Une situation assez cornélienne dans ce texte peu probable. Bonne lecture :)
L’accident
Béatrice, ma femme, et Carine, sa jeune sœur, viennent d’avoir un accident de voiture sur l’autoroute : un camion fou qui a dévié de sa trajectoire, à la suite de l’explosion d’un pneu avant, selon les premiers éléments du rapport dont j’ai eu connaissance. Ma belle-sœur a été tuée sur le coup (la triste place du mort), et mon épouse est actuellement dans le coma, dans un état peu engageant.
Les médecins ont peu d’espoir, ils l’ont déclarée morte cérébralement, malgré une très légère trace d’activité neuronale. Certains ont même osé avancer que les appareils subissaient en réalité une perturbation électromagnétique, hypothèse à laquelle je refuse de croire.
- — Nous sommes de tout cœur avec toi, Sébastien… Que décides-tu ?
- — Les médecins voudraient la débrancher, mais je ne puis m’y résoudre…
L’espoir fait vivre. Béatrice est actuellement installée chez nous, dans un lit médicalisé, une infirmière vient tous les jours pour s’occuper d’elle et vérifier si tout va bien. La situation dure depuis trois mois, soit maintenant un total de cinq mois depuis l’accident.
Parfois, quand je lis des choses à ma femme, quand je lui parle de tout et de rien, que je lui raconte ma journée, l’oscilloscope (je l’appelle comme ça) frémit un peu plus que d’habitude, mais hélas, tel un soufflé, ça retombe bien vite. La probabilité qu’elle se réveille est très faible, mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.
À la recherche d’un espoir
Je commence à comprendre pourquoi des personnes atteintes d’une maladie incurable essayent des traitements stupides prodigués par des charlatans. J’en suis venu à m’intéresser aux forces de l’Esprit, comme l’avait si bien dit un ancien Président.
N’ayant plus grand-chose à perdre, je décide de tenter des invocations. La première n’est pas une franche réussite, les suivantes non plus, mais je m’acharne. À partir de la septième, il y a eu un petit commencement de quelque chose.
Essayant de rester calme et pragmatique, je fais le point :
- — Non, je n’ai pas rêvé, ce n’est pas une invention, une hallucination de mon cerveau, d’autant que mon téléphone a enregistré toute la scène.
J’analyse méthodiquement les circonstances de cette évocation, je continue à me documenter, sachant que, souvent, il y a des contradictions insurmontables entre divers auteurs, dont je me demande si certains croient vraiment à ce qu’ils écrivent. Je décide de suivre à la fois mon intuition et une dose minimale de logique, même si le domaine ne l’est pas particulièrement.
Les invocations suivantes sont à l’image de la septième : il y a quelque chose, mais sans plus. Je me demande ce qui ne va pas, quelle erreur ai-je pu faire ? Après diverses cogitations frôlant l’absurde, je décide de contredire un fait établi, comme si, au lieu de tourner dans le sens des aiguilles d’une montre comme tout le monde le demande, je prenais le sens trigonométrique, juste pour voir ce que ça donne.
Au point où j’en suis !
Je me prépare pour la quatorzième invocation, le double de la septième. J’applique le même rituel, mais avec cette notion de sens inverse. Tout de suite, je sens confusément que la donne change, alors je continue en m’appliquant au mieux. Je transpire abondamment, comme si j’étais en train de faire un effort surhumain. J’ai aussi la curieuse impression qu’on m’aspire de l’intérieur, comme si on me volait du fluide vital ou quelque chose dans le genre.
Je m’acharne, même si ça me coûte. J’ai l’impression de gravir en trébuchant une pente très raide, parsemée de cailloux pointus qui se plantent dans mes pieds nus.
- — Non, ça sera trop con d’abandonner maintenant !
À ma grande stupéfaction, à la suite d’une grande douleur interne, une sorte de nuage exoplasmique surgit devant moi, avec le visage de Carine, la sœur de ma femme. Les deux femmes se ressemblaient beaucoup, mais n’étaient pas des fausses jumelles pour autant. Ma femme était plutôt le feu sous la glace, tandis que sa sœur était plus délurée, sans paravent et souvent sans filet.
L’apparition se stabilise. Je termine la procédure, il serait vraiment idiot d’échouer de si peu, même si je suis assez angoissé. J’y croyais sans trop y croire. Maintenant que j’ai un résultat probant sous les yeux, à moi d’assumer. Mon smartphone me donnera confirmation quand je regarderai la vidéo.
Le rituel est achevé. Le nuage est toujours devant mes yeux. Le visage regarde dans tous les sens, aussi étonné que je le suis. Puis ses yeux rivés sur moi, j’entends distinctement la voix de ma défunte belle-sœur me dire :
- — T’as pris ton temps pour m’invoquer !
- — Tu… tu parles ?
- — Bien sûr que je parle, puisque tu viens de me répondre !
Carine a toujours été assez mordante. Elle n’était pas de tout repos, mais sa spontanéité était souvent rafraîchissante. Bien qu’assez sidéré par ce qui est en train de se dérouler, je réponds comme quand elle était encore vivante :
- — Désolé pour le retard, Carine, mais il y a peu de temps, je ne croyais pas aux esprits et aux fantômes.
- — Je sais, tu as toujours été du genre cartésien, tu as juste un peu changé d’avis.
