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Temps de lecture estimé : 11 mn
02/04/26
Résumé:  Il y avait beaucoup de visites à la maison. Jacques avait le contact facile, Claire savait recevoir, et leur pavillon était plus agréable que la moyenne.
Critères:  #humour #érotisme #adultère #couple #voisins
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message
Le sens de l’hospitalité

Il y avait beaucoup de visites à la maison.


Jacques aimait bien les portes qui s’ouvrent, les gens qui entrent sans faire de manières, les cafés qu’on sert à la volée, les discussions debout dans la cuisine. Chez eux, au moins, ça circulait.


Son frère, Rémi, passait « comme ça », le voisin « deux minutes », un partenaire de tennis « en coup de vent ». Il mettait ça sur le compte d’un mélange heureux : lui avait le contact facile, sa femme savait recevoir, et leur pavillon était plus agréable que la moyenne.


Samedi matin, par exemple, il n’était pas dix heures que Rémi avait déjà poussé le portillon. Jacques était dans le jardin, en short, occupé à lutter contre un tuyau d’arrosage qu’il ne parvenait pas à brancher comme il faut. Il leva la tête en entendant la voix familière.



Rémi entra sans se poser de questions ; il était chez son aîné comme chez lui. Grand, brun, un peu plus mince que Jacques, il portait une barbe de trois jours, un tee-shirt gris et cette expression insolente qui lui collait à la peau depuis sa naissance.


Claire apparut sur le seuil, pieds nus, petite robe légère, celle qu’elle mettait au lever, et plus généralement pour traîner à la maison.



Jacques, de là où il était, vit sa femme, cheveux attachés à la va-vite, sur la pointe des pieds et bras autour du cou du frérot, pour lui claquer chaleureusement la bise. Il sourit et retourna à son tuyau qui refusait désespérément de collaborer. Lâchant l’affaire, il décida d’aller chercher un vieux raccord dans le garage.


Dans la cuisine, Claire se pencha pour verser le café, et Rémi lorgna sans gêne les seins que le décolleté détendu de la robe offrait à son regard. Les liens familiaux avaient manifestement pour lui une définition particulière.


Jacques fouilla dix bonnes minutes dans son bazar. L’embout censé lui sauver son arrosage était introuvable, évidemment. Il ouvrit une caisse, en déplaça une autre, se cogna le coude contre l’établi, jura, et finit par remettre la main sur la pièce cherchée derrière un vieux pot de confiture rempli de vis.


Quand il revint, Rémi ressortait justement, les cheveux un peu en bataille.



Claire, elle, apparut sur le seuil, les joues rosies.



Jacques se pinça le menton, surpris et un peu déçu, puis secoua la tête et alla arroser son jardin.


Vers midi, alors qu’il retournait les saucisses sur le barbecue, il dit, presque pour lui-même :



Claire, étendue sur son transat, leva les yeux de sa revue.



Le soleil tapait. Une guêpe bourdonnait autour du pichet de vin. Plus loin, une tondeuse ronronnait chez un voisin.


Jacques posa le plat de saucisses et de patates à la braise sur la table de jardin avec satisfaction.



Comme toute réponse, Claire se contenta de boire une gorgée de rosé en souriant.



*



Le lundi suivant, ce fut Bernard qui passa. Il habitait trois maisons plus loin. Un type avec un peu de bedaine, toujours en polo, qui rendait service à tout le monde. Il sonna à dix heures vingt, une rallonge électrique jaune à la main.



Son « ah » fut un peu plus appuyé qu’il ne l’aurait voulu.



Elle le regarda, un sourire en coin, puis s’écarta.



Le visage de Bernard s’éclaira, Claire referma la porte derrière lui.


La fenêtre était ouverte sur le jardin. À la radio, Rire & Chansons racontait des blagues. Dans la cuisine, un torchon séchait sur la poignée du four.


Bernard posa la rallonge sur la table.



Elle avait dit ça sans même le regarder, tout en prenant son temps pour attraper une tasse sur l’étagère du haut. Son tee-shirt remonta assez pour découvrir un morceau de son dos et la naissance de ses fesses.



Claire se cambra un peu plus, tendant le tissu de son legging.



Il la plaqua trop fort contre le plan de travail, elle soupira en plissant légèrement la bouche, la dentelle glissa malgré tout vers le bas. Elle lui saisit la main et l’accompagna entre ses cuisses.



