| n° 23504 | Fiche technique | 46563 caractères | 46563 8184 Temps de lecture estimé : 33 mn |
16/02/26 |
| Présentation: Centré sur le personnage de Ghislen M’Barek, qui a fait avec Sylvie Le Floch (Lebris) un duo célèbre sur Terre, sur Lune, par la beauté et la variété de leurs talents. Elles ont aussi été amantes. À travers plusieurs interactions, avec sa famille, une émission de télé, on fait le tour de leur relation... | ||||
Résumé: À travers une interaction avec sa fille, avec son mari, avec une animatrice de télé Terre-Lune, et ses souvenirs alors qu’elle est dans l’auto-taxi volant, on comprend mieux la relation très intime entre Ghislen M’Barek et Sylvie Le Floch (Lebris). | ||||
Critères: #humour #psychologie #érotisme #sensibilité #uchronie | ||||
| Auteur : HD (j’écris, je chante, je vis au bord de l’océan.) Envoi mini-message | ||||
| Concours : Demain |
Elle m’a surpris, ma fille, Mélanie, mais on dit Mel pour faire court. Qu’en anglais ce soit plutôt un prénom masculin, Mel, est sans importance : rien de plus fluide que les genres. Il y a du garçon manqué dans Mel, comme on disait à une époque pour les filles qui ne rentraient pas dans les cases dites féminines, et le fait d’être particulièrement bonne en maths et en physique, à son niveau du moins, la rapproche encore plus des cases dites masculines.
Qu’elle soit debout si tôt me dérange un peu, par contre. J’espérais avoir le petit bureau à moi pendant encore un petit moment, un petit quart d’heure au moins. Le temps de rassembler mes idées, histoire de ne pas dire de bêtises regrettables pendant l’entrevue. Sachant bien que les bêtises regrettables, mais malheureusement – ou heureusement – enregistrées sont exactement ce dont les journalistes – et le public – sont friands. Bien sûr on voudra que je parle de sexe. Les studios veulent toujours qu’on parle de sexe, ça les émoustille d’imaginer les lèvres du bas après avoir évoqué celles du haut. Si je pouvais leur trouver un petit scandale, ce serait encore mieux. Ou un secret. Secrets et scandales des têtes d’affiche permettent à la majorité trop silencieuse d’accepter son sort, qu’il soit fait de routines monotones ou de tragédies destructrices.
Elle est dans mes bras, Mel, sa tête sur un sein, mon mamelon a sans doute encore inscrit en lui la mémoire de ses lèvres goulues qui ont tété la vie à même mon corps, avec les coups de petites dents occasionnels qui me faisaient couiner. Elle, j’avais pu la laisser téter longtemps, cela nous faisait finalement plaisir à toutes les deux. Et je me disais qu’avec les gars c’était différent, parce qu’un gars ne va jamais donner ses seins à un bébé affamé comme sa mère les lui a donnés. Quand ça vient à nourrir des enfants, on est toutes des vaches laitières, les mecs sont des taureaux Apis.
Elle a relevé la tête. Je lui embrasse les cheveux, admirant leur épaisseur, le brillant du noir de jais, je prie qu’elle n’ait jamais l’idée de se les blondir, comme si être blonde était nécessairement mieux qu’être une belle brune aux yeux noirs, avec des racines arabes qui ressortent avec ce qu’elles ont de meilleur.
***
Au moteur du taxi volant ils ont donné un son de moto. Bien sûr, les taxis électriques n’ont pas de son – mais on a toujours été si habitués qu’on serait perdus s’ils ne faisaient pas de bruit. Souvent c’est comme un hélicoptère, mais là c’est comme une moto, comme la moto… avec le trafic aérien du matin, entre les téléfériques, les taxis volants, les monorails, j’ai le temps de me rappeler ce que ma fille m’a empêchée de ramener à ma mémoire tout à l’heure. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais dû faire la conversation avec un chauffeur. Quel bonheur que les automatiques ! Même si je sais que par le jeu des caméras et de ma puce de tête Virginie, depuis le studio, pourrait tout voir. Avec Virginie, au moins, je suis tranquille, je ne vais pas retrouver une photo de mes cuisses sur les réseaux disant : Ghizlen ne porte pas de culotte !