- — En effet… je me refusais à baisser les bras…
Carine prend une expression gênée :
- — Je suis au courant pour ma sœur. Tes efforts ont été méritoires, je t’en félicite, mais… euh…
- — Mais quoi, Carine…
- — Disons que… que je suis en meilleur état que ta femme…
- — Précise ta pensée…
Le visage flottant réfléchit :
- — Hmm… je suis morte, je ne le nie pas, mais tu as pu m’invoquer, mais Béa est toujours vivante. Enfin, si on peut appeler ça « vivre » …
- — Elle n’est pas morte, à ce que je sache…
- — Eh bien, ç’aurait peut-être été mieux pour elle. Ma sœur est coincée dans son corps, mais pas moi.
Je cligne des yeux :
- — Coincée dans son corps mais pas toi… Est-ce que ça veut dire que tu peux… posséder un corps ?
- — Si toutes les conditions sont réunies, oui. C’est possible.
Mon cerveau actionne ses rouages :
- — Attends, Carine, tu es en train de me dire que j’aurais dû tuer ma femme et l’invoquer ensuite ?
- — Dans ce cas, elle n’aurait pas pu réintégrer son propre corps, car celui-ci serait vraiment mort. Le corps de ma sœur est toujours vivant, c’est son cerveau qui est quasiment mort. Il ne reste plus que le strict minimum, comme lors d’une grève SNCF bien suivie.
- — Tu es vraiment certaine que le cerveau de Béatrice est hors service ?
L’apparition a un sourire crispé :
- — Je peux te le jurer sur tout ce que tu veux : ma sœur est devenue un légume, hélas.
- — Pourtant, certains médecins ont détecté une petite activité cérébrale.
- — Juste ce qu’il faut pour entretenir l’activité générale du corps. Qui vas-tu croire ? Des imbéciles de médecins ou moi, qui suis un vrai esprit que tu as invoqué ?
La question se pose en effet. J’entrevois une solution un peu folle :
- — Si Béatrice décède, est-ce que je peux l’invoquer comme toi et lui demander de posséder un autre corps ?
- — Ce n’est pas du tout garanti, Sébastien. Je pense que tu as réussi ton invocation parce que ma sœur est toujours vivante, elle est mon lien avec cette basse terre.
- — Tu es certaine de ça, Carine ?
- — Écoute, moi-même, je suis étonnée de pouvoir te parler. Alors, ne m’en demande pas trop !
J’essaye de faire le point :
- — Donc, mon idée de faire passer Béatrice dans un monde meilleur pour ensuite lui demander de revenir dans un autre corps n’est pas une garantie de réussite.
- — Il faudrait que tu lui trouves un corps compatible… Une autre Béatrice, tu vois. Je ne sais pas grand-chose, mais c’est comme si le corps et l’esprit devaient s’emboîter parfaitement, genre clé et serrure. Pour te donner une idée : tu ne branches pas un câble USB-A dans une prise USB-C.
- — Je vois…
Elle continue :
- — Et puis… vu l’état de ma sœur, son esprit est très faible, juste une étincelle…
- — Son esprit ? Je croyais que son cerveau était mort ?
- — Ne confonds pas la tasse avec le café qu’il y a dedans.
Je fronce des sourcils :
- — Ce n’est pas pareil ?
- — Non, ce n’est pas la même chose. J’ai eu la chance de mourir sur le coup, avec mon esprit totalement intact, bien que mon corps et mon cerveau soient complètement détruits… C’est sans doute pour ça que je suis devant toi aujourd’hui.
- — Je vois… Son esprit est vraiment si faible que ça ?
- — Compare la tour Eiffel avec un porte-clés, c’est-à-dire pas grand-chose.
Mes épaules se voûtent. J’ai peut-être réussi une invocation, mais j’avais imaginé dialoguer avec l’esprit de ma femme pour la persuader de revenir parmi nous. À prime vue, c’est raté. La voix de ma belle-sœur se fait plus douce, presque insinueuse :
- — Mais… j’ai peut-être une solution…
Je reprends espoir.
Une solution
Je redresse la tête, je demande à ma belle-sœur qui flotte toujours devant mes yeux :
- — C’est quoi ta solution, Carine ?
- — Je ne te garantis rien, mais… il se peut que je puisse prendre possession du corps de ma sœur. Je pense que nous sommes compatibles.
Je reprends nettement espoir, je la presse, je veux savoir :
- — T’es certaine ou pas, Carine ?
- — Ben, je crois que c’est possible, mais… je n’en suis pas sûre à cent pour cent.
- — À combien de pourcentage évalues-tu ta réussite ?
- — Ben, ça marche ou ça marche pas… cinquante pour cent…
Je soupire bruyamment :
- — Tu n’as jamais été très forte en maths, Carine. Bon, admettons que tu tentes de posséder le corps de Béatrice : quid de son étincelle, comme tu le disais ?
- — Euh… je ne sais pas trop… en tout cas, je ferais mon max pour la sauvegarder, c’est ma grande sœur, tout de même.
Si Carine s’incarne dans le corps de ma femme, peut-être que l’étincelle redeviendrait un grand feu et que je retrouverai alors ma Béatrice à moi. Ce que je suis en train de vivre est déjà une énorme avancée, même s’il reste beaucoup de chemin jusqu’au but final. Entretemps, il y a un problème à résoudre :
- — Carine, imaginons que tu réussisses à prendre le contrôle du corps de Béatrice.
