| n° 23561 | Fiche technique | 45661 caractères | 45661 7858 Temps de lecture estimé : 32 mn |
23/03/26 |
Résumé: Claire et Thomas se sont rencontrés par hasard, réunis par un humour particulier. Le soir où tout semblait parfait pour que leur relation franchisse un cap, un déclencheur inattendu amène chacun à s’avouer quelque chose. De cette double confidence naît l’imprévu. | ||||
Critères: #psychologie #initiation #premiersémois fh | ||||
| Auteur : Wan-chote Envoi mini-message | ||||
Claire s’ennuyait dans une soirée. Léa l’avait laissée tomber pour aller se bécoter avec son flirt du moment. Derrière elle, un type parlait fort, riait fort, envahissait tout son espace sonore. Claire finissait son cocktail en subissant la conversation lorsqu’elle entendit :
La dernière gorgée de Claire repartit dans son verre par une narine. Elle se tourna. Thomas. Claire était de celles que l’on remarque immédiatement, Thomas de ceux dont on se souvient.
Cela avait eu lieu quelques mois en arrière. Ce soir, ils avaient dîné dans une brasserie conviviale, parlé de tout et de rien, résolu le problème mondial des présentations PowerPoint dont plus personne ne voulait. La fois d’avant, Claire lui avait fait découvrir la salsa. Thomas, dont la souplesse se situait approximativement entre celles d’une poutre et du caractère du doyen de la fac, avait fait de son mieux. Claire n’avait pas montré tout ce dont elle était capable, car l’ego des hommes est une petite chose fragile à laquelle il faut faire attention, et à la fin de la soirée, ils avaient failli s’embrasser, il s’en était vraiment fallu d’un rien. Thomas avait raté le moment. Claire avait été un peu déçue. Mais cette fois-ci, tout semblait parfait et, sauf catastrophe naturelle, il ne pouvait y avoir d’autres issues.
Thomas venait de se garer en face de la résidence de Claire. Ils se souriaient. Aucun des deux n’osait prendre la parole en premier. Thomas remarqua comme une lueur de gêne dans le regard de Claire. Alors, celle-ci ouvrit la bouche.
Thomas fit une légère moue. Il venait de recevoir intérieurement l’équivalent d’une piscine olympique d’eau froide, mais il ne laissa rien paraître de l’intensité de cette confession. Il demanda d’une voix assez neutre.
Claire se doutait de la tournure qu’allaient prendre les événements, mais tant pis, c’était déjà trop tard.
Claire avait beau ne pas révéler son secret pour la toute première fois, cela restait une épreuve. Son débit s’était accéléré, son souffle n’était pas maîtrisé, cela restait compliqué, et elle ne se sentait pas libérée. Des années avant de comprendre, d’accepter, de s’accepter – et toujours cette sourde culpabilité d’être qui elle était. Elle connaissait juste le début, c’était la suite qui se dérobait. C’était comme une malédiction. Ressentir autant, et ne pas pouvoir aller là où tout le monde se rendait si naturellement. Dans les images. Dans les conversations. C’était partout, elle ne pouvait pas y échapper.
Maintenant, il y aurait une suite, il y en avait toujours une. C’était le moment où le garçon allait lui dire que c’était une tordue, qu’il fallait vraiment qu’elle se fasse aider – non, soigner ! – ou qu’avec lui, ça allait changer. C’était énervant. Il y avait toujours cette pointe de colère, de rage dans la déception qui s’ensuivait. Dommage pour elle qu’elle continue de se sentir attirée par certains hommes, comme Thomas depuis un bon moment à présent.
Thomas restait calme. Le premier mot qui sortit de sa bouche fut :
Claire dévisagea Thomas. Elle attendait la suite. Thomas mit quelques secondes à comprendre qu’il ne pouvait pas en rester là.
Claire ne s’attendait pas à cela. Elle était maintenant en terrain inconnu.
Thomas prit une seconde. Pas pour chercher quoi dire, plutôt pour s’assurer de ne pas dire de bêtise.
Claire écarquillait les yeux. Depuis le départ, elle avait senti que Thomas était différent. Thomas avait un sourire encourageant, comme s’il devinait la difficulté de Claire à s’assumer telle qu’elle était et qu’il lui disait tacitement, tu n’as de compte à rendre à personne, sois toi-même et tout ira bien.
Claire n’avait pas prévu ça. Personne ne lui avait jamais répondu ça.
Thomas, quant à lui, déglutit. Cette soirée prenait une direction qu’il n’aurait pas imaginée. La petite voix criait dans sa tête qu’il devait en rester là. Surtout, ne rien ajouter, et surtout pas… Bah, foutu pour foutu ! La voix se tut ; il prit son courage à deux mains – qui étaient moites – et se lança d’un coup, comme un sparadrap qu’on retire.
Thomas sentit son pouls cogner dans ses tempes. Il n’avait jamais osé. Et là, bizarrement, à côté de la jeune femme qui lui plaisait énormément, il se sentait pour la première fois en capacité de le dire. S’il voulait aider Claire à mieux vivre ce qu’elle venait de lui révéler, autant montrer l’exemple.
Claire resta bouche bée.
