| n° 23537 | Fiche technique | 33514 caractères | 33514 5320 Temps de lecture estimé : 22 mn |
05/03/26 |
| Présentation: Toute vie nouvelle doit pouvoir s’épanouir. À un moment de son existence, l’humanité l’avait compris. Malheureusement... Nous connaissons la suite. | ||||
Résumé: Théo, comme le reste du matériel de la base vie, était un matériel idéalement conçu. | ||||
Critères: #sciencefiction #travail exhib | ||||
| Auteur : Juliette G Envoi mini-message | ||||
Les bulles de vie avaient été montées bien avant l’arrivée des scientifiques. Une technologie de pointe, des équipements complets et une maintenance robotique infaillible. Tout était parfaitement orchestré pour que la mission « Genèse Nouvelle » soit une parfaite réussite. Une mission qui serait menée pendant plusieurs milliers de cycles de vie. La naissance d’une nouvelle espèce intelligente méritait toutes les attentions. Les deux bulles de vie étaient conçues pour une durée moyenne de cinquante cycles. Après quoi, des techniciens de la planète mère reviendraient et d’autres installations seraient effectuées.
Chaque unité de vie était reliée à l’autre par un tunnel de surface. Deux constructions entièrement recouvertes de plastobric, matériau pratiquement indestructible, complétaient la base scientifique récemment installée sur la petite étoile. Ces hangars étaient reliés aux bulles par deux autres tunnels. L’un des bâtiments faisait office de réserve de matériels, de pièces de rechange et une partie du local servait de réserve pour tout ce qui pouvait concerner une urgence. Tout avait été prévu pour gérer des moments de crises. La survie des scientifiques était primordiale. L’autre hangar était immense. La gigantesque construction n’était ni plus ni moins qu’une ferme agricole aménagée sous une voûte de titane. Animaux, plantes diverses, arbres et serres pour potagers, tout un petit monde soigneusement géré par des techniciens androïdes et des robots de travail. De la robotique basique dédiée aux besoins d’une vie nouvelle. Tout avait été élaboré avec le plus grand soin. Chaque bulle avait un diamètre de soixante mètres et une hauteur de douze mètres en son centre. Une piste synthétique permettait aux scientifiques d’entretenir leur forme physique en longeant les parois extérieures construites en titane renforcé. La piste de course à pied partait d’une salle de sport totalement équipée et aboutissait à une petite piscine ronde. Les occupants travaillaient dans un vaste laboratoire. Ils vivaient leurs vies privées dans l’espace restant. Un confort maximal et des équipements ménagers à la pointe de la technologie avaient été la priorité de ces espaces de vie. Une vie que les scientifiques devaient avoir la plus heureuse possible. Genèse Nouvelle dépendait totalement de ces savants.
Lyrie Attila secoua sa tignasse couleur de châtaigne et ses seins nus dansèrent dans son mouvement. L’eau de la bulledouche était réglée à la température idéale. Le café noir et fort serait idéalement bon. Tout comme les résultats de son étude de la veille qu’elle lirait un peu plus tard seraient parfaits. Une journée parfaite ordinaire. Très ordinaire. Trop ordinaire.
Lyrie Attila était une femme parfaite, vivant sur une planète parfaite. Enfin, une planète qui serait parfaite un jour. Dans trente ou quarante mille cycles de temps. Syracuse 13 abritait la vie. Une vie intelligente. Une variété d’éponges proches des espèces de Mère-Terre. Spongiaires Porifera. Une espèce qui ne tarderait plus à quitter le milieu aquatique de cette petite sphère à l’atmosphère dorée. L’on pouvait espérer cette date historique pour 3600. Année du nouveau calendaire. Un petit millier de cycles d’attente et une nouvelle intelligence tenterait d’apprivoiser son monde. L’ingénieure était chargée d’étudier et de surveiller cette espérance de vie découverte par hasard vingt-sept cycles auparavant. Une découverte d’une importance vitale.
Léon Luraz vivait dans une bulle-vie située non loin de celle de Lyrie Attila. Il était en charge du climat de Syracuse 13. Il était le meilleur climatologue de Mère-Terre et un scientifique doué dans de nombreux autres domaines. Partout, dans chaque univers, une dame nature faisait les choses dans l’ordre. Il y avait gros à parier que lorsque les éponges quitteraient le grand bain sur leurs petites papattes toutes neuves, tout serait prêt pour les accueillir. Une atmosphère devenue relativement voisine de celle de la planète mère humaine leur permettrait de tenter l’aventure de la vie terrestre. La vie pour une nouvelle espèce. Le travail du climatologue était d’étudier tous les phénomènes auxquels Lyrie ne comprenait rien. Les deux scientifiques étaient parfaitement complémentaires. Le monde de la science s’accordait à dire que Léon Luraz était un pur génie.
