| n° 23524 | Fiche technique | 48698 caractères | 48698 8390 Temps de lecture estimé : 34 mn |
26/02/26 |
| Présentation: Tout dans la tête ! | ||||
Résumé: Aidée par Tiphaine, Maëva s’est faite belle pour retrouver son chéri, Loïc. | ||||
Critères: #lieupublic cadeau train amour cérébral | ||||
| Auteur : Atchoum (Amateur de belles histoires d’amour passionnées) Envoi mini-message | ||||
Maëva vient d’arriver à la gare du Nord pour prendre un train qui l’emmènera auprès de Loïc, son chéri, à une trentaine de minutes de trajet. La situation est terriblement banale, elle a déjà fait ce trajet des dizaines de fois.
Mais là, c’est différent. Pour ce soir, elle a décidé de lui offrir un plaisir « spécial » …
Maëva porte une micro-jupe élastique qui lui remonte jusqu’à la naissance des cuisses, là où s’arrêtent ses bas : elle s’est habillée pour lui, pour éveiller encore plus l’animal qui est en lui.
Au début, elle voulait l’aguicher « à mort ». Maintenant, elle a un peu honte, elle a l’impression d’y avoir mis un peu trop « le paquet », aidée en cela par Tiphaine, une camarade de fac qui prétend s’y connaître pour attiser le regard des hommes.
Ou plutôt, elle s’est fait habiller.
Lorsqu’elle avait fait part de son envie à sa camarade, celle-ci lui avait tout naturellement proposé de lui faire profiter de son expérience dans le domaine vestimentaire – et sur le goût des hommes, accessoirement. Et c’est tout aussi naturellement que Maëva s’était rendue chez Tiphaine, dans son studio d’une poignée de mètres carrés.
Tiphaine est aussi grande que Maëva, et ce n’est pourtant pas commun : dépassant toutes deux allègrement le mètre quatre-vingt, elles affichent des allures filiformes ; mais autant Tiphaine fait montre d’une très grande assurance et sait mettre en valeur son apparence, autant Maëva est gauche et semble mal à son aise dans ce corps trop grand, trop long pour elle. Alors que sa confiance en elle-même apporte à Tiphaine son lot de succès auprès de la gent masculine, Maëva est, elle, terriblement complexée et se croit incapable de réussir une relation durable. Sauf avec Loïc…
Cependant, elles sont si semblables de silhouette qu’elles peuvent s’échanger leurs vêtements, ce qu’elles font régulièrement.
Maëva avait un peu protesté quand Tiphaine avait sorti pêle-mêle un porte-jarretelles de dentelle blanche et des bas de soie assortis du tiroir de sa commode, suivis d’un string qui lui parut minuscule, et d’une paire de gants en satin. Mais Tiphaine s’était faite impérieuse :
Sans plus discuter, Maëva s’était exécutée, et était entrée dans la salle de bains pour y passer son « déguisement ». Après avoir machinalement verrouillé la porte, Maëva était restée à considérer gravement les sous-vêtements que Tiphaine lui confiait. Elle n’avait encore jamais porté de bas, et elle avait tendance à considérer que le porte-jarretelles n’était qu’un accessoire de tapinage réservé aux filles de mauvaise vie ou aux nymphomanes invétérées ; pour elle, il s’agissait d’un accessoire qui traînait, probablement avec raison, une réputation de rare inconfort et d’un côté mal pratique qui lui apparut alors évident. Mais, se jaugeant dans le miroir, elle avait eu tôt fait d’imaginer les mains et les lèvres de Loïc parcourant la soie, la caressant, suivant le contour du plastron, le long des jarretelles, glissant vers l’intérieur de ses cuisses en longeant le haut de la jarretière. À cette pensée, ses doigts avaient eux aussi commencé à gambader à l’assaut des coutures, et de magnifiques images emplies de douceur et de félicité s’étaient formées dans son imagination.
Tout naturellement, ses mains avaient caressé le pourtour de son nombril et commencé à remonter vivement vers ses petits seins pointus…
Toc-Toc. Tiphaine avait frappé à la porte.
Cramoisie, vaguement honteuse, Maëva avait retiré son jean à toute allure, avait fait glisser sa culotte et l’avait laissée s’écraser mollement sur ses chevilles, puis elle avait enjambé le porte-jarretelles et l’avait mis en place tel qu’elle l’avait vu dans les catalogues de vente par correspondance, relevant sa chemise à larges pans bien au-dessus de son nombril. Ensuite, elle avait posé un genou à terre, enfilé avec difficulté les gants de satin jusqu’au-delà du coude et avait entrepris de faire glisser les bas jusqu’en haut des cuisses. Puis elle avait joué un instant avec une jarretelle :
Lorsque Maëva était sortie de la salle de bains, Tiphaine, malicieuse, les yeux exagérément ouverts, lui avait sifflé son admiration :
Tiphaine avait esquissé une moue de dégoût.
Sans attendre, d’une main impérieuse, Tiphaine avait attrapé le poignet gauche de Maëva et fait glisser son autre main le long de sa cage thoracique pour venir agripper une touffe de poils sous son aisselle. Maëva avait frissonné en sentant cette main étrangère s’insinuer contre ses côtes, puis sursauté, de surprise plus que de douleur :
C’était vrai que Maëva ne prêtait que très peu d’attention à ces détails pileux, mineurs, selon elle. Bien que très attentive à son hygiène, elle n’avait jamais compris l’évidence du supplice d’épilation systématique que s’imposent tant de femmes si naturellement. De plus, bien que de chevelure assez foncée, elle avait gardé une pilosité plutôt claire qu’elle jugeait donc très « acceptable ».
