| n° 23593 | Fiche technique | 26431 caractères | 26431 4330 Temps de lecture estimé : 18 mn |
14/04/26 |
Résumé: Elle était iranienne, une superbe amie de fac que j’aidais souvent sans aucune arrière-pensée. Et pourtant pas besoin de mille et une nuit, une seule a suffit pour que tout bascule. | ||||
Critères: #romantisme #volupté #adultère #domination fh fplusag fépilée hotel amour fdomine cunnilingus pénétration | ||||
| Auteur : Barbarello Envoi mini-message | ||||
Encore plongé dans le noir, j’hésitais à ouvrir les yeux. Tout ce que je percevais autour de moi m’était étranger. Les draps qui m’enveloppaient, les quelques bruits étouffés qui émergeaient, ma nudité complète qui ne m’était pas coutumière pour dormir, l’air ambiant qui flottait… Allongé sur le ventre, je risquai un œil, puis me retournai et découvris ce lieu non identifié dans lequel je me réveillais. Une chambre, puisque j’étais dans un lit, lequel trônait au milieu d’une grande pièce décorée de lustres, glaces, sièges et meubles de style « Louis quelque chose ». De grandes fenêtres habillées de lourdes tentures partiellement déployées sur un voilage laissaient filtrer une douce lumière. Il régnait une atmosphère de luxe désuet mais encore chic. Je m’aventurai sur l’épaisse moquette et trouvai un couloir desservant une salle de bain et un dressing. Pas de doute, j’étais dans un hôtel ! D’ailleurs, c’était inscrit sur la porte d’entrée : Grand Hôtel de Baltimore – Paris. Curieux, je l’entrouvris pour vérifier qu’elle donnait bien sur un corridor. Sur la poignée extérieure, l’écriteau « Don’t disturb » avait été accroché. Je refermai vite, car j’étais à poil et quelques bruits feutrés approchaient.
Assis dans le lit, j’essayai de rafraîchir ma mémoire et de comprendre comment j’en étais arrivé là. Après dissipation de mes brouillards matinaux, remontaient en moi les images, les sensations, les chuchotements de cette nuit. L’état de la literie et des oreillers prouvaient que je ne l’avais pas passée seul. J’étais avec une femme, pas une inconnue, une amie même et qui aurait pu ou dû le rester. Mais nous avions franchi le pas. Subitement, la chaleur de son corps m’envahit, provoquant en retour un frisson parce qu’elle n’était plus là. Elle était partie pendant mon sommeil. Même pas un mot. Comme une voleuse.
La veille au soir, de passage à Paris, nous avions rendez-vous vers 19 heures, chez elle, comme d’habitude, pour les dernières corrections de sa thèse. Elle n’était pas française, mais iranienne et avait besoin d’une aide pour la mise en forme de ses écrits. C’était un peu le hasard qui m’avait entraîné dans cette mission. D’abord par sympathie pour cette camarade de fac qui avait décidé de poursuivre ses études à la Sorbonne, ensuite parce qu’elle avait toujours été admirative de mes connaissances et qu’elle ne voyait personne d’autre d’aussi compétent pour cette tâche. Tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l’écoute, je lui ai apporté mon aimable participation de manière totalement désintéressée et sans aucune arrière-pensée.
Une posture un peu affectée de ma part tellement Cyra était belle, charmante, de cinq ou six ans mon aînée. Elle avait un délicieux petit côté femme-enfant qui m’amusait. Issue d’une riche famille iranienne, nous étions encore sous la fin du règne du Shah, elle avait un train de vie et un look parisiens qui trahissaient une certaine aisance. Je n’avais pas l’habitude de fréquenter ce milieu, mais notre attachement réciproque était spontané, sincère, léger et sans aucun enjeu de drague. Enfin, c’était ce que je croyais jusqu’à ce que cette fameuse nuit fasse basculer l’équilibre de nos relations.
Peut-être l’avais-je mis sous vitrine dans mon cabinet des curiosités, comme quelqu’un d’un autre monde, d’une autre culture, la rendant exotique, histoire de me protéger d’une quelconque fatale séduction. Cette distanciation que nous avions instaurée l’un et l’autre, à notre manière, nous mettait à l’abri de la faiblesse sentimentale. Nous savions nous tenir sans jamais déraper. C’est beau l’amitié entre les peuples !
