Cette simple et classique histoire de couple est plutôt vue du côté féminin. Bonne lecture :)
Un couple parmi d’autres
Isabelle et Gérald sont mariés depuis quelques années. Des années en trop diront certaines mauvaises langues qui s’étonnent que ce couple tienne toujours. Si Gérald est globalement de bonne composition (presque « je-m’en-foutiste »), son épouse possède un caractère bien affirmé avec la fâcheuse tendance à raisonner en noir ou en blanc, et de penser qu’elle a fatalement raison, quoiqu’il arrive.
On dit que, parfois, les extrêmes s’attirent. C’est le cas ici.
Comme son mari est assez cool et parfois sourd, il n’y a pas trop de soucis la plupart du temps, mis à part des petits orages vite résolus sur l’oreiller. Car il est indéniable que ces deux-là tiennent l’un à l’autre, bien qu’Isa ne le montre pas toujours de façon évidente. De ce fait, un observateur non informé peut penser que c’est Gérald qui aime pour les deux.
Bref, on peut dire que ça se passe (à peu près) bien.
Sauf ce soir chez eux, où devant des invités, le couple est en train de glisser sur une pente raide, Gérald n’ayant pas envie de se taire comme de coutume et Isabelle voulant avoir raison quoiqu’il advienne.
Mises à part des petites piques comme de coutume, ça a vraiment commencé avec une sombre histoire idiote de cacahouètes non salées, Gérald s’étant trompé lors de l’achat. Isabelle devient mordante :
- — Mais on n’a pas idée d’acheter des trucs comme ça ! Faut vraiment être con ! C’est immangeable !
- — Toi, tu trouves que c’est immangeable. La prochaine fois, c’est toi qui les achèteras.
Isabelle est un peu surprise de la réplique plutôt froide venant de son mari. Mais comme il y a des invités, elle passe à la suite, se disant que Gérald ne perdait rien pour attendre, et qu’ils en reparleront tout à l’heure quand tout le monde sera parti.
Puis la tempête se calme, du moins en apparence.
Montrant la belle bague qu’elle a au doigt, Isabelle est en train de parler de sa grand-mère qui la lui avait donnée en personne :
- — Oui, elle a été mariée quatre fois, mais elle n’a jamais divorcé.
- — Attends, ça signifie qu’au moins trois de ses maris sont morts en cours de route ?
- — Les quatre précisément. Quand ses parents l’ont mariée à un fils de notable, on peut carrément dire qu’ils l’ont vendue, car ils ne roulaient pas sur l’or. Inutile de préciser qu’on n’a pas demandé son avis à ma pauvre grand-mère.
Andrew (le mari de Sylvie) hoche la tête :
- — C’est malheureusement le genre de truc qui arrivait souvent dans le temps. Quoique ça arrive encore dans certains milieux…
- — D’après ma grand-mère, son premier mari était assez con mais gentil, donc ça allait quand même. Quand elle est devenue veuve, elle était toujours fort belle mais nettement plus riche. Et ainsi de suite, car ses maris successifs n’étaient pas fauchés.
Assez intriguée, Sylvie demande :
- — Ils sont morts de quoi, ses quatre maris ?
- — Des morts naturelles, car elle n’a jamais été inquiétée, d’après ce que je sais. Tout ce dont je me souviens, c’est de deux arrêts cardiaques, d’un anévrisme, mais je ne sais plus dans quel ordre. Quant au quatrième décès, je ne m’en rappelle plus. N’empêche qu’elle a récupéré une réputation de mante religieuse, mais les gens sont méchants.
Depuis le début de la soirée, et même un peu avant, Isabelle constate que son mari ne courbe plus le dos, contrairement à son habitude quand elle lui envoie des reproches mérités (du moins, à ses yeux). Spectatrice, sa copine Sylvie fronce parfois des sourcils.
Un peu plus tard, isolées toutes les deux dans la cuisine, l’invitée demande carrément à son hôtesse :
- — Isa, il se passe quoi entre vous deux ?
- — Je ne sais pas, on dirait qu’il me cherche !
Appuyée sur le plan de travail, Sylvie rectifie :
- — Non, il ne te cherche pas, il riposte.
- — C’est pareil, non ?
- — On dirait que ton mouton de mari sature. À ta place, j’opterais pour la pédale douce.
- — Attends, il ne fait rien comme il faut.
- — Même s’il ne fait pas comme tu voudrais qu’il le fasse, reconnais qu’en général, sa façon de faire fonctionne.
Le ton d’Isabelle monte :
- — T’es avec qui ? Contre moi ?
- — Arrête tes conneries, Isa. Je te dis simplement que ton mari sature. C’est toi-même qui m’as dit qu’il avait eu une mauvaise semaine, alors laisse-le respirer un peu.
- — Ses soucis, il les laisse dehors.
- — Tout comme toi, c’est ce que tu fais à chaque fois, n’est-ce pas ?
Isabelle ne sait pas quoi répondre sur le moment, elle sait très bien que sa copine a raison, qu’il y a deux poids et deux mesures. Bien que rembrunie de ne pas avoir de réconfort de la part de sa copine, elle décide donc d’attendre la fin de la soirée, une fois tout le monde parti.
