Cette histoire n’est vue que de la part d’un seul couple sur les deux. Bonne lecture :)
Dans l’avion
Aéroport de Bruxelles un peu avant six heures (du matin), Astride entraîne avec elle Ludivine à travers la partie Duty Free assez déserte. Il y a un fort contraste entre les deux jeunes femmes, la première a l’allure typique d’une grande blonde scandinave à longs cheveux, tandis que la seconde est plus méditerranéenne, une petite brune assez rondouillette.
La brune proteste :
- — Je me demande pourquoi je t’ai dit oui !
- — Parce qu’un séjour d’une semaine aux Baléares à ce prix-là, ça ne se refuse pas, ma petite Ludivine !
- — On est quand même hors saison, ça explique le prix plutôt bas.
La blonde contre-argumente :
- — Oui, on est hors saison, mais avoue que c’est presque donné, non ?
- — C’est vrai que… je me suis amusée à calculer et j’ai découvert que ça me revenait moins cher de faire mille six cents kilomètres aller et mille six cents kilomètres retour en All inclusive plutôt que de rester dans mon petit studio en allant manger au restau un jour sur trois, et en plus de devoir faire des courses.
Astride affiche un sourire enjôleur :
- — Tu vois !
- — Sans parler du chauffage électrique… car parfois ça caille !
- — Et puis, ça te sortira un peu le nez de tes bouquins, ça t’aérera un peu !
Ludivine fait la moue :
- — J’ai une licence à passer, moi ! Faut que je mette un maximum de chances de mon côté, je ne tiens pas à rempiler l’année prochaine !
- — Ce ne sont pas huit jours en Espagne qui vont faire descendre tes chances, c’est même une occasion de recharger tes batteries. Ah !? Antoine est déjà là avec son copain ?
Les deux jeunes femmes arrivent dans la salle d’attente de leur vol. Deux jeunes hommes les attendent déjà. Antoine est un copain de très longue date d’Astride, depuis la prime enfance précisément. Il est accompagné par Lionel qu’il a dû traîner derrière lui pour ce voyage. Il est amusant de constater que les deux meneurs sont blonds tous les deux, alors que ceux qui les accompagnent sont bruns.
Astride s’approche des deux garçons, elle fait la bise à Antoine puis elle se tourne vers Lionel. C’est alors qu’elle constate que quelque chose d’insolite vient d’arriver : Ludivine et Lionel sont debout l’un en face de l’autre, tétanisés, en train de se regarder fixement et éperdument dans le blanc des yeux.
Amusé, Antoine murmure à l’oreille d’Astride :
- — Ça, c’est du coup de foudre de première qualité !
- — Ah ben merde alors ! J’aurais jamais cru que…
- — J’avais bien songé qu’ils sympathisent un peu, mais pas à ce point-là ! On se croirait dans un mauvais roman de gare !
La blonde s’amuse :
Puis elle se rapproche des deux bruns toujours immobiles dans un face-à-face :
- — Ludivine, je te présente Lionel.
- — Euh… bonjour Lionel…
- — Lionel, je te présente Ludivine.
- — En… enchanté, Ludivine…
Voyant que le nouveau couple reste toujours figé, Astride continue :
- — Et si on allait s’asseoir en attendant l’embarquement ?
Ce n’est pas pour autant que les deux tourtereaux dessoudent leur liaison les yeux dans les yeux, mais ils font causette, se découvrant plein de points communs. Dix minutes plus tard, Antoine dit à voix basse :
- — Tu sais quoi ? J’en viens à me demander s’ils sont sérieux ou s’ils se foutent de nous… Trop, c’est trop.
- — Ce n’est pas dans le genre de Ludivine de faire des trucs comme ça. De plus, c’est bien la première fois que je la vois dans cet état.
- — Idem pour Lionel. Bon, nous avons eu droit à la primeur du coup de foudre entre ces deux-là. Maintenant, faut voir si c’est juste un feu d’allumette ou si c’est quelque chose de plus durable.
La tête tournée vers le nouveau couple, Astride a les yeux dans le vague :
- — Ça me fait tout bizarre ! Je n’ai jamais éprouvé ce genre de truc ! Enfin, pas à ce stade-là. Pourtant, j’en ai connu des mecs !
- — Oui, je me rappelle que tu as la fâcheuse manie de te consoler très vite dans les bras d’un autre. Trop vite, dirais-je.
- — Eh oh, toi aussi, t’es pas mieux que moi ! Vaut mieux ça que d’être déprimée et de gémir seule dans son coin !
- — Je ne te donne pas tort…
Inséparables, Ludivine et Lionel embarquent ensemble. Une fois dans l’avion, ils demandent à être assis l’un à côté de l’autre, les deux autres cèdent sans problème, bien qu’initialement, les hommes étaient ensemble et idem pour les femmes. De ce fait, la blonde s’assied auprès du blond.
Une fois l’avion stabilisé en l’air, Astride se tourne vers son voisin pour lui confier :
- — Tu sais quoi ? Ils sont déjà en train de s’embrasser comme des fous !
- — Hein ! Tu rigoles ?
- — Regarde toi-même !
À son tour, Antoine se redresse un peu sur son siège, puis il tourne la tête pour regarder derrière, quelques sièges plus loin. Il se rassied très vite :
- — Eh bé ! Ils ne perdent pas de temps !