Sauf que, ce qui était toujours valable en début de soirée ne l’était plus à la fin. Finie la vertueuse distance, finies la thèse et l’antithèse, place à la conclusion. Debout, au milieu de cette chambre d’hôtel, on rejouait notre première étreinte de la salle des pas perdus de la gare. Cette fois-ci, il y avait, au-delà de l’exigence de notre impatience, une exaltation fiévreuse, tactile et débordante. Malgré cette concupiscence qui nous dévorait, tout était fluide et sensuel. Ingénument, je m’accordais le droit de déboutonner son ensemble Chanel, son chemisier Gucci ou Céline, elle se laissait faire. Elle n’était pas soumise, au contraire, elle me regardait avec une satisfaction intérieure. Comme si j’étais déjà sous son influence. Dernier rempart de son élégance et de sa pudeur, son pantalon échouait à ses pieds. Débarrassée de ses vêtements de grand couturier, elle affichait, non sans une certaine distinction, un corps juste voluptueux « comme il faut » mis en valeur par une splendide lingerie fine. Habitué à des plastiques plus élancées et plus jeunes, j’étais confronté, pour la première fois, à une féminité épanouie. J’étais impressionné et incontestablement troublé. Elle s’en aperçut et me dit :
Je cherchais mes mots. Je bégayais quelques compliments qui n’étaient pas à la hauteur de ce que je ressentais. J’avais du mal à croire que cette copine s’était transformée en cette femme désirable et désireuse. Plus elle s’exposait et plus je succombais à Aphrodite. Elle se blottit contre moi et s’attaqua à ma chemise. J’en profitai pour oser toucher sa peau, dessiner sa chute de rein, prendre sa taille, ses hanches et surfer sur ses fesses. Tout était bien réel, je n’hallucinais pas, cette Vénus callipyge ondulait sous mes doigts. Elle fermait les yeux comme si elle s’abandonnait à mes brûlantes caresses, mais c’était pour mieux les rouvrir et m’hypnotiser. Je n’étais plus réellement maître de la situation.
D’habitude, cela ne se passait pas comme ça. Mes qualités de pseudo « correcteur en chef » de sa thèse me donnaient un statut plus professoral et directif. Je corrigeais, j’amendais, je reformulais, je demandais des explications, je l’encourageais à mieux étayer ses arguments, etc. Bref, c’était moi qui menais la danse. Bien sûr, nos séances digressaient parfois sur d’autres sujets moins scolaires et plus légers. Mais à aucun moment, nous n’avions débordé sur des choses plus personnelles ou intimes. Pas de confidences, donc. Juste une belle connivence.
Ce soir-là, nous n’avions pas vu le temps passer car je voulais boucler définitivement sa thèse. Sauf que j’avais un train à prendre vers 23 heures et il me restait à peine le temps nécessaire en métro pour l’attraper. Les métros étant rares à cette heure-là, elle me proposa spontanément de m’y amener en voiture. Ce que j’acceptais.
En chemin, nous évoquions notre collaboration qui prenait fin. L’ambiance était un peu pesante et triste. Moi, je regardais ma montre, la circulation, les feux… Quand nous entrions dans la cour de la gare, l’horloge passait à l’heure exacte du départ de mon train. La voiture s’arrêta. Je la remerciai, je l’embrassai. Dans ma précipitation, mes lèvres dérapèrent et entrèrent brièvement en contact avec les siennes. Je frémis, elle me sourit, complice et lascive… Trois ou quatre secondes d’hésitation et je sortis de la voiture et partis en courant. Sur le quai, le train commençait déjà à s’ébranler, j’accélérai pour essayer de l’attraper au vol. Mais ce genre d’acrobatie n’existe que dans les films et, ce soir-là, il n’y avait pas de caméra et je n’étais pas Belmondo.
J’avais raté le dernier train et j’étais abandonné à mon triste sort. À cette heure-ci, je ne voyais pas qui réveiller parmi mes amis pour m’héberger. Je revenais mécaniquement sur mes pas, déçu d’avoir loupé de quelques secondes le marchepied du wagon. J’étais dans un flou intérieur en traversant le grand hall presque désert pour me diriger bêtement vers le métro. Quand, devant moi, sur ma trajectoire, apparut Cyra, qui m’observait de loin venir inévitablement jusqu’à elle.