- — Oui, imaginons.
- — Tu seras ma femme sans être ma femme… On fait quoi ?
L’apparition oscille comme si elle tergiverse, puis elle se décide :
- — Je vois ce que tu veux dire… Je serais Carine dans le corps de Béa. Peut-être que je bénéficierais de ses souvenirs, de sa mémoire. Donc je serais un peu ma sœur en même temps…
- — Mais officiellement, on raconte quoi ? Que tu es Carine revenue des morts ?
Elle se récrie sur le champ :
- — Ah non, surtout pas ! J’ai pas envie d’être un animal de labo !
- — Tu as raison… Et en plus, je perdrais pour la seconde fois ma femme.
- — La solution la plus simple et la plus acceptable pour tout le monde serait que je sois Béa, mais avec un petit changement de caractère, de manies, à la suite de l’accident et du coma que j’ai subis. C’est largement crédible.
Ce n’est pas tout à fait ce que j’espérais, je soupire :
- — C’est déjà mieux que rien…
- — Et puis… ça ne me dérange pas que tu me fasses l’amour !
Je sursaute :
- — Pardon ?
- — Tu as très bien entendu, Sébastien. Je serai quand même ta femme, ce sera incontestablement le corps de Béatrice.
- — Mais en réalité, tu es Carine. C’est comme si je faisais l’amour à ma belle-sœur !
Elle répond d’un ton assez négligent :
- — Oh tu sais, y a plein d’hommes qui ne diraient pas non.
- — Peut-être, sans doute, mais moi, ça me gêne. Mais…
- — Mais ?
- — C’est peut-être la seule façon que j’aie pour que Béatrice revive vraiment… en toi, si j’ai bien compris. Et que toi, tu revives aussi.
- — Oui, je pense que c’est la seule façon…
Est-ce que Carine me dit la vérité ? Ne veut-elle pas s’emparer du corps de mon épouse pour le faire sien ? Est-ce que ça ne va pas tuer Béatrice si sa sœur prend sa place ? Je ne sais pas. La probabilité que ma femme revienne naturellement à elle est infime, je le sais.
- — Carine, tu penses vraiment que ça peut réussir ? Et évite de me répondre un truc comme peut-être que oui ou peut-être que non.
- — Je vais être franche avec toi : je ne sais pas, mais je pense que c’est faisable. Honnêtement, je ne sais pas ce qui va m’arriver si je possède le corps de ma frangine. Et si tu veux tout savoir, j’ai la trouille.
- — Merci pour ta franchise, je te reconnais bien là.
- — Merci, Séb. Alors on fait quoi ?
Oui, on fait quoi ? C’est une très bonne question ! Peut-être même que je suis le premier homme sur cette planète à devoir prendre ce genre de décision.
Décision et possession
Entre rien et l’espoir de quelque chose, j’ai vite choisi. Carine est assez anxieuse et tourmentée, moi aussi. Mais qui ne risque rien n’a rien. De plus, c’est plutôt ma belle-sœur qui va faire tout le boulot, aidé par mes rares souvenirs lus sur le sujet.
- — En quoi puis-je t’aider pour prendre possession du corps de Béa ?
- — Je ne sais pas… Tu n’as pas sous la main une invocation pour ce genre de truc ?
- — Hmmm… je me rappelle avoir lu un truc comme ça…
Je retrouve très vite l’information. Je constate avec une certaine surprise qu’il y a beaucoup de points communs avec l’invocation qui m’a permis de faire apparaître Carine. Et là aussi, je sens confusément qu’il faut s’y prendre en sens inverse.
Qui ne risque rien n’a rien. Je commence une nouvelle invocation, avec une conviction nettement plus affirmée. À nouveau, je transpire abondamment, comme si j’étais en train de faire un effort surhumain. Toujours cette sensation qu’on m’aspire de l’intérieur. Je me console en me disant que je dois être sur la bonne voie.
- — Vas-y, Séb, continue ! On dirait que ça marche !
- — S’il te plaît, ne me déconcentre pas, Carine !
Je m’acharne, même si j’ai l’impression qu’on me coupe des morceaux de mon corps. Pourtant, tout semble intact dans mon anatomie. À nouveau, cette grande douleur interne. Je songe fugacement aux sacrifices aztèques, cette cardiectomie que les prêtres faisaient subir aux victimes avant de les balancer du haut de la pyramide afin que leurs sangs maculent les marches du grand escalier en pierre.
Devant mes yeux un peu embrumés, le corps de ma femme soubresaute, le nuage étant posé dessus. On dirait que Béatrice absorbe cette brume.
Puis plus rien. Que le silence pesant.
Rien qu’un corps inerte.
Rien de rien.
Soudain, les yeux de ma femme s’ouvrent, puis elle bat des paupières plusieurs fois. Éberlué et fébrile, je me précipite auprès de Béatrice :
Pas de réponse, juste un regard sur moi. Je demande :
La réponse tarde à venir durant quelques trop longues secondes :
- — Désolé pour toi, c’est Carine, mais ma sœur est toujours là. Ceci dit, après inventaire des lieux, c’est pas « jojo » !
C’est effectivement la voix de ma femme, mais avec la façon de dire les choses de sa sœur. Je me penche un peu plus :
- — Tu peux préciser ta pensée ?