- — Je ne sais pas pour ton copain, mais ma copine m’étonne à fond !
- — Idem ! Lionel m’étonne lui aussi ! Lui qui est si… impassible… un vrai rat de bibliothèque, avec très peu de vie relationnelle…
- — Comme Ludivine ! Toujours plongée dans ses bouquins. J’ai eu un mal de chien à l’entraîner avec moi pour ces vacances.
Antoine s’amuse :
- — J’aurais pu dire exactement la même chose pour Lionel. Remarque, quand un rat de bibliothèque rencontre un autre rat de bibliothèque, ils se racontent des histoires de rats de bibliothèque !
- — Prrrtt ! T’es con, toi ! Ils se font des léchouilles baveuses, les rats de bibliothèque ?
- — Faut croire…
Soudain, il se fige :
- — Je viens de réaliser un truc amusant !
- — Lequel ?
- — Comme tu le sais, nos prénoms à toi et à moi commencent par la même lettre, c’est même pour ça qu’on s’entend bien, enfin, c’est l’explication qu’on nous a souvent donnée.
- — Oui et alors ?
- — Ludivine et Lionel… ça commence tous les deux par un L…
- — Ah oui, c’est vrai, j’avais pas tilté !
En appui sur ses mains rivées aux accoudoirs, elle se redresse fugacement pour regarder l’autre couple qui se fait toujours des mamours :
- — Faut croire que plus on avance dans l’alphabet, plus ça devient torride !
- — Hahaha ! Je connais deux personnes : Yolande et Yoan ! Si ces deux-là se rencontrent un jour, ils baisent direct !
- — Prrrtt ! T’es con, toi ! Mais qui sait, en effet !
Calée au fond de son siège, Astride soupire un grand coup :
- — Bon, j’avoue que j’avais une petite arrière-pensée en forçant Ludivine à venir avec moi, c’était de lui sortir le nez de ses bouquins, et ne pas partir toute seule en vacances, mais aussi de lui faire rencontrer des gens, et pourquoi pas, qu’elle vive un gentil flirt, un truc comme ça, quoi…
- — Ça fait un peu plus qu’une seule arrière-pensée ! Amusant, je me suis dit la même chose avec Lionel. C’est fou comme toi et moi sommes sur la même longueur d’onde.
- — Oui, c’est vrai…
Antoine cherche ses mots, ce qui est assez rare :
- — Mais… comment dire ça… nous deux, nous n’avons jamais franchi le pas…
- — C’est peut-être parce qu’on se connaît depuis presque toujours, non ?
- — Il doit y avoir de ça… En tout cas, pour ces deux-là, ils y vont de bon cœur, même s’ils ne se connaissaient pas, il y a une heure.
Un peu plus de deux heures plus tard, le quatuor attend ses valises sur le tapis roulant de l’aéroport. Par chance, celles-ci arrivent vite. Puis ils montent à bord de l’autobus qui les conduit en une heure environ vers l’hôtel de destination. Durant tout ce temps, le nouveau couple ne décolle pas l’un de l’autre.
Ils arrivent à destination finale un peu avant midi.
Début de séjour
Alors qu’initialement les garçons devaient dormir ensemble dans la même chambre, idem pour les filles, ce qui était prévu se retrouve modifié. Les deux nouveaux amoureux ont la ferme intention d’habiter dans la même chambre et de passer la nuit à deux. Ils ne s’en cachent absolument pas, toujours englués l’un à l’autre.
Dans la chambre dévolue à Astride et Antoine, il y a deux lits nettement séparés, c’est même pour cette raison qu’ils ont posé leurs valises ici, car l’autre chambre avait un grand lit, ce qui est pourtant assez rare. En attendant le repas du midi, après avoir rangé ses affaires, Astride dit à Antoine :
- — Ça va nous rappeler des souvenirs fort anciens de passer la nuit à deux !
- — Tu fais allusion à la canadienne verte ?
- — Exactement ! On avait quoi ? Dix ans, onze ans ?
- — Dans ces eaux-là. Maintenant, on en a le double. Moi, j’aimerais bien être une petite souris pour voir ce que nos deux énergumènes vont réellement faire cette nuit…
- — T’es un gros voyeur, toi !
Assis à côté de sa copine de longue date, Antoine ironise :
- — Ose me dire que ça t’indiffère, Astride !
- — Mais de là à venir les espionner… Peut-être qu’ils ne feront rien de spécial…
- — Tu crois franchement qu’ils vont s’en tenir qu’à des simples bisous ?
- — Eh, qui sait ? Parfois, on s’imagine bien des choses, et puis… rien de rien ! Tiens, comme pour nous deux ! Rappelle-toi, tout le monde ou presque nous disait qu’on se marierait vers nos vingt ans.
Le jeune homme devient songeur :
- — C’est vrai qu’on était très souvent ensemble, toi et moi… Nous sommes juste que de très bons amis…
- — Oui, c’est ça, des très bons amis, mais tout de suite, le reste de la planète s’imagine des tas de choses ! Ah ces gens !
Antoine revient à la charge :
- — Mais pour Ludivine et Lionel, je ne crois pas beaucoup me tromper sur leur compte.
- — Bah, Ludivine est très prude, tu sais.