À présent, c’était Thomas qui se sentait bête. Il s’attendait à ce que Claire le dévisage avec dégoût, qu’elle le traite de pervers, qu’elle claque la porte de la voiture avec violence. Ou peut-être qu’elle soit prise d’un rire moqueur et cruel. Mais rien de ceci n’arriva. Son regard était certes fixe sur lui, mais Claire semblait plutôt se dire qu’elle n’aurait jamais soupçonné cela chez lui.
Elle détourna le regard. Chacun regardait droit devant. Au bout de quelques instants, Claire se contenta d’un simple :
Thomas la regarda comme une poule trouvant un couteau. Elle enchaîna.
Claire eut un grand sourire et envie de pouffer, mais elle ne le fit pas. Mordillant intérieurement sa joue, elle se tourna vers Thomas, fronçant les sourcils. Elle semblait perplexe.
Thomas eut la gorge sèche. Il ne s’attendait pas à un interrogatoire. Il ne savait pas non plus ce qu’il pouvait se permettre de dire, ou de ne pas dire. Mais il sentait que Claire méritait qu’il ne lui cache rien.
Claire était en train de réfléchir. Elle commenta la proposition de Thomas d’un ton très désinvolte.
Thomas continua sans tenir compte de son objection.
Claire acquiesça d’un hochement de tête. Elle marqua une courte pause, et une lueur malicieuse passa dans son regard.
Thomas la regarda une seconde.
Claire ne répondit pas immédiatement. Quelque chose dans le ton de Thomas – pas blessé, juste sincère – lui fit réaliser qu’elle avait mis les pieds quelque part où elle n’aurait pas dû. Il se confiait. Elle s’était moquée. Et au fond, sans se l’être avoué, elle avait trouvé l’idée bizarre – comme si elle n’avait pas, elle aussi, ses propres bizarreries à assumer. Elle qui, justement, n’avait pas été jugée.
Claire regarda devant elle, et la réponse lui apparut comme si elle avait eu une illumination, alors que c’était juste ce qu’elle avait sous les yeux. Elle mit autant d’ardeur et de satisfaction dans son exclamation que si elle avait trouvé la bonne réponse à une question difficile.
Thomas rougit immédiatement à cette question.
Il commençait à faire chaud dans cette voiture. Claire s’amusait pourtant toujours de cette situation. Mais si, au départ, sa curiosité l’intriguait comme une petite fille, la conversation commençait à prendre une autre tournure.
Claire fut surprise.
Le regard de Claire se perdit au loin. Il y eut un silence qui commençait à gêner un peu Thomas. Claire reprit la parole, semblant plus se parler à elle-même qu’à Thomas.
Thomas n’eut pas le temps de reprendre la parole. Claire poursuivit.
Thomas regarda Claire, stupéfait. Il resta sans réponse. Sans ajouter un mot, il tourna la clé et le moteur démarra. Il n’y avait qu’une dizaine de minutes pour arriver à son appartement, mais elles furent longues, chacun restant silencieux. Claire avait-elle dans un coin de la tête cette image d’elle qu’on lui avait renvoyé à plusieurs reprises, une jeune fille devenue jeune femme trop sérieuse et sage ? Elle avait même dû encaisser une fois « lisse », ce qui l’avait mise hors d’elle. Mais au fond, qu’avait-elle fait de si extravagant dans sa vie ? Elle pouvait certes se montrer tempétueuse et très spontanée, c’était assurément une cérébrale. Et là, l’occasion de se connecter à l’inconnu était trop tentante, pas question de se dégonfler. Peut-être, dans quelques années, ce ne serait rien d’autre qu’une parenthèse insensée, qu’en toute bonne foi elle assurerait ne jamais avoir vécu ?
Au moment de descendre de la voiture, Thomas se tourna vers Claire comme pour lui demander quelque chose. Malicieuse, elle ouvrit aussitôt la portière et se mit à courir dans la rue comme une enfant. Il la regarda partir et fut pris d’un fou rire.
Claire éclata de rire à son tour. Elle semblait un peu saoule. Ce n’était pas le cas, ils avaient à peine bu un verre chacun dans la soirée. Ou alors, l’ivresse n’avait rien d’éthylique. Thomas avança jusqu’à la porte de sa résidence. Claire restait à quelques mètres de lui, riante. Il lui ouvrit la porte en inclinant le buste.
Elle monta rapidement les étages et arriva un peu essoufflée. Thomas prit son temps et la rejoignit quelques secondes plus tard. Il ouvrit la porte, alluma la pièce, et Claire entra à son tour.
Elle découvrit une pièce assez grande, plutôt bien rangée, si l’on exceptait la table qui débordait de livres en pagaille. Elle savait déjà que Thomas était soigné. Contre le mur, sur la droite, elle découvrit le canapé. Il était grand. Elle aurait la place de s’y allonger sans peine.
Claire regarda Thomas fixement et ne répondit pas à sa question. Ou plutôt, il était évident qu’elle ne venait pas pour boire, il n’était pas nécessaire d’ajouter un mot. Elle enleva ses chaussures et les déposa à côté de la porte, ainsi que son sac. Thomas alla dans une pièce sur la gauche et en ressortit quelques secondes plus tard avec un oreiller – faute de coussin – et un tube de crème apaisante dans les mains qu’il alla poser sur le canapé. Puis, il s’approcha de Claire, lui prit délicatement une main dans la sienne, et elle se laissa amener juste à côté du canapé. Thomas s’y assit, au milieu. Il y eut une courte pause entre eux. Elle, debout devant lui, pouvait donner l’impression de le dominer en cet instant. Thomas plaça l’oreiller sur ses cuisses et attendit. Tout ceci devenait terriblement réel. À ce moment précis, Claire n’osait plus le regarder. Elle ne savait pas ce qu’elle ressentait exactement. Pour une fois, cela ne lui semblait pas indispensable de le savoir.