Plus tard dans la nuit, quand ils ne sont plus qu’à deux, Isabelle commence la première les hostilités, mais Gérald riposte vertement, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Le ton monte, et ce n’est pas très joli à entendre, d’où la censure, dont voici un exemple :
- — T’es qu’un #$%@@ ##§%# !
- — Ah oui ? @%%£#@ $£ @#% !
Ça dégénère très rapidement, comme si les deux personnes avaient sauté d’un avion sans parachute, ce qui présage mal de l’arrivée au sol. Excédé, Gérald embarque au passage son ordinateur portable, sa veste et sa sacoche, puis se dirige vers le couloir :
- — Je quitte cette maison et la folle qui y habite, bye !
- — C’est ça, dégage, bon débarras, bon à rien ! Tu reviendras rampant !
Mais voilà, contrairement à ce qu’elle pensait, Gérald n’est pas revenu en rampant…
Lundi
Isabelle se réveille de mauvaise humeur, son mari n’a toujours pas donné signe de vie. C’est la première fois qu’il découche de la sorte après une dispute.
- — Il est parti se réfugier chez qui, ce con ?
Même si elle refuse de le reconnaître explicitement, l’absence de son époux la chagrine, il manque quelqu’un à côté d’elle, Isabelle était habituée à sa présence, à ses petites attentions. C’est toujours quand quelqu’un n’est pas là qu’on constate un certain vide. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, dixit Lamartine. Avant de partir travailler, elle soupire :
- — Bah, il sera sans doute là, ce soir.
Au boulot, elle attend que Gérald se manifeste, mais ce n’est pas le cas durant la matinée, puis le midi. Excédée, en début d’après-midi, elle lui envoie un premier SMS. Aucun retour. Puis un autre. Rien non plus.
Après cinq essais, elle essaye de l’avoir directement mais elle tombe directement sur la messagerie. Au bout du troisième appel, elle décide de laisser un message sur le répondeur. Puis elle attend, mais son mari ne montre pas le bout de son nez : pas même un message écrit ou vocal.
Quand elle rentre le soir, la maison est vide, tout comme le grand lit.
Le choc de mardi
La journée de mardi est à l’image de celle de la veille : Gérald ne se manifeste toujours pas. À la fois irritée et inquiète, Isabelle pense que, là, il exagère !
- — Mais il joue à quoi, cet abruti ?
En fin d’après-midi, après une journée plutôt maussade au boulot, assez affolée par ce qu’elle vient de découvrir en rentrant chez elle, totalement fébrile, Isabelle téléphone tout de suite à sa grande amie, Sylvie :
- — Allo, Sylvie ? Gérald, tu sais quoi ? Il a déménagé toutes ses affaires ! Les placards sont vides !
- — Gérald a fait ça ?
- — Ses vêtements, ses livres, ses outils, tout ce qui était typiquement à lui !
- — Ah, c’est donc beaucoup plus sérieux que je ne le pensais.
S’asseyant sur la massive table basse du salon, Isabelle s’exclame :
- — Mais qu’est-ce qui lui a pris ?
- — Et tu poses la question ?
- — Ben oui !
Téléphone collé à l’oreille, Sylvie commence à faire des grands gestes :
- — Isa, réfléchis deux secondes ! T’as la chance d’avoir un mari largement potable, mais tu passes ton temps à le malmener. Le coup de ce week-end, ça a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est aussi simple que ça.
- — Mais… il devrait être habitué depuis le temps !
- — Il faut croire que non. Tu aurais dû être plus modérée, t’occuper de tes invités plutôt que de continuer à lui balancer des piques. Son orgueil a dû en prendre un sale coup. Et votre dispute d’après n’a pas arrangé les choses.
Isabelle réplique avec ce qui lui semble une évidence :
- — Mais ce n’est pas la première fois que ça arrive ! Et puis, j’ai trop rien dit devant tout le monde.
- — Je reconnais que tu t’es retenue, suite à notre conversation dans la cuisine. Mais tu avais déjà commencé fort. Et tu as quand même continué, avec souvent la pédale douce, je l’avoue.
- — Je sais que j’y vais souvent franco, mais quand même !
Pragmatique, Sylvie assène :
- — La toute première fois aurait dû être la dernière. Si j’avais dit et fait le dixième à mon mari, il m’aurait quitté sur le champ. Il me l’a dit dans la voiture.
- — Oui, mais ton mari, il est spécial.
- — Laisse Andrew tranquille. Si tu veux tout savoir, Isa, j’aurais bien aimé que mon mari ait un peu du caractère du tien, ça m’aurait souvent fait des vacances !
Assez surprise, Isa ne répond rien sur le moment, puis soupçonneuse, elle demande :
- — T’es en train de me dire que tu veux me piquer mon mari ?
- — T’es conne ou quoi ? Voilà un bon exemple de ce que ton mari ne supporte plus, je suppose. Tu sautes trop vite aux conclusions, mais toujours en poussant à fond les curseurs ! Avec toi, c’est eau glacée ou eau bouillante !