Pour Lyrie Attila, Léon Luraz était le plus exécrable des hommes. Dédaigneux, hautain et imbu de lui-même. Bel homme mais froid comme un iceberg.
Née sur la base-vie de Mars, Lyrie Attila était une surdouée. Trois titres d’ingénieure. Biologie génétique, robotique et sociologie. Elle avait également cumulé d’autres petits diplômes de-ci de-là. La bio-généticienne avait accepté cette mission avec un enthousiasme exubérant. Enthousiasme qui s’était émoussé au fil du temps. Quatre cycles de vie étaient passés et la jeune femme s’ennuyait ferme depuis maintenant deux cycles. Elle avait même songé à se rapprocher de Luraz. Peine perdue. Le scientifique était un solitaire taiseux et heureux comme un pape dans sa bulle.
Lyrie avait quitté la salle-bain sans se sécher. La température dans la bulle-vie était idéalement réglée sur 22° Celsius.
Ce matin, Lyrie s’attèlerait à la première phase de son projet. Si ses calculs étaient bons, elle serait proche d’aboutir à son rêve. Une obsession qui lui était venue après une année cloîtrée dans sa bulle. Elle avait accepté une mission de six cycles. Il était hors de question qu’elle échoue aujourd’hui. Il était hors de question qu’elle passe cinq autres cycles dans cet état proche de la prostration. C’était inconcevable. L’ennui était une chose mais ce n’était pas véritablement le pire à supporter. Ce que la jeune femme ne supportait plus, c’était de vivre un certain manque. Un manque qui lui pourrissait quelque peu l’existence. Lyrie Attila, esseulée et privée de certains plaisirs, avait développé une addiction qu’elle avait d’abord trouvée totalement idiote. Une addiction au sexe virtuel. Une addiction qu’elle ne désirait d’ailleurs plus le moins du monde combattre et qui l’avait poussée à réfléchir.
Lyrie s’était affalée nue sur son canap synthétique gris perle.
L’image renvoyée par le mirror-plast lui était plaisante. Ses longues mèches de cheveux châtain foncé couvraient ses seins lourds et fermes. Lyrie laissa glisser son regard sur son ventre plat, ses hanches rondes et sur son pubis taillé en mince bande de poils sombres surmontant sa fente délicate. Des épaules droites et larges, un dos musclé et des fesses fermes pour le côté pile faisaient que l’on disait d’elle qu’elle avait un corps superbe. La bio-généticienne soupira et ferma un instant ses immenses yeux noisette avant de les fixer à nouveau sur le miroir. Elle se savait jolie et observa un moment son visage aux traits réguliers. Grands yeux, nez un rien trop fort, lèvres pulpeuses pour une bouche large. Un visage un brin trop carré à son goût mais elle n’avait vraiment pas à se plaindre de sa plastique. Une plastique délaissée et en jachère.
Pourquoi remercier un bio-androïde ? Parce que son Théo si parfait n’en serait plus vraiment un très longtemps. Tout au moins, il serait amélioré. Lyrie l’espérait tout en sachant que c’était presque fait.
Un geste aussitôt exécuté. Un ordre et c’était fait, tandis qu’elle sirotait son jus de caféine à petite gorgée. Tout y était et tout était parfaitement harmonieux. Pectoraux puissants, plaquette abdominale digne des gladiateurs des anciens péplums et un sexe tout aussi agréable à l’œil que le reste.
Quant au fessier de Théo, l’on pouvait là encore parler de perfection.
Lyrie laissa ses jambes s’ouvrir en regardant l’androïde s’asseoir dans le large siège assorti au canap, puis elle porta ses doigts à son intimité. Ce serait rondement mené. Pour une toute dernière fois, Lyrie l’espérait très fort, elle agirait en solitaire.
La bio-généticienne s’était doucement pénétrée de deux doigts, yeux noisette fixés sur le membre parfait de l’androïde. Un membre lourd et massif qui reposait sur la cuisse gauche de son propriétaire. Une queue parfaitement reposée. Un véritable gâchis.