Claire avait les joues en feu, quelque chose d’affolé battait dans sa poitrine. Elle glissa un genou sur le canapé à la droite de Thomas, puis un deuxième. Il y eut une fraction de seconde où tout aurait pu s’arrêter. Elle aurait pu se redresser, rire, dire que c’était une mauvaise idée. Mais non. Elle s’allongea sur lui. Claire ne savait pas si elle devait dire quelque chose ou non ni si elle devait faire un autre mouvement. Elle ne savait pas trop où placer ses bras. Ce qu’elle savait, c’est qu’elle était là, et qu’elle avait choisi d’y être. Thomas lui demanda si elle était bien installée, et elle répondit que oui, enfin, elle croyait que oui.
Thomas avait commencé par se demander s’il rêvait. Puis, s’il pourrait contrôler ce tremblement et conserver ses mains fermes. Et là, il en était à se demander si elle acceptait ce qui arrivait comme ils en avaient discuté. Il hésitait à lui poser la question. Il avait peur de se montrer hésitant, mais il ne voulait pas faire quoi que ce soit qu’elle aurait refusé. Il attendit quelques secondes, et procéda avec lenteur, afin de laisser tout le temps à Claire de se manifester si elle voulait mettre fin à tout cela. Il lui aurait suffi d’un geste. Ou d’un mot, enfin, deux pour être précis, et ce serait terminé. Mais elle ne fit rien de tout cela. La curiosité était la plus forte.
Thomas commença par soulever la jupe de Claire et découvrit le collant qui protégeait ses fesses. Il resta là encore quelques instants immobile, ne voulant ni hâter la suite ni faire douter Claire. Puis, il entreprit de descendre le vêtement dont la présence n’était plus souhaitée. Ce n’était pas simple et ses doigts manquaient singulièrement d’assurance. Claire s’en rendit rapidement compte, et sans ajouter un mot, elle se suréleva légèrement et se dandina, ajoutant elle aussi une main, afin que le collant descende le long des cuisses. Ce fut elle aussi qui s’occupa de sa culotte. Puis elle reprit la position. Elle n’était pas certaine d’être prête. Lui non plus.
Le premier coup de Thomas fut énergique. La claque fit tendre quelques muscles de Claire, et la douleur s’installa, suivie rapidement par la sensation de chaleur. Thomas attendit quelques instants avant de poursuivre. Claire ne se manifesta d’aucune façon. Il demanda par acquit de conscience.
Claire hocha la tête sans prononcer un mot. Alors, Thomas reprit. Il y eut une autre claque. Puis une autre. Puis encore une autre. Claire se concentrait sur les informations que son corps lui envoyait. La situation était tellement improbable. On lui aurait décrit la scène qu’elle était en train de vivre, elle aurait ri au nez de son interlocuteur. Et pourtant, cela lui arrivait. C’était pénible. Incongru. Troublant – ce dernier mot lui coûtait.
Ses fesses étaient à présent bien rosies. Thomas continuait la fessée en prenant du temps entre deux claques, mais moins qu’au début. Ses doigts aussi se teintaient de rouge et commençaient à lui faire mal. Claire poussait maintenant de légers gémissements à chaque coup. Depuis la voiture et sa décision soudaine, elle s’était imaginé beaucoup de choses. À avoir mal, oui. À se sentir étrange, probablement. À vouloir arrêter, peut-être. Mais pas à ça – cette façon qu’avait son corps de recevoir chaque claque comme une information nouvelle, imprévisible, dont elle ne savait pas quoi faire.
Juste après qu’il se soit demandé si elle allait lui demander d’arrêter, Thomas eut sa réponse.
Quelque chose était remonté sans prévenir, trop grand pour rester où il était. Claire ne savait pas encore comment l’appeler. Thomas arrêta immédiatement son geste. Claire tourna le visage vers lui. Les larmes ne coulaient pas, mais elle avait les yeux embués et une goutte au nez. Il lui donna un mouchoir pour son visage et attrapa la crème qu’il utilisait habituellement pour ses ampoules.
Il ne fallut que quelques secondes pour que la crème soulage Claire. Elle en ferait de la publicité gratuite. Cela lui arracha un sourire que Thomas ne comprit pas. Cela n’avait pas d’importance.
