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n° 23560Fiche technique11857 caractères11857
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Temps de lecture estimé : 9 mn
23/03/26
Résumé:  Une relation épistolaire s’engage entre une lectrice et l’auteur d’un texte érotique.
Critères:  #épistolaire #initiatique #prude f cérébral
Auteur : bisedelaquarantaine            Envoi mini-message
La lectrice

Ce soir-là, dans le silence de son appartement, elle avait eu la curiosité de visiter ce site d’histoires coquines dont elle avait entendu parler sur France Inter. Jamais elle ne serait allée sur un site porno, mais le podcast disait que c’était érotique, pas vulgaire. Elle lisait parfois des romans d’amour édulcorés, ces histoires où les corps s’unissaient dans des draps en satin, où les désirs s’exprimaient à demi-mot, mais ce soir, elle avait envie de faire une folie.


Elle cliqua sur un texte surligné de violet, sans savoir à quoi s’attendre. Quelle ne fut pas sa surprise ! Pas de préliminaires, pas de métaphores. Juste des phrases qui lui brûlaient les yeux, qui lui défibrillaient le cœur, comme si on lui… : « Elle écarta les cuisses sur le bureau, les talons posés sur le rebord, et attendit qu’on lui dise ce qu’elle valait. »


Elle relut. Une fois. Deux fois. La chaleur lui monta aux joues, puis plus bas, là où elle n’aurait jamais osé se toucher, là où même la nuit, elle éteignait la lumière pour ne pas voir. « Ce n’est pas pour moi », se dit-elle en serrant les cuisses, comme pour chasser l’image. « Je ne vais pas continuer à lire ce genre de choses. » Pourtant, ses doigts scrollèrent sur la souris, et elle sentit son souffle accélérer, son cœur cogner contre ses côtes. « Pourquoi est-ce que ça m’excite autant ? » Elle glissa une main sur son pyjama pilou, les doigts effleurant le tissu à l’entrejambe, déjà humide, déjà en faute. « Je ne devrais pas, » pensa-t-elle, mais elle continua, imaginant la scène, les cuisses de la femme sur le bureau, ses talons hauts, son sexe imberbe, ouvert au regard, son attente soumise, consentante à être jugée sur des critères masculins odieux.


« Écrire à l’auteur ».


Elle cliqua sur le lien hypertexte.


Votre texte m’a troublée, écrivit-elle. Je ne devrais pas, mais j’ai imaginé que c’était moi.


Elle effaça, rougit, puis reformula, plus honnête :


J’ai relu votre texte. Plusieurs fois. J’ai imaginé la scène. J’ai touché mon corps en pensant à vos mots.


Elle envoya, puis ferma les yeux, le cœur battant.



Elle attendit une réponse. Une heure. Deux heures.

Rien. Si ce n’est un shoot de dopamine qui la parcourait.


Le lendemain, elle vérifia son ordinateur toutes les dix minutes, le cœur serré. « Peut-être qu’il ne répondra pas, » se dit-elle, soulagée et déçue à la fois. « Peut-être que c’est mieux comme ça. » Pourtant, elle relut son propre message, les joues brûlantes. « J’ai vraiment écrit ça ? » Elle aurait voulu effacer, revenir en arrière, mais c’était trop tard. « Il a dû me prendre pour une folle », se dit-elle en se cachant le visage dans les mains.


Elle essaya de se concentrer sur autre chose. Elle rangea son appartement, fit la vaisselle, lut un livre. « Ce n’est pas comme ça que j’ai été éduquée. S’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est la vulgarité. » Pourtant, chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle repensait aux mots qu’elle avait lus et à ceux qu’elle avait envoyés délibérément. « J’ai touché mon corps. » « J’ai imaginé la scène. » « Qu’est-ce qui m’a pris ? »

Elle passa une nouvelle nuit agitée, se retournant dans son lit, le corps tendu, l’esprit en ébullition. « Il ne répondra pas, » se dit-elle. « Et c’est très bien comme ça. » Pourtant, quand elle se réveilla, la première chose qu’elle fit fut d’allumer son ordinateur.


Alors, elle écrivit un nouveau message.


Je ne sais pas pourquoi je vous écris ça. Depuis hier, je n’arrive pas à me concentrer. Je repense sans cesse à ce que j’ai écrit. À ce que j’ai fait.


Elle effaça, puis continua :


Ma culotte est humide depuis ce matin. Je n’arrive pas à me calmer. Chaque fois que je pense à vos mots, je sens mon corps réagir.