En tout cas, Loïc ne s’en plaignait pas, lui, et il prenait souvent plaisir à caresser longuement la petite forêt blonde qui ornait son mont de Vénus. Mais la remarque cinglante de Tiphaine l’avait heurtée, et Maëva s’était renfrognée. Tiphaine avait repris bien vite :
Tiphaine l’avait alors poussée sur le lit sans répondre, avec un sourire entendu :
Maëva était restée appuyée sur ses coudes alors que son amie avait fourragé dans le vanity vermillon posé sur la commode et en avait extirpé d’une main ce qui semblait être un tube de crème, un peigne, un petit miroir et des ciseaux de coiffeur.
Maëva n’avait pas cherché à résister. Elle aurait eu mauvais jeu de le faire, d’ailleurs, cette idée « d’allumer » Loïc était la sienne. Elle avait alors retiré sa chemise, son soutien-gorge, les avait déposés soigneusement sur le dossier de l’unique chaise de la pièce, puis elle s’était allongée avec une grande lenteur tout empreinte d’inquiétude.
Cette dernière avait laissé retomber sa tête dans l’épais oreiller de plumes et était restée immobile de longues secondes, les mains jointes au-dessus de sa tête presque à toucher le mur, les yeux clos.
La main de Tiphaine, immobile sur son ventre dénudé, rayonnait d’une délicieuse chaleur. Maëva avait soupiré de ce bien-être familier qui commençait à l’envahir ; bien vite, elle avait imaginé la main de Loïc caressant les abords de son nombril, glissant rapidement le long de sa hanche, s’agrippant à la maigre ficelle du string et le faisant glisser tout doucement. Elle était alors brutalement revenue à la réalité, elle s’était soudain relevée sur ses coudes :
Maëva avait arrêté de se tortiller, livrée un court instant à un immense dilemme intérieur. Tiphaine avait repris :
Tiphaine avait éclaté de rire en disant cela, Maëva avait blêmi.
Elle avait fermé les yeux, et Tiphaine avait entrepris de la badigeonner de crème sous les bras.
Sans répondre, Tiphaine avait continué d’appliquer la crème. Maëva s’était sentie vaguement mal à l’aise. Elle avait imaginé le regard insistant de Tiphaine sur sa poitrine menue et ferme ainsi offerte par cette position absolument indécente.
Elle avait frissonné lorsque Tiphaine avait frôlé la pointe de son sein pour atteindre l’autre aisselle.
Docile, Maëva s’était exécutée, sans la moindre hâte. D’un geste, Tiphaine avait fermement tiré le string jusqu’en bas des cuisses, puis elle avait commencé à tailler le buisson intime de sa camarade.
Instinctivement, Maëva avait raidi ses abdominaux sur le chemin des ciseaux, comme pour conjurer la douleur d’un écart éventuel.
Tiphaine avait posé les ciseaux de côté et repris le tube de crème, puis, avec application, elle en avait enduit le contour du pubis et les abords des lèvres intimes de Maëva.
Elle s’était retenue de sursauter quand les doigts de Tiphaine avaient glissé doucement, caressants, si près de son sexe. Elle avait trouvé tout à fait délicieuse la sensation de ses doigts longeant ce qui restait de son « buisson », au moins autant que sa conscience l’avait détestée. Un instant, elle s’était retenue de respirer, scrutant avec appréhension la position des doigts de son amie.
Maëva avait rouvert les yeux et tenté de croiser le regard de Tiphaine. Mais celle-ci s’affairait maintenant avec beaucoup d’application à raccourcir une petite touffe de poils bordée de crème dépilatoire.
Tiphaine s’était relevée et s’était éclipsée deux minutes tout au plus dans la salle de bains. Maëva était restée allongée au milieu du lit, les bras tendus et les cuisses écartées. La position était assez inconfortable et, en plus, elle se l’était figurée totalement obscène, ce qui n’avait évidemment rien arrangé à son trouble intérieur. Elle avait entendu l’eau couler dans le lavabo, elle s’était instinctivement retournée, s’attendant à voir Tiphaine sortir de la salle de bains. Quelques secondes plus tard, Tiphaine était revenue en portant une bassine visiblement remplie.
En penchant la tête de côté, Maëva avait vu un gant de toilette surnager dans la bassine d’eau encore clapotante que Tiphaine avait posée à ses pieds. Elle l’avait empoigné, essoré, et l’avait passé tout doucement, par petites touches, sous les aisselles de Maëva pour en ôter la crème. La sensation des quelques gouttes d’eau tiède qui s’était échappées jusque sur le pourtour des globes de ses seins étirés lui procurait une impression un peu étrange. Elles en parcouraient le galbe, Maëva avait pu les sentir arpenter sa poitrine comme de petits bolides sur un Scalextric, fonçant à toute allure vers le virage relevé formé par la courbure latérale de ses seins – Non, elles avaient soudain bifurqué dans les rainures des côtes et s’étaient élancées vers le couchage, en pleine accélération… Tiphaine les avait aplaties brutalement en passant le gant de toilette. Maëva avait frissonné à nouveau, de surprise.
Ensuite, Tiphaine avait minutieusement passé le gant de toilette au-dessus du pubis fraîchement taillé, nettoyé les restes de produit et de poils coupés. Maëva sentait son ventre se contracter sur tout le parcours de la main de son amie, en redoutant les délicieux effets. Elle se sentait agitée d’une myriade de petits frissons.