- — Ah bon, je n’ai pas remarqué !
- — Bon, c’est vrai que ces deux-là, ils sont collés l’un à l’autre, pire que du papier tue-mouche !
- — Ah ça ! Ils ont dû s’échanger trente-six mille fois tous leurs microbes !
Astride se met à rire :
- — T’es vraiment con !
- — Mais au moins, je te fais rire !
- — Pas faux, pas faux. Pas comme ce connard de Bertrand ! Comment j’ai pu m’amouracher de ce type ? Encore heureux que t’étais là pour me remonter le moral !
Le jeune homme se rappelle cet épisode. Son regard perdu dans ses souvenirs, il dit :
- — Ça sert à ça, les amis.
- — Oui, ça sert à ça… mais j’aurais préféré me passer de tes services, oh oui !
- — Bah, tu m’as renvoyé l’ascenseur plus tard, avec Marine…
- — Ah oui, la fameuse Marine !
Puis ils deviennent pensifs tous les deux, chacun de leur côté.
Déjeuner
Le couple des A attend dans la grande salle à manger où trône un large buffet assez éclectique. Soudain, Antoine plisse des yeux :
- — Ah, tu avais raison, ils daignent quand même déjeuner avec nous.
- — T’es mauvaise langue, Tony !
- — Tiens, ça fait longtemps que tu ne m’as plus appelé comme ça.
Peu après, les quatre touristes déjeunent en même temps, après s’être servis au buffet des entrées. Tandis qu’il se sert au buffet, contemplant son assiette, Antoine fait remarquer à Lionel qui a daigné quitter momentanément Ludivine :
- — Je constate que quand ce n’est pas tomate, c’est concombre. Rien de nouveau sous le soleil aux Baléares.
Égayé, Lionel demande :
- — Pourquoi tu dis ça ? T’es déjà venu dans le coin ?
- — Presque chaque année depuis que je suis né. À cause de mes parents. Et quand ce n’était pas les Baléares, c’était l’Andalousie.
- — Ah OK ! Donc toujours en Espagne. Et pourquoi toujours ce pays ?
L’explication tombe illico :
- — Mes parents parlent tous les deux un peu espagnol, ça aide. On aurait pu aller au moins une fois en Amérique latine, mais non…
- — C’est plus loin et donc c’est plus cher.
- — Attends, mes parents ont les moyens !
- — Oui, c’est vrai…
Durant une bonne partie du repas, Astride et Antoine ont la nette impression d’être de trop. Lionel donne souvent à manger à sa brune voisine qui en fait de même à son tour. Les deux tourtereaux sont clairement enfermés dans leur bulle, l’univers peut s’écrouler autour d’eux, ils ne le remarqueraient même pas.
Sieste
Allongés chacun sur leur lit, Astride et Antoine discutent, les yeux rivés au plafond :
- — Eh bé, si je m’attendais à ce coup de foudre entre ces deux-là !
- — Oui, je dois reconnaître qu’ils ont fait fort !
- — Et tu crois que… là maintenant… ?
- — Oh, y a un gros risque !
- — Eh bé !
Un certain silence s’installe. Peu après, Antoine se redresse, puis il se lève pour aller ensuite à la fenêtre qui donne sur la piscine et non sur la mer :
- — Ce qui m’agace, c’est qu’ils ont eu la chambre avec vue sur la mer, alors qu’ils vont passer leur temps à s’envoyer en l’air sans profiter de la vue !
- — Tu as de ces idées !!!
Il se tourne vers sa copine de longue date :
- — T’aurais pas préféré avec la vue sur la mer ?
- — Si, quand même. Mais la vue n’est pas trop mal, là au-delà de la piscine.
- — Mouix… on va le dire comme ça.
- — « Mouix », c’est moi qui le dis en général !
- — Ce n’est pas ton exclusivité, ma chère Astride ! Bon, je vais essayer de faire une petite sieste pour récupérer du fait qu’on soit parti tôt de chez nous.
La jeune fille s’amuse :
- — De chez nous, on dirait qu’on vit ensemble !
- — Toi, de chez toi et moi, de chez moi, ça te convient mieux ? N’empêche qu’on pourrait cohabiter sous le même toit sans problème.
- — Le pire est que tu as raison. Bon, faisons une petite sieste, même si les deux autres ne vont pas du tout en faire une !
Antoine se contente de rire. Puis il s’allonge à nouveau sur son lit. Les deux blonds font une courte sieste pour récupérer avant d’aller à la plage.
Plage après la sieste
À l’heure dite, les deux couples descendent vers la plage. Comme son nom l’indique plus ou moins, la Cala de la Doncella est une crique qui s’enfonce vers l’intérieur de la côte, avec au bout une plage pas très large mais isolée. Mains sur les hanches, contemplant le paysage, Antoine constate :
- — Pas grand mais pas mal, et comme on est hors saison, on ne va pas se marcher sur les pieds.
Mettant sa main en pare-soleil sur son front, Astride répond :
- — Hmmm… la vraie mer est loin…
- — Pourquoi, il y a une fausse mer ?
- — Tu sais très bien ce que j’ai voulu dire par là, Antoine ! Mine de rien, il doit y avoir dans les trois-quatre cents mètres… et les côtes sont abruptes. Au fait, pourquoi ça s’appelle comme ça ? Doncella, ça veut bien dire « jeune fille », donzelle, non ?
