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Temps de lecture estimé : 21 mn
03/03/26
Présentation:  Deux voix qu’on voudrait pas entendre.
Résumé:  Parfois, tout se passe bien, « and they lived happily ever after ». Ça, c’est dans les contes de fées. Spoiler Alert, c’est pas un conte de fées.
Critères:  #drame ff
Auteur : Atchoum  (Amateur de belles histoires d’amour passionnées)            Envoi mini-message
« Pathétique »

VÉRONIQUE


Elle dort dans la chambre d’amis ce soir. Chloé est partie en boîte avec d’autres copines, Manon avait cours jusqu’à vingt heures, trop tard pour le dernier métro.



Bien sûr qu’elle peut rester. Elle reste tout le temps.


Je l’entends dans la salle de bain. L’eau coule. Elle se douche. Je suis au salon avec un verre de vin, le troisième, je crois, et j’écoute l’eau couler et j’imagine son corps sous le jet. Dix-neuf ans. La peau encore parfaite. Les seins encore fermes. Tout encore ferme.


J’ai quarante-cinq ans et plus personne ne me regarde.


Marc rentre demain de Francfort. Ou Munich. Je ne sais plus. Je ne sais plus depuis combien de temps on ne baise plus. Six mois ? Un an ? Il me touche encore parfois le dimanche matin, distraitement, comme on vérifie qu’un meuble est toujours là.


L’eau s’arrête. Je remplis mon verre.


Elle sort de la salle de bain en pyjama, cheveux mouillés. Un short et un débardeur. Pas de soutien-gorge, je le vois tout de suite. Ses tétons pointent sous le tissu fin.



Elle sourit.



Je le lui sers. Elle s’assoit sur le canapé, jambes repliées sous elle. Ses cuisses sont bronzées. Lisses. Je détourne les yeux.


On parle. De quoi ? De ses cours, de sa coloc, de Chloé qui sort trop. Elle boit son vin rapidement. Je remplis son verre. Le mien aussi.



Fatiguée. Oui. Fatiguée de cette vie, de ce mari, de ce corps qui vieillit, de cette invisibilité.



Ça sort comme ça. Le vin.


Elle rit.



Menteuse. Mais j’aime l’entendre mentir.



Je bois.



Elle me regarde différemment maintenant. Quelque chose change dans ses yeux. De la curiosité ? De la pitié ?



Je veux la croire.






MANON


Elle est saoule. Pas complètement mais presque. Je le vois dans ses gestes, dans la façon dont elle remplit les verres un peu trop pleins, dans la façon dont elle me regarde maintenant.


Je ne devrais pas être là. Je devrais être partie avec Chloé en boîte. Mais je suis restée. Pourquoi je suis restée ?


Parce que j’aime être ici. Dans cette maison trop grande, trop propre, trop parfaite. La famille parfaite. Le mari qui gagne bien sa vie. La fille parfaite qui est ma meilleure amie. La mère parfaite qui fait semblant.


Je les observe depuis des années. Chloé ne voit rien mais moi je vois. Je vois que sa mère est malheureuse. Je vois qu’elle regarde son mari comme on regarde un étranger. Je vois qu’elle boit trop le soir quand elle pense que personne ne fait attention.


Et ce soir elle me dit que je suis belle. Avec cette voix. Avec ces yeux.


Je sais ce qu’elle veut même si elle ne le sait pas encore.



Elle sourit tristement.



Je me penche vers elle.



Elle rit. Un rire amer.



Je pose ma main sur la sienne. Elle ne la retire pas.



Elle me regarde. Longtemps. Puis elle dit :



Mon cœur bat plus vite. Pas d’excitation. De pouvoir. Parce que je sais que je peux la détruire si je veux. Juste en restant assise là, ma main sur la sienne, à la regarder comme ça.






VÉRONIQUE


Sa main est chaude sur la mienne. Douce. Jeune.


Je devrais la retirer. Je devrais dire « il est tard, tu devrais dormir ». Je devrais être la mère de sa meilleure amie.


Mais je ne bouge pas.



Elle ne répond pas. Elle caresse mon poignet avec son pouce. Un petit mouvement circulaire. Rien. Tout.