Rivée à son idée saugrenue, Isabelle insiste :
- — Tu ne veux pas me piquer mon mari ?
- — Ton Gérald est bien gentil, mais c’est pas mon type d’homme. Sinon, copine ou pas copine, je te l’aurais piqué, il y a bien longtemps !
Assez incrédule, Isabelle s’exclame :
- — Tu me l’aurais piqué !?
- — Bien sûr ! Le caractère de ton bonhomme avec le physique du mien, je signe tout de suite.
- — Et tu m’annonces ça comme ça ?
- — Mais ouvre les yeux, espèce d’andouille ! Franchement, vu ton comportement, je suis étonné que Gérald ne soit pas parti plus tôt. Il devait être bien mordu, et je parie qu’il l’est toujours, mais… moins…
- — Tu… tu crois ?
La réponse qui tombe ensuite ne plaît pas beaucoup à Isabelle :
- — Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse…
- — Et tu crois que c’est beaucoup cassé ?
- — J’en sais rien ! Mais si tu ne remues pas un peu ton cul, si tu ne fais pas un petit effort, la cruche sera explosée en mille morceaux et tu devras en dénicher une autre.
Se levant de la table basse où elle était assise, Isabelle proteste :
- — Tu me remontes le moral, toi !
- — Je te mets les yeux en face des trous, ma vieille, c’est le meilleur service que je peux te donner. Et si tu appelles Magalie, elle te dira la même chose que moi, mais en moins diplomate.
- — Parce que t’es diplomate, toi ?
À l’autre bout, Sylvie répond :
- — Eh oui, je suis en tout cas nettement plus diplomate que toi. Essaye de mettre la main sur ton bonhomme et compose avec lui.
- — Il ne répond pas à mes appels ni à mes SMS.
- — Et ça t’étonne ? Pour que tu l’engueules ?
- — Euh… un peu quand même…
La copine essaye de trouver un commencement de solution :
- — Tu ne sais pas où il s’est réfugié ?
- — Non, je ne sais pas. Pas dans sa famille, je suppose, ils habitent tous trop loin. Un copain, peut-être…
- — Téléphone à son entreprise.
- — À prime vue, Gérald a donné la consigne de ne pas lui passer mes coups de fil.
Sylvie siffle dans ses dents :
- — Ah oui… il doit être trèèès fâché !
- — C’est la première fois qu’il me fait ça. Avant, il répondait toujours au téléphone, même après une grosse dispute.
- — Je pense que c’est encore trop chaud pour lui. Cependant, comme ton mari est raisonnable, il finira par se manifester tôt ou tard.
- — Je le pense aussi.
- — Bon courage à toi, mais… comment dire… Sois plus cool quand vous vous recontacterez, sinon la cruche sera bel et bien cassée. Allez bye !
- — Oui, bye.
Isabelle coupe la communication, elle s’attendait plutôt à ce que sa copine abonde dans son sens, ce qui n’a pas été le cas, une fois de plus. La jeune femme sait qu’elle a parfois, souvent, un caractère assez affirmé, trop même. La dispute qu’ils ont eue ce week-end était classique, banale, même si le début a eu lieu en présence de convives.
Énervée, agacée, elle tourne en rond dans le salon, Gérald est absent là depuis dimanche soir, et ça la perturbe beaucoup plus qu’elle ne l’aurait pensé.
Peut-être que c’est ça : la présence d’autres personnes…
Face à face
Jeudi midi, tandis qu’elle déjeune dans son bureau d’un plat réchauffé au micro-ondes, à sa grande surprise, Isabelle reçoit un bref SMS de son mari :
Aussitôt, elle essaye de l’appeler, mais il ne répond pas. En serrant les dents, elle se résigne à dialoguer avec lui par écrit :
- — Oui, je serai là. Tu rentres ?
- — Non, je ne fais que passer. À tout à l’heure.
Puis Isabelle n’a plus aucune réponse à ses SMS. C’est bien la première fois qu’il est si froid avec elle. Il doit être encore fâché, pourtant ça date de plusieurs jours : dimanche soir, lundi, mardi, mercredi, aujourd’hui. Ou bien, c’est un genre qu’il se donne, pense-t-elle.
- — Tant pis, je verrai ça ce soir. Mais je vais te le…
Elle se fige, ce n’est peut-être pas la bonne solution que de l’enguirlander quand il remettra les pieds à la maison. Elle sent confusément que la situation est assez différente, que Gérald ne tentera pas de l’amadouer, de lisser les angles comme les autres fois, même si…
- — Même si, parfois, il n’y était pour rien, soupire-t-elle.
À l’heure indiquée, revenu chez lui, avec divers papiers en main, Gérald fait face à son épouse abasourdie qui proteste :
- — Mais je ne veux pas divorcer, moi !
- — Pourtant, n’est-ce pas toi qui me disais que je peux partir si je n’étais pas content, que la porte était grande ouverte ?