Hé oui, je compte bien parler de Sylvie, même si je ne suis pas sûre d’avoir envie que ma fille sache tout sur sa mère. Ce qu’elle sait, c’est la musique, les tournées de concerts, les hologrammes, les concerts sélénites, les duos dans des fusées et des cabines spatiales – Sylvie, pour elle, c’est encore « tante Sylvie », la fille avec qui on a fait carrière en duo pendant des années, avant qu’elle meure. Il faudra que je dise au studio de mettre un filtre à l’émission. Couper, essentiellement, les parties que les mineur. e. s ne sont pas censé. e. s entendre. Même si je ne me fais aucune illusion sur la manière dont les jeunes, génération après génération, apprennent à contourner les filtres. Mais pour le moment ce n’est pas Sylvie que j’ai en tête, c’est le gars. Le motard. Le gars de bicyc’, comme ils disent au Québec.
Si c’était le gars, ou sa moto, que j’avais repéré en premier, avec le temps je ne saurais plus le dire. J’avais tout juste mes dix-huit ans, un père employé dans une banque, une mère couturière, j’avais commencé des cours de fac et mes rêves changeaient avec l’air du temps. Avec un nom comme Ghislen M’Barek, j’étais étiquetée beurette pour la vie, fantasme pour certains mecs, pute pour d’autres, vouée à épouser un rebeu et servir de jument poulinière pour compenser la fertilité douteuse d’une mère qui n’avait su donner à son époux qu’une seule héritière – moi. La précieuse membrane à l’orée de mon vagin était comme un joyau sur lequel je devais veiller avec soin jusqu’à la rencontre avec le phallus de l’étalon qui ferait de moi une vraie femme, une insatiable jument, l’avenir du troupeau. J’avais l’avenir entre les cuisses, mon vagin s’appelait demain.
Mais voilà, un jour je suis tombée sur ce gars et sa moto, un bleu métallique avec des reflets d’azur, et tout a basculé. Mieux valait que je tombe sur lui plutôt que sur un écrivain rassis en manque de fesse jeune, évidemment. Mais je ne pense pas que je raisonnais tant que ça. Je regardais plutôt sa moto, ses yeux, ses cheveux, et sa braguette. En me demandant à quoi son zeb pouvait bien ressembler Le seul zeb à la maison c’était celui de mon père, et l’inceste, ça ne me tentait vraiment pas. J’en avais vu, évidemment, grâce aux réseaux, mais une image – les gars s’excitent facilement plus que nous sur des images, je crois. Moi je voulais voir la bête, quoi. En vrai. Au naturel. Toute la technologie du monde ne remplacera jamais ça…
Ma mère aurait dû s’y attendre, j’imagine. Elle avait eu dix-huit ans comme moi, un corps bourré d’hormones, une vulve qui chatouille, des tétons de Valentine qui ne demandent qu’à pointer vers les mecs comme de boussoles, et l’idée romantique par laquelle le prince charmant arrivera, après avoir traversé les champs de ronces et tué le dragon, et toutes les filles fondront dans ses bras pour dire merci, merci d’avoir tué cet horrible dragon, Et moi, l’élue de son cœur, dans ma robe blanche transparente dans le soleil – le laissant imaginer mon corps en forme de guitare – je dirai, d’une voix suave comme le miel : prenez-moi, champion, faites de moi tout ce que vous voulez, échangez votre épée pour le glaive à bout rond et allez-y, je suis toute à vous, de la membrane ou de la rondelle, mes seins mes fesses tout le bataclan, allez-y !
