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Temps de lecture estimé : 15 mn
10/02/26
Résumé:  Il existe des voyages dont on ne revient jamais vraiment indemne.
Critères:  #humour #chronique #personnages fh uniforme
Auteur : Turlupine      Envoi mini-message

Collection : Les voyages de Tara

Numéro 03
L'Abeille et la Mouette

J’ai arpenté l’Anatolie pour entrevoir les ruines du pont d’Hasankeyf condamnées à disparaître sous les eaux.

J’ai partagé des repas avec les Berbères du Haut Atlas à l’ombre des murs du village fortifié d’Aït Ben Haddou.

Au Laos, je me suis recueillie sur la colline sacrée du Wat Phu, devant les Stupas qui veillent sur le Mékong comme des gardiens de pierre.

J’ai suivi le fleuve Okavango depuis l’Angola, en passant par la Namibie pour me perdre au milieu du désert du Kalahari.

J’ai dansé avec les Massaïs au crépuscule en célébrant la fin du jour, comme on remercie une bénédiction.

Je me suis gelé les miches dans le monastère de Gandan à Oulan Bator, sous le souffle coupant des steppes.

J’ai voyagé, j’ai vécu mille vies.

Et pourtant, rien – absolument rien – ne m’avait préparée au carnaval de Dunkerque.


Je vais là où les vents me mènent et bientôt, j’arrive dans le Nord de la France.



oooo0000oooo



Gare du Nord, Paris. Sur le quai, je découvre des hommes outrageusement déguisés embarquant pour Lille. L’un d’eux porte un costume de mouette, soutenu – physiquement et moralement – par un groupe déjà très en forme.

Il pousse un cri strident. Le quai exulte.

Intriguée, je m’approche.



Le Championnat du monde du cri de la mouette ! Ça m’amuse et me donne envie d’aller voir de mes propres oreilles ce qu’il en retourne ! La discussion continue et me voilà bien renseignée, le lendemain sera le dimanche de la visschersbende, la bande des pêcheurs de Dunkerque. Le matin, il y aura l’avant-bande, mais aussi le fameux concours.


En période de carnaval, les Dunkerquois rendent hommage aux pêcheurs d’Islande qui partaient, au siècle dernier, pêcher la morue durant de longs mois. Ils suivaient la grande migration des harengs dans les mers gelées pour revenir les cales remplies de denrées. C’était une campagne de pêche longue et dangereuse, il n’était pas rare que des marins y laissent leur vie. Alors, pour se donner du courage, la veille d’entreprendre un tel voyage, les partants se défoulaient, grimés, travestis et déambulaient dans les rues de la ville, de bar en bar.

D’année en année, les Dunkerquois ont perpétué cette tradition qui est devenue depuis une grande fête populaire.


Accompagnée de la bande à Éric, la Mouette, j’arrive enfin à la Gare de Dunkerque au petit jour. Il fait gris et froid, un froid à écorcher un phoque ! Un vent glacial me gifle la tronche et quelque chose de bien ! L’ambiance dans le train était festive, nous avons chanté des chansons paillardes :


« J’suis amoureux d’Madame Pipi !

Qui a jamais eu d’homme dans sa vie

Y’a pas d’risque de blennorragie

Ou bien d’une autre maladiiiie ! »


Je suis assez ébahie par l’effervescence qui règne dans la ville déjà bondée de masques. Ici, on les appelle les masquelours ou les toureloures ou les picheloures. Beaucoup sont habillés en femme vulgaire : plumes, bas résille, couleurs à rendre jaloux un perroquet sous LSD. C’est une explosion multicolore, criarde et flashy, qui illumine le gris du ciel. Il n’est pas neuf heures que déjà les estaminets et autres cafés sont remplis.

Je les entends trinquer, chanter. Çà et là, j’aperçois des musiciens, l’un avec un tambour, l’autre avec une trompette, un autre avec des cymbales.



Ça sent la moule et le hareng, j’ai l’impression d’être à Lille le lendemain de la braderie, ça pue ! Niveau olfactif : apocalypse fructo-marine ! Plusieurs stands ambulants se préparent à la grande cohue et font préchauffer les frites, les fricadelles, les merguez, les cervelas qu’ils vendront par paquet.


Ça chauffe, ça chante, ça trinque à tous les coins de rue.


Le concours commencera à 11 h, ça me laisse deux heures pour me dégoter un « clet’che » (un déguisement), heureusement la mouette et ses amis connaissent une « Chapelle », où je pourrais trouver mon bonheur.