Je sens quelque chose se réveiller dans mon ventre. Quelque chose que je croyais mort.



Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas ce que je veux. Si. Je sais.



Elle se rapproche. Je sens son parfum. Quelque chose de sucré, de jeune. Ses yeux sont sur ma bouche maintenant.



Parce qu’elle a dix-neuf ans. Parce qu’elle est l’amie de ma fille. Parce que je suis mariée. Parce que c’est mal. Parce que je suis sa putain de mère de substitution.



Elle sourit.



Sa main remonte le long de mon bras. Mon corps entier se tend. Quand est-ce que quelqu’un m’a touchée comme ça pour la dernière fois ? Comme si j’étais désirable ? Comme si j’étais vivante ?



Elle est tout près maintenant. Je sens son souffle sur mon visage. Je pourrais reculer. Je devrais reculer.


Je ne recule pas.






MANON


Elle va me laisser faire. Je le vois dans ses yeux. Cette faim. Ce besoin pathétique d’être touchée, regardée, voulue.


C’est presque trop facile.


Je me penche et j’embrasse son cou. Juste un effleurement. Elle frissonne. Mon Dieu, elle frissonne pour si peu.



Pas un arrêt. Une supplication.


Ma main trouve sa taille. Le tissu de son chemisier sous mes doigts. Elle est plus douce que je pensais. Plus chaude.


Je mordille son oreille.



Ce n’est pas une question.


Elle ne répond pas. Elle penche sa tête sur le côté pour me donner plus d’accès à son cou. C’est une réponse.


Ma main remonte vers son sein. Elle retient son souffle. J’attends. Je veux qu’elle le demande.



Là. Je l’ai.


Je prends son sein dans ma main, par-dessus le tissu. Elle gémit. Un petit son étouffé qui me donne envie de rire. Elle est tellement affamée que c’en est obscène.



Elle hésite. Une seconde. Deux. Puis elle hoche la tête et se lève.


Je la suis dans l’escalier. Elle trébuche un peu, le vin. Je pose ma main sur ses reins pour la stabiliser. Elle se cambre sous ma paume.


Dans sa chambre. Le lit conjugal. Celui qu’elle partage avec son mari. Parfait.






VÉRONIQUE


On est dans ma chambre. Notre chambre. Celle que je partage avec Marc depuis vingt ans.


Manon ferme la porte derrière nous. Le clic du verrou résonne dans le silence.


Je devrais arrêter ça. Maintenant. Avant qu’il soit trop tard.


Mais elle s’approche et enlève son débardeur et je vois ses seins et je ne peux plus respirer. Ils sont parfaits. Ronds, fermes, les tétons roses et durs.


Quand est-ce que mes seins ont été comme ça pour la dernière fois ?


Elle vient vers moi, torse nu, et commence à déboutonner mon chemisier. Je la laisse faire. Mes mains pendent le long de mon corps comme des choses mortes.



Mes mains se lèvent toutes seules. Je pose mes paumes sur ses seins. La peau est si douce. Si chaude. Je les caresse doucement, comme si j’avais peur qu’ils se brisent.


Elle rit.



Je resserre mes mains. Elle gémit. Son corps se presse contre le mien.


Mon chemisier est ouvert maintenant. Elle défait mon soutien-gorge. Je veux lui dire de ne pas regarder, que ce n’est plus beau, que tout tombe, que tout s’affaisse.


Mais elle regarde et elle sourit et elle penche sa tête et prend mon téton dans sa bouche.


La sensation est électrique. Je crie presque. Ses dents mordillent doucement et je sens quelque chose se liquéfier en moi.


Ses mains défont mon pantalon. Je devrais l’arrêter. C’est ma dernière chance.


Le pantalon tombe. Ma culotte suit. Je suis nue devant elle et je veux mourir de honte.


Mais elle me regarde comme si j’étais belle. Comme si elle avait envie de moi.


Menteuse. Mais je veux tellement croire au mensonge.






MANON


Son corps n’est pas si mal. Un peu mou, un peu marqué, mais pas horrible. De toute façon ce n’est pas son corps que je veux.


C’est son humiliation. Sa gratitude pathétique. Son besoin désespéré.