Mais bien sûr, quand ma mère avait dix-huit ans, elle devait être surveillée de près par mes tantes, par les voisines, par des cousines…je ne suis même pas sûr qu’elle ait encore été aux études, elle avait dû commencer sa vie de couturière et appris à calmer la tourmente dans son sang et dans son bas-ventre. C’est sans doute pour ça, aussi, qu’elle surveillait à la minute près mon retour de la fac, que je ne me perde pas dans des ruelles obscures qu’elle imaginait pleines de mâles en chaleur rêvant de gangbangs avec des filles dont rien ne pouvait assouvir l’appétit. J’avais au moins réussi à ce qu’elle ne vienne plus me chercher à la sortie des cours, comme une petite gamine. J’étais une vraie femme, après tout, avec du sang dans la culotte tous les mois depuis que j’avais douze ans, et une paire de loches à rendre jalouses toutes les petites frimeuses qui avaient à peine deux œufs au plat – et figer le regard des gars sur leur silhouette.
Avec le passage du temps, les souvenirs s’effacent, on ne sait plus ce qui est légende et ce qui est vérité, il aurait fallu avoir une dashcam sur le front pour tout garder en mémoire. On avait engagé la conversation, ça c’est sûr. Il jouait les durs avec sa moto, une Chinoise, pas une Harley, pas une Japonaise, mais les Chinoises puissantes qu’ils faisaient sur la Lune avec des métaux spéciaux et des reflets d’étoiles, ce devait être férocement excitant d’avoir cette bête-là, cette puissance-là, entre les cuisses, de la sentir vibrer, de la sentir gronder et vrombir. Je me rappelle même la marque : Luna Park. Comme de chevaucher une fusée ou une comète, j’imagine. D’avoir le vent dans les cheveux, même juste un instant, avant de mettre le casque obligatoire. Je n’étais sûrement pas la seule à lorgner le motard du coin de l’œil, sans en avoir l’air tout en m’assurant qu’il me matait. Le male gaze, avait expliqué notre prof d’anglais, une féministe qui avait étudié en Amérique dans les années 2000. Le regard lubrique des mâles qui ne pensent qu’à vous baiser. Ce qui tombe à pic, puisqu’on a nous aussi envie de se faire baiser, mais pas n’importe comment. Les gangbangs dans les sous-sols, yerk. D’un autre côté, j’imagine qu’il faut de tout pour faire un monde, tant que tout l’monde a plus de 18 ans et qu’ils sont d’accord…
Comment je l’ai abordé, le motard, je ne suis plus trop sûre, mais à force de le voir là tous les jours avec sa Chinoise bleue, j’en avais des crampes dans le vagin. Je me réveillais en sueur la nuit, espérant secrètement qu’il serait là, debout, dans ma chambre, tout nu avec le dard bien raide, le sac bien gonflé, le gland pointé vers moi dans sa rondeur somptueuse. En même temps, il faut l’avouer, j’avais peur. J’avais vu un film sur les chevaux, et les étalons étaient plutôt brutaux avec les juments, ils les mordaient même jusqu’au sang, parfois. Le motard allait-il me mordre la nuque avec la férocité d’un étalon ?
Je sais juste qu’on s’est retrouvés dans un troquet quelque part vers la place Clichy, après une petite virée entre les autos volantes, moi sur le siège qu’il appelait avec un sourire cynique le pussy seat, là où les filles collaient leur chatte, quoi. Ma mère estimait qu’un pantalon, c’était une bonne forme de protection, alors mes jeans, pour la moto, c’était étudié pour, comme qui dirait. Pendant tout le temps qu’on a partagé des crevettes panées, je me disais qu’il devait me prendre pour une petite dinde, et qu’il ne me jugerait même pas digne de l’hôtel et du traitement à Marylin. « Je suis cinéaste » il avait dit. « Je fais des films pour Cérébros. Des films in-te-llec-tuels. Si t’as 18+ tu peux aller sur Cérébros. Tape Jean-Louis Grodart. Avec un T, Grodart. Comme Art. Tu verras ».
