…
Je n’attendais que cela : être aimée.