Haussant les épaules, Maëva avait saisi le miroir pour observer l’œuvre de Tiphaine, et elle n’avait pu retenir un petit cri de surprise à la vue de sa toison fraîchement sculptée :
Avec minutie, Maëva avait examiné ses replis intimes, un peu rosis par l’agression chimique de la crème dépilatoire.
Tiphaine avait fait claquer sa langue en regardant Maëva d’un air espiègle.
Maëva avait à nouveau fermé les yeux et écouté Tiphaine fourrager dans un instant dans un tiroir, elle l’avait sentie se rapprocher et se mettre à califourchon sur son ventre.
Avec application, Tiphaine avait mis du fard sur les paupières, brossé les sourcils très clairs et lissé les cils presque blancs avec du Rimmel. Les yeux clos, Maëva s’était laissée faire avec docilité, profitant pleinement de cet instant de calme. Tiphaine avait donné un dernier coup de crayon et avait dit dans un chuchotement :
Maëva avait refermé les yeux. Elle s’abandonnait aux bons soins de son amie avec délices. Plusieurs fois, Tiphaine avait passé le doigt sur les paupières pour les enduire de fard. Maëva était restée souriante, bien qu’un peu inquiète.
Tiphaine avait extirpé un crayon gras et s’était appliquée à dessiner le contour des lèvres de Maëva. Au passage de la lèvre inférieure, sous prétexte d’estomper le trait, Tiphaine s’était amusée à en titiller le nerf du bout de l’index, et Maëva n’avait pas pu s’empêcher de faire semblant de mordre doucement son amie, en éclatant de rire :
Au bout de quelques minutes passées à enduire Maëva de cosmétiques parfumés, elle s’était redressée, comme pour contempler son œuvre.
Tiphaine s’était relevée d’un bond et s’était dirigée vers la penderie.
Elle en avait sorti un haut translucide à manches courtes, un peu flottant, aux couleurs vives et bariolées. Maëva s’était relevée pour de bon :
Maëva avait désigné sa poitrine en agitant l’index.
Tiphaine l’avait regardée de travers, puis son visage s’était éclairé :
Elle avait fourragé un peu dans un tiroir, en avait sorti un soutien-gorge d’un blanc éclatant et l’avait brandi triomphalement :
Maëva s’était relevée, les bras en avant, les mains sur les chevilles. Tiphaine s’était assise à califourchon sur le lit, dans son dos. Elle avait passé ses bras sous les aisselles de Maëva et joint ses mains sous les côtes de son amie, puis elle avait posé son menton sur son épaule. Maëva avait senti que Tiphaine ne portait pas de soutien-gorge sous sa chemise, elle, comme à l’accoutumée ; à travers le fin tissu de sa chemise, elle avait senti ses mamelons fermes s’écraser contre ses omoplates et le petit renflement durci de ses tétons. Elles étaient restées ainsi immobiles, l’une contre l’autre, pendant de longues secondes, peut-être des minutes… Et soudain Tiphaine avait soufflé, malicieuse :
Elle avait tendu le cou comme pour chercher à caresser l’épaule de Tiphaine de sa longue chevelure châtain, ou appeler les lèvres d’un Loïc qui brillait par son absence. Tiphaine avait soudain éclaté de rire :
… Et Tiphaine lui avait relevé les bras. Dans les mains, elle tenait la bande de tissu armaturé, elle l’avait plaquée contre les seins de Maëva et prestement refermée dans son dos :
Maëva avait docilement terminé de s’habiller. Tiphaine l’avait regardée faire, silencieusement, attentivement ; une lueur de curiosité avide étincelait dans son regard.
Puis, dans un large sourire, elle avait ajouté :
À peine à moitié satisfaite de l’explication, Maëva s’était un peu détendue. Tiphaine était retournée fourrager dans le bas de la penderie, et s’était saisie d’une paire d’escarpins aux bouts pointus et aux talons hauts.
Maëva s’était levée, avait vacillé quelques instants et avait fait quelques pas sur les pointes des pieds pour être sûre de ne pas tomber.
Maëva avait obéi et était restée debout, immobile, sondant son déséquilibre. Puis elle avait commencé à se dandiner sur place, comme pour rechercher un point de rupture.
Maëva avait soudain jeté un coup d’œil inquiet à sa montre :
Tiphaine s’était écartée et avait jaugé Maëva une dernière fois.
Une main sur la poignée de la porte, Maëva avait répondu d’un sourire qui avait illuminé son visage et avait avancé la tête vers Tiphaine. Elles avaient échangé un court baiser, juste sur la commissure des lèvres, et Maëva était sortie sur le palier, toute dodelinante.
Et Maëva était partie pour la gare.
Cette tenue est pour elle une vraie première : elle a coutume de s’habiller bien plus « sagement », d’ordinaire ; elle préfère de très loin un jean lâche, bien plus solide et pratique, à toute forme d’ensemble jupe-collant, et elle entretient une relation quasi charnelle avec sa collection de pulls trop amples dans lesquels elle se sent comme protégée du monde, comme enfouie dans un cocon.
Ici, ce string la gêne. Les mecs croient volontiers que c’est la sensation de la ficelle s’insinuant dans les fesses qui dérange, et elle s’était elle-même rangée à cette conviction, faute d’avoir jamais essayé. Maintenant, Maëva comprend que c’est surtout cette impression persistante de nudité qui l’obsède ; en un mot comme en cent, elle se sent « à poil ». Et tous ces courants d’air dans la gare qui s’insinuent le long de son aine sans rencontrer le moindre obstacle sous sa jupe décidément trop petite n’ont absolument rien pour la rassurer !