Une chapelle n’est pas un endroit où l’on prie la sainte Vierge, non non ! À Dunkerque, on appelle Chapelle, un endroit où l’on peut se restaurer, boire et chanter chez l’habitant qui ouvre les portes de chez lui. Ainsi, Éric me dit qu’après le concours, nous irons à la Chapelle des Pompiers.



Les gars m’emmènent donc chez un habitant tout en chantant « Eh ! Va laver ta moule à l’estacade ! ». Je suis vite prise en charge et l’on me donne un clet’che d’abeille. J’suis toute mimi là-dedans. À présent qu’on peut me confondre avec n’importe quel toureloure, nous nous dirigeons vers le gigantesque chapiteau où va se dérouler le championnat.

Une prestation de trente secondes pour épater un jury composé d’experts et convaincre un public déchaîné. J’accompagne la mouette au bureau des inscriptions et ce saligaud ne me laisse pas le choix que celui de concourir également.


En attendant, les buvettes nous appellent, c’est qu’il fait terriblement chaud ! Je dois me frayer un chemin jusqu’au comptoir en jouant des coudes tant nous sommes agglutinés. Je suis assez surprise de voir ces rudes gaillards trinquer à la limonade. Cependant, Éric la mouette me précise que les apparences sont souvent trompeuses. En effet, il ne s’agit pas de citronnade, mais de diabolo flamand.



Bon, moi, j’suis comme Saint-Thomas, faut que j’goûte ! Ah non, c’est pas Saint-Thomas… Mais bon, j’m’en fous ! À mon tour de trinquer, et Mama Mia ! Qu’est-ce que ça arrache !! J’ai l’impression de boire une boisson saupoudrée de clous acérés, le tout mariné dans du wasabi depuis environ un siècle. Ma trachée n’est plus qu’un conduit volcanique, carbonisé. Je pourrais concurrencer Smaug en pleine crise de goutte !

Au moins, ça préparera mon cri !


Heureusement, il y a également de quoi se restaurer : de l’anguille, du haddock fumé, les Dunkerquois appellent ça du Wham (comme le groupe). Et on entonne une nouvelle chanson paillarde :


« J’ai pas d’chance avec les femmes,

quand elles viennent chez moi sonner,

c’est jamais pour voir mon wham,

c’est toujours pour m’emmerder ! »


Le concours va bientôt commencer. Le jury s’installe, solennel, derrière son pupitre où trône un parterre de bières aux côtés de la coupe du vainqueur et des médailles laissées bien en vue, histoire qu’on salive d’envie.

Au nombre de quatre, le jury est composé d’un curé, d’une chatte Miaou, d’un homme habillé en femme et d’un pirate.

Le silence se fait et tous les quatre nous invitent dans un discours de bienvenue à participer à la grand-messe qui va se dérouler promptement.


Nous, enfants de Jean Bart,

Par ce concours, allons offrir de la grandeur à la ville que tu as tant chérie.

De nos fonctions, nous, membres du jury, déclarons impartialité, objectivité et professionnalisme dans nos votes.


On se croirait dans une église, on pourrait entendre une mouche péter. Une fois ces derniers assis derrière leur table, un présentateur, déguisé en nain de jardin, prend le relais :


Mesdames, Messieurs, chers passionnés de volatiles et de vocalises,

En ce jour mémorable, nous déclarons officiellement ouvert le grand concours de cri de la mouette !

Ici, point de timidité, point de retenue – que résonnent les vagues, le ressac et nos gosiers !

Aujourd’hui, nous rendons hommage à ce noble oiseau : la mouette, fière gardienne des moles et des docks, reine des rivages, dont le cri puissant et distingué inspire respect et fascination.

Que chaque concurrent, du plus petit caneton au plus grand des mouettiers, donne le meilleur de son souffle, de son cœur et de son humour. Que retentissent donc les « ouaaaak », les « ouuuiiiit » et les « bwaaaah » les plus majestueux !

Que les gosiers s’échauffent, que les tympans tremblent,

Et que les âmes vibrent au rythme de cette noble clameur balnéaire !


Une clameur venue du plus profond des entrailles de la terre retentit alors. Le concours est enfin ouvert.



Le nain de jardin lui tend le micro, lui pose deux trois questions complètement idiotes et Michel commence sa performance. Il bat des ailes – je veux dire – il bat des bras, et comme s’il allait chercher dans sa gorge de quoi cracher une glaire, il expectore un « Waarrr Wwwarrouinn Reeuuhh reuuuuhh ! » à se tordre de rire.



Passent ainsi trois autres candidats avant mon passage, trois concurrents qui ont bien failli me faire pisser dans ma culotte ! L’un était plus proche du cri de la vache, l’autre celui d’un goret qu’on mène à l’abattoir !