- — Une étincelle, comme je t’avais dit, mais elle est toujours là. Je pense qu’il va falloir du temps pour qu’elle grossisse…
Un autre espoir se fait jour. Carine constate :
- — Ah, mes mains réagissent, c’est bon signe… c’est engourdi, mais ça va…
- — Et tes jambes ?
- — Hmmm… oh, c’est plus difficile, mais je sens quelque chose. Ouh, ça m’a l’air rouillé, tout ça…
- — Ça va faire un peu plus de six mois que tu es allongée… presque sept…
- — Non, Séb ! C’est ta femme qui est restée allongée durant tout ce temps. Moi, j’étais ailleurs, dans une sorte de coton.
En tout cas, j’ai sous les yeux Carine dans le corps de Béatrice. Si je lisais ça dans un roman, je dirais que l’auteur est taré, et qu’il utilise des grosses ficelles, non carrément des câbles, mais il faut que je me rende à l’évidence : le corps qui est devant mes yeux est revenu à la vie.
Toujours allongée dans le lit médicalisé, Carine-Béatrice agite ses membres, son cou ; elle s’étire dans tous les sens :
- — Aaah, ça fait du bien d’avoir un corps à nouveau, même s’il est un peu grippé !
- — En tant qu’esprit, tu as pourtant plus de liberté, non ?
- — C’est vrai, mais c’est comme si tu mangeais sans avoir de goût dans la bouche. En parlant de ça, tu sais comment retirer tous ces tuyaux ?
- — L’infirmière arrive dans moins d’une heure. Si tu pouvais attendre un peu. C’est elle la spécialiste.
Carine se met à rire en douce :
- — Elle va avoir une sacrée surprise.
- — En effet. Attends-toi à devoir subir un bon paquet d’examens prochainement.
- — Bah, c’est pas cher payé pour revivre ! Au fait, tu peux redresser la tête du lit pour que je sois en position assise ?
- — Tout de suite.
Puis nous mettons au point ce qu’il y aura à raconter à tout le monde. Impossible de révéler que Béatrice est en réalité Carine, sauf si nous avons vraiment envie d’être pris pour des fous.
- — Maintenant, évite de m’appeler Carine en public, OK ?
- — Je vais essayer…
- — Ce n’est pas essayer que tu dois faire : tu oublies Carine !
En effet, quand elle arrive, l’infirmière est très surprise, ses yeux comme des soucoupes, c’est tout juste si elle n’est pas en train de voir une morte sortir de son cercueil. Illico, elle téléphone pour annoncer l’étrange et miraculeux événement. Réticente, elle consent quand même à débrancher quelques tuyaux qui gênent Béatrice-Carine, mais pas tous.
- — Vous comprenez, c’est une grosse responsabilité. Pour donner un simple exemple, je ne suis pas certaine que son estomac fonctionne réellement… Il faut l’avis d’un spécialiste.
J’ai rarement vu un médecin arriver aussi vite. Et là, il n’est pas seul, car ils sont venus à trois. Ils n’en croient pas leurs yeux. C’est tout juste s’ils ne reprochent pas à ma « femme » d’être à nouveau vivante, car elle détruit leurs certitudes.
Celui qui semble être le plus élevé dans la hiérarchie fait divers examens approfondis, puis il hoche la tête :
- — Non, tout est… tout est OK.
- — On dirait que ça vous déplaît, docteur…
- — C’est que… (c’est rare de voir un médecin manquer de mots)
Ma main dans celle de ma femme, j’édicte :
- — Des personnes se sont réveillées après bien des années, il me semble.
- — Oui, ça arrive, mais là, franchement, votre épouse revient de très très loin ! On peut même parler de miracle, et pourtant, je ne suis pas croyant !
Oui, je sais, elle revient de vraiment très loin ! Mais pas question d’évoquer devant le corps médical mes invocations et l’apparition de ma belle-sœur morte dans l’accident. Je ne tiens pas à me retrouver interné alors que j’ai enfin récupéré ma « femme ».
Les journées suivantes sont assez éprouvantes : tout le monde veut voir la ressuscitée, la famille, les amis, les connaissances, les collègues, y compris les médecins et les spécialistes en tout genre, qui pensaient fermement que Béatrice était irrémédiablement condamnée.
Plus tard, lors du reflux
Le lendemain de notre retour de l’hôpital pour d’ultimes vérifications, après avoir récupéré de tous les examens qu’elle a subis, Carine m’annonce :
- — Bon, Séb, maintenant que nous sommes enfin vraiment seuls, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer…
- — Je t’écoute…
Assise dans le canapé, elle articule :
- — Puisque nous sommes loin de l’agitation et des oreilles indiscrètes, je peux te confirmer que ma sœur est toujours là. C’est la bonne nouvelle.
- — Oui, tu avais parlé d’une petite étincelle…
- — Enfin, elle est là sans être là…
Je m’inquiète :
- — Tu peux être plus précise ?
- — Il reste un petit peu d’elle dans un coin, une assez grosse étincelle, mais elle ne veut pas revenir à la surface. C’est la mauvaise nouvelle.
- — Comment ça ?
Carine explique :
- — Imagine que ta femme soit le dixième, non, le centième de ton ancienne femme, c’est elle, sans être elle. Comment dire… c’est quasiment un gros bébé dans le ventre de notre mère. Elle n’a pas trop envie de sortir pour affronter la dure réalité de la vie.
- — Elle a régressé ?
- — On peut le dire comme ça, mais elle dialogue un peu avec moi. À ce propos, j’en ai appris de bien belles entre elle et toi !