- — Ce… c’était des paroles en l’air…
- — Des paroles en l’air très très répétitives, à longueur d’année, Isa.
Assez perdue, Isabelle regarde les papiers d’une demande de divorce qui sont maintenant sur la table. Il ne l’appelle plus « ma chérie », « mon trésor » ou « mon amour », mais simplement « Isa », ce n’est pas bon signe. Son mari la regarde étrangement :
- — Je t’aime toujours, Isa, mais nous deux sous le même toit, ce n’est plus possible.
- — Si tu m’aimes encore, pourquoi tu veux divorcer ?
- — Parce que ce n’est plus vivable.
Assez déboussolée, Isabelle s’emporte un peu trop vite :
- — Si tu m’aimais vraiment, tu ne me quitterais pas ! C’est donc que tu mens, il y a une autre femme là-dessus !
- — Arrête tes conneries, tu sais très bien qu’il n’y a pas d’autre femme !
Un peu refroidie, Isabelle ne répond rien. Au fond d’elle, l’épouse sait très bien que Gérald ne l’a jamais trompée. S’il y avait une autre femme, une maîtresse, ça serait plus simple à gérer, Gérald aurait le rôle du salaud et elle de la pauvre victime, mais ce n’est pas le cas.
Toujours impassible, celui-ci s’approche d’elle :
- — Imagine un peu que les rôles soient inversés, que je me comporte avec toi comme tu l’as fait avec moi : tu resterais avec moi ?
- — Je… je peux faire un effort…
- — Tu feras sans doute un effort durant une semaine ou deux, puis ton naturel reviendra au galop. Non, divorçons, ce sera mieux. Notre chance dans cette histoire, c’est qu’il n’y a pas d’enfants en jeu.
Tout en grimaçant, elle s’exclame :
- — Tu divorces parce que tu n’as pas eu d’enfant avec moi ?
- — Arrête de faire les questions et les réponses en même temps, s’il te plaît, c’est quelque chose que j’ai de plus en plus de mal à supporter !
Un peu malgré elle, Isabelle propose :
- — Et… et si on en faisait un, d’enfant…
- — On ne fait pas un enfant pour tenter de recoller les morceaux, Isa… Mais si tu veux tout savoir, j’ai eu l’espoir que la naissance de notre enfant adoucirait éventuellement ton caractère, et que nous pourrions faire une famille unie. Mais ce qui est fait est fait, nous n’en avons pas eu.
- — Tu crois que… ça aurait arrangé les choses ?
- — Peut-être… je n’en suis pas certain à cent pour cent, mais la maternité t’aurait probablement fait du bien…
- — Tu aurais fait un bon père, je crois…
Un peu surpris par cette dernière phrase, Gérald lâche :
- — Ah, un compliment, c’est rare !
- — Arrête d’être méchant avec moi !
- — Je ne suis pas méchant, c’est le genre de gentillesse que tu me balances à longueur de temps. Du genre : c’est rare que je fasse la vaisselle, que je fasse le ménage et j’en passe, alors que, dans l’écrasante majorité, c’était moi qui le fais. Ose me dire le contraire.
Énervée, elle riposte :
- — Je le faisais touj… euh, souvent !
- — Tu as failli dire « toujours », alors que tu sais très bien que c’est faux. Non, c’est pas toi qui faisais « toujours » la vaisselle ou la cuisine. Tu vois, il n’y a presque plus rien à sauver de notre mariage.
- — Tu as dit « presque » …
Toujours debout, raide comme un i, monolithique, il propose :
- — Laissons passer un peu d’eau sous les ponts : deux-trois mois. Et si rien ne s’améliore, on divorce, on vend la maison, on fait cinquante-cinquante.
- — Vendre la maison ?
- — Ou bien, tu rachètes ma part.
- — Tu ne me la laisses pas ?
La réponse fuse tout de suite, mordante :
- — Et quoi encore ? Tu veux que je te laisse tout et que je parte sans rien ?
- — C’est toi qui veux partir !
- — Je te propose un divorce à l’amiable et toi, tu veux tout ? Bon, très bien, oublie mon histoire de deux-trois mois.
Elle se précipite sur lui, sans toutefois oser le toucher :
- — Ah non ! On essaye, on va y arriver !
- — J’ai des doutes… des gros doutes…
- — Non, on essaye ! On refait chambre commune, tu réinstalles tes affaires, on efface l’ardoise.
- — Normalement, on est censé en discuter avant, de s’arranger sur les modalités. Comme d’hab’, tu veux décider de tout.
- — Mais… c’est la seule solution imaginable, non ? Tu reviens vivre ici, c’est logique !
Toujours aussi monolithique, Gérald croise les bras :
- — J’avais plutôt dans l’idée de continuer à vivre ailleurs, mais de souvent venir te voir, voire de recommencer à zéro, comme à nos débuts.
- — On se connaît déjà, non ?
- — Donc, ça ne t’intéresse pas que je te refasse la cour ?
- — Euh… c’est pas puéril ?
Décroisant les bras, Gérald les laisse pendre le long de son corps en soupirant :
- — C’est puéril… Je tente de raviver la flamme, de nous reconstruire, mais toi, tu trouves que c’est puéril.