Les yeux bleus du bio-androïde parurent se plisser et Lyrie l’observa plus attentivement. Il était parfois si proche de l’humain.
Une vaste gamme d’émotions programmées et tout un panel de mimiques humaines pouvaient parfois laisser planer un doute. L’anthropomorphisme animal était très développé aux anciennes époques. Depuis l’apparition d’êtres artificiels créés à l’image de l’homme, les rapports avec leurs androïdes rendaient certains humains littéralement idiots. Il pouvait être question de dépendance sexuelle et même d’amour. Un véritable problème pour beaucoup d’humains.
Lyrie Attila avait le corps moite de sueur. Elle recula ses fesses et écarta largement ses jambes, enfonçant ses doigts dans sa fente maintenant bien humide. Se caresser devant l’androïde lui plaisait énormément. S’exhiber devant Théo l’excitait terriblement. C’était toujours des moments de plaisir intense. C’était bien plus agréable que les hologrammes ou les sextoys de la robotique sexuelle. Depuis plus d’un cycle, elle n’utilisait plus aucun gadget. Ses longs doigts nerveux lui suffisaient amplement.
L’imaginaire de la jeune femme s’était ouvert comme un ancien livre s’ouvrait. Une brusque pensée la fit fixer l’androïde dans les yeux. Il allait la rejoindre sur le canap. Théo penché sur elle, l’embrasserait. Ses mains caresseraient ses seins lourds, ses doigts pinceraient ses tétons durcis. Sa main, à elle, irait à la rencontre de ce qu’elle désirait tant. Le membre de Théo serait tendu et dur. Théo banderait pour elle.
Théo serait agenouillé et sa bouche serait collée à sa fente trempée. Sa langue s’immiscerait doucement…
Théo, immobile, mains larges et fortes posées sur ses genoux regardait la scientifique en silence.
Cette fois, Théo n’avait pas prononcé son nom. La jeune femme attendit qu’il quitte le salon-vie et reporta ses yeux sur le mirror-plast. N’importe qui aurait pu voir qu’elle venait d’être bousculée par un orgasme. Regard un brin éteint, lèvres mouillées et souffle court. Ses seins étaient gonflés et ses tétons érigés. Quant à son intimité, elle béait et la cyprine sourdait de sa fente comme une petite source proche de se tarir.
La belle scientifique dégagea ses doigts de son sexe trempé et les porta à ses lèvres. Son odeur de femme la troubla tandis qu’elle les passait sur ses lèvres chaudes.
La jeune femme leva les yeux vers l’unique compagnon qu’elle avait depuis quatre cycles.
Lyrie suça ses majeur et index réunis et s’essuya les lèvres de la langue.
L’androïde. L’humanoïde. Le cyborg. Si beau et pourtant inaccessible. Lyrie n’avait pas envie d’un robot la doigtant ou la léchant sans la moindre émotion. Nombreux, très nombreux étaient celles et ceux qui se contentaient de ce genre de rapports. Lyrie, elle, voulait bien plus que cela.
Ses longs doigts pincèrent un téton dressé et la jeune femme lâcha un soupir.
L’ingénieure en bio-génétique laissa sa main gauche reposer sur son pubis et porta d’autres doigts entre ses fesses. Elle adorait titiller son clitoris tout en se sodomisant des doigts. L’organe si doué pour le plaisir se dressait hors de son capuchon. Un bourgeon épais et long, quelque peu hors de la norme affichée par les institutions médicales. Elle pinça doucement le bouton dur et dressé par l’excitation et s’allongea sur le côté. Elle effleura le petit orifice d’un index fureteur et le petit œillet palpita sous la caresse. Dorloter en même temps son clitoris et son anus était l’un des petits jeux que la jeune femme préférait. Quand son doigt prit ses fesses, elle songea qu’elle n’avait jamais été jusque-là devant Théo. Elle n’avait jamais osé se sodomiser devant lui. Pourtant, s’exhiber lui plaisait beaucoup. Sur Mars ou sur la planète originelle, il lui arrivait de se connecter au réseau-rose. Des connexions aléatoires et anonymes. Chaque fois ou presque, elle s’amusait à obéir à celles et ceux qui le lui demandaient. Très souvent, elle finissait à quatre pattes avec un gadget fiché entre les fesses. Pourquoi ne se laisserait-elle pas aller à ce genre de fantaisies devant Théo ? Pinçant plus fort son gros bouton, la généticienne gémit quand son doigt s’enfonça doucement dans son petit trou. Elle allait prendre tout son temps et savourer tranquillement cette nouvelle audace. Théo serait bientôt capable de comprendre à quel point elle devenait coquine et vicieuse quand elle s’exhibait. Elle fut presque déçue quand elle sentit monter la vague si agréable bien connue.