On dirait que la mémoire de ma femme est en accès libre pour sa sœur, je n’aime pas trop ça. Les choses intimes doivent rester intimes. Je cligne des yeux :
- — Notre vie privée ne te regarde pas.
- — Trop tard ! Je sais pas mal de choses. Dis-moi, t’es un grooos coquin dans ton genre !
- — Je suppose que, toi aussi, tu es une grosse coquine…
- — Ben, finalement, par rapport à ma sœur, je me surestimais !
Assez étonné, je la regarde :
- — Tu veux rire ?
- — Pas du tout ! Au fait, en parlant de ça, ma sœur m’a dit qu’on pouvait y aller franco, on a sa bénédiction.
- — Tu fais bien allusion à ce à quoi je pense ?
Elle affiche un petit sourire canaille :
- — Oh, arrête de tourner autour du pot, Séb ! Tu savais très bien que le sujet allait être mis tôt ou tard sur la table. Mine de rien, je suis ta femme.
- — Ma vraie femme est enfouie en toi, qui es ma belle-sœur.
- — Comme je te l’ai déjà dit, Béa m’a dit qu’on pouvait y aller franco. Disons qu’elle vivra par procuration à travers moi.
Je suis dubitatif : est-ce vraiment le souhait de ma femme ? Est-elle toujours présente dans ce corps ? Carine n’a-t-elle pas décidé de prendre sa place ? J’ai quelques doutes :
- — Ça m’étonne d’elle, ta sœur est plutôt jalouse ! Et tu as beau être sa sœur adorée, elle est très exclusive.
- — Figure-toi qu’elle a eu le temps de cogiter durant tous ces mois… Il faut que tu me croies, Séb. Si c’était possible, je lui redonnerais volontiers les manettes pour qu’elle s’adresse à toi, mais elle est trop faible, ça risquerait de la tuer définitivement.
- — Parce qu’elle pourrait éventuellement reprendre le contrôle ?
Carine douche mon faible espoir :
- — Oui, mais à ses risques et périls, et aussi aux tiens. Je ne veux pas que tu me détestes si jamais ça tourne mal. Désolée, mais tu dois te contenter de me croire quand je te dis que Béa m’informe de quelque chose.
- — C’est mieux que rien…
Ma belle-sœur pose sa main sur la mienne :
- — T’es vraiment accro à ma sœur, toi !
- — Ce n’est pas pour rien si je l’ai épousée !
Étrangement, elle tressaille, puis elle explique :
- — Ta réponse vient de faire plaisir à ma frangine. Pas mal de bonhommes auraient déjà trouvé une remplaçante.
- — J’ai toujours gardé espoir que Béatrice me revienne. Elle m’est revenue, mais… on ne peut pas dire que la situation soit très… claire…
Carine me regarde droit dans les yeux :
- — Ma sœur est trop faible pour reprendre le contrôle. Tu es un homme normal, je suis une femme normale, nous avons des besoins normaux. De plus, Béa est OK. Sans oublier que j’ai exactement le corps de ta femme, qui est presque le mien.
- — C’est pas faux, mais moi, je n’ai pas le corps de tes ex-petits amis.
- — En es-tu bien certain ?
J’ouvre la bouche pour répondre, mais je réfléchis fugacement, listant les quelques petits amis que j’ai pu connaître de ma belle-sœur. Oui, parfois, il y avait quelque chose en commun entre eux et moi. Puisque j’ai la bouche ouverte, j’annonce :
- — Je me répète peut-être, mais c’est pas faux…
- — Il n’est pas rare que deux sœurs aient les mêmes goûts en matière d’homme.
- — C’est une explication rationnelle…
Elle se met à rire franchement :
- — Rationnelle ! Notre situation à toi et à moi, ces histoires d’esprits, d’incantations, d’invocations, de corps possédé, tu ranges ça où ?
- — Tu as raison… Souvent, je me demande si je n’ai pas rêvé tout ça, et si je ne vais pas me réveiller dans mon lit.
- — Idem pour moi ! D’autant plus que je suis bel et bien morte !
- — Tu es drôlement vivante pour une morte, Carine !
- — Tu réalises que, toi et moi, on a eu une chance extraordinaire ? On devrait fonder une religion !
Je la regarde dans le blanc des yeux :
- — Pour la religion, laisse tomber ; mais pour la chance, tu as raison, une fois de plus…
- — J’aime quand tu me dis que j’ai raison !
- — Béa a exactement le même type de réaction.
- — Je sais, je ne suis pas sa frangine pour des prunes. Elle m’a même confié que tu étais un homme capable de reconnaître ses erreurs.
Je ne réponds rien, je me contente de sourire. Avant d’être marié à Béa, je savais qu’il faut savoir lâcher du lest de temps à autre, ça met de l’huile dans les engrenages et ça évite qu’une peccadille se transforme en bombe atomique.
Le vif du sujet
Je suis tiré de mes cogitations par la voix de Béatrice exprimant la pensée profonde de Carine :
- — Bon, en un mot comme en cent : on baise quand ? Ça va faire un bon paquet de mois que je suis abstinente à l’insu de mon plein gré et toi aussi.
- — Je te dirais bien d’aller te trouver un petit ami, mais comme tu as le corps de ma femme, ça me gênerait énormément. C’est comme si tu me trompais. Mais si je couche avec toi, c’est comme si je la trompais, elle, Béatrice, mon épouse.