Il y a deux marches. Oui oui : un escalier faramineux de deux enjambées ! Eh bien, j’arrive à me louper et me ramasse la binette comme il faut ! Autant le dire, je soigne mon entrée.



Le nabot me tend le micro, encore secouée par ma cascade digne d’un documentaire animalier sur les limaces volantes. Je me relève tant bien que mal, tapote mes ailes en plastique déjà de travers, et me racle la gorge avec toute la dignité d’une abeille qui vient de faire un câlin passionnel avec le sol !

Le public retient son souffle. Enfin… ceux qui n’ont pas encore éclaté de rire.



Je ferme les yeux. Je canalise la mouette intérieure – quelque part entre une diva de l’opéra, une porte rouillée et un dauphin qui aurait renoncé à la vie.

Et là…

Je me lance :

« SKRRRRAAAAAA-KEUYAAAAAAAHHHHHHHH-KIIIIIIOUUUUUURWAAAAAAAH ! »

On pourrait croire qu’on égorge une trompette. Ou qu’un chat apprend à conduire une trottinette électrique.

Silence. Deux secondes immobiles.

On pourrait entendre une poussière réfléchir à sa vie.

Le public cligne des yeux comme un seul homme. Quelqu’un toussote. Un gobelet de bière tombe au sol, au ralenti, comme s’il n’assumait plus d’être là.

Je reprends mon souffle, soudain très consciente que mes ailes en plastique tremblent plus que ma dignité.

Le nain de jardin hoche la tête avec gravité.



Puis, avec un geste cérémonieux, il m’arrache presque le micro des mains – au cas où un deuxième cri déciderait de s’échapper.

Le public explose enfin, en applaudissements, en rires, en un bruit indéfinissable qui ressemble à un mélange d’encouragement, de compassion et de « qu’est-ce que je viens de vivre, exactement ? »

Je me redresse, fière. Ou du moins, j’essaie : mes antennes retombent mollement sur mon front comme deux spaghettis tristes.

S’enchaînent les concurrents, tous plus barrés, tous plus loufoques les uns que les autres ! Est-il possible de mourir de rire ? Telle est la question que nous ne tarderons pas à vérifier ! La croix rouge se tient prête – au cas où.

On me paye verre sur verre, cependant, je n’ai pas envie de faire le marcassin dans la traille – autrement dit : finir décorative dans le caniveau. Je suis toutefois pompette et, lorsque j’ai les neurones éthérés, j’ai le bas-ventre affamé ! Oui, affamé… J’oserais même dire… libidonné.

Je regarde avec une attention « toute particulière » la performance d’Éric la Mouette, qui se vautre dans la nullité la plus totale. Il est en lice pour le plus mauvais « cri » du concours. Le nain de jardin, décidément en forme, compare son bruitage de mouette fatiguée à celui d’une vache asthmatiforme en pleine crise existentielle !

Les fantasmes sont bien souvent inavouables, car ils dévoilent ce que nous nous évertuons à enfouir au plus profond de nous. J’ai toujours pris soin d’étouffer les miens, de les bâillonner, de les reléguer dans un recoin de mon esprit où même mes pensées n’osent plus descendre.

Pourtant, il suffit d’un verre d’alcool – un seul – pour que ces misérables resurgissent, ricanant et lubriques.

Mickey.

Mickey Mouse.

Bon sang… cette souris. C’est mon kiffe ! Rien que d’y penser et je sens ma culotte se mouiller ! Rhoo !

L’idée vagabonde dans le dedans de ma tête. Ne dit-on pas : à défaut de merle… Bin moi, à défaut de cette souris, une mouette me conviendrait parfaitement. Cette pensée devient vite un objectif, un leit motiv’… une urgence ! Le concours tarde… Encore deux participants, puis la délibération, et enfin la remise des prix…

Et moi qui bouillonne. Et moi, au bord du précipice sentimental et hormonal. J’en peux plus.

Mes ailes frétillent, mes antennes vibrent, et mon nectar intérieur menace sérieusement de déborder – oui, je suis à deux doigts de butiner hors de contrôle.

Le jury discute. Enfin… ils se penchent surtout sur leurs pintes avec la gravité de philosophes en pleine crise existentielle.

L’attente devient insupportable.

Les gens trépignent, la salle vrombit d’excitation. Je me rapproche d’Éric la Mouette.



Il hausse les plumes.



Conceptuel.

Oui, mon gars. Comme la position du pigeon inversé dont mon cerveau me parle depuis dix minutes.

Je lui attrape l’aile (l’aisselle ? l’anatomie mouettesque m’échappe).