Elle relut, le cœur battant. Elle hésita. Pourtant, elle cliqua sur « Envoyer », puis se recroquevilla sur son siège, comme si elle venait de se dénuder en public.


Trois jours plus tard, une notification. Enfin.

Son cœur palpita. Elle pensa : « Après m’avoir laissée mariner dans ma honte… »

Elle lut le message avec avidité. Un long message dans lequel il la félicitait. Il s’adressait à elle comme à une écolière, la rassurant et l’encourageant. Il s’exprimait avec un vocabulaire précis, distingué, mais ce qu’il disait était ouvertement sexuel, voire pornographique. Au milieu d’une phrase grammaticalement parfaite et au vocabulaire châtié, on pouvait trouver les mots « chatte », « queue » ou encore « jus ». Il savait souiller son cerveau en même temps qu’il souillait sa culotte.


Ce message de courtoisie était aussi une requête de sa part. Il lui faisait une demande expresse. Une demande qui aurait normalement valu une gifle au goujat qui aurait osé la proférer.

Pourtant, elle n’en fit rien et répondit :


Oui, j’en ai un. Il revient souvent, je ne sais pas pourquoi.


Elle était mûre comme un fruit en été. Elle allait lui livrer son fantasme le plus inavouable. Pas de ceux qu’on s’avoue entre copines autour d’un spritz ou qu’on lit dans la rubrique sexo d’ELLE. Non, elle allait raconter son véritable fantasme.


Je suis allongée sur un lit rond, immense.


Elle hésita, puis tapa :


Des mains m’effleurent. Des mains d’hommes, de femmes. Je ne sais pas combien. Je ne les vois pas. Je distingue leurs doigts, certains hommes ont des alliances, les femmes des doigts fins aux ongles vernis. C’est dans la pénombre. Elles me caressent partout, leurs mains, lentement, sensuellement.


Elle s’arrêta, le souffle court. « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? » Pourtant, elle continua :


Les doigts deviennent plus inquisiteurs, surtout les femmes qui me caressent le sexe et les tétons, je sens des mouvements autour de moi, les hommes se masturbent en regardant, je sens l’odeur de leur sexe. Puis les hommes viennent. Je veux dire qu’ils… éjaculent. L’un après l’autre. Parfois plusieurs en même temps. Ils crachent sur moi. Partout. Sur mon ventre, mes seins, dans le creux de mon cou. J’en ai partout.


Elle sentit son corps réagir en tapant ces derniers mots.


Et puis je jouis moi aussi, écrivit-elle, les doigts tremblants. Je jouis sous leurs mains, dans leur sperme. Je ne sais pas qui ils sont. Je ne les vois pas. Mais je sens leurs mains sur moi, leur chaleur sur ma peau.


Elle relut, horrifiée et excitée à la fois. « Je suis en train de devenir folle. » Mais elle envoya.


Cette fois, il répondit presque immédiatement.


La réponse tenait en trois lignes. Le ton était directif. Il lui donnait un ordre. Il prenait son plaisir non pas à la voir faire, mais à savoir qu’elle allait faire ce qu’il lui ordonnait. Il voulait clairement lui faire passer une étape. Tester ses limites morales, son audace. Il la défiait et elle avait envie de répondre à ce défi.


Le soir même, après une douche brûlante qui avait laissé son corps tiède et détendu, elle se rendit dans la petite cuisine de son appartement, sans prendre la peine de se rhabiller. Elle qui ne dormait qu’en pyjama, commençait à éprouver les joies de la nudité. De toute façon, se vêtir aurait été superflu pour ce qu’elle avait à faire.


La courgette était là, sur la table. Elle l’avait achetée en rentrant du travail. C’était peut-être le fruit de son imagination mais l’épicier l’avait regardé d’un air goguenard. Il est plutôt rare de cuisiner avec une seule de ces cucurbitacées.

Alors qu’elle allait s’en saisir, son regard glissa sur la petite étagère au-dessus du plan de travail et s’arrêta sur la petite bouteille aux couleurs de la marque Mapple Joe. Elle reposa la courgette et décida de désobéir.


Dans la tiédeur de cette fin de journée printanière, elle saisit le flacon et s’assit sur le petit tabouret de bois sur lequel elle dînait sagement les autres soirs de la semaine.