Se penchant vers moi, Carine insiste :
- — Puisque je te dis qu’elle est OK !
- — C’est ce que tu dis… J’aurais préféré l’entendre de sa bouche ! Enfin, je me comprends, quand je dis ça.
- — Je ne demande pas mieux que de redonner les manettes à ma sœur, mais, dans son état, c’est la meilleure façon pour toi de devenir réellement veuf.
Assez dépassé, je secoue la tête :
- — Argh, c’est carrément cornélien, cette situation ! J’en viens presque à regretter d’avoir réussi mes invocations ! Mais je te rassure, Carine, je ne regrette pas du tout que tu sois à nouveau parmi nous, même s’il n’y a que moi et Béa qui le savons. J’imagine le choc pour tes parents si nous venions à leur dire que Béatrice, c’est en réalité toi. J’ai la nette impression qu’ils ne nous croiraient pas.
- — C’est pas une impression : ils ne nous croiraient pas du tout ! De toute façon, nous nous étions bien entendus sur ce point avant l’arrivée de l’infirmière : personne ne doit savoir parce que personne ne nous croira.
Avachi dans le fauteuil, assez abattu, je soupire :
- — Je n’arrive pas à croire que tout ça est vrai, Carine… c’est trop irréel, même si ça va faire une flopée de jours que nous vivons cette situation incongrue !
Elle se moque de moi :
- — C’est pas rationnel, c’est ça ?
- — Oui, c’est pas rationnel, pas vraiment, pas du tout…
Soudain, Carine se lève :
- — Excuse-moi, par avance, de mon comportement pas très rationnel !
- — Euh… c’est-à-dire ?
Posément, elle se déshabille devant moi.
Elle, elle et moi
Je n’ai jamais su résister à ma femme, et encore moins au corps de ma femme, surtout après tant de mois d’abstinence. Emporté dans une tempête, j’ai royalement oublié que, si c’était bien l’anatomie de mon épouse, c’était une autre personne dans sa boîte crânienne.
C’est quand on redescend sur terre qu’on réalise.
Les bras en croix, je contemple le plafond de notre chambre, me demandant si j’ai bien fait ou pas de succomber. En tout cas, mis à part quelques infimes menus détails, j’ai franchement cru faire l’amour avec ma femme.
Telle une chatte, Carine vient se coller contre moi. Instinctivement, mon bras l’enlace pour venir la plaquer contre moi. Elle se laisse aller à ce petit câlin. Elle finit par prendre la parole :
- — C’était vraiment pas mal !
- — Je te remercie…
Elle se redresse sur un coude pour mieux me contempler :
- — Bon, je t’excuse pour le fait que tu n’as pas arrêté de dire « Béatrice » par-ci et « Béatrice » par-là. La prochaine fois, restes-en à des « ma chérie » ou des « mon amour ».
- — Excuse-moi… mais…
Toujours toute nue et trop aguichante, Carine m’envoie un sourire enjôleur :
- — Je comprends, je comprends… En tout cas, ma frangine ne mentait pas : t’es une bête de sexe quand tu veux !
- — N’exagère pas, s’il te plaît.
- — Si, si, si, je confirme. J’ai couché avec plus de bonhommes que ma sœur, donc j’ai de quoi comparer.
Je demanderais bien à combien se montent ces deux nombres, le sien et celui de ma femme, mais, diplomatiquement, j’évite cette question. Je me contente de sourire. Promenant son doigt sur mon torse, elle me demande :
- — Je ne te choque pas ?
- — Avant de trouver le Prince charmant, il faut souvent embrasser beaucoup de crapauds.
- — Oh, c’est bien dit ! Même chose pour se dénicher sa Princesse ?
- — J’ai eu la chance de très vite trouver Béatrice.
Carine tressaille :
- — Ah, ma sœur vient d’apprécier ton aveu.
- — Pourtant, elle le savait déjà.
- — Oui, mais là, tu viens de te confier à la sœur de ta femme, moi quoi. C’est pas pareil !
- — Tu es Béa ou Carine quand ça t’arrange.
- — Attends, j’ai le choix, j’en profite ! En tout cas, là, j’ai bien profité ! Je commence à mieux comprendre certaines choses dans votre couple, bande de petits cachottiers !
Puis elle pousse un gros soupir avant d’enchaîner :
- — Moi qui croyais que ma frangine était une personne plutôt sage et posée, c’est raté ! Elle me surclasse royalement dans les turpitudes.
- — Tu ne crois pas que t’en rajoutes un peu de trop ?
Son ton devient doctoral :
- — Que nenni, mon bon monsieur ! Je sais exactement de quoi je cause ! N’oublie pas que je lis dans les souvenirs de ma sœur comme dans un livre ouvert.
- — Dans ce cas, ma chère Carine, ne crois-tu pas que tu devrais poser tes yeux ailleurs ?
Il y a des choses que je n’ai pas trop envie que Carine sache. Finalement, elle n’a pas accès à toute la mémoire de ma femme, du moins pas encore. Sinon, elle aurait sans doute une autre attitude. Égayée, ma belle-sœur claironne :
- — Trop tard ! J’ai déjà tout lu ! Enfin, pas tout, je l’avoue. Et tu sais quoi, Séb ?
- — Non, mais tu vas me le dire.