La crème soulageait certes la douleur, mais, pour ce qui était de son excitation, l’affaire n’était pas la même. De l’huile sur le feu, dans tous les sens du terme. Alors que Thomas s’appliquait à masser méthodiquement les parties charnues qui avaient été mises à rude épreuve, Claire eut un premier mouvement de bassin involontaire. Il était impossible que Thomas ne s’en rende pas compte, mais il ne réagit pas. Le corps de Claire prit alors les commandes malgré elle, et il n’allait pas s’excuser. Claire commença à contracter quelques muscles en accompagnant le mouvement. Thomas fut surpris, mais continua la manœuvre. Claire poussa quelques soupirs et commença à frotter son bassin contre l’oreiller. Doucement. Moins doucement. L’oreiller n’en demandait pas tant, et lui aussi commençait à faire les frais de cette expérience. Dans d’autres circonstances, Claire aurait pu se sentir totalement honteuse d’endommager les affaires de Thomas, mais elle s’en fichait complètement, prise dans une urgence qui la dépassait. Jusqu’au fameux moment où la chaleur avait tout envahi. Claire était momentanément indisponible, et il n’était pas possible de lui laisser un message.
Claire se laissa tomber de tout son poids sur l’oreiller, et accessoirement Thomas. Celui-ci restait interdit, médusé de la scène à laquelle il venait de participer. Et aussi, dans un état d’excitation extrême. Il avait lutté de toutes ses forces pour assister à une telle scène sans aller lui aussi jusqu’au bout du plaisir. C’est son cousin qui lui avait donné l’astuce quand il était adolescent : quand tu sens que ça vient, tu penses au truc le plus emmerdant au monde. Il maîtrisait le tableau périodique des éléments jusqu’au néon. Pour les rois de France, Henri IV, c’était sa limite.
Thomas entendait le souffle puissant de Claire revenir lentement à la normale. Il avait envie de lui demander comment elle se sentait, mais bonjour l’originalité. Il avait toujours sa main contre l’une des fesses de Claire et la situation devenait vraiment bizarre. Enfin, si jamais il était possible qu’elle le soit encore davantage. Il retira sa main. Pendant un instant, il crut que Claire s’était endormie. Qu’il était là, chez lui, avec cette jeune femme exceptionnelle étalée sur lui, l’empêchant de faire le moindre mouvement s’il ne souhaitait pas la réveiller. Avec la main en feu, et maintenant les jambes engourdies. Prêt à passer la nuit ainsi, si jamais sa vessie y consentait. Pourtant, Claire n’était pas du genre à s’endormir immédiatement après avoir joui. Certes, elle n’avait pas non plus l’habitude de se faire fesser. Rien n’était prévisible.
Claire était encore ailleurs, dans cet endroit flottant et cotonneux où son corps l’avait emmenée sans lui demander la permission. Elle apprécia que Thomas retire sa main car cela la gênait, et elle ne se serait pas permis de le lui dire, elle le remercia intérieurement. Thomas finit par dire :
Claire laissa échapper un son qui ressemblait à un rire mais qui n’en était pas tout à fait un. Elle revenait à elle. Elle tourna son visage vers Thomas et se contenta de le regarder. Il détourna le regard, attrapa le pan de la jupe de Claire et le baissa afin de couvrir ses fesses qu’il n’avait pas besoin de voir. Elle n’était pas très à l’aise et tira sur sa culotte et son collant, découvrant au passage à quel point l’oreiller était trempé par sa faute. Là, elle pouvait être morte de honte. Thomas n’avait pas encore dû s’en apercevoir, ou alors il ne disait rien pour le moment. Pour changer de sujet, elle déclara :
Thomas fut pris d’un rire. Juste après, Claire se redressa d’un bond, comme si le canapé venait de prendre feu. Au passage, elle envoya un genou dans la cuisse de Thomas, qui n’avait rien demandé.
Elle fonça vers son sac et attrapa le téléphone. Il était 0 h 47. Un message qui datait d’à peu près une heure « Tout va bien ? ». Les doigts de Claire s’agitèrent sur le clavier. « Tout va bien. Je suis vraiment désolée. Je t’aime. » Au bout de quelques secondes, un pouce vers le haut apparut sur l’écran. Rien de plus. Claire connaissait sa mère, elle devait lui en vouloir un peu mais pas trop. Elle se ferait pardonner.
Claire leva les yeux. Sur le canapé, Thomas n’avait pas bougé. Claire se demanda même s’il avait remarqué l’état de son oreiller. Alors qu’elle s’apprêtait à s’excuser, il ouvrit la bouche.
Ce mot d’esprit piqua Claire au vif. Elle répliqua sèchement.
Thomas lut dans le regard noir que, cette fois-ci, son humour avait raté la cible. Il ouvrit la bouche, la referma. Il n’avait pas grand-chose à dire pour sa défense.
Pour la deuxième fois de la soirée, les yeux de Claire s’embuèrent. Mais cette fois-ci, les larmes coulèrent. Thomas se leva, chacun fit un pas vers l’autre.
Pour la toute première fois, ils se tenaient dans les bras. Le plaid était resté sagement plié sur le canapé, attendant son heure, mais le câlin était bien là.
Claire eut un sourire. Elle était bien. Tellement bien. Elle eut une brève nouvelle panique, moins intense toutefois.
Claire se demanda ce qu’elle pourrait ajouter à cela. Elle commenta.
Elle ajouta après une courte pause.
Elle chercha le mot le plus approprié, sans y parvenir. Thomas faillit continuer dans son style habituel « En effet, tu as passé une soirée », mais il ne le fit pas. Ce n’était pas le moment.
Ce moment aurait pu durer des heures ou des jours, il aurait invariablement été trop court. Claire remit ses chaussures et reprit son sac.