Nous étions face à face et le même frisson, qui m’avait parcouru en effleurant – par inadvertance – sa bouche au moment de sortir de la voiture, refaisait surface. Même sidération que pendant ces quelques secondes qui me firent défaut pour attraper le dernier wagon. Peut-être qu’au fond de moi, je ne voulais pas de cette séparation. C’était peut-être pour cela qu’elle aussi n’était pas repartie juste après m’avoir déposé. Elle savait que j’allais revenir, que nous ne pouvions nous quitter comme cela. Dans son attitude, il me semblait lire une attente. Dans les gares, on attend toujours quelque chose, quelqu’un…
Libéré de mon rôle de conseiller en écriture et de mes obligations ferroviaires, émergeait en moi une attirance d’autant plus forte qu’elle devait m’être inavouable. Simultanément me revenait un déluge d’images, de scènes, de mots qui m’avaient troublé et auxquels je n’avais pas volontairement prêté attention. Submergé par l’évidence d’un désir enfoui et maintenant mis à jour, j’approchai mon visage du sien, elle inclina sa tête et notre premier baiser s’imposa tout naturellement. Nous avions gardé les yeux ouverts pour mieux croire à la réalité de ce moment impensable il y a seulement quelques minutes. Emportés dans la délicieuse béatitude des premiers émois charnels, nous n’avions pas de mots, mais nos langues se comprenaient. Nos corps s’étaient rapprochés, se touchaient, s’enlaçaient. Nos respirations fusionnaient. J’entrais dans une nouvelle dimension où tout ce que je percevais me stimulait : son parfum, les oscillations de son anatomie, les froissements des tissus malmenés, les murmures sourds de son souffle…
C’était intense et en même temps doux, ouaté, énergisant. J’étais médusé et il me semblait qu’elle aussi. Sans relâcher notre étreinte, nous nous regardions comme jamais nous n’aurions osé. Éblouis par notre audace, nous ressentions l’appel de l’autre, ses pulsions internes et l’impérieuse nécessité d’y répondre. La tension était telle que seules nos lèvres pouvaient étancher la soif de l’autre. Nos systèmes hormonaux bouillonnaient. Je ne pouvais réprimer une érection si forte qu’elle me paraissait indécente, d’autant plus qu’elle ne pouvait l’ignorer.
Je ne savais pas quoi répondre à cet aveu. Il mettait en évidence les œillères que j’avais mises pendant toutes ces séances de travail, me limitant uniquement à ma tâche et ne voulant surtout rien voir d’autre. Une fuite, un tabou, une situation trop complexe, certainement un peu de tout ça. À aucun moment je n’avais envisagé une histoire avec elle encore moins une quelconque aventure. Cela ne m’était même pas concevable. Et là, je venais de sauter dans le vide. La peur donne des ailes, heureusement !
Le téléphone sonna, strident et inquiétant. C’était Cyra ! Au petit matin, pendant que je dormais, elle était allée voir sa sœur pour qu’elle ne s’inquiète pas. Elle l’hébergeait pour quelques semaines dans son petit appartement à deux pas de l’hôtel. C’était d’ailleurs pour cela que nous l’avions choisi et aussi parce que sa famille y logeait quand elle venait d’Iran. Elle voulait que je commande deux petits déjeuners et elle serait là pour le prendre avec moi.
Effectivement, elle arriva de concert avec le room service. J’avais juste eu le temps de prendre une douche rapide et étais encore en peignoir. Nous nous retrouvions, à nouveau un peu intimidés et certainement stupéfaits par ce qui venait de se passer cette nuit.
Et quelle nuit ! Les vêtements éparpillés sur la moquette de la chambre d’hôtel, le lit en bataille, une lampe de chevet posée sur le sol, histoire d’avoir une ambiance plus tamisée, témoignaient des effusions des deux corps qui ne demandaient qu’à se connaître le plus intimement possible. Nous avions laissé libre cours à nos instincts, nos envies, nos appétits sexuels trop longtemps réprimés. Notre belle et chaste amitié avait explosé. À la place, une insouciance presque adolescente nous avait guidés dans la découverte érotique de l’autre. Nos caresses de plus en plus entreprenantes étaient très vite devenues totalement impudiques. Et puis nous avions fait l’amour les yeux dans les yeux pour ne pas perdre une miette de cette vertigineuse fusion.
La porte venait de se refermer sur la femme de chambre qui avait livré le petit déjeuner. Nous étions à nouveau seuls et pourtant interdits. Il ne fallut que quelques longues secondes pour rompre l’hésitation et l’appréhension des retrouvailles. Comme une scène de cinéma au ralenti, nous nous sourions, nous rapprochions, nous étreignions, nous embrassions. Nous redevenions des amants. Ses mains fraîches, venues du froid extérieur, se glissèrent sur ma peau qui frissonna sous ses caresses. Mon peignoir s’ouvrit sous l’effet de ses redoutables investigations. Elle rencontra immanquablement mon sexe, qu’elle accompagna en douceur dans son éveil. Elle me regardait bien dans les yeux afin d’accentuer son emprise. Elle savourait fièrement sa possession tout en me dépouillant complètement de mon unique vêtement.