À un moment donné, j’ai mis ma main sur la sienne, et je lui ai caressé le poignet, j’avais vu une actrice faire ça dans un film, justement, en retour il m’a fait croquer la moitié d’une crevette papillon panée qu’il s’était mise entre les lèvres, et on s’est embrassé, du coup, comme les chiens avec le spaghetti dans La Belle et le Clochard, un vieux film que j’avais vu toute gamine mais ça m’avait marquée, c’était trop suave… Sans être sûrs de ce qu’on allait faire, j’avais texté maman pour dire qu’on avait un travail de groupe chez ma copine Gina, celle dont l’entrée des artistes inspirait Tête d’Oiseau, l’écrivain racorni.. On n’était pas loin de la vérité, à un son près : pas grande différence entre un k et un g, le travail de groupe (que j’étais censée faire) et le travail de croupe (que je me préparais à faire en me disant qu’il était temps). Et moi, avec les crevettes, le motard et le premier mensonge, j’avais mis le pied dans un engrenage impitoyable, mais j’étais trop jeune, et dans expérience, pour le savoir. Qu’aurais-je fait d’autre, si j’avais pu savoir ? Je n’ai jamais eu de réponse à cette question-là.
Il aimait les belles choses, le motard, sous son air d’Easy Rider et de rocker sauvage. Après l’école il avait été tiktokeur jusqu’au naufrage de Tiktok, et là Cérébros l’avait récupéré. Sa bécane était tout pour lui. Je l’ai appelé Motard parce que ça lui allait si bien. En fait son père nord-américain le surnommait J. L. Un père qui les avait abandonnés, sa mère et lui, quand il était tout petit. Le Québec, le Québec et puis toutes ces régions voisines qui deviennent rouges et dorées en automne, il en rêvait, un pays dans lequel on pouvait rouler pendant des centaines de kilomètres sans rencontrer âme qui vive, juste les bois et la neige et parfois un café perdu au milieu de nulle part, avec une pompe à essence et un zinc pour les camionneurs.
Il sortait d’une histoire avec une fille de Montréal. Malheureusement cette Québécoise était repartie sans lui sur son île, il avait été triste, même s’il n’était pas follement amoureux, et elle non plus. Des fois, disait-il, c’était juste le sexe, mais avec toi, Ghislen, il disait en se léchant les doigts plein de chapelure et de sauce à l’orange, avec toi ce sera, je le sens, on va y aller lentement, ce sera autre chose, et de meilleur en meilleur, tu verras. Je ne lui avais pas avoué que j’étais une oie blanche, mais il pouvait s’en douter.
Finalement on l’a fait, dans un bois, c’était plus romantique qu’une chambre d’hôtel. Quelque part en Seine-et-Marne, un de ces bois dans lesquels les tapineuses installent leur roulotte dans une clairière pour faire leur taf en paix. Lui c’était le trou de fille qui l’intéressait, l’autre c’était juste une variation, il n’était pas comme l’écrivain rassis qui se tapait ma copine.
Ça brûlait un peu, c’était un peu poisseux, mais j’avais franchi une étape décisive sur ma route de femme. Il m’avait assuré qu’il était sain, et la perspective des bébés ne semblait pas l’obséder, il m’avait juste demandé si j’étais régulière et de me méfier d’une période de deux ou trois jours, 10 jours après mes règles.
Pour ma mère, j’avais prétexté un travail collectif – chez Lorie, cette fois-ci – mais j’avais un peu peur qu’elle sente l’odeur du sperme sur moi, je me suis essuyée frénétiquement avec ma culotte, ça le faisait rigoler que ça m’inquiète autant, lui on aurait dit qu’il n’avait pas de parents, mais bien sûr toute dinde que j’étais je savais que pour les gars c’était pas pareil, les mères étaient fières que leurs fils sautent des meufs avec leur éperon bien calibré mais les filles sont considérées comme des pouffiasses si elles font pareil.