Ils avaient le cœur léger dans la voiture. Il y eut un baiser, légèrement appuyé mais pas trop. Il attendit qu’elle soit entrée dans sa résidence. Claire lui fit un geste de la main, et elle disparut. Il lui envoya un court mot pour lui dire qu’il était bien rentré chez lui, et son message reçut un petit cœur. Puis chacun poursuivit sa nuit.
Comme tous les jours, le réveil sonna bien trop tôt. Claire se leva et fila sous la douche. Elle se déshabilla, et, avant de commencer son rituel, se tourna face au miroir. Ses fesses étaient encore un peu rouges. Elle resta là quelques secondes, les yeux sur cette trace que son corps avait conservée. C’était donc réel. Cette soirée avait bien eu lieu. Incrédule, et pourtant, la preuve était indiscutable. Elle se demanda ce qu’elle ressentait en se regardant ainsi. Ce n’était pas de la honte. Ce n’était pas de la fierté non plus. C’était quelque chose de nouveau. Pas quelque chose qui lui était arrivé – quelque chose qu’elle avait vécu.
L’eau coulait sur elle, mais c’étaient les questions qui la submergeaient. Était-elle encore vierge ? Était-elle devenue femme ? Est-on une femme quand, en plein milieu d’un moment d’une telle intimité avec un amoureux, fifille se sent obligée de rassurer Maman ? Aussi, elle chercha le mot juste pour qualifier ce qu’ils avaient fait. Aucun ne semblait convenir tout à fait. Elle garda les yeux clos un bon moment.
Claire avait l’habitude presque quotidienne de se masturber sous la douche. Mais ce matin, le contact de l’eau n’était pas spécialement agréable. Elle se demanda ce que Thomas en penserait. Puis, elle se ressaisit. Est-ce que Thomas lui demanderait la permission de se masturber, lui ? Tout ceci était absurde. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir suffisamment de culpabilité pour se débarrasser du pommeau de douche, en disgrâce. Touché par le désarroi de son compagnon, le porte-savon lui indiqua de se montrer patient – il n’y avait malheureusement rien d’autre à faire.
Claire sortit de la douche. En enfilant sa culotte, elle eut la confirmation que ses fesses n’avaient elles non plus pas tout à fait oublié la soirée de la veille. Quelque chose avait changé. Pourtant, le sac était sur la chaise, les clés sur le meuble de l’entrée. Ce n’était pas ça. Elle aurait juré que quelque chose avait bougé, sans savoir quoi exactement.
Claire finissait ses céréales lorsque l’écran de son téléphone s’alluma. « Passe une belle journée ». Quelque part, un homme spirituel et plein d’humour avait passé une demi-heure pour produire un message aussi percutant et abouti. Cela amusa Claire, qui fut néanmoins prise d’un vertige. « J’ai un petit copain ? J’ai un petit copain ! » Elle hésita à répondre « J’ai hâte de te revoir », qui faillit partir, il ne lui restait plus qu’à appuyer sur une touche, mais elle se contenta de répondre « Merci, toi aussi » avec une icône souriante en forme de clin d’œil. C’était bien. C’était suffisant pour l’instant.
Pour une fois, Léa était à l’heure et c’était Claire qui courait pour arriver à la bibliothèque. Cette matinée de travail promettait d’être interminable. La chaise était un peu douloureuse. Au début, Claire gérait cela sans trop de mal, mais plus le temps passait, plus le contact dur sous ses fesses devenait difficile à supporter. Et aussi, Claire n’était pas à ce qu’elle faisait. Ses réponses n’étaient pas aussi précises qu’à l’accoutumée et son regard un peu dans le flou. Léa mit un certain temps avant de comprendre ce qui se passait chez son amie. Jusqu’à l’illumination.
Claire se mit à rougir. Un sourire éclatant apparut sur le visage de Léa. Son amie lui fit signe de faire moins de bruit, tentant de rester discrète dans cette salle remplie de monde, qui pourtant ne semblait pas leur accorder la moindre importance.
Claire raconta qu’elle avait passé la soirée avec un homme, qu’il était adorable, qu’ils s’étaient embrassés, et qu’ils se reverraient sans doute bientôt. Léa insista, d’abord en pure perte, puis finit par poser la question à mi-voix, avec cette prudence particulière qui faisait de Léa l’amie qu’il lui fallait dans sa vie.
Claire ouvrit la bouche, et la referma. Elle ne savait pas quoi répondre. Pas parce qu’elle voulait cacher, mais parce qu’elle ne savait vraiment pas. Ses yeux brillaient, au bord des larmes. Léa la regarda une seconde, comprit, et posa une main sur son bras.
Ce fut tout. Il n’y avait rien d’autre à dire.
À l’heure du déjeuner, Claire alla s’asseoir avec un plateau incomplet. L’un des quelques sofas était encore disponible, et il était juste hors de question que cette place lui échappe. Léa arriva peu de temps après elle.
Claire regarda les pommes une demi-seconde et un court-circuit se produisit quelque part dans sa tête. Le rouge lui vint aux joues. Décidément, cette couleur squattait sa peau. Heureusement, Léa ne s’en aperçut pas. Elle la remercia pour la pomme et essaya de penser à autre chose.