Ce n’était ni un ordre, ni une imploration mais plutôt l’expression d’une inéluctable issue. Curieusement, je décidai de me mettre à ses pieds pour commencer par les chaussures. Puis à genoux devant elle, je lui retirai son pantalon, sa culotte et remontai jusqu’en haut de ses jambes. Elle les écarta et releva l’une d’entre elles en l’appuyant sur une chaise proche. Sa vulve épilée et déjà luisante de sa cyprine s’offrait à moi. Je m’incrustai au cœur de cet entrejambe pour livrer à mes lèvres cette figue pulpeuse. Tandis que je prenais en main ses fesses pour avoir une meilleure stabilité, elle s’accrochait à mes cheveux pour trouver la sienne. Se sentant invitée et désirée, ma langue la lécha, la savoura et enfin la pénétra d’abord précautionneusement, puis de manière plus intrusive, encouragée par les spasmes de Cyra. En même temps que la houle du bien-être commençait à se former, elle se sentit chanceler et me demanda :
Je quittai mon point de vue imprenable, me relevai à sa hauteur et finis de lui enlever son haut ou plutôt ses hauts. Ses seins libérés étaient encore plus resplendissants que cette nuit. Aussi bien proportionnés, aussi fiers et aussi harmonieux que le dôme de la mosquée du Shah d’Ispahan dont elle m’avait parlé. De quoi croire en son Dieu, elle était chiite, devant autant de beauté. Je ne sais pas si sa religion aurait validé ce que nous faisions. Pour manifester ma dévotion, je les effleurai comme une pierre sacrée, mordillai ses tétons et finalement les pris en main pour sentir le poids de leur générosité.
Elle se délectait de mon adoration mais se dégagea pour s’installer sur le bord du matelas comme un nu dans une peinture orientaliste. Sans aucune pudeur et avec un joli déplacement de son fessier, elle m’ouvrit à nouveau ses cuisses. Il y avait de la candeur dans cette offrande qui aurait pu paraître obscène. Je m’agenouillai donc au pied du lit et repris sans me faire prier mon « ouvrage ». Mes mouvements étaient plus amples, plus exaltés. Mes doigts papillonnaient sur les zones sensibles. Elle se laissait toucher, doigter, déguster, fouiller… Ses sens à la dérive poussés par les vents du plaisir abordèrent tout simplement les rivages d’une jouissance assouvie et sans retenue.
Je m’allongeai à ses côtés et la contemplai profiter des dernières bulles d’endorphine qui parcouraient son cerveau. Certes, il y avait en moi la satisfaction masculine du devoir accompli, mais, en fait, elle m’attendrissait. Cet abandon total et soudain me fascinait. J’admirais son corps nu, lascif, éthéré, presque surnaturel. Lentement, ses yeux embués retrouvaient la vision. Il émanait d’elle comme de l’apaisement, peut-être de la reconnaissance, mais surtout une plénitude. Elle se ressaisit et me fit fièrement face. Elle m’avait enjambé et à genoux, elle me surmontait du haut de son buste arrogant mais terriblement excitant. Elle se mit à caresser avec ses doigts électriques mon ventre, mon sexe, mon périnée… Je tentais un renversement de situation afin de reprendre le dessus et de lui faire l’amour. Elle empêcha une telle manœuvre et me dit :
J’allais lui répondre pour exprimer mon désir frustré, comme celui d’un enfant devant une boîte de bonbons et interdit d’y goûter. Mais, elle posa sa main sur ma bouche pour me signifier de me taire et continuer.