Lyrie, surprise par la voix de Théo, ouvrit les yeux. Debout à deux pas du canap, il la fixait avec une attention inhabituelle. Il regardait les mains de la jeune femme occupées à satisfaire la gourmandise de leur propriétaire. La jeune femme se tordit dans un long spasme, cuisses ouvertes à l’équerre. Elle jouit brutalement en feulant sans pouvoir répondre. La Chef de mission Nouvelle Genèse se tordit en gémissant, le regard noisette rivé aux yeux bleus, le clitoris écrasé par un majeur impérieux et deux doigts plantés dans son anus.
Un peu plus petite que l’astre lunaire qui accompagnait la planète mère. L’étoile pourrait bien être peuplée de vie animale et végétale. Il avait donc été décidé par le Gouvernement Premier que Syracuse 13 serait étudiée de très près.
Cycle 2552, la patience de l’élite scientifique était récompensée et l’on découvrait une vie animale intelligente sur la petite planète placée sous surveillance. Genèse Nouvelle était aussitôt préparée, puis rapidement lancée. Tout Mère-Terre espérait que la mission serait un succès.
Presque également, des océans et des continents se partageaient la surface de l’étoile. De vastes étendues liquides aux doux reflets orangés abritaient la vie. Des terres riches de végétation dense deviendraient un habitat parfait. Des forêts aux feuillages d’un vert cru, proche de la couleur des plantes artificielles que les humains avaient utilisées un temps.
Presque également, deux climats divisaient l’étoile. Polaire et tempéré. Les humains les comparaient à un hiver glacial et à un doux printemps. En quelques mois, les températures passaient de négatives à positives. De -50° à +20° Celsius. Pas de quoi choper des coups de soleil plaisantaient certains climatologues. Ce qui aurait été possible si l’astre qui avait donné vie à Syracuse 13 avait été plus proche. Ce qui aurait été possible, si le jour, et non une douce pénombre, baignait l’étoile en permanence. Pas de jour et pas de nuit. Sur Syracuse 13, il faisait sombre. « Soir » fut le terme adopté. Aux humains, toujours soucieux du temps qui passait, de s’arranger avec ce petit inconvénient.
Les deux climats étaient chaotiques. On étudiait des tempêtes glaciaires ou des ouragans tropicaux. Ces phénomènes météorologiques bousculaient très souvent l’étoile. Chaos heureusement prévisibles pour les scientifiques qui avaient pris place sur la petite boule orange et verte.
Il était étudié et calculé que d’ici quelques milliers de cycles, tout cela changerait. L’atmosphère se rapprocherait même un peu de celle de Mère-Terre sans pour autant convenir aux humains. Syracuse 13 était naissante. Toute naissance était un bouleversement. Toute vie nouvelle naissait d’un certain chaos. L’espoir un jour que l’homme puisse s’installer sur sa nouvelle étoile restait toutefois vivace. Il fallait simplement être patient. Une patience à l’échelle des dieux.
Lyrie Attila observait l’hologramme de Léon Luraz sans aménité.
L’ingénieure avait poussé un soupir d’agacement après ses mots jetés avec un certain dédain.
Le climatologue avait le don d’agacer Lyrie, souvent après seulement quelques mots. Le savant avait pourtant une voix très agréable. Chaude et grave.
L’image du Lieutenant Luraz s’était dissipée d’un coup en un scintillement gris acier. Cet abruti mettait fin à l’entretien qu’il avait lui-même désiré et lui coupait la parole. Il était même incapable de mettre fin à la conversation avec le minimum de politesse élémentaire. Un instant, la Commandante hésita à rappeler son subordonné pour lui exprimer sa façon de penser.
Pourquoi perdre du temps à se prendre la tête avec cet imbécile imbu de lui-même ? L’important était qu’il était le meilleur dans son travail et qu’il lui rendait des comptes régulièrement. Pour le reste, une centaine de mètres les séparaient et c’était devenu une satisfaction pour la jeune femme.