Il dégrafa la ceinture, descendit jean et caleçon à mi-cuisse, et la prit à la va-vite, haletant contre sa peau. Ça ne dura pas plus de deux minutes. Repartant, il était tout penaud, vidé et un peu sonné.



Quand Jacques rentra ce soir-là, il trouva sa femme dans le salon, devant la télé.



Jacques l’embrassa sur le front.



Il desserra sa cravate et alla se servir un verre d’eau. Dans la cuisine, il remarqua qu’une tasse traînait encore dans l’évier. Il fronça d’abord les sourcils, puis sourit, sans méfiance.


Elle n’avait jamais vraiment cherché à comprendre comment les choses s’étaient sues. Au début, il y en avait eu un, puis un autre. Un qui connaissait le premier, un qui avait deviné, un qui avait tenté sa chance à l’instinct. Elle aimait faire et se faire plaisir, les voisins étaient ravis, Jacques était heureux, tout le monde y trouvait son compte.



*



Le vendredi, on sonna à dix-huit heures trente.


Jacques était assis au salon, en train de regarder distraitement une émission de home staging où des gens repeignaient des cuisines. Claire ouvrit la porte.



Laurent, c’était le partenaire de tennis de Jacques. Un type brun, sportif, toujours bronzé, la trace des lunettes de soleil sur le nez. Il brandit un sachet de pistaches.



Laurent salua Claire avec un sourire, puis posa les pistaches sur la table basse. Jacques, lui, ne vit qu’un ami généreux.


Ils burent une bière. Puis deux. Claire allait et venait entre cuisine et salon. Laurent suivait chacun de ses passages du regard avec la discrétion d’un chien de chasse à qui on aurait promis du gibier. Jacques, occupé à expliquer pourquoi il allait peut-être refaire le carrelage du cellier, ne remarqua rien.


Au bout d’un moment, il se frappa le front.



Il sortit côté jardin. Laurent posa aussitôt sa bière.



Il se leva si vite qu’il heurta la table basse.



Il eut un rire étouffé en se frottant le tibia, puis attrapa Claire par la taille.



Claire descendit sa main sur le jean de Laurent, le déboutonna.



Claire lui baissa le pantalon, sans cesser de sourire. Il respira plus fort.



Il se releva, elle le poussa, il retomba sur le canapé et elle s’agenouilla pour lui faire perdre le peu de conversation qu’il lui restait. Laurent posa une main sur l’accoudoir, l’autre dans les cheveux de Claire, et inspira profondément quand sa queue disparut entre les lèvres.


C’est alors que le portail métallique du garage claqua. Laurent pâlit. Claire, joues creusées, accentua la succion. Il jouit aussitôt. Elle grimaça, hésita un instant et déglutit finalement en forçant.



Quand Jacques rentra, essoufflé, Laurent était un peu plus raide qu’avant, les jambes serrées, la braguette reboutonnée, mais la ceinture encore pendante.



Jacques se laissa tomber sur le canapé, en prit une, l’ouvrit d’un ongle et la croqua.



Claire baissa la tête pour cacher son sourire.



*



Après Rémi, Bernard et Laurent, d’autres s’ajoutèrent. Un collègue de bureau, des erreurs de poste, des fuites récalcitrantes, des visages qu’elle reconnaissait à peine. Les prétextes variaient, le résultat beaucoup moins.


Le dimanche soir, Jacques s’endormit tôt. Claire, elle, lisait encore, les genoux repliés sous les draps, le faisceau de la lampe de chevet ciblant son bouquin.


La maison était calme, hormis quelques poutres qui travaillaient. Jacques devait somnoler depuis vingt bonnes minutes quand un bruit sec le tira vers la surface.


Il ouvrit un œil.



Claire, qui avait déjà fermé son livre, resta immobile. Jacques releva la tête. Un nouveau choc, suivi d’un frottement. Très léger cette fois, mais assez net pour qu’un homme propriétaire de son crédit sur vingt ans se sente immédiatement concerné.



Il repoussa la couette, posa les pieds au sol et tendit l’oreille. Quelque chose contre une vitre. Ou un volet. Claire se redressa aussi.