Ludivine répond aussitôt :
- — Je peux te répondre, j’ai lu la brochure. C’est lié à une légende du coin, une jeune fille qui attendait le retour de son fiancé.
- — Il est revenu, son fiancé ?
- — En quelque sorte… Un beau jour, une barque s’est échouée avec le corps du fiancé qui était nettement « mouru ». Illico, la fiancée a embarqué et a sabordé la barque, le corps du mort et elle-même à l’entrée de la crique, faisant ainsi un tombeau pour l’éternité.
- — Triste histoire…
- — Les histoires ibériques sont rarement joyeuses.
Lionel intervient :
- — Nous allons faire en sorte que la Cala de la Doncella soit nettement plus agréable, n’est-ce pas, ma Lulu adorée !
- — Oh oui, mon gros lion à moi !
Puis le nouveau couple s’embrasse voluptueusement.
Les quatre amis passent un certain temps dans l’eau, profitant de cette crique en pente très douce. Puis quelques temps plus tard, ils ont la surprise de découvrir que des employés de l’hôtel amènent une sorte de carriole couverte pour proposer des goûters. Chose dont les deux couples ne se privent pas, les bracelets de chacun indiquant leur statut « all inclusive ».
Tout en dégustant une gaufre, Astride confie :
- — Ça, c’est la belle vie !
- — Je ne te contredirais pas ! Tu as bien fait de me faire venir ici !
- — Oui, j’ai cru remarquer… lance la blonde en contemplant son amie collée contre son tout nouveau petit ami, tous les deux en train de croquer dans la même gaufre.
Un peu plus tard, les deux garçons sont dans l’eau, partis nager vers l’ouverture de la crique. Allongée sur sa grande serviette bleue, Astride en profite pour cuisiner sa copine. Ludivine affiche un sourire coquin :
- — Hmmm… disons que la sieste a été un bon aperçu pour cette nuit…
- — À ce point ?
- — Oh oui ! C’est bien la première fois qu’un garçon me montre tant d’empressement !
- — Surtout que vous ne vous connaissez que depuis ce matin !
La petite brune hoche la tête :
- — C’est ça qui est fou, mais je commence à mieux comprendre toutes ces histoires d’amants terribles. Avant, je disais que l’auteur exagère, qu’il affabule, qu’il en rajoute une sacrée couche, mais non, ça existe réellement !
- — Tu n’as pas peur que ce soit un feu de paille ?
- — Peut-être que ça sera un feu de paille, mais je pense que ça durera quand même tout le séjour, j’en ai l’intuition. Lionel et moi, on est à la fois pareil et différent. Je ne sais pas comment t’expliquer ça. Tiens, un peu comme toi et Antoine.
Se redressant à moitié, Astride se récrie :
- — Antoine et moi, c’est pas pareil !
- — Oui, mais toi et lui, vous êtes comme deux pièces d’un puzzle qui ne demandent qu’à s’emboîter !
- — Tu as de ces comparaisons !
- — Tu aurais préféré que je sois plus crue ?
- — Euh non…
Les garçons reviennent sur la plage, coupant court à la conversation. Au bout de quelques allers-retours dans la mer, les filles se lèvent et Astride annonce :
- — On vous laisse ensemble, les garçons ! Nous, on a des trucs de fille à se raconter autour d’un café !
Les deux jeunes femmes s’enroulent dans un paréo, un bleu pour Astride et un vert pour Ludivine. Puis elles se dirigent vers l’hôtel. Lionel n’arrive pas à détacher ses yeux du popotin dansant de sa nouvelle petite amie. Antoine attend que les deux filles soient hors de lui, puis il attaque :
- — Toi, c’est tout ou rien !
- — Euh… oui… j’ai vu ça… Entre nous, je suis le premier étonné ! Ludivine aussi !
Antoine se met à rire :
- — Je te rassure : Astride et moi, on l’est tout autant !
- — Franchement, quand je l’ai vue à l’aéroport, ça a été le coup de foudre réciproque, un truc qu’on ne voit que dans les films à l’eau de rose. Eh bien, non, ça m’est tombé dessus.
Égayé, le blond demande :
- — Paf, comme ça ?
- — Oui, paf, comme ça ! Je ne sais pas comment t’expliquer, mais il n’y avait plus que Ludivine qui comptait. Elle remplissait tout l’univers !
- — On avait compris le topo…
Songeur, Lionel hoche la tête :
- — En tout cas, ça m’est carrément tombé dessus, même si je n’y croyais pas un seul instant ce matin en venant à l’aéroport avec toi.
- — T’as prévu de faire quoi ?
- — De profiter de Ludivine tant que je peux. Je ne sais pas comment ça tournera quand nous serons revenus à la vie normale. Si elle et moi, on peut continuer à se voir, ce sera le top, mais en attendant…
- — Tu profites.
- — Voilà !
Un peu plus tard, les garçons finissent par rejoindre les filles. Puis un peu plus tard, ils prennent le repas ensemble. Les deux tourtereaux s’éclipsent aussitôt après le dessert. Après quelques déambulations, les deux blonds assistent au petit spectacle prévu vers vingt et une heures. Puis assez épuisés, ils s’endorment tout de suite, chacun dans leur lit.