Comprenant qu’elle vient sans doute de dire une grosse bêtise qui risque d’éloigner définitivement son mari, Isabelle se presse carrément contre lui :
- — Attends, attends, attends ! On… on va essayer…
- — Non, on ne va pas essayer, puisque c’est puéril.
- — J’ai parlé trop vite !
- — Tu parles souvent trop vite, Isa…
- — Je sais… j’en suis consciente…
Presque malgré lui, Gérald enlace sa femme. Elle se dit que tout n’est pas perdu. Regardant par-dessus la tête de sa femme qui est plus petite que lui, il demande :
- — Est-ce que tu veux vraiment continuer à être marié à un bon à rien qui ne fait rien dans la maison et qui ne sert à rien ?
- — T’exagères !
Baissant la tête, il la regarde droit dans les yeux :
- — Non, je ne fais que te refournir les phrases que tu me balances souvent : bon à rien, qui ne fait rien, qui sait rien faire, etc.
Elle se mord les lèvres :
- — Tu sais comment je suis…
- — Je sais, je t’ai épousée en connaissance de cause, mais j’ai fait la connerie de croire que tu t’adoucirais. Mais là, je sature, et je constate que rien n’a changé depuis tout ce temps.
- — Si, si, un peu.
- — Non, rien de rien, tout comme je suis un bon à rien.
Bien que décidé à se modérer, Isabelle s’agace :
- — Tu vas me le sortir souvent, ça ?
- — Tu me le sortais tous les jours, plusieurs fois par jour.
- — T’en fais toujours trop !
Enlaçant toujours sa femme, il répond sobrement, d’un ton neutre, trop détaché, qui inquiète un peu Isabelle :
- — Non, c’est juste la stricte vérité. Tu raisonnes en noir ou blanc, et quand c’est pas noir, c’est fatalement blanc, idem pour l’inverse. Moi, je raisonne beaucoup plus en nuances de gris, voire en couleur.
- — Oui, et alors ?
- — Ce n’est pas génialement compatible. Et je te préviens, je n’ai plus envie de faire des efforts, que tu sois contente ou pas contente. J’ai assez donné.
C’est bien la première fois que son mari parle ainsi, ce qui inquiète encore plus sa femme. Si elle prend du recul, Isabelle doit admettre que Gérald a souvent arrondi les angles entre elle et les autres. Mais s’il ne veut plus faire l’effort entre elle et lui, ça présage mal.
- — Ce… c’est rare que tu parles comme ça…
- — Je suis lassé.
- — Il te faudra combien de temps pour ne plus être lassé ?
- — Je ne sais pas.
Le silence s’installe. Gérald le rompt peu après :
- — Bon, nous sommes jeudi soir, je repasserai lundi soir, le temps de te laisser réfléchir. S’il n’y a plus rien à faire, on lance le divorce.
- — Et s’il y a quelque chose à faire ?
- — On avisera. N’essaye pas de me joindre, je ne te répondrai pas.
- — Mais pourquoi ?
- — Parce que je l’ai décrété ainsi.
Cette phrase très impérative surprend la jeune femme. Le baiser qu’il dépose sur son front aussi. Le temps qu’elle réagisse, Gérald a déjà disparu. Revenue de sa surprise, elle se précipite vers la porte d’entrée pour constater qu’elle est étrangement verrouillée. Agitée, elle fouille son sac pour retrouver ses clés. Quand elle déboule enfin dans la rue, la voiture de Gérald s’éloigne déjà au lointain.
Entre deux dates
Isabelle est partagée entre diverses tendances. D’un côté, elle voudrait récupérer son mari, celui d’avant, pas la nouvelle version qu’elle a eue sous les yeux la dernière fois. De l’autre côté, elle se dit « bon débarras, j’ai pas besoin d’un homme qui sait rien faire », même s’il en fait quand même un peu, un peu beaucoup. Elle sent confusément que plus rien ne sera comme avant.
Et vivre avec l’homme qui est venu apporter les papiers du divorce lui fait froid dans le dos.
À nouveau, elle s’en ouvre au téléphone avec Sylvie, elle essaye de relater correctement ce qui s’est passé. Sa copine lui demande :
- — Gérald a vraiment dit ça ?
- — Oui.
- — T’en rajoutes pas un peu, comme tu as l’habitude de le faire ?
Isabelle fronce des sourcils :
- — Comment ça : comme j’ai l’habitude de le faire ?
- — Écoute, Isa, c’est pas un grand secret que tu arranges les événements à ta sauce. Il était vraiment si glacial que ça ?
- — Oooh oui !
Sylvie se moque un peu :
- — Remarque, quand t’es habituée au grand soleil, quand tu passes à l’ombre, t’as l’impression d’être arrivée au Pôle Nord.
- — Le Pôle Nord ? Tu pousses !
- — Tu as des coins en Sibérie qui sont encore plus froids. Mais passons. En clair, tu ne l’as pas engueulé, c’est déjà un bon point.