Il faudrait que je me rappelle de laver ma culotte ce soir, je me suis dit, si je la mets dans le panier à linge sale toute collée de jus d’homme maman risque d’avoir des soupçons. J’ai pris l’habitude de ne plus mettre mes culottes dans le panier à linge sale. Ma mère, j’imagine, a mis ça sur le compte de ma pudeur virginale. Elle était naïve, ma mère, finalement.
On a fini par baiser toutes les semaines, deux fois par semaine, dans l’appart d’un copain à lui, qui officiellement me donnait des leçons privées de maths après l’école – j’avais des cours de statistique à faire et je nageais complètement. Ce n’était pas totalement faux : je mesurais avec admiration le fait que l’érection d’un homme jeune et en pleine santé est proche d’un angle droit.
Tout baignait dans l’huile, sans besoin de lubrifiant, j’avais appris à faire des pipes et à avaler la fumée, c’était soi-disant plein de protéines et d’autres choses bénéfiques pour les filles. J’avais appris à utiliser mes deux mains, un peu comme jouer du piano finalement. C’est quand il m’a demandé d’écarter les fesses pour qu’il puisse me faire le traitement Marylin que les choses ont dérapé. J’avais à peine le cul en l’air, m’écartant bien les foufounes, le gland m’évasant déjà la rondelle, que les flics sont entrés un grand coup dans la pièce, après avoir entendu un bref échange verbal entre le matheux et les condés.
Bon, vous vous imaginez sûrement déjà que ma mère avait embauché un détective pour surveiller mon pucelage, ou qu’une copine jalouse avait cafté à mes parents, mais rien de tel. Mes parents étaient persuadés que bon sang ne saurait mentir, en aucun cas leur fille unique, espoir de leurs vieux jours et de leur descendance, ne pouvait inventer des excuses pour se faire mettre par un motard dans l’appartement d’un copain qui filmait peut-être, qui sait, tous les coïts pour pouvoir les poster quelque part sur Cérébros ou pire, sur le Dark Web.
Non, c’était finalement le hasard, et une perquisition exploratoire pour la brigade des stups, qui les avait amenés à interrompre le dépucelage anal de la belle Ghislen. Elle se sentait horriblement conne, la raie poisseuse d’un lubrifiant à la framboise et la moule humide sous le regard lubrique d’un flic en uniforme, essayant désespérément de récupérer sa culotte, ses jeans et ses chaussettes, pendant qu’ils mettaient les menottes au motard en lui gueulant dans les oreilles des choses du genre « ton compte est bon », « on vous avait à l’œil » et « pas la peine de nier, on a trouvé la poudre ». Elle s’était sentie conne d’avoir imaginé que des petits boulots et des séquences filmées sur Cérébros permettaient au motard d’avoir une belle bécane et de payer leurs virées en bistrots, et que le matheux devait à son seul intellect d’avoir un grand appart dans un quartier plutôt bourgeois. Elle s’était aussi dit que ça sentait le roussi pour les soi-disant répétitions de maths et les révisions chez Rita.
Nous approchons du studio, madame, fit l’IA du taxi volant. Je vais me stationner directement sur le pod du 27e étage, c’est l’étage du studio pour Virginie Thé ce matin. Vous n’aurez qu’à appuyer sur le petit bouton près du pod pour que je revienne vous chercher. Bonne émission.
***
Virginie Thé, émission du 25 septembre. En direct.