Début du deuxième jour
Lors du petit déjeuner, Astride et Antoine n’ont pas besoin de demander ce qui s’est passé durant la nuit pour le nouveau couple : l’air radieux et les cernes sous les yeux parlent pour eux.
Alors qu’elles sont seules à table, Ludivine confie à sa voisine :
- — Eh bé, je ne te raconte pas !
- — Si justement !
- — Lionel porte bien son prénom : un véritable lion au lit !
- — À ce point ?
Presque en extase, Ludivine lève les yeux au plafond :
- — Oui, oui, oui, à ce point !
- — Tant mieux pour toi, ma Lulu…
Puis la brune enchaîne :
- — Au fait, avec Antoine, ça donne quoi ?
- — Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
- — Crac-crac ou pas crac-crac ?
Impassible, Astride beurre une biscotte :
- — Nous sommes de très bons amis…
- — Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…
- — Tu insinues quoi ?
Ludivine affiche un sourire convenu :
- — Que moi, j’ai des yeux pour voir. Même Lionel s’en est rendu compte. Pourtant, en général, les hommes ne sont pas doués pour détecter ce genre de chose. Antoine et toi, vous êtes faits l’un pour l’autre, mais… on dirait que ça vous fait peur ou que vous croyez que ce n’est pas le cas…
- — Nous sommes juste des amis d’enfance. Ce sont les autres qui imaginent des choses fausses…
- — Oui, oui, oui…
La conversation s’arrête là, car les deux hommes sont de retour, avec divers fromages, du jambon, du bacon et aussi des petites saucisses, ce qui est assez différent du traditionnel café avec un croissant.
La matinée se déroule classiquement à la plage, l’eau étant chaude, tout le monde passe beaucoup de temps à barboter dans la mer, ou plutôt dans la crique.
Le déjeuner est à l’image d’hier, avec comme entrée surtout des tomates et moins de concombres, puis divers plats fort classiques, avec de l’huile d’olive. Quant aux desserts : fruits et crèmes diverses.
La sieste est propice au repos pour les uns et à des cabrioles pour les autres.
Le goûter
Tout ce petit monde se retrouve sur la terrasse couverte pour l’heure du goûter. Tandis que les hommes sont partis chercher des crêpes (pour changer des gaufres), posant son café devant elle après en avoir bu une gorgée, Ludivine répond en souriant à Astride :
- — Ben, on peut résumer les choses à B B B.
- — C’est-à-dire ?
- — Bouffe, bain, baise !
Assez étonnée, Astride ouvre de grands yeux :
- — Ludivine ! Tu ne m’as pas habituée à ce genre de langage !
- — Ben voyons ! J’ai été à bonne école avec toi, Astride !
- — Mais dans ta bouche, ça fait… euh… étrange…
- — Dans ma bouche, dans ma bouche… je dirais bien quelque chose, mais tu vas être encore plus offusquée !
- — Je n’ai pas besoin de connaître la liste de toutes vos turpitudes !
Ludivine riposte aussitôt :
- — T’as tort, ça pourrait te donner des idées pour Antoine !
- — Halàlà, t’es pénible ! Pourquoi je t’ai embarquée avec moi ?
- — Ah ça ! C’est toi qui as insisté lourdement pour que je vienne ! N’empêche que…
- — Que quoi ?
Levant les bras, la brune s’étire :
- — T’as bien fait ! Ton obstination nous a permis d’être ensemble, Lionel et moi.
- — Ça, j’ai bien compris !
- — Je te remercie d’avoir insisté. C’est vrai que, des vacances, c’est bon pour s’aérer l’esprit. Mais là, j’aère plutôt autre chose !
- — Pour une intello, t’as une sacrée conversation !
Ludivine se penche vers sa copine :
- — T’es jamais contente ! Ou bien je suis une coincée, ou bien je suis une dévoyée !
- — Excuse-moi, Ludivine, mais tu valses d’un extrême à l’autre. Mais je ne vais certainement pas te reprocher de t’amuser un peu, voire beaucoup avec Lionel.
- — Je prends ce qu’il y a à prendre, je me fabrique des beaux souvenirs. Honnêtement, je ne sais pas ce qui va se passer quand nous serons tous de retour at home. Peut-être que ça durera avec Lionel, peut-être que ça ne résistera pas au quotidien. Je ne sais pas. Ah revoilà les hommes !
Ce qui interrompt la conversation entre les deux femmes.
Vamos a la playa
L’après-midi se poursuit à la plage comme au matin. Sans doute pas assez rassasiés de leur sieste, Ludivine et Lionel s’en donnent à cœur joie dans l’eau, souvent très collés-serrés l’un à l’autre. Néanmoins, ils restent assez discrets, d’autres personnes étant présentes.
Vêtue d’un bikini bleu pas très couvrant, lunettes de soleil sur le nez, Astride se tourne vers son voisin :
- — Ces deux-là, c’est plus de l’amour, mais c’est de la rage !
- — Dans les relations amoureuses, tu as de tout, c’est un large spectre qui va du coup de foudre dévastateur à l’amour-amitié. Ou si tu préfères : le lièvre et la tortue.
- — Donc eux, ce sont les lièvres, c’est ça ?
- — Oui, un bon exemple !
- — Et nous, on serait des tortues ?