Elle entama donc une séance de diaboliques stimulations sur mes zones les plus sensibles. Elle alternait les attouchements avec des pauses où elle admirait les effets de son traitement sur mon phallus en pleine ébullition. Pendant ces moments d’accalmie, je croyais que mon calvaire était fini. Au contraire, elle profitait de cette espérance certainement lisible sur mon visage pour renouveler son châtiment. J’avais l’impression d’être puni certainement à la hauteur du « mal » que j’avais fait. Au début, c’était presque agréable, mais très vite, il fallut me contenir pour supporter les accélérations/décélérations émotionnelles. Je voulais à tout prix résister car je n’avais plus qu’une idée en tête : la pénétrer. Ma bite suffoquait, mon bas-ventre se contractait, mes mains se crispaient. Elle percevait ma concentration, peut-être mon obsession, mais surtout mon désarroi. Et puis, elle me regarda avec mansuétude, ce qui m’étonna tellement elle était restée impassible et me dit :
Je n’avais plus la force de m’opposer à sa volonté. J’oubliai mon songe de pénétration. D’ailleurs, elle était déjà en train de mener son ultime offensive, celle qui me ferait capituler. Plus tactiques que prégnantes, ses manipulations encerclèrent ma verge, emprisonnèrent mes testicules, et, après quelques assauts pour me pousser dans mes derniers retranchements, vinrent méticuleusement à bout de mes résistances. Vaincu : j’éjaculai ! Elle assistait manuellement les saccades et répliques de mon irruption tout en scrutant avec satisfaction sa domination. Elle avait eu ce qu’elle voulait. J’étais épuisé et, quand elle retira ses mains de mon sexe qu’elle avait apprivoisé, je ressentis la douleur de l’abandon.
Le café était tiède, le petit déjeuner copieux, nous avions faim après ce qui venait de se passer. C’était notre premier repas ensemble. Hier encore nous étions réservés, inaccessibles, corsetés. Ce matin, nous nous dévorions des yeux sans complexe. Elle voulait savoir pourquoi je n’avais pas fait le premier pas plus tôt, pourquoi je n’avais jamais perçu son attirance, pourquoi… J’avais du mal à m’expliquer, me justifier pour cacher qu’en fait, j’avais peur. Peur de gâcher notre amitié, peur de tomber amoureux, peur de ne pas être à la hauteur, peur d’apparaître comme quelqu’un qui demande une récompense pour ses bons services rendus. Quand, en bout de course, je lui résumais mon attitude par un « je n’osais pas, ta féminité m’impressionnait et, en même temps, me fascinait ». Cette répartie la toucha. Elle était en train de boire son jus d’orange, elle s’arrêta, posa lentement son verre, et vint me tendre la main pour que je me lève et m’entraîna dans le lit.
Dépouillés de nos peignoirs, nous nous entremêlions. On avait besoin de sentir l’autre comme un refuge, une source de chaleur, un accélérateur de sensations. Passion, pulsion, admiration se mélangeaient. Le cocktail était détonant. Nous ne pouvions plus garder pour nous notre appétit sexuel.
On se jaugeait l’un l’autre. Elle s’allongea sur le dos. Je lui écartai les cuisses et m’avançai au-dessus d’elle. Elle était au tout premier rang pour apprécier ma virilité déployée. Elle la caressa comme pour l’adouber tout en lui adressant une pressante supplication :
Elle leva ses jambes et les posa sur mes épaules, me présentant l’entrée de son Palais des Roses, riche monument de la Perse dont elle m’avait dépeint les jardins, la salle du trône, des miroirs, etc. Avais-je besoin de cette vision à ce moment précis où je la pénétrais ? Cette nuit, notre coït avait été plus naturel, évident et libérateur. Là, je m’étais projeté dans une visite solennelle, protocolaire, ambiance Persépolis. Ma verge eut donc droit à tous les honneurs de ses lèvres obséquieuses, au tapis rouge de son vagin et aux multiples hommages de bienvenue de ses muqueuses plus sensibles les unes que les autres. Je dus m’y reprendre à plusieurs fois avant de me sentir au plus profond d’elle. Non que la progression eût été difficile, mais je ne me lassais pas de revivre encore et encore cette excitante cérémonie d’accueil. J’y étais encouragé par les mouvements de son bassin qui me guidaient à chaque aller et retour. Jusqu’au moment où elle me coinça au fond d’elle et me demanda de ne plus bouger. Elle déplaça sa main sur son clitoris et s’en occupa en me regardant fixement. J’étais hypnotisé par la montée de son plaisir. Je ne savais plus si c’était ma bite ou son sexe qui tressaillaient aussi intensément. Elle m’imposait le spectacle de sa jouissance comme un défi. C’était elle qui dirigeait. Elle m’avait paralysé et était en train de m’injecter un élixir. Difficile de rester insensible à son abandon, à ses yeux qui s’ouvraient pour m’entraîner dans ses tourments, puis se fermaient pour mieux savourer l’instant suspendu de l’orgasme.