À un autre endroit, une partie d’échecs avait commencé depuis un moment déjà. En théorie, Thomas était là. Il tenait un cavalier dans sa main droite. Thomas avait l’habitude de manipuler une pièce pendant la partie, il la faisait glisser entre ses doigts, ou bien elle restait solidement fixée dans sa poigne. Aujourd’hui, il la tenait différemment. Il y avait dans sa paume une sensation dont il n’aurait pas su dire exactement la nature – pas de la douleur, non, plutôt comme un souvenir que le derme gardait pour lui. Thomas réalisa qu’il regardait sa main depuis un moment déjà.
Thomas leva son regard et croisa la tête perplexe de son frère. Celui-ci donna un léger coup de tête vers l’avant pour inciter Thomas à jouer son coup. Thomas attrapa sa tour et la plaça sur une autre case. Il s’apprêtait à replonger dans ses pensées lorsque son frère se livra à un curieux manège. Il regarda Thomas. Il regarda l’échiquier. Il regarda Thomas. Il prit sa dame, l’avança de quelques cases.
Eric était stupéfait d’avoir gagné. Un silence s’installa. Il aurait dû jubiler. Il se gratta la nuque avec un sourire gêné, comme s’il s’excusait d’avoir mis fin à la partie.
Thomas posa le cavalier sur l’échiquier.
Eric hocha la tête lentement, pas vraiment convaincu. Il commença à ranger les pièces.
Plus tard dans la journée, Claire faisait quelques courses avant de rentrer. La journée avait été longue et elle avait hâte de pouvoir se poser. Elle avançait dans les rayons sans vraiment regarder, elle passa devant les œufs sans s’arrêter alors que, initialement, elle était venue précisément pour cela. Au rayon lessive, Claire leva les yeux sur un écran qui passait une pub débile. Elle continua d’avancer machinalement. Puis elle s’arrêta. Elle resta immobile au milieu de l’allée, une bouteille de lait à la main, laissant une idée délirante faire le tour complet de son cerveau. L’image était déjà plantée là. C’était complètement ridicule. C’était absolument parfait.
Claire reposa la bouteille de lait sur le mauvais rayon et sortit son téléphone. Elle avait déjà tapé « Léa » quand elle réalisa qu’elle souriait, et que son sourire avait quelque chose de malaisant. Elle commençait à rire toute seule. Était-elle possédée ? Une vieille dame qui poussait son caddie en face d’elle la regarda et roula des yeux. Claire rangea son téléphone et alla payer. Elle parlerait à Léa demain.
La pluie fine de cette fin d’après-midi tranchait avec le soleil des précédentes journées. Il ne restait plus qu’un client, et dans un quart d’heure, ce serait enfin la fin de la journée. La dame l’accueillit avec son sourire habituel.
Thomas s’avança jusqu’au comptoir.
La préparatrice se tourna et sélectionna d’une main sûre deux produits.
Thomas considéra à tour de rôle chacune des deux boîtes.
La boîte bleue était parfumée au jasmin. Son odeur.
Thomas la remercia. Au moment de la payer, elle le regardait toujours avec cette bienveillance un peu trop attentive, mais lui n’osait plus soutenir son regard, et il sortit. La toute première fois qu’il avait acheté des préservatifs, qu’il n’avait pas utilisés d’ailleurs, il avait voulu disparaître sous terre, et une nouvelle fois, il ne savait pas où se mettre.
Il rentra chez lui à pied. La soirée s’installait doucement. Il pensait à Claire – enfin, il ne pensait qu’à elle depuis un moment, mais là, c’était différent. Ce n’était pas l’impatience ni le désir, bien qu’ils fussent là aussi. C’était quelque chose de plus calme. Une pensée suffisamment diffuse pour qu’il s’arrête dessus un instant.
Le jeudi fut un jeudi. Rempli de cours, d’examens à préparer, de dossiers à rendre, d’une réunion inutile, de linge à plier, et de toutes ces choses dont des cœurs qui se mettent à battre, peut-être à l’unisson, n’ont absolument rien à faire.
En fin de journée, Claire passa voir Léa. Rapidement, elle lui demanda très innocemment.
Claire ne répondait pas.
Toujours aucune réponse. Quelque chose de niais et de malicieux s’incrustait sur le visage de Claire.
Léa se montrait plus insistante maintenant, et toujours rien.
Léa eut un rire moqueur.
Le sourire entendu de Léa aurait dû valoir approbation tacite, mais Claire n’était pas de cet avis.
Léa restait interloquée par l’aplomb de son amie.
Claire, faussement outrée, surjoua la victime. Et ajouta mentalement « et t’as rien vu ! ».
Cela ne prit pas plus que quelques minutes. Léa était estomaquée. Sa tenue lui allait à la perfection. Elle commenta :
Claire était ce genre de personne qui pouvait ingurgiter deux kilos de churros la veille et ne pas avoir pris un gramme. La pétasse ! Mais Claire n’entendit pas la pointe de jalousie dans la voix.
Thomas était rentré assez tôt. Il n’avait pas grand-chose de prévu et c’était très bien ainsi. Il attrapa un livre et alla s’asseoir sur le canapé. Il contourna l’oreiller qui n’avait pas bougé, qu’il considérait inconsciemment avec la déférence qu’il aurait eu pour le roi d’Angleterre. Il lut les premières lignes du roman. Puis il les relut. Puis il s’arrêta à la troisième tentative et posa le livre. Il avait un peu chaud. Un peu froid, aussi. Il pensa envoyer un message à Claire. Il en avait très envie, toutefois, il n’en fit rien. C’était peut-être la peur de paraître trop pressé ? À moins que ce ne soit autre chose qu’il ne parvenait pas à identifier. Il resta le regard dans le vague.