Le trajet en métro a été un véritable supplice : à cette heure avancée du vendredi après-midi, les bureaux se vident, les wagons se remplissent au-delà de ce qui est humainement acceptable, et maintes fois, elle a eu l’impression de sentir des mains inconnues se promener sur ses petites fesses rondes et athlétiques qu’elle sent offertes aux yeux de tous.
Une fois, elle s’est même retournée, les yeux pleins de fureur… Elle avait nettement senti une main étrangère vagabonder sur son arrière-train montré en pâture, glisser le long de sa jupe, s’arrêter à l’orée du tissu si fin et en parcourir le fin ourlet… Mais non, personne. Ou alors, tout juste un courant d’air malicieux. Elle en a été presque déçue, presque autant que réconfortée dans son honneur.
En tournant la tête, elle a croisé deux ou trois regards, elle a cru être l’objet d’abjectes concupiscences, elle s’est imaginée plus convoitée que désirée…
Mais non, dans ce sourire poli que lui a envoyé ce vieux monsieur, il n’y avait qu’une reconnaissance convenue, pas une once de désir, pas une trace de la moindre espèce d’excitation, et elle en a été plongée dans un abîme de doute : ferait-elle aussi peu d’effet à Loïc qu’à « eux » ? À quoi bon ce déguisement si même la foule ne la reconnaît pas dans cet accoutrement d’allumeuse ? Aurait-il lui aussi cette même absence d’expression qu’une carpe échouée sur une rive de l’Ourcq ?
En sortant de la rame de métro, elle a tenté de courir, mais ce qui peut se concevoir avec une paire de baskets est bien moins évident avec des escarpins : ses tendons lui ont signalé tout de suite qu’une cheville n’est pas conçue pour plier à angle droit !
C’est donc en clopinant qu’elle a dû poursuivre son chemin, emportée par cette foule anonyme et pressée de rien. Elle a suivi la marée humaine dans ces longs couloirs qui mènent de la Porte de la Chapelle à la Gare du Nord. À chaque fois qu’elle avait cru pouvoir presser à nouveau le pas, sa cheville endolorie s’était rappelée brutalement à elle… Tout ça pour gagner cinq secondes… Maëva s’en veut, elle souffre. Et pire, elle transpire.
Elle sent une infinité de gouttelettes se former sur son front, elle sent les effluves du déo de Tiphaine lui remonter aux narines, et en le réalisant, son souffle se fait court : sa propre odeur la choque, la terrifie, elle tremble d’avance aux commentaires acerbes que pourra lui faire Loïc, elle frémit, elle a peur… de puer.
D’habitude, elle monte l’escalier quatre à quatre mais, dans sa situation, Maëva opte pour passer par cet escalator qui couine et grince, plein de relents écœurants d’huile usée. Trente secondes de pause… Malgré la puanteur, elle en profite pour reprendre un peu son souffle, en respirant à pleins poumons. Son regard est vague.
Maëva sursaute. Un homme encore jeune en costume sombre cherche à grappiller quelques nanosecondes sur la marche du temps et monte l’escalier mécanique deux marches par deux marches. Elle se tourne de côté pour le laisser passer sans le gêner dans sa course quasi aveugle. Il la frôle sans la voir.
Pour lui non plus, elle n’existe pas. Il est tout à sa course effrénée, il ne voit rien ni personne. Maëva le suit du regard, il disparaît, en haut des marches.
Quelques instants plus tard, Maëva arrive à son tour au sommet de l’escalier roulant, à l’entrée d’un gigantesque hall souterrain. Elle décide à nouveau de presser le pas. Sa cheville lui fait encore un peu mal, mais cette douleur est devenue presque supportable.
Après avoir traversé en hâte le grand hall bordé de commerces divers, après avoir esquivé de justesse un marchand de journaux curieusement placé en plein milieu du passage, elle descend en courant le large escalier qui la mène au quai 43.
Elle ne cherche plus son chemin, depuis le temps, les galeries s’enchaînent aux couloirs tout naturellement, elle connaît ce chemin par cœur, et elle ne prête jamais attention à ces autres voyageurs en transit qui l’accompagnent.
Pourtant, aujourd’hui, elle se sent épiée, détaillée, observée, elle fuit les bords trop sombres des couloirs interminables, elle marche bien au centre, bien dans la lumière, elle cherche les regards, sans aucun retour. Ses chaussures la meurtrissent, sa cheville la lance, elle est essoufflée.
C’est pour la bonne cause, plus vite elle sera partie, plus vite elle pourra se blottir dans les bras puissants et si tendres de son-homme-à-elle.
Elle se sent mal à l’aise du regard des autres, à qui elle ne destine pas sa tenue trop découverte. Elle sent une brise imaginaire s’immiscer le long de ses cuisses, dans son dos, entre ses seins, elle a l’impression de déambuler quasi nue au milieu de la foule, et elle déteste ça !
Décidément, sa jupe est vraiment trop courte. Elle sent de véritables flots d’air remonter le long de ses fesses, de son aine, contre son ventre jusque dans ce soutien-gorge qui l’oppresse. Maëva n’a pas de bien gros seins, mais c’est vraiment qu’il faut souffrir pour avoir une gorge pigeonnante comme les femmes croient que les hommes aiment ! Jamais, au grand jamais, elle n’aurait dû se laisser convaincre par Tiphaine !