Antoine s’étonne :
- — Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
- — Excuse ! C’est Ludy qui m’a traumatisée avec son histoire de puzzle. J’y ai pensé une partie de la nuit.
- — Là, je ne comprends pas du tout !
La jeune femme s’aperçoit qu’elle s’est aventurée trop loin :
- — Laisse tomber, Tony !
- — T’en as trop dit ou pas assez…
- — Bon, bon : Ludy m’a dit hier que nous étions comme deux pièces d’un puzzle qui ne demandent qu’à s’emboîter !
Antoine regarde devant lui, vers la passe qui donne vers la « vraie » mer :
- — Quelque part, c’est pas faux. Nous en avons parlé hier, rappelle-toi.
- — Je sais, mais pourquoi ça me turlupine autant ?
Le jeune homme se met à rire :
- — C’est peut-être le spectacle qu’offrent ta copine et mon copain. Qui sait !
- — Je ne vois pas en quoi ! Je ne suis pas jalouse !
- — Mais tu n’as jamais vécu un tel coup de foudre, moi non plus, je te rassure. Je ne connais pas la vie amoureuse de ta copine, mais j’ai l’impression que c’est pas une fan d’avoir trente-six petits amis.
Astride confirme :
- — Oui, aux dernières nouvelles, c’était plutôt une nonne !
- — Idem pour Lionel. En revanche, toi et moi, nous avons eu plusieurs expériences, mais on ne peut pas dire que ça se soit terminé très bien à chaque fois.
- — Ah non !
Antoine s’assied en tailleur :
- — Récemment, j’ai lu un truc sur les attirances. Si je résume : il y a les personnes avec qui on couche, et les personnes avec qui on vit. Et souvent, on fait l’erreur d’épouser la première catégorie, et fatalement, ça ne fonctionne pas toujours bien.
- — Oui, je connais cette théorie… Si on lit entre les lignes, on devrait avoir deux partenaires ; dans mon cas, un mari avec qui je construis mon avenir et un amant pour le fun.
- — Oui, c’est ça. Le nec plus ultra, c’est de fondre ces deux types de personne en une seule, mais ce n’est pas évident à mettre la main sur une telle personne.
Toujours allongée sur sa serviette, Astride se met en appui arrière sur ses coudes, ce qui fait bien ressortir sa poitrine dont les seins fermes pointent vers le haut :
- — C’est pas faux… mais c’est quoi la proba de tomber sur cette perle rare ?
- — Je n’en sais rien. En tout cas, la proba que tu excites ton monde est très nettement supérieure !
- — Comme ça ?
Avec un petit sourire, le blond explique :
- — Regarde autour de toi discrètement, plusieurs hommes te matent.
- — Bah, comme dans tous les pays du Sud, dès que t’es blonde…
- — Avoue que t’es bien foutue !
- — Si tu le dis…
- — Tu le sais très bien ! Et même que tu en joues parfois. Je te rassure, ce n’est pas un reproche : il vaut mieux faire envie que pitié !
Restant néanmoins dans la même pose assez provocante, Astride s’agace :
- — Halala ! Arrête de jouer les grands frères !
- — Oui, grand frère et petite sœur, alors que nous avons le même âge…
- — T’es quand même plus vieux que moi de deux mois.
- — La belle affaire !
Soudain, regardant vers la mer, Antoine change de sujet :
- — Ah ces deux-là, faut pas demander ce qui se passe sous l’eau.
- — Ah oui, en effet ! Tu crois que…
- — Il y a une grosse probabilité.
La blonde se redresse un peu :
- — Pire que des bêtes ! Franchement, ma copine m’étonne à fond ! Elle rattrape le temps perdu. Même chose pour ton copain, si je comprends bien.
- — Ça se pourrait… Bah, ils se fabriquent de beaux souvenirs dont ils parleront sans doute avec nostalgie avec les autres pensionnaires de l’EHPAD quand ils seront devenus des ultra-seniors !
- — Tu vois loin !
Un peu plus tard, il est l’heure d’aller dîner. Comme la veille, après le repas, les deux L foncent illico dans leur chambre. Comme hier, les deux A en profitent pour aller voir l’animation prévue en soirée.
Minuit
Après le spectacle, les deux blonds se dirigent vers leur chambre commune. Sur place, ils blablatent un peu, beaucoup, énormément. Visiblement, ils n’arrivent pas à trouver le sommeil. Antoine songe que l’autre couple n’a certainement pas ce genre de problème, ces deux-là doivent y aller de bon cœur, et qu’ils s’effondreront complètement épuisés dans les bras l’un de l’autre pour s’endormir illico enlacés.
Allongée de dos sur son lit, Astride se redresse soudainement :
- — Et si on se faisait un bain de minuit ?
- — Maintenant ?
- — Il est presque minuit, c’est l’heure idéale pour un bain de minuit !
- — Je ne suis pas certain que la plage soit éclairée.
- — Je ne sais pas si elle est éclairée, mais c’est presque la pleine lune, je l’ai constaté hier soir. De plus, le ciel est bien dégagé.
Peu après, le couple se retrouve sur la plage, Astride ayant revêtu un paréo sur son bikini, et Antoine un T-Shirt assez long. Malgré la nuit, il fait bon dehors. La blonde s’exclame :
- — Tu vois qu’on voit bien ! Allons plutôt du côté des rochers, là à droite.
