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n° 23501Fiche technique15611 caractères15611
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Temps de lecture estimé : 11 mn
13/02/26
Présentation:  Jean finissaient son café en attendant Manon et Chloé...
Résumé:  Jean a toujours été "le Capitaine"
Critères:  #personnages #volupté #nostalgie
Auteur : Schreiberling      Envoi mini-message
Le Dernier Quart du Capitaine

Le soleil d’hiver, pâle et rasant, découpait des rectangles clairs sur le carrelage. Jean, installé dans son fauteuil, terminait son café. Le jardin, au-dehors, était figé par le gel. Ce matin, cette étendue d’herbe n’était pas de la terre ferme ; c’était une mer d’huile, figée dans l’attente du vent. Il entendit leurs rires avant même que la porte ne s’ouvre. Elles entrèrent. Deux apparitions. Deux preuves vivantes que le monde extérieur n’était pas figé par le gel.


Manon menait la charge. Bon Dieu, quelle créature ! Elle était grande, une cariatide en mouvement, une amazone resplendissante de puissance, une figure de proue fendant les vagues. Ses cheveux, d’un brun profond, étaient tirés en arrière dans une queue-de-cheval haute et stricte, qui fouettait l’air comme une cravache à chacun de ses pas. Jean suivit du regard la colonne d’albâtre de son cou, le galbe de ses épaules, les muscles de ses bras, de ses cuisses… C’était une harmonie vivante, faite pour la course ou le combat. Il sentit une chaleur ancienne, presque douloureuse, se réveiller au creux de son ventre. Il avait envie d’être bousculé par cette force-là.


Dans son sillage, comme l’écume frétillante derrière un navire de ligne, suivait Chloé. Le contraste était saisissant, presque comique, et délicieusement érotique. Si Manon était la tempête, Chloé était la brise d’été. Elle était petite, une concentration exquise de féminité toute en rondeurs. Là où Manon n’était qu’angles et puissance, Chloé n’était que courbes et souplesse. Un nuage indiscipliné de boucles blondes encadrait un visage de chérubin, trop mutin pour être tout à fait innocent. Sa tunique, un peu plus lâche, laissait deviner des seins lourds qui semblaient protester contre le vêtement à chaque mouvement. Elle avait des hanches qui roulaient naturellement, une invitation à la danse ou à la paresse. Son sourire était un baume pour l’âme, capable de faire fondre les calottes polaires, ou du moins le givre sur la fenêtre de Jean. Il eut une envie soudaine de s’enrouler dans cette douceur-là.


Elle s’approcha de lui, son parfum sucré, vanille et quelque chose de fleuri envahissant l’espace vital de Jean.



Le mot « Capitaine » résonna en lui. On l’a toujours appelé comme ça… Ou plutôt il a toujours voulu qu’on l’appelle comme ça ! Depuis le temps où, minot, il conduisait ses camarades sur le pré. Il se revit, les poumons brûlants, hurlant la Marseillaise sous un ciel de pluie, les mains posées sur les épaules de géants. Sur quel terrain était-ce ? Il ne le savait plus. En lui remontait pourtant cette sensation de puissance si particulière et l’odeur du camphre.


Chloé venait de débuter le massage de sa jambe toujours raide depuis que sa moto et lui avaient décidé de choisir des trajectoires différentes… Il cligna des yeux, essayant de fixer son attention. Il leva les yeux vers les deux jeunes femmes qui l’entouraient, magnifiques et inaccessibles. Manon, la guerrière, et Chloé, la nymphe. Elles étaient son équipe ce matin, son équipage, et peu importait sur quel océan ou quel terrain il naviguait, tant qu’elles étaient à bord.



oooOooo



Manon s’approcha pour l’aider à se lever. Alors qu’elle passait son bras puissant sous son aisselle, Jean capta son odeur. Elle dégageait une odeur de musc et d’ambre, mais pour Jean, c’était l’odeur du large.


« Sirocco ». Le nom du voilier claqua dans son esprit comme une grand-voile se gonflant d’un coup.


Le soleil de la Méditerranée cognait sur le pont en teck. Jean, les pieds nus sur le bois brûlant, sentait chaque mouvement du navire dans ses chevilles, le chevauchant presque. Il tenait la barre franche, les mains tannées, les doigts incrustés de sel. Il était le maître après Dieu.


Autour de lui, le navire était un éden de chair et de liberté. Elles étaient trois, peut-être quatre, le nombre importait peu, seule comptait leur présence. Elles vivaient nues, une nudité qui n’avait rien de honteux, une nudité réconciliée avec le monde. Leurs corps, dorés par le soleil et les embruns, luisaient comme de l’ambre. Leurs rires se perdaient dans le sifflement du vent dans les haubans. Jean les regardait sans gêne, avec l’œil du propriétaire d’un trésor.