Souvent, Maëva se retourne, sans cesser d’avancer, elle regarde derrière elle, à la recherche d’un hypothétique agresseur. La foule, rien qu’une marée de gens pressés aux yeux vides d’expression.
Pourtant, elle sent au fond d’elle-même qu’il pourrait y avoir quelque chose, quelqu’un dans ce coin d’ombre, sous l’escalier en béton froid, un malandrin qui pourrait la happer, l’entraîner dans le noir, et lui faire subir les pires sévices imaginables. Les faits divers foisonnent de ces agressions gratuites.
Maëva frissonne. L’idée la terrifie.
Arrivée au bout du quai, elle s’arrête, face à la voie. La course est terminée et l’attente commence. Elle avait eu une hésitation devant le tableau des horaires, mais elle s’était aussitôt vue penchée sur l’affichage, les fesses proéminentes, les seins en avant, les jambes jointes, tendues, telle une vive incitation au viol. Choquée de cette image, elle avait grimacé et avait repris sa marche de plus belle, comme pour fuir cette vision d’horreur.
Elle tourne la tête à gauche. Personne. Juste le mur carrelé d’un orange douteux et le tunnel du RER, faiblement éclairé par des lumières pâles sur son côté.
À droite, une femme un peu flétrie regarde dans sa direction. Maëva lui sourit, gênée. La dame ne lui rend pas son sourire, elle ne la regarde même pas, ses yeux sont vagues, rivés sur le tunnel béant. Un grondement sourd annonce l’arrivée d’un train. Le visage de la dame se détend, s’ouvre un peu. Pour elle, l’attente se termine.
Maëva se retourne, se redresse un peu, lit l’indicatif lumineux sur la motrice. Ce convoi-ci ne s’arrêtera pas à Mitry, il faut encore attendre, sous l’œil inquisiteur de tous ces hommes qui n’en veulent qu’à sa vertu. Elle le sait, elle l’a lu dans moult magazines féminins qui n’ont pour leitmotiv que de lui expliquer comment se servir du désir masculin à son avantage : les hommes passent leur temps à mater le cul des filles et à les imaginer dans des actes inavouables.
Mais seul Loïc compte. Tous les autres sont indésirables.
Lorsque le train arrive en soufflant, sifflant et crissant des freins, elle se croit obligée de retenir cette jupe transparente au souffle de la rame, comme si la pièce de tissu très ajustée avait la même propension à se relever que la robe de Norma Jean. Là, c’est juste un réflexe. Décidément, que ne faut-il pas faire pour attiser le désir du mâle un peu plus qu’au naturel !
Maëva s’est faite songeuse. Elle mordille avec obstination le gras de son pouce. Oui, elle a envie de faire envie ! Elle sent sur elle les yeux des hommes qui la détaillent et, mine de rien, elle se sentirait presque flattée de leur donner des envies. Du moment qu’ils s’en tiennent à la regarder… Mais ces regards réprobateurs qu’elle a pu lire dans des yeux de mères-de-famille-respectables ne la rassurent pas !
Soit, pour ça, elle assume encore. C’est si vite fait d’être cataloguée parmi les filles de mauvaise vie lorsque l’on veut plaire, ne serait-ce qu’à un seul homme !
Oui, Loïc aura certainement envie d’elle, mais point trop n’en faut ! Une veste sombre longue jusqu’aux genoux aurait peut-être été mieux de rigueur pour faire ce voyage, quitte à la porter sur le bras à la descente du train. Là, elle s’expose, et ce n’était pas vraiment son intention, pas à ce point-là. Elle s’en veut d’être à ce point voyante.
Elle avait même eu envie de disparaître, tout à l’heure, sur le quai du métro, lorsqu’elle avait vu cette belle blonde lui adresser un sourire carnassier, alors qu’elle détaillait sa gorge avec encore moins de retenue que si elle eût été un mâle. Maëva s’était sentie rougir de honte, elle avait baissé les yeux et détourné la tête. Maintenant encore, elle en reste choquée en se remémorant la scène de cette jolie fille qui la dévorait des yeux et s’intéressait plus à son pistil qu’à ses pétales. Littéralement.
Les portes du wagon s’ouvrent. C’est la cohue pour monter. Prudemment, Maëva s’écarte du bord du quai. On ne sait jamais. La trompe retentit, les portes se referment sur des passagers hagards écrasés contre les vitres. Le train repart dans le même vacarme qu’en arrivant.
Les escaliers continuent de déverser leurs flots de passagers. Maëva les observe, elle essaie de capter leurs regards. Rien. Cette foule l’ignore. Elle est un peu déçue. Elle sent ses jambes faiblir sous elle. Sa cheville la torture.
« S’asseoir… ». Le mot bourdonne dans sa tête, c’est un impératif. Oui, mais… Mais non. S’asseoir, c’est aussi risquer de s’offrir en spectacle aux badauds, c’est risquer l’œil insistant d’un passant sur son entrejambe. Plutôt que la honte, elle préfère la souffrance. Elle restera debout.
Les trains se succèdent. Deux, trois, elle ne les compte plus. Aucun pour Mitry. Maëva se dandine sur place pour tenter de faire illusion à la fatigue. Elle ne sait plus depuis combien de temps cette fourmilière a envahi ses talons. Tout ce qu’elle sait, c’est que la sensation désagréable remonte le long de ses mollets, lui meurtrit l’arrière des genoux et lui crispe les cuisses, et que ça n’a absolument rien de sensuel. Quelle idée idiote d’avoir mis ces escarpins à talons, elle qui ne porte que des chaussures plates d’habitude !