« Auditrices adorées, auditeurs chéris, amies très chères, chers amis, il est sept heures du matin, et nous lapons notre Lapsang Souchong en ce 25 septembre avec l’une des vedettes les plus connues de la chanson française – et même mondiale – Ghislen. Une célébrité dont le prénom se passe de commentaires, un peu comme quand on dit Céline, on entend presque aussitôt la chanson thème de Titanic. En ce petit jour encore brumeux, au quatrième épisode de la série pour laquelle elle a volontiers accepté de partager son temps et ses souvenirs, Ghislen va ouvrir la boîte aux trésors par excellence, la boîte Papillon, dans laquelle elle a rangé les objets les plus précieux de son amie la plus intime, Sylvie, celle qui, peu de temps avant de succomber à un impitoyable cancer, a partagé avec elle et Daniel Martin l’honneur d’un Oscar de la meilleure chanson dans un film. Un moment inoubliable, une intensité émotionnelle jamais atteinte, un dernier sourire de bonheur malgré la douleur, et une salle de célébrités laissant librement les larmes couler. Ghislen, avant de toucher aux débuts de votre relation avec Sylvie, dites-nous donc : qui a eu l’idée de faire venir Sylvie, à la veille d’une mort hélas attendue, sur une civière, pour partager cet Oscar décerné par l’académie ? »
« Étrange nom que ce nom, Ooty… »
« Un svastika ? C’était un refuge d’anciens nazis ? »
« Votre relation avec Sylvie, ce n’est un secret pour personne, était une relation d’amitié profonde, mais aussi d’un amour intense, qui incluait la sexualité. Sylvie a-t-elle été votre initiatrice à la bisexualité ? »
« On parle toujours de Sylvie, mais on n’y associe jamais de nom de famille… »
« Avant de plonger dans ces détails uniques, jamais révélés jusqu’ici, nous devrions écouter cette chanson du grand Charles, ce classique, que vous avez choisie dans votre programme musical pour cette émission du 25 septembre de Virginie Thé…On s’arrête deux minutes pour écouter : »
À 18 ans j’ai quitté ma province
Bien décidé à empoigner la vie
Le cœur léger et le bagage mince
J’étais certain de conquérir Paris…
« Hé oui, auditeurs, auditrices, et toustes les autres, même si aujourd’hui on a des villes sur la Lune, et bientôt sur Mars, Paris attire toujours – c’est là que notre invitée, Ghislen M’Barek, a commencé. Car nous sommes aujourd’hui, c’est une vraie jouissance, avec une étoile musicale des années 2030 à 2040. Cela paraît incroyablement loin alors qu’on est presque au demi-siècle, et la vitesse à laquelle le monde change nous file le tournis plus que jamais… Et pourtant, Ghislen M’Barek, on vous écoute encore aujourd’hui ! Et malgré toutes nos nouvelles technologies, on aime retrouver ces disques, ces CDs, ces 33 tours, ces documents de streaming, qui ont fait votre gloire, souvent en partenariat avec la belle Sylvie Le Floch, dont la voix d’alto s’alliait si merveilleusement à votre soprano. Bon… Vous êtes, je vous le rappelle, auditeurs et auditrices du matin, sur la chaîne 3 dans l’émission Virginie Thé, la première de quatre émissions avec, en personne ! celle que les plus de vingt ans, au moins, connaissent comme Ghislen – comme on disait Céline ou Johnny ou Elvis ou Reba – et tout en lapant notre Lapsang Souchong nous saluons les Taikonautes et autres Sélénites qui viennent de nous rejoindre…et, pourquoi pas, ceux et celles qui pourraient capter notre signal à quelques années-lumière de plus et que nous connaîtrons peut-être bientôt. Notre émission est disponible en live Stream, en podcast, et bien sûr en version télé et peut être retrouvée à tout moment sur les réseaux Mars Mode. »
Petite ritournelle : Mars Mode, Mars Mode, Prenez-en d’la graine, Dans votre lit ou dans l’espace, avec Virginie ou avec Germaine, Paysanne ou châtelaine, en soie ou en laine, Mars Mode, Mars Mode, Pour tous vos besoins, pour tous vos désirs, en un seul clic, Mars Mode !