Je la pousse doucement sur le lit. Elle s’allonge sans résister. Je retire mon short et ma culotte. Je me mets à genoux entre ses jambes.


Elle me regarde avec ces yeux. Comme si j’étais une déesse. Comme si j’étais sa salvation.


Idiote.


J’écarte ses cuisses. Elle est déjà mouillée. Dégoulinante même. Ça fait combien de temps qu’on ne l’a pas baisée ?


Je passe un doigt le long de sa fente. Elle sursaute. Ses hanches se soulèvent vers ma main.



Une supplication.



Parfait.


Je plonge deux doigts en elle d’un coup. Elle crie. Pas de douleur. De soulagement.


Je commence à la baiser avec mes doigts. Vite, fort, sans tendresse. Elle se tord sous moi comme une possédée. Elle jouit en moins de deux minutes, en hurlant dans son poing pour ne pas réveiller les voisins.


Pathétique.


Mais je ne m’arrête pas. Je continue. Je veux la vider complètement. Je veux qu’elle soit à genoux devant moi.


Ma bouche trouve son clitoris. Je le suce brutalement. Elle jouit encore. Et encore.


À la fin elle pleure. De plaisir ou de honte, je ne sais pas. Je m’en fous.






VÉRONIQUE


Je ne sais plus combien de fois j’ai joui. Trois ? Quatre ? Je n’existe plus. Je ne suis plus qu’une chose qui tremble et qui supplie.


Manon est au-dessus de moi maintenant. Elle m’embrasse. Je goûte mon propre sexe sur sa langue et je devrais être dégoûtée mais je ne le suis pas.



Elle s’allonge à côté de moi, écarte les jambes. J’ai peur. Je n’ai jamais fait ça. Je ne sais pas comment.


Mais elle guide ma tête entre ses cuisses et je veux tellement lui plaire que je commence à lécher.


C’est étrange. Le goût, la texture. Différent. Mais pas désagréable.


Elle me dit quoi faire.



Je lui obéis. Je fais tout ce qu’elle dit. Je veux qu’elle jouisse. Je veux qu’elle me veuille encore.


Quand elle jouit enfin, elle tire mes cheveux si fort que j’ai mal. Mais je ne dis rien.


Après, on reste allongées côte à côte. Je ne sais pas quoi dire.



Elle pose un doigt sur mes lèvres.



Je me tais.


Elle s’endort rapidement. Je reste éveillée, regardant le plafond, réalisant lentement ce que je viens de faire.


J’ai baisé l’amie de ma fille. Dans mon lit conjugal. Et je veux recommencer.


Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?






MANON


Je me réveille vers six heures. Elle dort encore, la bouche entrouverte, un bras replié sur son visage.


Elle a l’air vieille comme ça. Fatiguée. Utilisée.


Je me lève sans bruit. Je ramasse mes vêtements éparpillés sur le sol. Dans la salle de bain je me lave rapidement. J’efface les traces.


Quand je reviens dans la chambre elle est réveillée. Elle me regarde avec ces yeux. Pleins d’espoir. De besoin.



Le silence est gluant. Elle attend que je dise quelque chose. Que c’était bien. Que je veux la revoir. Que ça signifie quelque chose.


Je ne dis rien.



Je la regarde.



Elle rougit.



Ma voix est froide maintenant.



Elle blêmit. Comme si je l’avais giflée.



Elle ne répond pas. Elle tire le drap sur sa poitrine nue. Pudique maintenant. Ridicule.



Les larmes montent dans ses yeux. Parfait.



Je ris.



Elle pleure maintenant. Sans bruit, juste des larmes qui coulent.



Je prends mon sac. À la porte je me retourne.



Je ferme la porte derrière moi.






VÉRONIQUE


Elle est partie.


Je reste dans le lit, nue, dans mes draps qui sentent encore elle, et je pleure comme une idiote.


Qu’est-ce que j’ai fait ?


Mon portable vibre. Un message de Chloé : Trop bien la soirée ! Je rentre vers midi bisous maman


Ma fille. Ma fille qui ne sait pas que sa mère vient de baiser sa meilleure amie.


La nausée me prend. Je cours aux toilettes et je vomis. Le vin, la honte, le dégoût de moi-même.