Radoucie, Isabelle admet :
- — Je… j’ai pas osé. J’aurais pu, mais j’ai vite compris que ça foutrait tout en l’air. Ce n’était plus vraiment mon mari que j’avais en face de moi, mais quasiment un inconnu ! Ça fait tout drôle !
- — À toi de voir si tu veux le récupérer ou pas.
- — Ben, c’est ça, le problème… J’ai franchement pas envie de divorcer, mais d’un autre côté, je me dis que s’il veut partir, qu’il parte.
- — D’après ce que tu m’as raconté, il semble vouloir sauver les meubles, même si c’est « puéril ».
Isabelle se fâche à moitié :
- — Ah non, tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi !
- — T’as conscience que t’as raté le coche à ce moment précis ?
- — Oui, je sais, j’ai fait une connerie, j’ai parlé trop vite…
Fidèle à son habitude d’appeler un chat un chat, Sylvie ne semble pas décidée à être apaisante :
- — Oui, t’as laissé ta partie naturelle s’exprimer, Madame « petites phrases assassines ».
- — Oh, j’ai fait pire, tu sais !
- — Je n’en doute pas un seul instant, d’autant que je t’ai vue à l’œuvre le dernier week-end. Donc, il revient lundi, c’est ça ?
- — Oui, c’est ça.
Sylvie réfléchit tout haut :
- — Bon, d’ici là, je ne pense pas qu’une autre femme viendra te le piquer, d’autant que ça laisse à penser que la porte n’est pas définitivement close. Mais elle n’est pas non plus largement ouverte.
- — Pourquoi tu parles d’une autre femme ?
La réponse arrive sans fard :
- — Que tu le veuilles ou non, ton mari a une certaine cote sur le marché, on a vu nettement pire comme compagnon, nettement !
- — Moi aussi, j’ai la côte sur le marché !
- — Tu es une belle femme, mais tu es difficile à vivre. T’as usé combien de bonhommes avant de mettre la main sur Gérald, hmmm ?
Isabelle se mord les lèvres :
- — Tu m’aides ou tu m’enfonces ?
- — Je replace l’église au centre du village. Je ne fais pas la pub de ton mari, mais avoue que t’aurais pu tomber plus mal. Et comme je te l’ai déjà dit, je suis étonnée que le clash n’arrive seulement que maintenant.
- — Avec des amies comme toi, pas besoin d’ennemis !
- — Isa, tu es ta première ennemie. Si je suis brutale avec toi, c’est pour ton bien, il faut que tu réalises pleinement les faits, même s’ils ne sont pas jouissifs. Surtout que lundi soir arrivera très très vite. Tu joues vraisemblablement la survie de ton couple.
Tiraillée, Isabelle soupire :
- — Je sais… mais je ne sais toujours pas quoi penser, quoi faire…
- — Perso, j’essayerais de recoller les morceaux avec Gérald, c’est ton meilleur choix. Maintenant, si tu veux être une femme libre, voire libérée : divorce.
- — Je reconnais que… c’est assez tentant…
Sylvie exprime le fond de sa pensée :
- — Bien foutue comme tu es, t’auras sans problème des tas de mecs dans ton lit, treize à la douzaine, mais ils ne resteront jamais longtemps si tu te comportes avec eux comme tu as pu le faire avec ton mari.
- — Et alors, c’est pas plus mal qu’ils dégagent ! Je ne vais quand même pas leur faire des petits plats mijotés et chauffer leurs pantoufles !
- — Isa, c’est toi qui vois. Je ne suis pas à ta place. Moi, je t’ai dit ce que je ferais.
L’épouse délaissée s’énerve :
- — Oui, me piquer mon mari !
- — Arrête avec ça, Isa !
- — Qui me dit qu’il ne me quitte pas pour toi ?
La réponse arrive, ferme, assez froide :
- — J’aime Andrew, même s’il n’est pas le meilleur homme au monde. De plus, c’est le père de mes enfants.
- — Et moi, j’en ai pas eu, c’est ça ?
- — Bon, visiblement, on ne peut plus discuter avec toi. Réfléchis bien, Isa. Bye !
Puis Sylvie raccroche tout de suite, ce qui étonne fortement Isabelle, car c’est la première fois que ça lui arrive. Elle se laisse choir dans un fauteuil :
- — Tout le monde m’abandonne : Gérald, Sylvie… c’est qui le prochain ?
Dix minutes plus tard, après avoir broyé beaucoup de noir, Isabelle se lève :
- — Je me suis peut-être fait des films… mais pourquoi je suis comme ça ?
Assez déprimée, elle se dirige vers le réfrigérateur.
Jusqu’à lundi
Le vendredi et le week-end ne sont pas joyeux pour Isabelle, la maxime de Lamartine se révélant cruellement juste. L’ancienne présence de Gérald plane partout dans la maison et même quand elle part faire quelques courses.
- — C’est vrai qu’on les faisait à deux, alors que beaucoup d’hommes n’aiment pas ça.
