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n° 23592Fiche technique7522 caractères7522
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Temps de lecture estimé : 6 mn
13/04/26
Résumé:  Une femme décrit sa rencontre avec un homme à son amie.
Critères:  #épistolaire #romantisme #volupté fh amour
Auteur : Elle_O      Envoi mini-message
Lettre à une amie

Très chère Caroline,


Je vous l’avais promis, ma douce amie. Je sais que vous attendez ces lignes, et je devine l’impatience qui vous submergera lorsque vous découvrirez cette enveloppe au milieu de votre courrier ce matin. Je sens d’ici la douce chaleur qui montera en vous, faisant rosir vos joues alors que vous la tiendrez entre vos mains. Car vous savez ce que j’écris. Vous attendez ces mots depuis fort longtemps. Vous me les avez demandés dans votre dernier courrier. Et vous m’avez suppliée de tout vous dire.


Je sais que vous n’ouvrirez pas la lettre tout de suite. Vous vous assurerez d’abord de pouvoir en prendre connaissance dans le calme le plus absolu. Vous monterez certainement vous cacher dans votre chambre. Je ne crois pas que vous vous installerez à votre secrétaire, comme vous le faites quotidiennement pour traiter vos affaires courantes. Non. Vous choisirez l’accueillante et veloutée duchesse de soie bleue qui se trouve devant la fenêtre donnant sur le parc. Celle qui accueille vos abandons. Je sais que vous rechercherez le douillet confort de ses coussins de plumes et vous vous y glisserez comme dans des bras complices. Ils accueilleront votre corps, vous envelopperont de toutes parts, gaineront vos hanches et vos cuisses d’un étau moelleux et ferme à la fois. Vous vous sentirez ainsi maintenue, cernée, prête à céder à la rudesse des mots que vous vous apprêtez à lire. Ainsi installée, les rayons du soleil levant illumineront vos épaules, réchaufferont votre nuque et la naissance de votre chignon.


Vous serez enfin parfaitement détendue pour vous laisser noyer par le désir qui naîtra de votre lecture. Alors que je me prépare à commencer mon récit, je vois le plaisir qui fait briller vos yeux noirs au moment où vous brisez le sceau de cire que j’ai chauffé pour vous. Soulevant le rabat renfermant ces lignes que je couche maintenant à votre intention, les mots que vous attendez de découvrir avec frénésie s’offrent à vous.


J’ai donc cédé, ma très chère Caroline.


Le désir de connaître enfin cet homme à l’origine de ce trouble qui m’avait envahie dès le premier billet – reçu lors de votre présence au printemps dernier, souvenez-vous – ne me quittait plus. Depuis, chaque nouvelle lecture me laissait dans un état d’agitation extrême, fiévreux, presque douloureux. Je guettais ces lettres comme une affamée attend la main qui la nourrit, avec une impatience qui me laissait pantelante et épuisée. Tous les jours, je cherchais à apercevoir son écriture parmi mon courrier.


Ses mots, au début soyeux, caressants puis dernièrement si audacieux et obscènes, m’offensaient et me laissaient haletante à la fois. Son ton, si directif lorsqu’il me demandait de le rejoindre, si impérieux dans la description de son désir de moi, si caressant dans l’expression de ses rêves et de ses espoirs pour nous, avait fini de ravager les dernières frontières de ma résistance et de ma solitude. Je ne pouvais plus désobéir. Il me voulait. Son appétit était devenu le mien, sa soif la mienne, sa convoitise mon vœu. La tendresse effrayante de ses rêves pour nous m’avait mise à genoux sans même qu’il ne me touche.


Ma Caroline, les lignes de sa dernière lettre ont fait rompre toutes les digues de mon salut. Mes ultimes angoisses à l’idée de me donner à lui ont disparu. Je me suis rendue à l’adresse qu’il m’avait indiquée.


Lorsque je suis arrivée, il faisait presque nuit. Il était là sur le perron de sa demeure. Il ne souriait pas, il m’attendait. Comme un homme attend une femme qu’il a déjà défaite mille fois dans ses rêves. La lune versait sur cette rencontre une intensité pleine. Ce n’était pourtant pas la fraîcheur du crépuscule qui me faisait frémir sous ma capeline. C’était l’envie de savoir, l’envie de connaître, l’envie de sentir, l’envie de vivre enfin ! La faim remplissait mon être.