Elle n’a déjà plus qu’une hâte, arriver, s’étendre sur le lit, à côté de son chéri, fermer les yeux et sentir ses mains se promener sur son visage, sur ses épaules, sur son cou, ses lèvres… Elle serre un peu plus fort son faux sac Gucci, une aubaine qu’elle a trouvée à Barbès hier matin et acquise pour une modeste poignée d’euros.
Le bruit de la motrice la fait sursauter. Elle ne l’a pas entendue arriver celle-ci, et, coup de chance, elle part dans la bonne direction. Maëva s’avance, une femme âgée descend, soutenue par un homme de sombre complexion.
Sur le quai, la vieille dame est à genoux, un bras menaçant en l’air, elle crie, invective l’homme qui s’éloigne en courant, le sac à main sous le bras. Personne ne cherche à l’arrêter. Tout le monde s’en fout, la logique parisienne est sauve.
Ce peu de mouvement pour monter dans le RER l’a un peu soulagée, mais bien vite, ballottée dans les virages, la douleur s’empare à nouveau de ses jambes, en insistant encore un peu plus sur ses genoux. Elle a l’impression de s’écraser sur elle-même. Les stations se succèdent, puis s’espacent. La Courneuve… Aubervilliers… Le Bourget… Bon sang, quel tortillard !
Par la fenêtre, elle regarde d’ex-voyageurs qui se pressent pour quitter le quai. Elle suit une jeune fille qui court vers la sortie, malgré ses talons : quelle chance elle a de pouvoir courir comme ça avec de tels instruments de torture !
Son regard se baisse, et vient se poser sur les occupants de la banquette, juste sous elle. Elle les domine de son mètre quatre-vingt – et quelques. Ni ils ni elles n’ont le moindre battement de cil en retour. La lassitude de la semaine, sans doute ? Épuisés, abrutis de fatigue, ils rentrent chez eux goûter un repos bien mérité, et aussi magnifique qu’elle puisse être, elle ne risque pas de faire le poids face à une nuit complète de sommeil réparateur !
Un homme mûr – mais pas encore blet – est installé à gauche. Il croise son regard en lui adressant un petit sourire de convenance. Elle est gênée. Elle s’en veut de s’exposer comme ça à l’avidité des autres, de cet homme qui n’éveille rien en elle, ni répugnance ni désir, mais qui profite malgré elle de sa tenue aguichante. Un petit homme, désespérant de normalité, anodin à l’absurde.
La femme qui lui fait face se lève pour sortir. Petit à petit, le wagon se vide, Mitry est le terminus. Maëva s’assied dans le sens inverse de la marche, en face du quadragénaire. Ou quinquagénaire, peut-être ? En y réfléchissant…
Elle appuie la tête contre la fenêtre. Ses jambes sont cotonneuses, et elle regarde distraitement le paysage défiler quelques instants. Mais, bien vite, ses yeux viennent se poser sur le presque-vieillard qui lui fait face.
Il s’est plongé dans la lecture d’un magazine financier mais, à voir la vitesse à laquelle il tourne les pages, il a du mal à y trouver de l’intérêt. Il lève les yeux. Elle est gênée par son sourire, elle baisse les siens. Elle fixe ses escarpins rouges pendant de longues secondes, comme s’ils pouvaient lui apporter une réponse.
Oui, ils vont parler. Lui parler. Lui dire quoi faire… Silence.
Elle a senti une chaleur intolérable s’emparer de ses joues. Il la regarde, elle le sait de tout son être. Elle n’ose pas relever les yeux, elle sent son regard sur elle, la toucher, la jauger. Il la fixe, la détaille, elle le sent traverser ses maigres défenses. Elle a peur. Peur de relever la tête et de se sentir nue devant cet inconnu. Non, décidément, lever les yeux n’y changera rien : elle se sent déjà offerte à lui, elle se sent comme une proie, épiée, détaillée pièce par pièce.
Soudain, elle sent une vibration dans ses genoux. Le téléphone portable se démène tout seul au fond du sac, en mode « silence ». Maëva fourrage dedans des deux mains avec fébrilité, en extirpe le minuscule appareil, le déplie. C’est Loïc.
Loïc a déjà raccroché. Il n’a probablement pas entendu la dernière phrase.
Le vis-à-vis de Maëva n’a pas bougé. Les yeux clos, il est appuyé contre la vitre, son magazine sur les genoux. Elle soupire. L’homme est fatigué, Maëva lui importe peu. Lui aussi a hâte d’être arrivé. Elle se sentait trop désirée tout à l’heure, mais maintenant, l’inverse la mortifie.
Pourtant, même sans aucun de ces artifices dont elle s’est affublée aujourd’hui, elle se sait désirable, enviable même, et ce depuis toujours. La poussée de croissance de l’adolescence n’avait fait que confirmer ce que sa petite enfance avait annoncé : Maëva est grande, très grande pour une fille. Les talons aiguilles ne sont pas pour elle, elle surplombe déjà la plupart des garçons, ce qui leur donne un sentiment d’infériorité à peine caché. Elle a arrêté de compter les centimètres à cent quatre-vingts, pour préserver quelques minuscules vanités masculines, mais ça fait déjà bien longtemps qu’elle voit la vie plus de six pieds au-dessus de la terre.
