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n° 23530Fiche technique8611 caractères8611
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Temps de lecture estimé : 6 mn
01/03/26
Présentation:  Se tromper soit même.
Résumé:  Sophie et Stéphane se retrouvent, pas tout à fait par hasard, dans une salle obscure.
Critères:  #volupté #adultère fh extracon cérébral
Auteur : bisedelaquarantaine            Envoi mini-message
Au Grand Action

La petite salle de cinéma, de la rue des Écoles, baignait dans une pénombre épaisse, presque palpable, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. L’odeur de vieux velours, de pop-corn rassis et de poussière, flottait dans l’air, mêlée à une pointe de transpiration et de parfum bon marché. Quelques habitués, perdus dans les premiers rangs, ne se retourneraient pas. Leurs silhouettes voûtées, absorbées par l’écran, semblaient faire partie des sièges, comme des fantômes oubliés d’une époque révolue.


Sophie était arrivée la première, comme toujours. Elle avait choisi le fond de la salle, là où les ombres étaient les plus épaisses, là où même les murmures semblaient s’étouffer avant de naître.


Ce n’est pas tromper, si on se croise au cinéma, presque par hasard, non ? Après tout, qui pourrait le savoir ? Qui pourrait le deviner ? Ils n’avaient rien planifié. Rien organisé. Juste un hasard. Un simple hasard, comme ceux qui émaillent les vies bien rangées, ces petits écarts qui permettent de continuer à respirer, sans tout remettre en question.


Elle croisa les jambes avec une lenteur calculée, laissant le tissu de sa jupe – une jupe en coton léger, simple, celle qu’elle portait pour les rendez-vous chez le pédiatre ou les courses rapides – remonter le long de ses cuisses. Le mouvement ascendant du tissu vint lui rappeler qu’elle s’était contentée d’enfiler un collant fin aujourd’hui. Sans rien d’autre en dessous…


Ce n’est pas tromper si on porte une jupe sans culotte, après tout. Personne ne pouvait voir. Personne ne pouvait deviner. Et puis, une femme a bien le droit de jouer avec le feu, même – surtout – quand elle passe ses journées à changer des couches et à réchauffer des petits pots.


La lourde porte à hublot s’ouvrit dans un grincement sourd, comme un soupir étouffé par des décennies de secrets. Stéphane entra. Il s’assit à côté d’elle sans un regard, sans un mot, comme s’ils étaient deux inconnus partageant un banc public. Leurs épaules se frôlèrent, puis s’écartèrent. Leurs genoux ne se touchaient pas. Pas encore.


Ce n’est pas tromper si l’accoudoir est un peu petit, après tout. On ne peut pas vraiment contrôler où tombent les mains dans le noir. Et puis, les sièges sont si étroits, de nos jours. Ce n’est la faute à personne si leurs corps se frôlent, si leurs souffles se mêlent, si leurs peaux s’effleurent comme par accident.


Le film commença : un vieux polar en noir et blanc, le genre de film qui n’intéressait plus qu’une poignée de snobs du 5e arrondissement, ceux qui croyaient encore à l’âpre poésie des rues sombres et des revolvers qui fument. À l’écran, un flic solitaire, l’imperméable trempé par une pluie artificielle, traquait un tueur dans les ruelles de Chicago. Ici, dans cette salle, personne ne les verrait. Personne ne les entendrait. Personne ne saurait.


Sophie attendit, patiente, que la main de Stéphane se pose, enfin, sur l’accoudoir, ses doigts effleurant le velours, comme par distraction. À son tour, elle y déposa la sienne, frôlant sa paume du bout des ongles vernis d’un rouge pâle, presque effacé, comme si elle aussi s’excusait d’exister, comme si elle aussi avait honte de désirer.


Ce n’est pas tromper, si on ne fait que partager un accoudoir, après tout. C’est juste un geste poli. Un geste anodin. Rien de plus.


Alors qu’à l’écran le flic vidait son 357 Magnum sur un second couteau, les doigts de Stéphane glissèrent sous la jupe de Sophie, trouvant son collant. La fine membrane de nylon était une barrière dérisoire, presque une insulte, à son désir. Et il n’avait nullement l’intention de se laisser arrêter par si peu. D’un mouvement habile – il ne devait pas en être à son coup d’essai, songea-t-elle avec un frisson de complicité –, ses doigts crochetèrent le tissu au niveau de sa vulve. Le nylon résista un instant, puis il y eut un craquement sec, presque imperceptible, couvert par le bruit des coups de feu du film. Le collant céda sous la pression, déchiré net. Le rose pâle de sa vulve et le blanc laiteux de ses cuisses contrastaient avec les lambeaux de nylon noir, effilés comme des toiles d’araignée.