Il se leva, prit au hasard le premier objet qu’il trouva sur la commode : un vieux trophée de tennis gagné quelques années auparavant lors d’un tournoi local.



Dans l’escalier, il regretta très vite son courage. D’abord parce qu’il était resté à poil et qu’il avait froid. Mais surtout parce qu’en bas, on entendait maintenant clairement qu’il y avait bel et bien quelqu’un qui bricolait.


Il descendit les marches en serrant son arme ridicule à deux mains.


La cuisine était sombre, avec juste un peu de lune sur le carrelage. La fenêtre était entrouverte, le rideau bougeait. Et il y avait, de façon très peu discutable, une jambe qui dépassait.


Jacques s’arrêta net.


Le reste du corps suivit avec difficulté. Un type essayait manifestement d’entrer par là en faisant le moins de bruit possible. Il y mettait du cœur, mais pas beaucoup de talent.



La silhouette tout entière se figea, coincée un instant dans une position pas très valorisante, puis finit par basculer à l’intérieur dans un vacarme de tous les diables.


Le gars devait avoir une quarantaine d’années, les cheveux en vrac, une veste sombre, et une expression catastrophée.


Jacques leva son trophée.



L’homme mit ses bras devant son visage.



À l’étage, Claire alluma la lumière. On entendit ses pas dans l’escalier.


L’intrus, lui, reprit, en panique :



Claire apparut dans l’encadrement de la porte, en débardeur avec une toute petite culotte de nuit échancrée. Elle regarda l’homme, puis Jacques, nu comme un ver avec son trophée.



Claire le dévisagea, et croisa les bras.



Didier hésita encore une seconde, le regard sautant de l’un à l’autre. Puis il leva les mains.



Jacques tourna la tête.



Désarçonné par l’œil noir de Claire, Didier se ratatina.



Claire intervint avant qu’il ne s’enfonce davantage.



Jacques s’approcha, le trophée grinça dans sa main.



Didier n’insista pas et déguerpit aussitôt en plongeant la tête la première par la fenêtre encore ouverte. Il resta coincé une seconde, les jambes moulinant dans le vide. Quelques secondes plus tard, on entendit ses baskets déraper sur la terrasse, et des pas précipités dans l’allée.



Elle passa près de lui, posa une main sur son bras.



Dans le noir, Jacques mit plus de temps que d’habitude à retrouver le sommeil.



*



Le lundi matin, Jacques partit au travail avec l’impression diffuse que quelque chose lui échappait.


Le soir, en rentrant, il raconta l’histoire à Bernard, qui venait justement de passer rendre à Claire une perceuse à percussion.



Jacques rit.



Bernard repartit, Jacques retrouva Claire sur le palier.



Il s’interrompit. Elle attendit.




*



Le samedi suivant, la matinée fut banale. Courses, lessive, un peu de bricolage, un café sur la terrasse. Pas de visiteurs. Jacques commençait presque à se dire que l’incident de la fenêtre avait calmé le quartier, ou au moins les mâles des environs.


Vers treize heures, pourtant, on sonna.


Ils étaient dans la cuisine. Claire faisait la vaisselle. Jacques, lui, essuyait.


Le dong retentit une seconde fois.


Sans réfléchir, Claire lança d’une voix machinale, presque distraite :



Le silence qui suivit fut si net qu’on entendit le torchon grincer contre une assiette.


Claire se figea. Jacques releva lentement la tête et fixa le vide devant lui, la respiration retenue. Puis il tourna doucement les yeux vers elle.



Une à une, des images se mirent à remonter en lui : les pièces du puzzle, d’un coup, semblaient enfin s’emboîter. Rémi et son café pressé. Bernard et sa rallonge. Les pistaches. Les regards. Les hommes trop à l’aise. Les prétextes qui tombaient du ciel. Et cette phrase, là, toute simple :


« Deux minutes, il est encore là. »


Il souffla par le nez, puis passa une main sur sa bouche.



Claire resta pétrifiée devant l’évier.


On sonna encore.


Jacques ne quitta pas Claire des yeux.



Elle baissa légèrement les siens.



Dehors, l’homme patientait, avec sans doute un prétexte dans la poche et autre chose dans le pantalon.


Jacques regarda l’entrée. Puis sa femme.


La sonnette retentit à nouveau.


Cette fois, personne n’alla ouvrir.