- — Pourquoi tu veux aller là-bas ?
- — Pour être au calme.
- — Il n’y a pas grand monde…
- — On ne sait jamais.
Quelques instants plus tard, Astride est dans l’eau, tandis que son compagnon est debout sur un rocher plat, le paréo en main. Après avoir déniché un gros galet sec, il pose le tissu sur un rocher, puis le galet afin qu’une éventuelle saute de vent n’emporte pas le vêtement. Il ôte son T-shirt qu’il dépose à son tour sous le galet.
- — Tony !
- — Oui, quoi ?
- — Attrape !
Le jeune homme voit fuser quelque chose dans sa direction. Instinctivement, il saisit l’objet en question pour découvrir qu’il s’agit du haut du bikini d’Astride. Le temps qu’il réagisse, un autre morceau de tissu voltige dans sa direction.
- — Tu t’amuses à quoi, Astride ?
- — Figure-toi que je n’ai jamais pris de bain de minuit toute nue !
- — Là, tu m’étonnes !
- — Eh ben si !
Toujours debout sur le rocher, Antoine contemple Astride en train de nager devant lui. Il distingue les contours assez flous de l’anatomie de la jeune femme grâce à la lune. Beau spectacle, pense-t-il, les mains sur ses hanches.
- — Merci, Tony !
- — Euh, de quoi ?
La réponse fuse, amusée :
- — Que je suis un beau spectacle…
- — Ne me dis pas que j’ai pensé tout haut ?
- — Eh si !
Pour se donner une contenance, Antoine pose les deux pièces du bikini sur un autre gros rocher en y posant un autre galet par-dessus.
- — Alors tu viens ?
- — J’arrive…
Antoine s’approche de l’eau. Astride lui demande :
- — Tu gardes ton maillot ?
- — Je garde mon maillot. Tu n’auras pas droit à un strip-tease. De plus, toi, tu as ôté ton bikini dans l’eau.
- — Ça t’aurait plu que je fasse un strip-tease sous ton nez ? Ç’aurait été aussi un beau spectacle !
Le jeune homme soupire :
- — Je sens que tu vas souvent remettre ça sur le tapis !
- — T’as peur de te montrer tout nu ?
- — Quand je me mets tout nu devant une femme, c’est pour une très bonne raison ! Du genre Ludivine et Lionel.
- — Euh…
Elle s’éloigne un peu pour laisser de l’espace auquel cas Antoine plongerait. Celui-ci préfère s’asseoir au bord d’un rocher affleurant, puis il glisse dans l’eau. La blonde se moque de lui :
- — T’es pas très franc !
- — On ne voit rien dans l’eau. Je ne vais pas plonger au risque de me coltiner un rocher en pleine tronche. Toi non plus, tu n’as pas plongé.
Peu après, ils nagent de concert. Antoine arrive petit à petit à deviner les courbes de sa voisine, même si les conditions de luminosité et de visibilité ne sont pas fameuses. Astride semble visiblement être heureuse de pouvoir s’offrir ainsi un bain de minuit.
Un peu plus tard, elle propose :
- — On essaye de traverser la crique pour aller en face ?
- — Pourquoi pas, mais repère bien l’endroit où sont nos vêtements, sinon tu devras regagner l’hôtel toute nue.
- — T’inquiète, j’ai bien repéré !
- — J’espère que tu n’es pas trop fatiguée, parce que c’est quand même assez loin.
- — Ça ira !
Lentement, les deux jeunes gens se dirigent de l’autre côté du rivage. Astride précède Antoine qui a ainsi une certaine vue trouble sur le popotin de celle-ci, pas de quoi bien discerner, mais l’imagination complète.
Arrivée la première, Astride souffle :
- — Ouf, on y est ! Pff, c’était plus loin que je ne le croyais !
- — Repose-toi un peu avant qu’on revienne.
- — Non, si je me repose, je ne vais plus pouvoir décoller d’ici.
Puis elle repart dans l’autre sens. Antoine lui lance :
- — Tu n’es pas raisonnable !
- — Je sais !
Lors du retour, Astride semble avoir quelques soucis, son compagnon se met à sa hauteur pour lui demander :
- — T’as un problème ?
- — Ben… je suis un peu fatiguée… si j’étais dans mon lit, je dormirais tout de suite.
- — Ah d’accord ! À vue de nez, il reste encore cinquante mètres à faire. Mets-toi derrière moi, accroche-toi à mes épaules, je vais te servir de remorqueur.
- — Mes mains sur tes épaules ?
- — Ou à mon cou si tu préfères, mais évite de m’étrangler, OK ?
- — D’accord.
Astride entoure de ses bras mouillés le cou du jeune homme qui nage lentement mais sûrement vers le point de départ. À mi-chemin, la jeune femme se rapproche un peu plus de son compagnon, ce qui fait que ses seins se retrouvent plaqués sur le dos d’Antoine. Ce contact déclenche une certaine réaction physiologique chez ce dernier qui préfère faire comme si de rien n’était, continuant à nager doucement.
Soudain, Astride enlève un bras autour du cou d’Antoine. Peu après, celui-ci sent une main effleurer le chapiteau qu’il a dans son maillot de bain.
- — Je te fais de l’effet ?