Est-ce parce que je l’avais tant lu depuis des mois ? Est-ce parce que je connaissais tout de ses désirs ? Caroline, je n’ai pas reculé lorsqu’il m’a prise dans ses bras. Je n’ai pas eu peur lorsque sa bouche s’est écrasée sur mes lèvres, lorsque sa langue a forcé l’ouverture de mes dents pour aller à la rencontre de la mienne. Sa fougue et sa volonté me transperçaient le ventre. Ses mains se sont faites curieuses. Je sentais chacun de ses doigts parcourir mes hanches et remonter le long de ma taille. Quand l’une d’elles trouva enfin mon sein, mon téton était déjà tendu vers lui. Sa caresse était d’une douceur fulgurante. J’ai souhaité alors, brutalement, être déjà nue pour que sa peau touche enfin la mienne. Je reconnaissais son goût, je reconnaissais son souffle sur moi… S’il m’avait laissée reprendre ma respiration, je lui aurais tenu des paroles dignes de la première catin venue. Malgré sa fougue, il n’y avait aucune brusquerie dans ses gestes : seule son impatience à m’aimer et à me découvrir nourrissait son ardeur. Oh Caroline ! Je n’avais d’autre volonté que de me donner à lui. Il aurait pu me saillir devant sa porte et je l’aurais laissé faire.


Mais non, tel n’était pas son dessein. Respectueux du courage qu’il me reconnaissait, il m’accompagna avec douceur à l’intérieur. Là, il m’aida à m’asseoir, m’offrit un verre de clairet puis, sans dire un mot, me regarda. Tout. Il regarda tout. Pas une seule parcelle de mon corps ne fut oubliée. Il étancha sa soif de moi en me dévorant des yeux. C’était délicieux et terriblement inconfortable à la fois. Je sentais son regard sur ma gorge, puis descendre sur mes seins qui, il a dû le voir, palpitèrent brusquement d’une envie audacieuse. Ma taille et mon ventre furent aussi les objets de son attention. Je n’y tenais plus. La bergère dans laquelle je m’étais assise devenait trop étroite pour contenir ce qui montait en moi. J’étais sa prisonnière. Je me sentais déjà nue, déshabillée sans l’avoir décidé. J’avais très chaud et je frissonnais en même temps.


Je ne connaissais toujours pas son nom. Je ne savais toujours pas qui était en face de moi. Aucune parole n’avait été prononcée depuis mon arrivée. Il était écrit qu’aucune ne serait dite cette nuit-là.


Doucement, sous le halo de dizaines de chandeliers, il défit une à une les agrafes de ma robe, puis celles de mon vertugadin. Doucement, il prit son temps. Avec la lenteur qui tourmente, la lenteur qui trempe une femme dans son propre désir jusqu’à ce qu’elle s’y noie. Il sembla savourer la vue de chaque pouce de peau qu’il mettait à jour. Il se délecta de la torture qu’il savait m’infliger par cette attente interminable mais nécessaire – je l’ai découvert – pour que je sois à lui tout entière. Pour que je n’eusse pour seule aspiration que celle de me perdre en lui. Il dégagea mes épaules avec délicatesse en me regardant dans les yeux. Je soutins son regard sans ciller. Découvrir son beau visage aux traits si réguliers me chavira de bien-être. La force qui s’en dégageait, la conviction que je lisais dans ses yeux sombres me donnèrent l’audace – j’ose à peine vous le confier, Caroline – de porter moi-même ses mains sur ma poitrine tout juste mise à nu. J’eus alors cette révélation : je ne m’appartenais plus.


La nuit fut à nous. Les heures servirent nos corps et notre jouissance de l’un et de l’autre. Aucune fatigue ne vint freiner ses élans à me faire toujours plus murmurer, gémir et parfois même crier mon plaisir d’être à lui.


Caroline, j’ai découvert qu’une langue pouvait vous faire pleurer de bonheur et qu’un sexe tendu pouvait vous caresser le cœur…


Je fus rentrée à l’aube, brisée mais comblée.

Dieu ! Quand le reverrai-je ?


Tendrement,

Joséphine