Elle ne se réjouit même pas d’avoir le lit pour elle toute seule. Mais elle est bien consciente que, si son époux était à nouveau présent, elle serait bien capable de lui reprocher qu’il prenne trop de place !
- — Eh merde ! Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
Elle regarde par la fenêtre, le week-end lui semble démesurément étiré.
Lundi
En cette fin d’après-midi, après le boulot, debout, les deux époux se font face dans le salon. Tout de suite, Gérald attaque dans le vif du sujet :
- — Tu as décidé quoi, toi ?
- — Si tu me le demandes, c’est que tu penses qu’il y a encore un espoir.
- — Même si je ne devrais pas te le dire, tu n’as pas tort. Mais il s’apparente plus à la flamme d’une bougie qu’à un feu de Saint-Jean.
À ces mots, Isabelle devient nostalgique :
- — Tu te rappelles du gros feu de Saint-Jean, un peu avant notre mariage ?
- — Je me rappelle tous nos feux de Saint-Jean, il y en a eu trois.
- — Ah oui, c’est vrai, t’es un spécialiste des dates, c’est même pour ça que tu n’oublies jamais une fête ou un anniversaire. À ce niveau, tu es très différent des autres hommes… Sylvie se plaint assez du manque de mémoire de son mari : il oublie toutes leurs dates à eux deux, mais certainement pas qui a joué contre qui, à quelle date, avec quel score, et même qui a marqué ! Un vrai taré du foot !
Pour la première fois depuis le fameux week-end, Gérald sourit :
- — Andrew est quand même un numéro spécial…
- — Oui, je m’imagine mal mariée à ce type !
- — Et moi, à sa femme.
Cette petite phrase fait beaucoup plaisir à Isabelle, elle sourit à son tour :
- — Pourtant, elle est bien, ma copine.
- — À chacun ses goûts et ses couleurs.
La jeune femme sent que c’est à elle de faire le premier pas, elle s’approche de son mari pour venir se planter à cinquante centimètres de lui :
- — Gérald, pour être franche, je préfère rester mariée avec toi. Mais… je reconnais qu’il va falloir remettre à plat divers points de détail, et que tu aies de la patience…
- — Pourquoi veux-tu rester mariée avec moi, Isa ?
Elle est étonnée par cette demande qui lui semble incongrue :
- — Parce que je t’aime et parce que tu m’aimes !
- — Tu m’aimes ? Tu me l’as rarement dit et prouvé…
- — Je t’aime à ma façon… si je n’éprouvais rien pour toi, je serais partie depuis longtemps.
- — L’habitude, la sécurité…
Isabelle se met à afficher un petit rictus :
- — Je vais être à nouveau franche avec toi : j’ai bien songé à divorcer pour ensuite m’amuser comme une petite folle en couchant avec tous les mecs qui auraient pu me plaire, comme Laurine a pu le faire…
- — Beau programme…
La jeune femme est étonnée du manque de réactivité de son vis-à-vis :
- — Tu n’es pas fâché, pas étonné ?
- — Tu as dit « j’ai bien songé », ce qui ne signifie pas automatiquement un passage à l’acte. On peut penser à des tas de choses, avoir des tas d’envies plus ou moins saugrenues, des fantasmes en somme. On y pense, mais on ne le fait pas.
- — Oui, c’est vrai…
S’animant un peu plus, le mari continue :
- — Et puis, quand je t’ai rencontrée, il y avait un certain turn-over dans ton lit…
- — J’aurais aimé que ces enfoirés restent un peu plus longtemps qu’une nuit ou deux…
- — Moi, je suis resté.
Le regardant dans les yeux, Isabelle pose ses mains à plat sur la chemise de son mari, celui-ci ne frémit pas. Cependant, il constate tout de suite :
- — Ah, une bague qui me dit quelque chose… celle de ta grand-mère, n’est-ce pas ?
- — Oui, c’est celle qui me vient de ma grand-mère… c’est une bague particulière qui lui a porté chance plus d’une fois, d’après ce qu’elle disait.
- — Tu en as parlé plusieurs fois. Tu crois que cette bague aura le même effet sur toi ?
- — Ça ne me coûte rien de la mettre aujourd’hui…
Puis elle enchaîne :
- — Oui, je sais que tu es resté, nous nous sommes même mariés… Puisque tu veux tout savoir, j’ai été étonnée que tu sois resté après la première nuit, que tu veuilles continuer avec moi. Tu m’intriguais, mais… je… je n’étais pas amoureuse, pas vraiment, au tout début. Mais tu me plaisais.
- — À moi de dire : je sais. Tu as changé d’idée lors de ce week-end à la mer. Plus précisément quand nous nous sommes baladés sur la plage, près de la pointe du Délour.
- — Même ça, tu le savais ?
Glissant ses bras vers le cou de son mari, elle le regarde intensément :
- — Je ne peux pas te promettre d’être parfaite, je suis comme je suis, mais je vais faire un effort. De ton côté, ne me cache rien, dis-moi ce qui ne te plaît pas, et tant pis si on se dispute.
Il pose ses mains sur la taille de son épouse :
- — Le jeu de la vérité, en quelque sorte ?