Le vendredi était souvent une journée plus tranquille pour Claire. Elle dégaina son téléphone dans le courant de la matinée. « Tu as quelque chose de prévu en fin d’après-midi ? » La réponse de Thomas arriva rapidement « J’avais espéré retrouver une ravissante jeune femme. Tu la connais, tu la croises tous les jours dans ta salle de bains. » Claire sourit. Elle poursuivit « Chez toi à 18 heures. J’ai besoin de ta chambre. » « Mes appartements sont vôtres, Votre Altesse. »
Comme tous les vendredis, Claire rejoignit sa mère pour le déjeuner. La brasserie ne changeait pas, la carte non plus. Claire s’adressa au serveur sans même l’ouvrir. Nathalie, comme à son habitude, parcourut l’intégralité des propositions avant de choisir sa traditionnelle salade César.
Claire eut un rictus qu’elle espérait suffisamment poli. Sa mère ne changerait jamais. Encore une fois, la juge avait mené un procès à charge, et l’accusé était déclaré coupable.
Claire savait qu’elle n’y couperait pas. Elle ne savait juste pas quand elle serait cuisinée. Ce serait juste avant la mousse au chocolat.
Nathalie savait parfaitement quel était le prénom de ce garçon. Si elle avait pu, elle aurait retenu le prénom de son premier chien ainsi que son numéro INSEE.
Nathalie brûlait d’envie de connaître la suite, mais il était hors de question d’ajouter la moindre question. Il fallait que Claire ait envie de continuer. Sa mère fit une prière intérieure à tous les dieux de la Terre et du ciel pour que le miracle se produise. Bien entendu, Claire savait très bien que cette réponse ne convenait absolument pas à sa mère, l’otage ne quitterait pas la brasserie sans en dévoiler davantage. Claire réfléchit une demi-seconde à ce qu’elle aurait envie de dire. Que Thomas la faisait rire, qu’il était subtil, qu’elle se sentait en phase avec lui. Qu’ils se ressemblaient. Qu’il ne l’avait pas regardée comme une chose à réparer. Mais était-ce cela que sa mère avait envie d’entendre ?
Traduction : il gagnera bien sa vie.
Claire marqua une minuscule pause. Elle s’entendit répondre « Oui, Maman. Très normalement. » et reconnut à peine sa propre voix. Le mot lui fit un effet étrange. Claire repensa à leur discussion dans la voiture, à ce qu’elle avait ressenti. Elle posa un sourire sur son visage et Nathalie n’y vit que du feu. Quelque chose s’était imperceptiblement contracté dans la poitrine de Claire et ne se déferait pas tout de suite. Nathalie hocha la tête avec satisfaction. Claire avait le regard qui s’égarait légèrement, et sa mère dut s’en apercevoir, car elle demanda :
Ce qui n’était pas tout à fait faux, et pas tout à fait vrai non plus. Claire avait dans la tête une idée qui prenait beaucoup de place, et qui n’avait pas grand-chose à voir avec la géothermie. Mais l’important était là : sa mère buvait chaque mot et semblait contente.
Claire s’imagina ajouter nonchalamment « ah, sinon, il m’a collé une fessée déculottée de première, et juste après la fête à mon cul, j’ai pris mon pied comme jamais, intérieurement je hurlais son prénom ». Mais si jamais elle sortait ça, la mousse au chocolat ne serait pas bonne pour son teint.
À treize heures zéro zéro, la mission MIKE-OSCAR-MIKE était remplie.
Nathalie plia sa serviette lentement. Elle releva les yeux vers Claire et dit, comme si elle avait répété la phrase depuis longtemps sans jamais oser la prononcer : « J’ai conscience que je suis parfois maladroite avec toi. » Elle aurait voulu ajouter autre chose, elle ne le fit pas. Au moment de se quitter, Claire la prit dans ses bras un peu plus longtemps que d’habitude. Puis chacune continua la journée de son côté.
Claire se présenta chez Thomas avec quelques minutes d’avance, elle était trop impatiente. Il vint lui ouvrir la porte. Elle l’embrassa, un baiser qui ne manquait ni de fougue ni de tendresse. Mais elle n’insista pas et se dégagea. En le retrouvant, elle aurait pu mourir d’envie de lui sauter au cou et d’y rester accrochée toute la soirée, la nuit, ou qui sait, la vie, mais l’idée qui lui trottait dans la tête était la plus forte. Claire s’engouffra dans l’appartement. Un rapide coup d’œil lui permit de s’apercevoir que l’oreiller était toujours à la même place. Elle tourna la tête vers Thomas, qui s’aperçut de son regard.
Claire se contenta de sourire et alla s’enfermer dans la chambre. Thomas patienterait, elle en avait pour un moment. Il essaya de distraire son esprit, mais savoir que la femme qu’il désirait était juste à côté et se préparait rien que pour lui faisait disjoncter ses neurones. Il faisait quelques pas, s’arrêtait, puis reprenait sa marche. Aucun endroit n’était le bon.