Près de lui sur la plage arrière, deux beautés, une grande blonde et une petite brune méditerranéenne se prélassaient au soleil. Elles se caressaient distraitement, l’une contre l’autre, avec une impudeur presque innocente. Jean percevait leur excitation dans la tension de leurs corps, la raideur de leurs tétons et l’humidité qui faisait briller les lèvres de leurs sexes offerts à son regard.


A la proue. Une brune athlétique, au dos long et puissant, scrutait l’horizon. Elle était debout, les jambes écartées pour stabiliser son équilibre sur le pont qui tanguait, ses cheveux longs fouettant ses épaules. Chaque mouvement de ses bras levés faisait saillir les muscles de son dos et la courbe de ses fesses fermes, hâlés par des semaines de croisière. Elle se retourna pour lui lancer un sourire provocateur, les seins pointés vers le large, défiant l’horizon. Elle avait le visage de Manon. La même force, la même insolence.



Il sentait, à travers le tissu de la tunique, la chaleur de la peau et la tension des muscles de Manon. Il se laissa guider, ses doigts caressèrent doucement le bras de Manon. Elle ne s’en offusqua pas, lui adressant un clin d’œil complice qu’il interpréta comme une promesse.



Pour Jean, c’était un signal. Une promesse d’escale. Dans son esprit, le voyage ne faisait que commencer, et les eaux de la salle de bain promettaient d’être aussi profondes et mystérieuses que celles de la grande bleue.



oooOooo



La porte de la salle de bain se referma sur eux, créant un sanctuaire de faïence et de buée naissante. Dans cet espace restreint, la température sembla grimper de plusieurs degrés. L’air se satura d’une humidité tiède, comme dans un hammam où Jean se sentait pacha entouré de ses deux favorites.


Les deux jeunes femmes s’activèrent avec une fluidité déconcertante, une chorégraphie réglée par la routine que Jean, lui, interprétait comme un prélude amoureux.


Chloé se tourna vers la baignoire pour ajuster le jet d’eau. Jean ne voyait plus la femme ; il voyait une nymphe penchée sur une source. La vapeur commençait déjà à alourdir ses boucles blondes, qui collaient par petites mèches rebelles à la nacre de sa nuque. En se penchant, sa tunique remonta, révélant la courbe parfaite et généreuse de son fessier, soulignée par le mouvement de ses hanches alors qu’elle testait la température de l’eau. Pour Jean, cette vision était une invitation muette, une promesse de douceur qu’il dévorait du regard avec une gourmandise de naufragé.


Pendant ce temps, Manon s’occupait de lui. Elle s’était agenouillée à ses pieds pour retirer ses chaussettes et le bas de son pyjama. À cette hauteur, Jean avait une vue plongeante sur la force tranquille de la jeune femme. La toile bleue de son pantalon, tendu à l’extrême par la position, dessinait la musculature puissante de ses cuisses d’athlète. Jean s’imaginait la vigueur de ces jambes s’enroulant autour d’un mât… ou d’un amant.


Chaque bouton qu’elle débouclait, chaque vêtement qu’elle faisait glisser était, dans l’esprit de Jean, une barrière qui tombait entre leurs désirs. Quand il se retrouva nu sous le regard de ces deux beautés, il ne ressentit aucune honte, seulement une immense fierté.



Le contact du liquide chaud fut une décharge électrique. Sous les mains gantées de savon, le corps de Jean semblait sortir d’une longue léthargie. Les gestes étaient précis, circulaires, professionnels, mais le filtre de ses souvenirs les transformait en caresses d’une érotique lenteur. Quand l’éponge de Chloé commença à glisser sur son torse, Jean ferma les yeux, abandonnant sa tête en arrière.


Il sentait tout : la fermeté du bras de Manon, qui le maintenait par l’épaule, la chaleur du souffle de Chloé sur son front alors qu’elle se concentrait sur sa tâche.



Jean laissa échapper un soupir de satisfaction, un demi-sourire sur les lèvres.



Un silence soudain tomba dans la pièce, seulement troublé par le clapotis de l’eau. Chloé arrêta son geste un instant. Manon redressa la tête, son regard croisant celui de son amie par-dessus l’épaule de Jean.


Sophie.


Le prénom flotta dans la vapeur comme un spectre. Une ombre passa dans les yeux de Jean, une confusion soudaine. Qui était Sophie ? Une femme qui l’avait attendu sur un quai ? Une amante rencontrée dans l’agitation d’un port de commerce, ou bien l’épouse dont il ne restait qu’une photo jaunie dans un tiroir ? La réponse était là, presque à portée, mais se dérobait comme un banc de brume.