« C’est un bonheur de vous retrouver si tôt, à l’heure de la petite turlute du matin. Et, pour lancer l’émission, j’aimerais vous demander : lorsque vous rencontrez Sylvie Le Floch, est-ce votre première rencontre amoureuse avec une autre fille ? Était-ce un coup de foudre, Ghislen et Juliette ? »
« Excusez-moi d’interrompre, mais Virginie Thé, c’est toujours un peu à bâtons rompus, hein – mais le Centre de Formation, c’était quoi le but ? Et qu’est-ce qui vous avait amenées là, justement ? Vous ? Et Sylvie ? »
« On ne vous a pas fait bouillir, j’espère ! »
« Oui, j’ai lu ça moi aussi. Érosion, plus d’érection, si on peut dire… »
« Non. Juste en images, je préfère palper une vraie quéquette plutôt qu’un bout de bronze, à… »
« Un rituel de fertilité ? »
« Gosses ? »
« Il faudra qu’on revienne vers l’Inde, Ghislen, j’ai envie de parler de votre expérience avec la musique indienne, et la danse, et…mais continuez. »
« Ah, je pense à tous ces lieux magiques dans lesquels vous avez chanté, et sur la lune aussi, non ? Et pas seulement comme hologrammes ? Mais je digresse. Allez, votre première rencontre avec Sylvie… »
« On vous formait à quoi, dans ce Centre ? »
« Et vous avez choisi Sylvie ? Ou c’est elle qui vous a choisie ? »
« Ne me dites pas que c’était le coup de foudre au premier regard…Je ne vous croirais pas. Ou bien ? »
« Il faut bien profiter des innovations…Quand je pense qu’à une époque pour lire il fallait tourner des pages et des pages, et lire de haut en bas, enfin en français, cela prenait un temps invraisemblable. Maintenant, grâce aux algorithmes de lecture Ultra, notre puce absorbe tout le contenu du livre et vous le redistribue, y compris la nuit – et oui, je l’avoue, surtout au lit après l’amour, j’apprécie de baigner dans l’atmosphère elfine d’une belle histoire romantique…Pas vous ? »
« Et là ? »
« Vous n’étiez pas dans l’innovation…C’est vraiment vieux, ça, même si vous en avez donné une interprétation magnifique en hip-hop… »
« Et là ? Vous nous faites haleter, Ghislen, comme dans un roman-feuilleton… »
Gros plan sur la tasse dans laquelle on verse le thé. En images, fondu au noir.
Voix off
« Ceci conclut le premier de quatre entretiens avec Ghislen M’Barek, une des grandes dames dans l’histoire de la chanson française, célébrant sa carrière unique comme partie du duo S&R, Sylvie et Ghislen. Les réseaux Mars Mode et l’émission Virginie Thé saluent nos auditeurs et auditrices autour de la planète bleue, sur notre lune, et aux quatre coins du cosmos. Nous porterons une attention particulière aux demandes spéciales venues de voyageurs interplanétaires à qui nous souhaitons des missions productives. Mars Mode, vos réseaux pour demain, car c’est toujours demain, en tous cas pour nous ! »
***
Max est déjà au lit, enfin sur le lit, sa queue bien proprement circoncise en début d’érection, il a gardé un t-shirt bleu nuit qu’on m’avait donné à Halifax, en Nouvelle-Écosse, souvenir de quand ils avaient eu les Jeux Autochtones d’Amérique, Max ne se lasse pas de le porter et j’ai presque l’impression que ça le rend exotique, et pas juste Monsieur-et-Madame-se-livrent-au-rituel-du-coït-conjugal-des-mercredi-et-samedi.
C’est vrai. Grodard, c’est lui, mais avec un D.
J’ai bu mon thé, on a éteint, sa main s’est glissée entre mes cuisses, il m’a prise doucement, lentement, et puis il m’a retournée comme une crêpe pour pouvoir malaxer mes fesses et humer la senteur vanille de mon trou du cul, il a joui et en m’endormant j’imaginais que j’allais aller quelque part un jour, au bord de la Mer de la Tranquillité par exemple, et là il y aurait une femme portant un hoodie noir, pieds nus dans la poussière, et elle se tournerait vers moi et dirait Bonsoir, moi c’est Sylvie, j’ai du mal à dormir la nuit, alors je me promène et j’écris des chansons dans ma tête…