La pièce dans laquelle il se trouvait était plongée dans un silence total. Il tendit l’oreille, à la recherche du moindre son. Il entendit le bruissement d’un tissu. Il n’avait jamais autant regardé une poignée de porte.
Lorsque Thomas découvrit Claire, il resta quelques instants interdit. Il bredouilla.
Après avoir aperçu le regard de Thomas, il aurait été impossible de priver Claire du plaisir qu’elle avait à se déhancher dans sa tenue. Elle savait qu’elle était belle dans ses yeux. Cette certitude était nouvelle, et pas désagréable du tout. Elle aimait naturellement danser, avec ou sans partenaire, et elle se sentait libre de faire tout ce qui lui passait par la tête, sans calculer. Il y avait une indéniable élégance dans ses mouvements, un reste de ses jeunes années de danse classique. Claire connaissait déjà Léa quand celle-ci était devenue pom-pom girl et elle avait failli la rejoindre. Ce qui l’en avait empêché, c’était ce regard que les hommes posaient sur elle, ce sentiment de n’être plus qu’une chose qui leur appartenait. Ce même regard qui lui faisait comprendre qu’une jolie fille comme elle ne pouvait pas être autre chose. Mais si elle était là ce soir, c’était parce que lorsque Thomas la regardait, il ne voyait pas qu’un corps.
À plusieurs reprises, Thomas essaya d’attraper Claire lorsque celle-ci s’approchait, et elle repartait alors à l’autre bout de la pièce. En d’autres circonstances, son esprit habituellement plus vif lui aurait fait comprendre que ce n’était pas lui qui menait le jeu, et qu’il devrait se contenter d’attendre. Visiblement, quelque chose le perturbait. Lorsque le chat eut assez joué avec sa proie, Claire s’approcha. Thomas ne bougeait plus, il se contentait de la suivre des yeux. Leurs regards se croisèrent. Claire laissa quelque chose se desserrer en elle. Elle se débarrassa de sa culotte d’un geste rapide et vint s’allonger sur l’oreiller.
Les claques commencèrent. Le subtil mélange de douleur et de chaleur. C’était comme la fois précédente, et cela n’avait rien à voir. L’espace d’une seconde, elle se demanda si son corps allait lui jouer un tour, la trahir, lui faire comprendre que c’était une erreur. Mais non. Claire n’était plus dans la surprise, elle était dans le choix. Chaque claque était attendue, et c’était précisément pour cela qu’elle était troublante. Son corps savait. Elle lui fit confiance.
Entre chaque claque, quelque chose pulsait. Ce n’était plus tout à fait de la douleur. L’excitation monta très vite. Cette fois-ci, elle n’eut pas à attendre la crème apaisante pour que le contact avec la paume de Thomas éveille tous ses sens. Claire était perdue dans ses sensations lorsqu’elle sentit Thomas bouger sous elle. Elle réalisa soudain que, s’ils vivaient quelque chose tous les deux, il était temps de le vivre ensemble. Claire tourna la tête vers lui. Le sourire qu’ils s’adressèrent n’appartenait qu’à eux. Celui de la complicité.
Claire se redressa sans prévenir – tous les feux restaient au vert. Elle enjamba Thomas et continua ainsi, contre lui, sans rien changer d’autre, tenant maintenant son visage dans ses mains. Ce fut le plus passionné de leurs baisers jusqu’à présent.
Il était dit que l’oreiller subirait tous les outrages. Tous les rois ne pouvaient plus rien pour Thomas, et il n’était pas arrivé jusqu’au brome.
Ils restèrent un bon moment collés l’un à l’autre, alternant baisers légers et plus profonds. Puis Claire se releva. Leurs regards tombèrent simultanément sur l’oreiller. Ils ne pouvaient plus rien pour lui, il était temps d’abréger ses souffrances. L’uniforme aussi avait pris cher. Si Claire le rendait dans cet état, Léa la défoncerait.
Thomas regarda Claire de la tête aux pieds et commenta
Claire lui adressa une grimace digne d’une gamine, il se fichait gentiment d’elle. Elle remit sa culotte pendant que Thomas attrapait un flyer qui traînait. Le livreur leur apporta tout ce qu’il fallait pour une soirée cocooning – Claire resta bien au fond de l’appartement lorsqu’il déposa la commande. C’était enfin la grande heure du plaid, il n’avait pas attendu en vain.
Claire était blottie contre Thomas lorsqu’elle lui demanda si elle pouvait rester. Faussement embarrassé, il lui répondit « ah mince, tu sais, moi, j’adore quand tout est prévu à l’avance… ». Ce qui fit qu’ils continuèrent à se bécoter presque toute la nuit.
Lorsque Claire ouvrit les yeux, Thomas la regardait. Il était encore tôt, mais le réveil aurait forcément fini par briser la magie. Claire s’étira, féline.
Claire rougit et regarda fixement le plafond. Thomas s’excusa.
Elle gloussa. Puis, elle se leva, filant dans la salle de bains. Elle s’arrêta dans l’encadrement de la porte et se retourna vers lui.
Elle disparut. Thomas resta immobile quelques secondes, les yeux au plafond. Il se demanda s’il existait un tableau périodique de l’amour, et à quel élément il en était.