Sportive depuis toujours, elle a une prédilection pour toutes les activités aquatiques, ce qui, on s’en doute, n’a fait qu’allonger et affiner encore sa silhouette, et n’a en rien arrangé les complexes des garçons. Elle s’en amusait, elle en abusait, elle en jouait…
Et puis il y a eu Loïc. Il a su la percer à jour, la dompter sans chercher à la dresser, à l’apprivoiser et la rendre amoureuse comme elle ne s’en serait jamais crue capable. Lui seul a su la changer du tout au tout. Elle qui manie un verbe si féroce, si acerbe, elle se conduit avec lui comme une carpette, docile et soumise. Elle s’en veut, son orgueil est mis à mal, mais elle n’y peut rien.
Alors qu’elle remet le téléphone dans son sac, celui-ci vibre à nouveau. Elle sursaute, ressort brusquement l’appareil et fronce les sourcils en regardant le nom s’afficher sur le cadran…
Tiphaine… Deux sonneries passent encore. Maëva décroche :
Elle secoue la tête en faisant voler autour d’elle sa longue chevelure châtain clair et jette le téléphone dans le sac plus qu’elle ne l’y dépose.
Le vieil homme devant elle a levé un œil à la fois distrait et incroyablement rivé sur elle. Insolente, Maëva soutient ce regard et lui renvoie un large sourire ouvert sur ses belles dents blanches : un vrai sourire de star qui masque une grande détresse calcique ; c’est fragile, les dents blanches, elle en sait quelque chose !
Elle attend qu’il lui adresse la parole, qu’il engage une conversation, qu’il se lance dans une drague sans détour, qu’il cherche à la séduire, même s’il n’est vraiment pas à son goût… Juste pour la remettre d’humeur, juste pour lui redonner un peu d’assurance…
Il esquisse un petit sourire, hoche la tête. Maëva appuie les épaules contre la banquette et pose les mains de côté, sa poitrine se redresse un peu, se fait encore plus fière, elle prend à dessein cette attitude provocante. Mais sa défiance est de courte durée, elle se voit dans cette posture et elle est prise de culpabilité ; elle se sent rougir, et baisse les yeux.
L’incongru qui lui fait face laisse retomber lourdement sa tête contre la vitre, les yeux clos. Elle le regarde quelques instants, interloquée. La respiration de l’homme est régulière, et s’il ne dort pas encore, c’est tout comme !
Maëva laisse vagabonder son regard dans le reste du wagon. Ils sont tous soit hagards, les yeux rivés au plafond, soit perdus dans leurs pensées ou le béton gris de la banlieue. C’est pareil. Ceux qui ont eu la chance de trouver une place assise somnolent ou observent avec insistance un paysage devenu franchement monotone. Le Blanc-Mesnil… Aulnay…
L’homme s’agite, il se redresse sur la banquette. Il ne regarde plus distraitement le paysage, il le scrute, il attend, il est aux aguets… Dans les aiguillages, le train hoquette, hésite, ralentit puis s’arrête complètement, au beau milieu des voies. L’inquiétude semble s’installer sur le visage usé du vieux monsieur. Quelques secondes passent encore, et un autre train passe en trombe en sens inverse. La motrice s’ébroue, repart doucement. L’homme soupire, visiblement soulagé.
Sevran. Le train s’arrête. L’homme se lève sans hâte, sort calmement. Maëva le suit des yeux sur le quai. Une femme bien plus jeune que lui se jette à son cou. Sa fille ? Elle l’embrasse. Le baiser est torride. Non, visiblement, ce n’est pas sa fille. Il ne presserait pas les fesses de sa fille comme il le fait à cette jouvencelle !
La trompe résonne, étouffée, les portes se referment, le train repart. Maëva suit ce couple du regard. Ses yeux la brûlent. Loïc, pourquoi n’es-tu pas là ? Tu pourrais me prendre dans tes bras, me serrer contre toi, m’embrasser doucement comme font les amoureux… Au lieu de ça, je suis en train de mater, comme une pauvre conne, en me faisant des idées sur ce gentil petit couple !
Maëva ouvre à nouveau son sac. Rageusement. Elle fouille dedans, à pleines mains, sans savoir ce qu’elle y cherche. Et elle trouve.
Maëva voyage « léger », encore plus particulièrement aujourd’hui : elle ne s’est pas encombrée d’une valise pour une nuit qui ne s’annonce pas vraiment habillée. Mais elle n’arrive pas non plus complètement démunie : dans la poche intérieure de son sac à main, soigneusement pliés, elle a glissé deux slips de rechange – on ne sait jamais. Pour le reste, il y a encore deux tenues complètes dans la penderie de son chéri, à Mitry : en riant, il appelle ça « le début de l’invasion », mais il sait aussi que cette appropriation de son espace vital lui permet de la garder près de lui toute la nuit.
Les doigts de Maëva se sont arrêtés sur l’étoffe d’un des slips. 100 % Coton, tout sauf sexy, mais avec le confort en plus. Et la douceur de la matière la surprend, sensuellement parlant. Sa main reste immobile dans le sac à main, comme retenue. Maëva se détend, sa main aussi. Du bout des doigts, elle effleure le tissu, elle caresse la matière. Du dehors, on pourrait croire qu’elle a une absence, mais non, elle est bien là, elle frotte doucement cette culotte de petite fille, la sienne, et ses doigts en sont comme électrisés.