Sophie. Elle n’était que sueur et cambrure. Les cheveux collés au front, offrant sa gorge aux baisers de Jean. Dans cette chambre aux persiennes closes qui ne laissaient passer que des lames de lumière dorée flottait l’odeur de Sophie : un mélange enivrant de jasmin fané, de tabac blond et de cette moiteur intime qui sentait l’humus et l’océan. Leurs corps s’étaient trouvés comme deux courants contraires se heurtant au large d’un cap. Ils s’étaient unis, mélangés.


Elle était une force de la nature, une mer déchaînée. Leurs étreintes n’avaient rien de la douceur des contes ; c’était un combat de gladiateurs, une lutte pour l’oxygène où chaque gémissement était un cri de victoire. Jean revit ses mains, ses mains de capitaine alors jeunes et puissantes, s’ancrer dans les hanches larges de Sophie, cherchant à stabiliser un monde qui tanguait dangereusement sous lui.


Chaque mouvement était une déferlante. Jean se sentait couler en elle, explorant des abysses de plaisir qu’aucune carte n’avait jamais répertoriés. Il l’avait aimée comme on pille une ville, avec une urgence de pirate qui sait que l’ancre sera levée à l’aube. Sous ses doigts, la peau de Sophie brûlait, et il se souvenait du frisson qui parcourait ses cuisses lorsqu’elle l’enlaçait, le verrouillant contre elle dans une étreinte si serrée qu’il ne savait plus où finissait son corps et où commençait celui de cette femme-tempête.


Il sentait encore le poids de Sophie sur lui, l’humidité de leurs sexes mêlés. Le silence lourd qui suivait l’explosion de leurs sens n’était troublé que par le cri lointain des mouettes.



oooOooo



Chloé brisa le silence. Sans se départir de son sourire, elle posa une main d’une tendresse infinie sur sa joue mal rasée, ses doigts s’attardant un peu plus que nécessaire sur sa peau.



Jean la regarda, les yeux un peu embués, cherchant dans le bleu de son regard une vérité qu’il ne trouvait plus ailleurs. Il finit par hocher la tête, acceptant le cadeau de cette identité d’emprunt. L’eau chaude continuant de couler emportait avec elle les derniers lambeaux de la réalité.



oooOooo



Le sèche-cheveux commença à ronronner et souffla de l’air chaud sur sa nuque, tels les alizés.


Depuis la terrasse de ce petit café, il pouvait embrasser toute l’agitation du port entouré de façades colorées. Était-ce Djibouti ? Peut-être La Valette ou La Rochelle ? Près de lui était assis son ami, un homme étrange, portant une casquette d’officier et une boucle d’oreille en or.


Le marin fit craquer une allumette sur le bord de la table en bois brut. La flamme dansa un instant dans ses prunelles sombres avant qu’il ne tire une longue bouffée de sa cigarette. Il observa Jean avec cette ironie tranquille qui n’appartient qu’à ceux qui ont vu toutes les mers.



Le marin inclina légèrement la tête, sa boucle d’oreille en or jetant un éclair vif sous le soleil de plomb.



Corto laissa échapper un rire silencieux, une simple vibration dans sa poitrine, et poussa vers Jean un petit verre de rhum ambré.



D’un clic sec, le ronronnement s’arrêta et les alizés cessèrent de souffler. Il regarda Chloé, qui le peignait avec douceur.



Elle l’écoutait comme on écoute un conteur de génie. Jean se sentait redevenir l’homme qu’il n’avait peut-être jamais cessé d’être : un explorateur des sens, un amant de la vie. Il était persuadé que ces deux jeunes femmes, par leur dévotion, lui faisaient la cour. Pourquoi s’occuperaient-elles de lui avec tant de soin si elles n’étaient pas éprises de son passé glorieux ?



oooOooo



Quelques minutes plus tard, Jean était de retour dans son fauteuil. Lavé, rasé de près, vêtu d’un pantalon et d’une chemise propre. Manon et Chloé rangèrent la chambre avec une efficacité joyeuse.



Elles lui lancèrent un baiser de la main avant de disparaître dans le couloir, leurs voix s’étouffant derrière la porte.


Jean resta seul face à la fenêtre. Le jardin n’était plus un jardin. C’était l’océan indien, calme, plat, d’un bleu profond. Il se sentait incroyablement léger. Le poids des années s’était dissous dans l’eau du bain. Une douce fatigue l’envahit. Une lassitude satisfaite après une longue traversée.


Une petite sieste, pensa-t-il.


Juste le temps que le vent se lève.


Il ferma les yeux.


L’ancre était levée…



oooOooo




À l’autre bout du fil, un silence, puis une voix masculine, empreinte d’une résignation triste.



L’homme laissa échapper un soupir étouffé, presque un sanglot.



La vie de l’EHPAD continuait son cours, les chariots de repas roulaient dans le couloir, mais, dans la chambre 212, Capitaine Jean avait enfin atteint l’horizon.