- — On va le dire comme ça.
Puis elle le regarde intensément.
Fins
Comme lors d’une très ancienne histoire que j’ai écrite, je propose à présent deux fins au lecteur/lectrice : la version optimiste et la pessimiste. Qu’il/elle fasse son choix à sa convenance…
Version pessimiste
Fermant les yeux, elle tend ses lèvres. Cédant à son appel, Gérald l’embrasse, comme s’ils étaient revenus plusieurs années en arrière. Leurs bouches se cherchent, se dévorent, les mains s’égarent. Le feu reprend.
Le feu reprend tellement bien que le couple réconcilié se retrouve très vite dénudé sur le lit conjugal, comme s’il avait des mois et des mois de retard à rattraper. Gérald se dit que sa femme est trop souvent invivable mais qu’elle l’excite toujours à mort malgré les années qui passent. Quant à Isabelle, elle apprécie beaucoup d’être encore et toujours l’objet de désir de son mari.
Ils font ainsi l’amour, une fois, deux fois, trois fois…
Gérald est allongé sur le ventre, Isa balade ses mains sur son dos, il apprécie beaucoup. Soudain, il sent comme une piqûre dans son cou, puis tout de suite un étourdissement, comme si la pièce dansait autour de lui. Sa vision se trouble. Instinctivement, il met sa main sous son oreille pour y découvrir une toute petite tache de sang sur un de ses doigts. À moitié étourdi, il demande :
Sa femme tend sa main trouble :
- — Une bague avec une aiguille empoisonnée… c’est ainsi que ma grand-mère a pu résoudre certains problèmes.
- — Tu veux dire, tous ses maris ? Mais… mais pourquoi moi ? Alors que nous venons de…
- — Parce que, moi, on ne me quitte pas ! Si tu n’es plus complètement à moi, tu ne seras à personne d’autre !
Il essaye de se redresser, mais il n’y arrive pas :
- — Même si j’avais prévu de…
- — On dira que nos retrouvailles ont eu raison de ta santé. Je te regretterai beaucoup, mon chéri, mais je ne préfère pas prendre de risque.
Tandis qu’il s’effondre définitivement, Gérald a le temps de se dire que son épouse est décidément un cas qui sort de l’ordinaire. Puis arrive le néant.
Version optimiste
Fermant les yeux, elle tend ses lèvres. Cédant à son appel, Gérald l’embrasse, comme s’ils étaient revenus plusieurs années en arrière. Leurs bouches se cherchent, se dévorent, les mains s’égarent. Le feu reprend.
Quand leurs bouches se séparent, Isa prend la parole :
- — Ma grand-mère a eu plusieurs maris. Moi, je n’en veux qu’un seul… si tu te sens d’attaque à revivre avec moi, tel que je te l’ai proposé.
- — Je veux bien être gentil avec toi, mais pas poire.
- — Donc, tu es OK ?
Bien qu’il l’enlace toujours, la réponse est mitigée :
- — Ce n’est pas que je n’ai pas confiance en toi, tu es sans doute sincère, mais on ne change pas de caractère comme ça du jour au lendemain. De ce fait, je ne me réinstalle pas ici, mais nous nous verrons souvent, très souvent.
Adoucissant volontairement sa voix et lui adressant un large sourire, sa femme lui murmure :
- — Tu souhaites vraiment me faire « puérilement » la cour ?
- — J’aurais aimé te courtiser quand nous étions ados, mais nous nous sommes rencontrés bien plus tard. Tant pis…
- — Oh, tu n’aurais pas fait une bonne affaire : j’étais pire quand j’étais ado !
Gérald hausse les sourcils :
- — Faut pas demander ! Tu es en train de me dire que j’ai récupéré le meilleur de toi ? Ça fait peur !
- — Tu ne t’es pas toujours plaint de ma petite personne. Pour preuve, ce qui se manifeste sous ta ceinture…
Il la serre férocement contre lui :
- — Je dois avouer que tu m’as toujours fait de l’effet.
- — Donc, je t’ai manqué durant cette semaine d’abstinence ?
Gérald pourrait insinuer que cette semaine n’a peut-être pas été abstinente, mais il estime que ce n’est pas le moment, surtout en pleine phase de réconciliation. Il la regarde droit dans les yeux, elle frémit. Puis son front posé contre celui de son épouse, il murmure :
- — Tu es une sacrée chipie, mon amour, mais… j’avoue que je suis incapable de me passer de toi, je suis trop accro ! Même si c’est désuet de le dire, tu es le soleil de mon existence !
Se frottant impudiquement contre son mari, Isabelle lui envoie un sourire radieux :
- — C’est une très très bonne réponse, mon chéri !
Puis elle l’embrasse fougueusement. Tandis qu’ils se livrent tous les deux à une passion retrouvée, Isabelle enlève en catimini la bague qu’elle porte au doigt.
- — Il ne faudra pas qu’il arrive un accident… du moins, pas aujourd’hui ! pense-t-elle.
La bague chute sur un canapé, tandis que le couple se dirige fiévreusement vers la chambre à coucher.