Quand il ne reste plus rien dans mon estomac je m’assois par terre, dos contre le mur froid.


Manon avait raison. Qu’est-ce que je croyais ? Qu’elle allait tomber amoureuse de moi ? La vieille conne frustrée qui s’est laissée baiser par pitié ?


Non. Pas par pitié. Par cruauté. Elle savait exactement ce qu’elle faisait. Elle m’a utilisée. Pour quoi ? Pour s’amuser ? Pour se prouver qu’elle pouvait ?


Mon téléphone sonne. Marc.



Sa voix. Familière. Distante. Celle d’un étranger qui partage ma vie.



Il raccroche.


Je retourne dans la chambre. Je change les draps. J’ouvre les fenêtres. J’efface tout.


Mais je ne peux pas effacer ce qui s’est passé. Je ne peux pas effacer la sensation de ses mains sur moi. De sa bouche. La façon dont elle m’a regardée.


La façon dont elle m’a détruite ce matin.


Je me douche. L’eau brûlante sur ma peau. Je me frotte jusqu’à ce que ma peau soit rouge. Je veux enlever son odeur. Ses traces.


Mais je n’y arrive pas.






MANON


En sortant de l’immeuble je croise le gardien. Il me salue.



Je souris.



Dans le métro je repense à cette nuit. À son corps sous le mien. À ses gémissements. À la façon dont elle me suppliait.


Je devrais me sentir coupable. Sale.


Mais tout ce que je ressens c’est une excitation sourde. Un sentiment de puissance.


J’ai détruit quelque chose. Quelque chose de propre, de bien rangé, de parfait. J’ai fissuré cette façade de famille heureuse.


Et personne ne saura jamais.


Mon portable vibre.



Chloé : T’étais où ce matin ? Tu dors encore chez moi ?

Manon : Non je suis partie tôt. Ta mère dormait encore.

Chloé : Cool. On se voit à la fac ?

Manon : Ouais à tout’



Je range mon téléphone.


À la fac je croise des gens que je connais. Lucas me demande ce que j’ai fait hier soir.



Il rit.



Si seulement il savait.






VÉRONIQUE


Chloé rentre vers midi, radieuse, fatiguée, sentant l’alcool et la fumée.



Elle m’embrasse sur la joue. Je me raidis. Est-ce qu’elle voit ? Est-ce qu’elle sent ?



Mon cœur s’arrête.



Elle sort du jus d’orange.



Non. Non non non.



Je ne peux pas dire non sans éveiller les soupçons.



Elle m’embrasse à nouveau.



Elle monte dans sa chambre.


Je reste dans la cuisine, les jambes tremblantes.


Vendredi. Elle revient vendredi.


Je devrais dire non. Je devrais inventer une excuse. N’importe quoi.


Mais une part de moi, cette part dégoûtante et pathétique, veut qu’elle revienne.






MANON


Vendredi soir j’arrive chez Chloé avec mon sac. Véronique ouvre la porte.


Elle a l’air d’avoir vieilli de dix ans en cinq jours. Des cernes sous les yeux. Les traits tirés.



Sa voix tremble un peu.



Nos regards se croisent. Elle détourne les yeux la première.


Chloé arrive en courant.



Je suis Chloé à l’étage. En passant je sens le regard de Véronique sur moi. Lourd. Suppliant.


On travaille vraiment sur l’exposé. Deux heures. Chloé parle, cherche des infos, tape sur son ordi.


Moi je pense à sa mère en bas. Seule. Qui sait que je suis là. Qui attend peut-être que je descende.


Vers vingt-deux heures Chloé baille.



On descend. La cuisine est vide. Le salon aussi.



Chloé me sert un coca. On boit en parlant de tout et de rien. Vers vingt-trois heures elle monte se coucher.



Elle disparaît dans l’escalier.


Je reste seule dans la cuisine.


J’entends un bruit. Je me retourne.


Véronique est là, dans l’embrasure de la porte. En robe de chambre. Les cheveux défaits.


On se regarde en silence.



Elle ne répond pas.


Je m’approche. Elle recule d’un pas.



Elle fait un geste vague.



Je souris.



Sa voix se brise.



Je suis tout près maintenant.