- — Eh bien, j’ai bien envie d’expérimenter tout ça, moi !
Puis, sans me demander mon avis, Carine m’enjambe pour venir me chevaucher, comme souvent, Béatrice le faisait quand elle voulait une ration supplémentaire. Presque le même regard, mais pas tout à fait. Ces deux femmes ne sont pas sœurs pour rien.
Plus tard
Même si j’ai souvent un peu honte après, je fais très souvent l’amour à ma « femme », oubliant un peu que ma Béatrice est en réalité Carine. Parfois, quand je prends un peu de recul, je me dis que je suis plongé dans une situation assez folle et que je ne peux même pas me confier à quelqu’un, pas même un psychiatre.
D’un autre côté, je me traite parfois d’idiot, me mettant indûment martel en tête, ne sachant pas profiter de l’immense chance qui m’a été offerte. Car bien des hommes auraient rêvé être à ma place. Mais voilà, je suis moi, je ne suis pas comme tous les autres.
Néanmoins, mes crises de conscience s’espacent. Je ne sais pas si je dois m’en plaindre ou m’en réjouir. Parfois, je me consterne moi-même, mais c’est éphémère. J’envie un de mes cousins qui se fout réellement de tout avec une désinvolture totalement hallucinante, ce qui lui a permis de vivre des tas de choses presque incroyables. S’il écrit un jour ses mémoires, ses lecteurs risquent de le traiter d’affabulateur. Et pourtant…
- — Au fait, ta nouvelle copine s’appelle comment ?
- — Cette semaine ? Nadia et Jeanne.
- — Deux en même temps, cette semaine ?
Mais je ne suis pas mon cousin, je suis beaucoup plus raisonnable, rationnel, même si je vis depuis maintenant un mois une situation qui ne l’est pas du tout. Et c’est bien ça qui fait vriller mon cerveau un peu trop cartésien !
Tandis que nous nous reposons de plusieurs jouissances consécutives, allongée sur le ventre, fesses à l’air, Carine me confie :
- — C’est marrant : j’ai l’impression que, quand on fait l’amour, Béa pourrait revenir au premier plan.
- — Comment ça ? Explique-toi !
Je caresse ses fesses dans lesquelles il m’arrive souvent de m’égarer. Elle poursuit :
- — Je ne sais pas comme expliquer ça, mais quand je lâche prise, Béa prend plus de place. Comme si elle recevait de l’énergie en plus.
- — Tu sais, depuis la réussite des invocations, plus rien ne m’étonne… Eh attends, il y a peut-être une explication rationnelle.
- — Ah, il y avait longtemps que je n’avais plus entendu ce mot-là !
Continuant à câliner son popotin, je passe outre sa moquerie :
- — On appelle la phase après l’orgasme la petite mort. Il y a peut-être un lien de cause à effet. Qui sait ?
- — Mouix ! Pourquoi pas… ça pourrait être une explication rationnelle, comme tu dis. En tout cas, je jouis énormément avec toi, ç’aurait été très con de ne pas avoir vécu ça. Inutile de te demander si Béa était dans le même cas que moi, je le sais déjà.
- — C’est un peu agaçant que tu saches tout ce que Béatrice sait… Mais bon, c’est le prix à payer pour avoir retrouvé partiellement ma femme.
- — Oh plains-toi, Caliméro ! Avoue que tu as plein de bons côtés ! Je me comporte presque comme ma sœur, à tel point que toi-même, tu oublies qui je suis vraiment.
Je me redresse :
- — C’est parce qu’on dirait que vous êtes en train de fusionner, ta sœur et toi. Hmm, « fusionner » n’est peut-être pas le bon mot… Bref, vous vous rapprochez.
- — Comment ça ?
- — Certaines de tes paroles sont des décalques exacts de ce que Béa aurait pu dire.
- — Tu rigoles ou quoi ?
J’ai constaté ce fait depuis quelques jours. Peut-être qu’un beau jour, Béa sera complètement de retour. Mais je préfère ne pas alarmer Carine :
- — Je pense que tu es de plus en plus influencée par l’accès à la mémoire de ta sœur, mais que tu es toujours Carine. Un peu comme si tu étais parachutée en pays étranger et que tu utilisais de plus en plus des mots locaux.
- — Un truc comme ça m’est arrivé quand je suis resté un gros mois au Québec ! J’utilisais beaucoup d’expressions de là-bas. Il y a du vrai dans ce que tu dis.
- — J’évite en général de raconter des conneries, Carine…
- — Je sais ! De ce côté-là, tu es très fiable. Au fait, on remet ça ? dit-elle en saisissant sans complexe ma verge nettement moins amollie.
Elle y donne un premier coup de langue bien appuyé, tout en me regardant droit dans les yeux :
- — Ta baguette magique m’a l’air en pleine forme ! Je veux qu’elle m’en mette encore plein partout, partout, partout !
Une fois de plus, je retrouve les attitudes, la phraséologie, la façon de faire et d’être de Béatrice, mais avec une sorte de voile, une nuance différente qui n’est pas désagréable, mais moins qualitative. Ce qui ne m’empêche aucunement de satisfaire la libido effrénée de ma belle-sœur, et la mienne par la même occasion.