La Commandante avait bien essayé de nouer des liens avec son compagnon d’aventure. Ils avaient même passé quelques soirées ensemble au début de la mission. Très vite, la jeune femme s’était aperçue que, hormis son travail, rien ne comptait pour son subordonné. Voire, si elle tentait d’échanger sur d’autres sujets que le travail, elle sentait qu’elle le mettait mal à l’aise. Elle avait donc cessé ses visites au Lieutenant.
Quand sa dépendance au plaisir était née, Lyrie avait souvent fantasmé sur la seule personne qu’elle pouvait fréquenter. Le climatologue était bel homme, s’il n’était pas d’un abord agréable. Une chevelure blonde toujours mal coiffée, ou jamais coiffée. Des yeux clairs, alliant nuances de bleus et de gris et un visage aux traits réguliers, sinon beaux. L’homme avait du charme et c’était ce qui plaisait à Lyrie. Si elle était plutôt grande, il la dépassait d’une tête. Si elle était une sportive et une athlète accomplie, il n’était pas loin d’approcher ses performances dans tous les types d’exercices physiques. Ils engloutissaient tous deux des kilomètres de piste synthétique ou usaient les appareils de musculation. Outre son charme et sa voix sensuelle, le climatologue était bâti en Hercule. Malheureusement, malgré ce goût commun pour l’effort physique, ils s’adonnaient au sport sans jamais se croiser.
Cent mètres de tunnel les séparaient. Alors, quand son addiction au plaisir sexuel s’était amplifiée, Lyrie avait totalement craqué. Un soir, après ses recherches de labo, elle s’était décidée à rejoindre Luraz, sans même l’avertir de sa venue. Elle avait envisagé une franche explication. Elle n’y avait pas vraiment réfléchi mais trouverait le courage d’expliquer la raison de sa présence. Elle désirait créer une relation nouvelle. Elle voulait être autre chose que la Commandante. Une amitié serait peut-être possible ? Ou simplement une relation sexuelle. Pourquoi pas ? Où donc était le mal ? Ils étaient célibataires. Ils étaient seuls au monde. Ce genre de rapprochement entre scientifiques isolés et loin de tout était très fréquent. Tout comme ce genre d’initiative était largement encouragé par les autorités des missions. La jeune femme avait décidé qu’elle se laisserait volontiers croquer, si le loup avait faim. En parcourant le tunnel, Lyrie Attila avait senti son ardeur se refroidir un brin. Si elle ne trouvait pas la force de tout avouer, voir Luraz ne serait-ce qu’un moment lui suffirait. La présence d’un homme lui suffirait. Imaginer qu’elle lui plaise, ou qu’elle l’excite malgré leur incompatibilité d’humeur lui suffirait. La bio-généticienne savait que le fond de sa combi-vie de plastolast rouge vif était humide. Humide mais parfaitement étanche. Elle adorait d’ailleurs sentir son odeur de femme mêlée à celle du plast quand elle subissait une nouvelle vague addictive au désir sexuel.
Ce soir-là, si l’on pouvait parler de soirée sur cette petite étoile baignée en permanence de lueurs sombres, Lyrie Attila, bio-généticienne de génie, reçut le pire camouflet de sa vie. Elle avait l’accès autorisé à toutes les constructions mais la plus élémentaire des politesses voulait qu’elle s’annonce avant d’entrer dans l’espace vie du Lieutenant Luraz. Quand elle entra, après que son subordonné ait confirmé sa demande d’accès, elle se sentit rougir comme une gamine prise en faute par un adulte. Par la vitre de plexitex, elle avait remarqué la mine dépitée de Luraz, comme sa grimace renfrognée. Sa venue dérangeait le climatologue et il ne s’en cachait même pas. Lyrie expédia donc sa visite sous le prétexte d’une demande de conditions météorologiques pour les jours à venir. Une demande aux vues d’une sortie en extérieur pour étudier les rivages de l’un des océans orangés proche de la base. Aussitôt, le climatologue avait repris contenance et s’empressait de lui promettre de fournir tous les éléments demandés. Le Lieutenant ne la supportait tout simplement pas en dehors du travail et elle ne savait pas même pourquoi.
Ils ne s’étaient même jamais appelés par leurs prénoms. Luraz et Attila et c’était tout. Elle ne savait rien de la vie privée de l’ingénieur en climatologie et il ne savait rien de la sienne. Ce soir-là, Lyrie décida que les choses étaient ainsi établies et qu’elles n’évolueraient pas. La gêne qu’elle avait ressentie chez Luraz devint de la honte. La Commandante se jura que ce serait sa toute dernière vexation.