Touché par la grâce de ce moment, je l’admirais revenir à elle et vers moi. Nos corps, toujours enchâssés, résonnaient des ondes qui venaient de les traverser. Pour autant, il me manquait quelque chose. Je ne m’étais pas perdu dans les délices de ses abysses. Elle dut le sentir et commença à se mouvoir pour m’inciter à faire de même. Je redevins actif et recherchai un rythme en harmonie avec les ondulations de Cyra et ses irrésistibles doléances.
J’allais et je venais, j’assiégeais, je baisais ce magnifique cul. Elle repliait un peu plus ses jambes sur sa poitrine pour que je la pénètre encore mieux. Son regard pénétrant, lui aussi, me contemplait en train de succomber. D’amante elle devenait maîtresse et je me laissais faire.
J’avais pourtant envie de contrôler les glissements, de me retenir, mais il montait en moi comme une vague puissante dont elle devina l’arrivée. Elle s’accrocha à mon bassin, le bloqua et déclencha des contractions de son vagin qui me submergèrent et me noyèrent dans un envoûtant orgasme. Elle me suivit dans la foulée, emportée par l’écume de mon plaisir.
Nos corps se détendirent, l’étreinte se relâcha, mais quelque chose s’était passé. La tentation, le fruit défendu, le péché de chair nous avaient entraînés dans une communion trop intime pour être anodine. Bien au-delà de la luxure, nous avions ouvert nos portes, nos sensibilités, nos sentiments à tel point que nous étions déjà dangereusement addicts.
Confidences sur l’oreiller, j’appris qu’elle était mariée à un diplomate iranien en poste au Moyen-Orient, dont elle était séparée depuis quatre ans et avec lequel elle essayait de divorcer. Elle devait d’ailleurs rentrer à Téhéran dans les prochains jours pour une convocation au tribunal. Un type intrigant et menaçant qui ne l’avait jamais rendue heureuse et n’avait pas hésité à la faire suivre par les services de l’Ambassade d’Iran en France.
On devait libérer la chambre, il fallait que j’aille prendre mon train, sa sœur l’attendait, il valait mieux ne pas sortir de l’hôtel ensemble, au cas où… Toutes ces précautions et servitudes nous condamnèrent à notre immédiate séparation. C’était fort et tragique, ni elle ni moi n’osions nous projeter. Je quittai donc l’établissement en premier pour me diriger vers le métro. Je me retournai bêtement pour voir si j’étais suivi. Son histoire de futur ex-mari douteux ne me disait rien qui vaille. Pendant le trajet, j’ai soupçonné, sans raison sérieuse, un tas de mecs qui me paraissaient louches. Comme dans un policier de série B, je suis descendu à une station pour sauter au dernier moment dans un autre wagon.
J’avais une heure à attendre pour le prochain train. Je déambulai dans la gare en faisant attention à qui pouvait m’observer, me suivre et, le cas échéant, me nuire. Enfin, je m’installai dans mon train. Plus qu’une dizaine de minutes avant le départ. Je descendis sur le quai fumer une cigarette, toujours aux aguets, concernant ma paranoïaque sécurité. Une silhouette scrutait l’intérieur du train à travers chaque fenêtre. Elle sautillait pour mieux voir dedans. Elle arriva vers moi et je reconnus Cyra. J’accourus vers elle. Elle tomba dans mes bras comme si j’étais son sauveur. Je l’embrassai et l’enlaçai comme si nous ne nous étions pas vus depuis des années.
Toujours plongé dans mon polar improvisé, « OSS 117 : la vengeance du diplomate iranien », où, bien sûr, j’avais le premier rôle, j’imaginais qu’elle était poursuivie par la SAVAK, qu’elle avait trouvé sa sœur assassinée en rentrant chez elle, qu’elle venait d’échapper à un enlèvement, etc.
Elle se recula pour mieux me fixer et dit :
Nous tombâmes de nouveau dans les bras l’un de l’autre. Les larmes envahirent nos yeux. J’étais incapable d’articuler quoi que ce soit. Je l’embrassai longuement. Le coup de sifflet du départ retentit, je m’arrachai de ses bras pour sauter dans ce wagon qui me déportait vers une lointaine province.
Épilogue
Le trajet en train fut un déchirement. Le Shah quitta son trône. Je ne pus me libérer pour aller à sa soutenance de thèse. Elle divorça in extremis avant que les mollahs changent les lois trop favorables aux femmes, selon eux. Je reçus quelques mois plus tard une lettre de Californie. C’était Cyra ! Elle avait suivi la diaspora iranienne aux USA et m’invitait à aller la voir là-bas.