Elle laisse glisser sa paume contre le tissu pour empoigner complètement ce dessous. Osera, osera pas ? Elle se fige soudain. Osera… Peut-être… Seulement si… Si seulement…
Elle tourne la tête. En arrière, personne. À droite, une dame d’âge moyen apparemment très absorbée par sa contemplation du paysage qui défile. Devant, deux hommes lui font dos et semblent se passionner pour leur discussion. Elle sort sa main de quelques centimètres. Elle ose, mais… Et si la dame se retournait vers elle, la voyait ? Elle sort brusquement sa main du sac et presse la culotte contre son menton alors qu’elle se retourne contre la vitre, comme pour se cacher des autres passagers. Les parfums de lessive et d’adoucissant qui imprègnent le tissu la troublent… Car trouble il y a : elle se sent haleter, elle sent ses joues se faire brûlantes, et la boule familière qui monte au creux de son ventre commence à lui chauffer délicieusement les entrailles.
Maëva ferme les yeux, pétrissant le slip en coton. Loïc, vite ! Vite… J’arrive ! Je viens…
Insensiblement, sa seconde main est venue se poser sur sa cuisse droite, et sa main gauche est remontée jusque ses lèvres. Elle mord, elle dévore l’étoffe, goulûment, elle la frotte contre ses lèvres et la rend plus caressante contre sa joue.
Vert-Galant… Elle ouvre les yeux, et reste immobile, la culotte soigneusement empalmée. Qui pourrait se douter ?
Le train repart. Sa main droite remonte le long du sac, jusqu’aux anses jusqu’à atteindre son ventre dénudé jusqu’au-dessus du nombril.
Son ventre… Elle le sent agité de palpitations, ses oreilles résonnent de sa circulation accélérée, sa respiration est courte, elle sent ses oreilles chaudes, et probablement rouges… Et cette chaleur au creux de son ventre qui ne cesse de s’amplifier, de s’installer… Les images se succèdent devant ses yeux.
Loïc, je viens à toi ! …
Maëva crispe les paupières et se mord l’index pour étouffer son soupir. Puis elle commence à se détendre. Un tout petit peu, le poing toujours serré autour de la culotte en coton blanc, pressée contre la commissure des lèvres. Elle sent une larme perler, due à l’émotion, sans doute. Elle la sent grossir, couler, accélérer sur le haut de sa joue droite. Sèchement, elle l’arrête du revers de la main, qui reprend tout de suite place bien sagement sur le faux Gucci.
Villeparisis-Mitry-Le-Neuf… Maëva prend une respiration profonde. Encore une station et elle pourra se réfugier dans ses bras… Loïc…
Soudain, elle réalise : non, ce n’est pas « encore une station », c’est « plus qu’une station » !
Elle lance un regard aussi circulaire qu’inquiet. Les deux hommes devant elle sont partis, elle ne les a même pas vus descendre. Ont-ils remarqué quelque chose ? La dame à sa droite est toujours aussi absorbée par sa contemplation des champs verdoyants. Personne ne semble avoir rien perçu de son trouble.
Maëva plonge la main gauche dans son sac, y replace le slip – certes un peu moins bien plié, et retire du même geste un petit miroir. Oups, le noir a coulé. Un tout petit peu, seulement, ça n’a rien de décelable pour un homme, même attentif, mais ça la ramène cruellement à la réalité matérielle : ce feu-là laisse des traces de fumée. Et une odeur entêtante, enivrante, honteuse. Une odeur de Femme… Pourvu qu’elle soit la seule à la sentir !
Déjà, le train ralentit. Maëva tente d’effacer cette petite bavure au coin de l’œil et jette le miroir dans le sac. Enfin arrivée. Elle reprend sa respiration, pour se préparer à l’effort : les muscles de ses cuisses sont tendus, et ça n’a plus rien à voir avec la fatigue. Elle ne sait pas si elles vont la soutenir. Elle les sent prêtes à lui jouer un tour, à la trahir et ne pas la soutenir, à s’effacer sous elle à la première sollicitation.
« Mitry-Claye, terminus de ce train ! » annoncent les haut-parleurs. Les freins hurlent longuement.
Quelques secondes encore et le convoi est arrêté à couple avec le quai de la gare. Maëva se lève, en se retenant prudemment aux barres. La fourmilière est toujours installée dans ses mollets, et ses chevilles sont douloureuses. Ses cuisses lui semblent étirées comme de la gomme à mâcher. Les portes s’ouvrent devant la femme qui était installée dans la banquette d’à côté. A-t-elle vu quelque chose ? Maëva l’imagine se retourner et la regarder avec un sourire entendu, l’air de dire « Je vous ai vue, j’ai vu votre trouble, mais à quoi pensiez-vous donc ? ».
Mais non, rien. La dame saute le marchepied et hâte le pas, pressée de quitter la gare. Maëva avance d’un pas hésitant. Des yeux, elle cherche son « mâle ». Il n’est pas là, pas encore là. Elle serre son sac contre sa hanche et fait route vers la sortie.
Mais si, il est là, juste à l’entrée, il pose, appuyé nonchalamment contre un poteau. Elle guette son regard. Il ne l’a pas encore vue. Elle se délecte à l’avance en imaginant ses yeux exorbités en apercevant cette tenue affriolante qu’elle n’a passée que pour lui.
Ça y est. Il l’a vue et reconnue. Il affiche un large sourire, mais pas de surprise. Maëva se renfrogne. Loïc avance vers elle, les bras ouverts.
Comment résister à pareille invitation ? Elle se jette dans ses bras, en se jurant, mais un peu tard, de ne pas oublier de passer un manteau la prochaine fois.
Et voilà, c’est tout !