Elle ferme les yeux.



Elle ne répond pas.


Je pose ma main sur sa hanche. Elle tremble.



Un souffle.



Je la pousse contre le mur de la cuisine. Ma bouche trouve la sienne. Elle gémit dans mon baiser.


Ma main glisse sous sa robe de chambre. Elle est nue dessous. Déjà mouillée.



Elle sanglote. Mais elle écarte les cuisses.


Je plonge deux doigts en elle. Elle mord son poing pour ne pas crier.






VÉRONIQUE


Elle me baise contre le mur de ma cuisine pendant que ma fille dort au-dessus de nos têtes.


Ses doigts en moi sont brutaux. Aucune tendresse. Elle me martèle comme pour me punir.


Et je la laisse faire. Pire, je jouis sur ses doigts en moins d’une minute, en mordant ma main jusqu’au sang pour ne pas hurler.


Quand c’est fini elle retire ses doigts et les essuie sur ma robe de chambre.



Je ne peux pas parler. Je tremble trop.


Elle remonte. Je l’entends entrer dans la chambre d’amis. La porte se ferme.


Je reste contre le mur, les jambes faibles, ma cyprine qui coule le long de mes cuisses.


Qu’est-ce que je suis devenue ?


Je monte dans ma chambre. Marc dort déjà, ronflant doucement. Il ne s’est rendu compte de rien. Il ne se rend jamais compte de rien.


Je me glisse sous les draps sans me laver. Je veux garder l’odeur de Manon sur moi. Cette preuve que quelqu’un me désire encore. Même si c’est pour me détruire.


Je ne dors pas de la nuit.






MANON


Le lendemain matin Chloé et moi on finit l’exposé. Véronique reste invisible. Je ne la vois pas au petit déjeuner. Pas au déjeuner non plus.


Vers quinze heures Chloé doit sortir. Rendez-vous chez le dentiste.



Elle part.


Je suis seule dans la maison. Enfin, presque.


Je monte à l’étage. La porte de la chambre principale est fermée. Je frappe.


Pas de réponse.


J’entre quand même.


Véronique est allongée sur le lit, dos tourné à la porte. Elle ne bouge pas.



Elle se retourne lentement. Ses yeux sont rouges. Elle a pleuré.



Sa voix est cassée.



Elle secoue la tête.



Je m’assieds au bord du lit.



Elle pleure maintenant.



Je caresse son visage. Elle frissonne sous ma main.



Je réfléchis. Pourquoi vraiment ? Parce que c’est facile ? Parce que c’est excitant ? Parce que j’aime voir cette épouse parfaite se briser pour moi ?



Elle ferme les yeux.



Je me penche et l’embrasse. Elle essaie de détourner la tête mais je tiens son visage.



Mes mains défont sa robe. Elle ne résiste pas. Elle dit non mais son corps dit oui.


Je la déshabille complètement. Son corps de femme de quarante-cinq ans. Les seins qui tombent un peu. Le ventre marqué par les grossesses. Les cuisses molles.



Elle sanglote.



Elle hoche la tête, les larmes coulant sur ses joues.


Je me déshabille. Je m’allonge sur elle. Mon corps jeune contre son corps vieux.



Elle obéit.


Je frotte mon sexe contre le sien. Elle gémit.



Elle hésite. Puis :



Je ris.



Je la baise avec mes doigts. Vite, brutalement. Elle jouit en pleurant.


Après, je m’habille et je pars sans un mot.






VÉRONIQUE


Les semaines passent. Ça devient une routine.


Manon vient une ou deux fois par semaine. Officiellement pour voir Chloé. En réalité pour me baiser.


Dans la cuisine, quand Chloé est couchée. Dans ma chambre quand Marc est en déplacement. Une fois même dans la salle de bain pendant que Chloé regardait un film en bas.


À chaque fois c’est pareil. Elle me détruit un peu plus. Elle me dit que je suis vieille, moche, pathétique. Et je jouis quand même. Je jouis en pleurant.


Je commence à maigrir. Marc s’en rend compte.



Il me regarde vraiment pour la première fois depuis des mois.



Il n’insiste pas. Il ne veut pas vraiment savoir.


Chloé s’inquiète aussi.