Autres cavalcades en vue
Comme souvent, tard en soirée, ma « femme » me chevauche, une position sexuelle qu’elle aime beaucoup, ses gambettes gainées de bas noirs autofixants, avec une grosse ceinture lourde en guise de serre-taille, avec des bijoux à tétons attachés au bout de ses seins. Depuis quelques jours, Carine adore ce type de décorum, maintenant qu’elle a découvert que sa sœur s’y adonnait avec joie.
On dirait qu’elle accède à la mémoire de Béatrice, goutte à goutte, et pas comme dans un livre ouvert, comme elle l’avait déclaré auparavant. Ce qui me convient mieux…
Maintenant, j’ai appris à ne presque plus avoir de remords quand je lui fais l’amour. Je suis trop accro à son corps, et Carine est finalement très proche en esprit de ma réelle épouse, de plus en plus, comme si Béatrice déteignait lentement mais sûrement sur sa sœur.
- — Oooh… oooh que c’est booon ! Aaah !
Pour ma plus grande satisfaction, empalée sur moi, tandis que je joue avec ses seins qui oscillent sous mon nez (ainsi que les bijoux), ma partenaire vient de jouir. Je constate qu’elle sait exploser, déflagrer, s’éparpiller dans son plaisir, tel un feu d’artifice. Ma belle-sœur a admis qu’elle ne pensait pas qu’on pouvait autant se laisser aller, et que Béatrice l’étonnait de jour en jour, au fur et à mesure que Carine en sait un peu plus sur elle et sur notre couple.
Tandis qu’elle vibre, qu’elle hoquette, qu’elle décolle, je continue à palper sa poitrine si avenante. Pour ma part, je ne me suis pas laissé aller à jaillir en elle, je me réserve, je sais rester raide assez longtemps, droit comme un i. Vu son expression, Carine est partie au-delà des nuages et sans doute des étoiles…
Redescendue sur terre, essoufflée, elle se penche sur moi. Quelque chose sur son visage m’interpelle :
- — Béa ? C’est toi ?
- — Bravo, mon chéri, bien deviné !
Bien que mon cœur vient de faire un gros bond dans ma cage thoracique, j’évite de m’emballer :
- — Tu es enfin de retour ou c’est juste éphémère ?
- — Aujourd’hui, ce sera éphémère, mais je pense que mes retours seront de plus en plus fréquents prochainement, sois patient.
- — Carine est au courant ?
Avec un petit sourire qui n’appartient qu’à ma femme, elle explique :
- — Contrairement à avant, je contrôle nettement mieux mes souvenirs. Mais elle ne sait toujours pas réellement pour nous deux.
- — J’avais deviné… mais j’avoue que j’ai eu peur…
- — Tu n’es pas le seul, mon lapounet. Maintenant que je suis face à face avec toi, merci d’avoir fait tout ton possible pour que je revienne.
- — C’était la moindre des choses, mon amour ! Je n’arrivais pas à croire que ça s’arrête comme ça pour nous deux, si brutalement, si stupidement !
Comme elle savait si bien le faire dans l’intimité, Béatrice ondule autour de ma colonne solidement plantée dans son corps. Carine ne sait pas le faire de cette façon, je suis certain que c’est bien ma femme qui est revenue, là, au-dessus de moi. Tout en continuant son oscillation, elle explique :
- — Honnêtement, quand j’ai vu le camion foncer sur nous, j’ai cru que Dieu, le Diable ou quelque chose du genre me punissait. Quand je me suis retrouvée coincée dans un recoin de mon propre corps, sans pouvoir rien faire, je me suis demandé si ce n’était pas là ma punition, mon enfer personnel. Puis j’ai repris confiance quand je t’ai vu t’agiter pour me faire revenir.
Je m’étonne franchement :
- — Tu veux dire que tu étais consciente tout ce temps ?
- — C’est comme si je regardais un film, sans avoir la notion de temps… un état très étrange. C’est devenu encore plus étrange quand ma sœur a pris ma place. J’ai joué les étincelles, comme elle l’a si bien dit. Durant ce temps, en sous-sol, je me consolidais.
- — Je vois ce que tu veux dire.
Poursuivant son petit jeu pervers, ses bijoux à tétons qui oscillent sous mon nez, elle soupire :
- — C’est dommage pour Carine, mais bientôt, elle sera fondue en moi, très loin en arrière-plan, sans espoir de revenir à la surface. J’espère que cette perspective ne te dérange pas, mon chéri ?
- — C’est dommage pour elle, en effet…
- — À moins que tu aies fini par préférer ma sœur à moi…
J’attire ma femme à moi :
- — Arrête de dire des bêtises ! Une Béatrice comme toi, il n’y en a qu’une. Ta sœur était peut-être bien partie sur le même chemin que toi, mais elle n’aurait sans doute pas été si douée que toi.
- — Merci, mais elle avait quand même un peu de potentiel…
Je l’embrasse furieusement, puis, entre deux baisers, je murmure :
- — Dépêche-toi de revenir définitivement, nous avons plein de choses à rattraper.
- — Tu ne crois pas si bien dire ! J’ai des tas de choses à t’apprendre, j’ai pu apprendre bien des choses de l’autre côté de la barrière !
- — Ce ne sera pas ma première fois que tu m’apprendras quelque chose, ma chère institutrice !
Ses seins plaqués sur mon torse, elle plonge ses yeux dans les miens :
- — Hmm… ça risque d’être encore plus… spécial…
- — Je te suivrai jusqu’en enfer, petite dévergondée !
Le sourire vicieux qu’elle m’adresse me comble de joie.