Léon Luraz reposa sa tasse en véritable porcelaine de Chine sur le bois naturel de son bureau. Palissandre et bois de rose. Un esthète ne pouvait se passer de beauté, et cela, même sur une étoile perdue aux confins des galaxies.
Ses prévisions de la veille s’étaient comme de coutume avérées positives. Positives dans un certain sens uniquement. Des vents d’une violence inouïe balayaient les installations. Pour la première fois depuis son arrivée sur Syracuse, il les entendait souffler au-dehors. Pourtant, les installations ne devraient pas souffrir des éléments en furie. Le climatologue n’était pas réellement inquiet mais savait que les risques existaient.
Ses pensées le ramenèrent à la Commandante Attila. Cette femme le déconcertait. Très vite, il avait compris que sa supérieure désirait créer des liens personnels et, très vite, il s’était braqué. Lyrie Attila avait tout pour elle et il n’avait pas envie de devenir proche d’une femme de sa trempe. Il restait fragile sur le plan sentimental et ne tenait pas à subir de nouvelles déconvenues. Loris l’avait plaqué comme on se débarrasse d’une paire de chaussettes trouées. C’était une expression qui n’avait plus de sens aujourd’hui mais, quand on avait son goût pour la culture des anciennes époques, elle était très représentative de son sort entre les douces mains de son ex-femme. Il avait été fou amoureux de Loris et l’était encore d’une certaine manière. Instinctivement, Léon avait compris qu’une Loris ne pèserait pas lourd face à une Lyrie Attila. Tout d’abord, sa jolie blonde d’épouse n’avait rien d’un génie et, si elle n’était pas bête, elle n’était pas brillante comme l’était la Commandante Attila. Si Loris était très jolie, la bio-généticienne était tout simplement une reine de beauté. Selon ses propres critères, évidemment. Lyrie Attila était très belle et pleine de charme, c’était un fait. Mais Léon la devinait également très sensuelle. D’une sensualité exacerbée par moments, il en était convaincu.
Leurs premiers rapports lui avaient donné l’impression qu’il lui plaisait et qu’elle se livrerait sans beaucoup se défendre. Un peu plus tard, les regards et certaines émotions de la Commandante le firent battre en retraite. Il arrivait de plus en plus fréquemment que la jeune femme se rapproche de lui sans raison aucune. Ils se retrouvaient à discuter de la mission, leurs corps à se toucher. Léon sentait son odeur de femme et la chaleur de son corps si proche du sien et en était presque tétanisé. Au fil du temps, de plus en plus souvent, Lyrie déviait leurs conversations strictement professionnelles vers leurs situations respectives. L’éloignement de Mère-Terre, la solitude qui pouvait nuire à leur mission. Et puis elle avait fini par laisser filer une petite phrase, sans que Léon soit bien certain qu’elle se rende compte de ce qu’il pourrait en penser.
Pour Léon, cela pouvait passer pour une perche tendue et cette pensée l’avait troublé. Puis, Lyrie Attila avait lâché un petit rire grave. Un rire tout autant sensuel que l’étaient les lèvres d’où il s’était échappé. Des lèvres pleines et humides. Des lèvres qu’il avait déjà envie d’embrasser.
Une boutade suivie cette fois d’un rire que Léon trouva un peu forcé. Bien sûr, elle plaisantait mais elle était trop intelligente pour ne pas envisager qu’il songe que cette plaisanterie cachait un message bien réel.
Depuis cette soirée, Léon Luraz avait pris ses distances avec sa supérieure. Cela ne lui avait d’ailleurs pas été difficile. Brusquement, la jeune femme devenait un fardeau pour ses épaules encore fragiles. Une relation un peu plus privée et il succomberait aux regards troublants, à la voix sensuelle, aux lèvres si excitantes et à tout le reste. Et ce reste devait être bien plus enivrant encore. Et tout cela, pourquoi ? Pour vivre un rêve six petits cycles et un enfer pour très longtemps, quand leur mission s’achèverait ? Il n’en était pas question. Il allait sur ses quarante printemps et se remettait mal d’une blessure au cœur. Le dossier de Lyrie affichait trente-deux cycles et elle avait simplement envie de passer du bon temps avec un subordonné qui ne lui déplaisait pas. Si elle en avait le désir, lui pouvait ne pas éprouver ce besoin. Finalement, il n’en avait d’ailleurs pas le choix. Il était d’un naturel solitaire et savait parfaitement qu’il n’était pas d’un abord facile. Il passerait donc pour un goujat, un égocentrique et très certainement pour un imbécile, mais ce ne serait pas cher payer. Dès lors, Léon se força à devenir désagréable à chacune de ses rencontres avec la jeune femme, ne restant abordable et ouvert que professionnellement.