Du bout des doigts, elle dévissa le bouchon et versa un premier filet entre ses seins. Le liquide ambré et onctueux glissa, lent et sirupeux, traçant un chemin brillant sur sa peau. Elle suivit la traînée du bout des doigts, étalant le sirop en cercles lents sur ses tétons, sentant sa peau devenir collante juste ce qu’il faut, luisant sous la lumière. « Comme un glaçage », pensa-t-elle, amusée. Elle en versa un peu plus, cette fois sur son ventre, et observa les gouttes perler et remplir son nombril avant de s’écouler entre ses cuisses.

Prise au jeu, elle continua, vidant un peu plus la bouteille. Le sirop ruisselait dans la gouttière de ses seins, sur son ventre. Elle jouait avec et le portait à sa bouche.

Puis elle versa un long filet entre ses jambes, et sentit le sirop enrober sa vulve, s’insinuer dans ses plis avec une douceur enivrante. Elle étala la liqueur sur son clitoris, tournant, massant, tandis que son autre main répandait une nouvelle dose de liquide. Elle porta le flacon à sa bouche. Quiconque l’aurait vue ainsi, suçant le goulot d’une bouteille, le majeur et l’annulaire fichés dans le vagin, le corps luisant aurait fait un AVC. L’orgasme la traversa et la laissa pantelante, couverte de sève. Triomphante.


Elle resta un moment immobile, le corps poissé, un sourire satisfait aux lèvres. Elle reprit une douche bien nécessaire et ouvrit son ordinateur. Elle avait un message à envoyer.


J’ai pris une initiative. J’ai utilisé du sirop d’érable. Il a coulé sur moi comme une pluie dorée, douce et chaude. J’ai étalé chaque goutte, goûté chaque parcelle de ma peau. J’ai joui en pensant à vous. C’était sucré-salé.


Deux jours passèrent.


« Peut-être que j’ai été trop loin. » « Peut-être que le jeu est fini. » Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de vérifier son ordinateur toutes les cinq minutes, comme si sa vie en dépendait.

Elle avait envie de s’excuser d’avoir pris une telle initiative. De ne pas s’être godée avec la courgette comme il le lui avait intimé.


Elle se sentait vide, frustrée. Pour remplir le vide, elle se remplit de la courgette et elle aima ça. Décidément, il avait fait d’elle une obsédée.


Quand la réponse arriva enfin, elle sentit son corps tout entier réagir.


Elle avait beaucoup de travail ces derniers temps mais, dès le vendredi venu, elle se retrouva devant un sex-shop du centre-ville, le cœur battant, comme si ses pieds l’avaient menée là malgré elle. À l’intérieur, elle erra entre les rayons, les doigts serrés sur son sac, jusqu’à ce qu’elle tombe sur le gode-ventouse, un modèle réaliste, comme il le lui avait décrit. Tirant les leçons de sa prise d’initiative culinaire, il lui avait laissé choisir la couleur de la carnation. Elle en choisit un à la peau sombre. Celle d’un métis. Elle le paya en cash, le cacha dans son sac, le cœur battant.


Chez elle, elle attendit la nuit. Quand les lumières de l’immeuble d’en face s’éteignirent une à une, elle colla le gode contre la vitre de sa chambre, là où le vis-à-vis était le plus net.

Elle s’agenouilla, la bouche sèche, et approcha ses lèvres du gode. « Je ne peux pas », pensa-t-elle, mais elle savait qu’elle allait le faire. Elle l’enveloppa de ses lèvres, lentement, puis plus profondément, jusqu’à ce que sa salive coule le long du silicone, jusqu’à ce que ses joues se creusent et que ses yeux se ferment. « Je suis en train de sucer un gode contre ma fenêtre. Comme une pute. »

Pourtant, elle accéléra le mouvement de succion, les yeux rivés sur l’immeuble d’en face, imaginant qu’on la voyait. Un homme, une femme peut-être. Elle aimait l’idée qu’une femme puisse assister à cette scène dégradante. Cette pensée la fit vriller et elle s’enfonça le gode plus loin dans la gorge, jusqu’à ce que ses yeux s’embuent et que le plaisir la submerge. Elle faisait des bruits de gorge obscènes et bavait tellement sur le membre factice que les fluides commençaient à tremper son chemisier. « Je vais jouir sans me toucher », comprit-elle.


Quand ce fut fini, elle resta à genoux, haletante, le front contre la vitre embuée.

Elle n’était pas certaine de continuer cette folie. La nuit portant conseil, elle se laissa jusqu’au lendemain…