Je n’irai pas chez le médecin. J’irai dans ma chambre et j’attendrai que Manon vienne me détruire encore un peu.






MANON


C’est devenu trop facile. Elle ne résiste même plus. Elle m’attend. Elle se prépare pour moi.


Ça commence à me lasser.


Un soir je dis à Chloé :



Je fais semblant d’être préoccupée.



Chloé soupire.



Cette nuit-là je ne descends pas voir Véronique. Je reste dans la chambre d’amis.


J’entends la porte de sa chambre qui s’ouvre vers minuit. Ses pas dans le couloir. Elle attend devant ma porte.


Je ne bouge pas.


Au bout de dix minutes elle repart.


Le lendemain matin elle a les yeux encore plus rouges. Elle ne me regarde pas au petit déjeuner.


Je pars sans lui dire au revoir.






VÉRONIQUE


Elle ne vient plus.


Une semaine passe. Deux semaines. Manon vient toujours voir Chloé mais elle ne descend plus me voir. Elle ne me touche plus. Elle ne me regarde même plus.


C’est fini et elle ne m’a même pas prévenue.


Je deviens folle. Je ne dors plus du tout. Je ne mange presque plus. Marc dit qu’il va prendre rendez-vous chez le médecin pour moi.



Non. Ça n’ira pas mieux. Parce que ce n’est pas une dépression. C’est un manque. Le manque d’elle.


Un soir je craque. J’envoie un message à Manon.



Véronique : Il faut qu’on parle



Elle répond trois heures plus tard.



Manon : De quoi ?

Véronique : Tu sais de quoi

Manon : Non



Je pleure sur mon téléphone.



Véronique : S’il te plaît. Ne fais pas ça.

Manon : Faire quoi ?

Véronique : M’ignorer



Pas de réponse.


J’envoie un autre message.



Véronique : J’ai besoin de te voir

Manon : Pourquoi ?

Véronique : Parce que

Manon : Ce n’est pas une raison

Véronique : S’il te plaît Manon

Véronique : Arrête d’être pathétique



Je fixe mon écran. Les larmes brouillent ma vue.



Véronique : Je t’en supplie

Manon : Stop

Véronique : Une dernière fois



Long silence. Puis :



Manon : Demain. 15 h. Café près de chez toi. Mais c’est la dernière fois







MANON


Elle arrive avec dix minutes d’avance. Elle m’attend à une table au fond.


Elle a vraiment mauvaise mine. Amaigrie. Les yeux cernés. Les cheveux ternes.


Je m’assieds en face d’elle.



Le serveur vient. On commande deux cafés qu’on ne boira pas.



Je hausse les épaules.



Elle blêmit.



Elle ne répond pas. Elle pleure silencieusement.



Je me penche vers elle.



Elle se lève brusquement.



Elle vacille. Je crois qu’elle va s’évanouir.



Elle me regarde avec une horreur absolue.



Je sors du café.


Derrière moi je l’entends sangloter.


Je ne me retourne pas.






VÉRONIQUE


Je reste au café longtemps après son départ.


Les gens passent, boivent, rient. La vie normale continue autour de moi.


Mais moi je suis morte.


Je rentre chez moi comme un automate. La maison est vide. Chloé est à la fac. Marc au travail.


Je monte dans ma chambre. Notre chambre. La chambre où elle m’a baisée tant de fois.


Je m’allonge sur le lit et je regarde le plafond.


Qu’est-ce que j’ai fait ?


J’ai détruit mon mariage pour une fille qui se foutait de moi. J’ai trahi ma fille pour quelques orgasmes. J’ai perdu toute dignité pour une illusion.


Et maintenant il ne reste rien. Juste le vide. Et la honte.


Mon téléphone sonne. Chloé.



Manon. Sa meilleure amie. Celle qui vient de me détruire.



Je raccroche.


Dans la salle de bain je trouve la boîte de somnifères de Marc. Il en prend parfois quand il est en décalage horaire.


Je compte les comprimés. Vingt-trois.


C’est assez ?


Je ne sais pas.


Je remplis un verre d’eau.


Mes mains tremblent.


Раз, два, после пяти,

Мама, папа, прости :

Я сошла с ума.