- — Dois-je comprendre que tu l’as fait exprès ?
- — Tu sais, j’ai eu le temps de cogiter un peu, ces derniers temps.
Antoine continue à nager :
- — Et donc, que donne le fruit de tes cogitations ?
- — Je suis un peu perdue… L’exemple de ma copine et de ton copain me turlupine !
- — Ce serait plutôt à moi d’employer ce verbe.
La blonde fronce momentanément des sourcils avant de comprendre :
- — Hmmm, pas tant que ça. Le côté « turlute », c’est plutôt féminin…
- — Pas forcément. Exemple : les gays.
- — Tu veux toujours avoir le dernier mot, n’est-ce pas ?
- — Ah, je suis arrivé là où je pensais… Il y a un gros rocher sous l’eau, on peut se tenir debout dessus.
Peu après, Astride a pied, ayant de l’eau à mi-seins. Étant plus grand, Antoine a le torse hors de l’eau. Il se retourne pour faire face à la jeune femme qui libère son cou. Il incline un peu la tête vers le bas, fixant sa voisine :
- — Astride, mettons les cartes sur la table, s’il te plaît.
- — En parlant de ça, réponds franchement à ma question : est-ce que je te plais ?
Antoine semble chercher ses mots :
- — Je suis obligé de dire « oui ». Mais peut-être pas comme tu le penses…
- — Sois plus explicite…
- — J’avoue sans problème que je suis bien en ta compagnie, que nous nous entendons bien et, si je reprends la théorie de tout à l’heure, tu es de celles avec qui je pourrais vivre.
Astride rosit un peu, puis elle lâche :
- — Pareil pour moi… mais… euh…
- — C’est-à-dire ?
- — Et pour le fun ?
Pensif, le jeune homme marque un temps d’arrêt :
- — Je commence à me poser des questions… parce que… si je fais le récap de tes anciens petits amis et de mes ex…
Assez fébrile et toujours aussi dénudée, Astride se presse contre le jeune homme :
- — Il y a des… similitudes, c’est ça ?
- — Mis à part le fameux Jean-Philippe qui a sans doute été une expérience de ta part pour changer la routine, on va dire qu’il y avait un parfum commun.
- — Oui, comme avec tes ex, j’avais remarqué… Tout comme je remarque que tu es en pleine forme, Antoine.
- — La faute à qui ? T’es impudiquement collée à moi ! Et en plus, t’es toute nue !
Levant son visage vers son voisin, Astride sourit :
- — Je ne peux pas le nier… En parlant de ça, tu crois qu’on va continuer à nier longtemps ce qu’il y a entre nous, à se voiler la face ?
- — Tu as raison…
Le sourire de la jeune femme s’élargit :
- — J’ai toujours raison, mon cher !
- — Tu as très souvent raison, ma chérie !
- — Eh !? Tu viens de dire quoi ?
- — Oh et puis, alea jacta est !
Antoine capture la jeune femme dans ses bras et l’embrasse fougueusement. Elle répond aussitôt à son baiser. Tout de suite, le bain de minuit tourne au torride…
Un nouveau jour se lève
Un nouveau couple s’éveille dans la chambre partagée par Astride et Antoine. Les deux lits jumeaux sont maintenant collés l’un à l’autre et on devine aisément que la nuit n’a pas été de tout repos.
À l’heure du petit déjeuner, après un court sommeil réparateur, des gros cernes sous les yeux, la blonde reprend la parole :
- — Eh bé ! T’avais du retard à rattraper !
- — Toi aussi, je te signale !
Puis ils se font un gros bisou. Puis Astride se détache de son nouvel amant pour s’allonger sur le dos, les bras en croix, contemplant le plafond :
- — Quand je pense qu’on s’est tournés l’un autour de l’autre durant tout ce temps ! C’est dingue !
Antoine se penche sur sa voisine :
- — Je reconnais que… que, plus d’une fois, j’ai eu peur de franchir le pas. Je me disais : eh si je me trompais sur ce que j’éprouve réellement ?
- — Je te rassure, j’étais dans le même cas que toi. Ludy avait raison : nous sommes deux pièces de puzzle qui s’emboîtent parfaitement ! J’ai été étonnée à quel point on s’accordait aussi très bien pour faire l’amour !
Il dépose un petit bisou sur le bout du nez d’Astride :
- — Je repense à cette fameuse théorie, je ne crois pas m’avancer de trop en disant que, toi et moi, on coche les deux cases en même temps.
- — Non, tu ne te trompes pas : on les coche toutes les deux. Ce qui m’énerve, c’est tout ce temps qu’on a perdu !
Antoine caresse amoureusement les seins nus de sa compagne de lit :
- — Peut-être que si on s’y était pris trop tôt, on aurait foiré. Tu as eu tes expériences, j’ai eu les miennes ; maintenant, on sait exactement où on met les pieds.
- — T’as peut-être raison…
- — Et il n’y a pas que les pieds que j’ai envie de mettre quelque part !
- — Gros obsédé !
Puis c’est reparti pour des turpitudes qui donneraient bien des idées et des envies à la plupart des couples.
Post-scriptum
Dix ans plus tard, les deux couples sont revenus à la Cala de la Doncella pour fêter l’anniversaire décennal, accompagnés de leurs enfants.