Ce n’est pas tromper, si, dans l’obscurité, il ne peut pas voir à quel point c’est obscène. Après tout, personne ne voit rien. Personne ne sait rien. Et ce qui ne se voit pas n’existe pas, n’est-ce pas ?



Il venait de réaliser qu’elle n’avait rien sous son collant. Rien pour les arrêter. Rien pour les gêner. Un de ses doigts glissa entre ses lèvres déjà humides de désir, puis deux, la pénétrant à peine, jouant de son clitoris comme un musicien joue d’un instrument précieux, juste assez pour la faire haleter, pour la faire trembler, pour la faire oublier qui elle était, en dehors de cette salle obscure.


Sophie serra les dents, les hanches légèrement soulevées, comme pour quémander davantage, tout en se disant que ce n’est pas tromper s’il ne me pénètre pas vraiment. Après tout, ce ne sont que des doigts. Juste des doigts. Rien de plus.


Elle sentit le petit renflement métallique de son alliance s’enfoncer en elle, dur et froid contre sa chaleur moite. C’est mal. C’est si bon. Une vague de chaleur lui monta aux joues, puis redescendit entre ses cuisses, comme un courant électrique.


Ce n’est pas tromper si c’est juste un jeu. Juste un jeu entre adultes. Juste un moment volé à une vie trop sage.


C’en était trop. D’un geste vif, presque désespéré, elle défit la braguette de son voisin et libéra son sexe, dur comme du bois, tendu vers elle comme une supplication.


Ce n’est pas tromper, si on ne fait qu’aider quelqu’un qui en a besoin, non ? Après tout, il bandait si fort qu’il devait souffrir. Après tout, un homme a des besoins. Après tout, elle n’était qu’une bonne samaritaine, en quelque sorte.


En le branlant d’une main experte – comment pouvait-elle encore se souvenir aussi bien de ses préférences, de la pression exacte qu’il aimait, du rythme qui le faisait gémir ? – elle se demanda, avec une pointe d’orgueil, comment elle pouvait le faire bander à ce point. Cette queue lui avait manqué. Pas seulement physiquement. Mais comme un symbole. Comme une preuve qu’elle était encore désirable, encore vivante, au-delà des nuits blanches et des biberons tiédis au micro-ondes.


Une pensée interdite lui traversa l’esprit : Plus épaisse. Plus longue. Plus dure. Elle chassa rapidement cette comparaison de son esprit – ce n’est pas tromper si on ne compare pas vraiment –, mais son corps, lui, ne mentait pas.

Ses doigts serrèrent un peu plus fort, comme malgré elle, et ses cuisses tremblèrent quand il retira ses doigts, laissant un vide qu’elle aurait voulu combler sur-le-champ.


Il jouit dans sa paume avec un gémissement étouffé, le corps tendu comme un arc, les doigts crispés sur le siège. Sophie recueillit son sperme, encore tiède, onctueux, et l’étala langoureusement sur son clitoris, comme un baume interdit.


Ce n’est pas tromper si c’est dessus… et pas dedans. Après tout, où est le mal ? Après tout, elle ne faisait de mal à personne. Après tout, une femme a bien le droit de prendre un peu de plaisir, non ?


Le contact de ce lubrifiant improvisé sur sa peau la fit jouir en quelques secondes, le corps secoué de frissons qu’elle étouffa en mordant sa lèvre inférieure, les yeux rivés sur l’écran où le flic venait enfin d’avoir la peau du tueur.


Elle resta un instant immobile, savourant cette parenthèse volée, ce moment où elle n’était plus seulement une mère, une épouse, mais Sophie. Juste Sophie.


Ce n’est pas tromper, si on prend du temps pour soi. Après tout, une jeune mère a bien le droit de s’accorder un moment pour elle. Un moment pour se rappeler qu’elle existe encore, au-delà des couches et des pleurs nocturnes.


Quelques instants plus tard, elle se leva, le corps encore fébrile, la peau sensible, comme électrisée. À l’écran, les ripoux avaient eu la peau de l’inspecteur en imper beige. Elle fit un smack à Stéphane, léger, presque amical, comme pour se dire que tout cela n’était qu’un jeu, qu’un moment de folie sans conséquence.


Ce n’est pas tromper, si on ne met pas la langue, non ?


La vie normale l’attendait. Les courses à faire, le dîner à préparer, le bain du bébé. Mais ici, dans cette salle obscure, elle avait été Sophie. Juste Sophie. Et cette pensée, aussi éphémère qu’un soupir, était plus précieuse que tout le reste.


Ce n’est pas tromper, si on cultive un jardin secret.


Elle ajusta sa jupe, lissa ses cheveux d’un geste machinal, et sortit dans la lumière crue de l’après-midi, prête à retrouver ses responsabilités, sa vie d’épouse.


Prête à oublier.

Prête à recommencer.