Théo était tout comme le reste du matériel de la base, un matériel idéalement conçu. Androïde idéal ou cyborg parfait. Il fallait bien reconnaître que tout était devenu complexe. L’homme avait créé le robot. Puis l’androïde. Et enfin, le cyborg. Et aujourd’hui, les derniers nés pouvaient être appelés « bio-androïdes ». L’on pourrait même affirmer que les humains, porteurs de prothèses chirurgicales ou d’applications informatiques médicales implantées, étaient devenus des cyborgs. Le cyborg du passé n’avait rien de comparable à un être humain. Pourtant, rien ne pouvait le différencier des humains. Aujourd’hui, tout s’était encore compliqué.
Théo avait compris qu’il était devenu un sujet d’étude. Un projet personnel de la Commandante Attila. Elle travaillait avec lui depuis un peu plus d’un cycle.
Grand et harmonieusement proportionné, un corps d’athlète et un visage plus que plaisant. Des yeux en amande d’un joli bleu profond et une chevelure noire réunie en catogan. L’ingénieure et chef de mission avait choisi son androïde elle-même. Tous les modèles étaient beaux physiquement. Qu’ils soient classifiés féminins ou masculins. Tout le monde savait pourquoi, même si personne n’en évoquait jamais la véritable raison. Allez savoir pourquoi on cachait encore ce genre de chose. Selon une antique expression, le sexe avait fait tourner le monde. Ce n’était plus le cas depuis une petite éternité. Les choses avaient changé. Aujourd’hui, le sexe faisait tourner des univers. Pourtant, une hypocrisie incompréhensible planait toujours sur les rapports entre humains et androïdes.
Une nouvelle vie était proche de naître. Les humains avaient décidé de bercer cette naissance.
Lui, Théo ne pouvait rester insensible à cette décision.
Une humaine avait décidé de faire évoluer son bio-androïde pour satisfaire son seul plaisir. Un besoin de plaisir sexuel qu’elle tentait perpétuellement d’assouvir devant lui. Lui, qu’elle considérait comme une machine. Son but était de créer un être plus évolué et dédié à son seul plaisir. Cela, sans même demander son avis à cet être, pourtant doté d’une forme d’intelligence assez évoluée pour le doter de raison. Elle agissait comme les dieux pourraient le faire.
Un humain démontrait son incompétence pour nouer une relation amicale avec une congénère. La seule femelle pour un mâle sur un monde encore désert. Encore une fois, il s’agissait de sexualité. Comme un dieu l’aurait pensé, cet humain se croyait assez intelligent pour comprendre ce que la nature d’un monde inconnu décidait d’accomplir. Pourtant, il restait incapable de comprendre ce que ressentait une humaine. Il lui était impossible de communiquer et de partager ses sentiments avec une créature de sa propre espèce.
Théo avait déduit de lui-même certaines choses. L’humanité et la déité étaient deux choses très différentes. L’humanité était bien réelle. La déité n’existait pas. Pourtant, l’humain se pensait divin ou proche des dieux. Et évidemment, l’humain se trompait.
Théo s’approcha de l’immense écran verdâtre. L’intelligence artificielle qui contrôlait la puissante technologie humaine ronronnait doucement en attendant de transmettre des données ou d’obéir aux directives de la mission Genèse Nouvelle.
La voix féminine avait des accents métalliques. Un androïde aux yeux verts fluorescents s’était aussitôt approché du visiteur.
L’homme artificiel fixa le grand écran vert qui scintillait plus intensément. Théo parut hésiter et regarda l’androïde un long moment. Il s’étonna de trouver Gaïa jolie.
Une lueur plus intense fit briller les yeux de Gaïa l’espace d’un instant.
La voix aux accents métalliques semblait s’être légèrement voilée.
Le terrible fracas des éléments déchaînés envahit brutalement le dôme et couvrit les dernières paroles de Gaïa…