Je me rapproche, tout miel et diabolo flamand :



Je fais un clin d’œil tellement appuyé qu’on pourrait croire que j’ai une poussière, un frelon et un début d’attaque cérébrale dans l’œil en même temps.



Il déglutit.

Le jury n’a pas encore parlé, mais moi si :

Je suis prête à butiner.

Soudain, les lumières vacillent, un roulement de tambour s’improvise et le maître de cérémonie, tel un prêtre prêt à bénir un panier de moules-frites, annonce :



Que les esprits marins se taisent, que les goélands se prosternent, que les bocks se lèvent –

Le jury a parlé !

Un frisson parcourt la foule.

Le curé du jury lève une feuille et proclame :



Suspense.

Respiration retenue.

Une trompette tente un roulement, rate, et produit un « PFFFRRT » digne d’un pet distingué.



C’est une véritable explosion qui fait tanguer la salle. Les confettis tombent du plafond.

Norbert, énorme boa rose autour du cou, pantoufles licorne clignotantes, monte sur scène.

Il pousse un cri triomphal :

« WAAAAAAAAH-TRRRRRRRIIIIIICHHHHHHHHH ! »

On dirait un tracteur qu’on égorge dans une volière.

Puis, le nain de jardin lui tend la coupe – enfin… un drôle de machin, qui semble être une vieille marmite repeinte en or. Norbert la brandit avec l’enthousiasme d’un champion de Roland-Garros.

Vient ensuite le moment des médailles : l’animateur les passe autour du cou de chaque participant. Il était temps que ce cérémonial touche à sa fin, car je piaffe d’impatience d’aller ailleurs…

Gardant bien en tête ma proposition à peine voilée, la mouette se tourne vers moi en me disant :



Il me sourit avant d’ajouter :




oooo0000oooo



La chapelle des Pompiers déborde déjà de rires, de chants pas tout à fait accordés, de chaleur et d’odeurs – bière, sucre, friture, un soupçon de parfum à paillettes.

Au bar, un pompier moustachu, déguisé en licorne cracheuse de paillettes, nous demande :



Il doit presque crier pour couvrir le chœur de pirates qui massacrent « Les lacs du Connemara » en Gloubiboulga. On se retrouve avec deux verres de bière mousseuse et un plateau qui menace de s’effondrer sous des gaufres, des frites et… un truc vert.



La musique enfle. Une fanfare de poulets géants traverse la pièce sur l’air de « Fiesta » des Pogues. Les choristes pirates se trompent de refrain. Un bébé dragon en papier crépon se prend la queue dans une guirlande.

Et au milieu de tout ça… il y a lui, qui me regarde envieux et concupiscent.




0000oooo0000



Le dortoir des pompiers sent le vieux bois ciré, le linge propre, et vaguement la sueur héroïque – un mélange étonnamment rassurant. De longs rideaux rouges tamisent la lumière, comme si même l’architecture avait décidé de se prêter au jeu du mystère.

Dehors, la musique continue, étouffée – des rires, des chants, des trompettes qui cacardent au loin.

Je m’allonge sur un des lits :



La mouette se penche.

Le bec heurte ma tempe.

Clac.



Il essaie encore.

Cette fois, le bec accroche une mèche de mes cheveux.

Je le vois paniquer, comme une mouette prise dans un filet émotionnel.



Je dégage ma boucle avec le sérieux d’une chirurgienne de carnaval.

Puis je lui prends doucement les joues – ou plutôt ce qu’on peut atteindre entre le duvet, les plumes et la dignité qui lutte encore.



Il baisse la tête, touche mon front du bout du bec, tendrement, comme un salut secret.

Un « baiser mouette ».

C’est ridicule.

C’est parfait.



On trouve finalement une façon : sa joue contre la mienne, son front niché contre mes cheveux, nos souffles qui se croisent, la chaleur qui monte.

Mes doigts s’enfoncent légèrement dans son costume, un rire me traverse la gorge – un mélange de désir et de fou rire, comme si l’univers avait décidé qu’on pouvait être émus et idiots en même temps.

On se serre plus près, on cherche le bon angle…

Raah ! Enfin ! Il était temps !

Dois-je décrire toutes les acrobaties que nous avons inventées pour apaiser cette pulsion obstinée qui m’habitait ? Nous avons défié toutes les lois de la gravité – avec humour – et nous nous sommes contorsionnés au point de faire peur à n’importe quel ostéopathe. À bien y regarder, nous avons presque fait de nos ébats un art – du moins, un art appliqué.

On est là, en sueur de fou rire, encore emmêlés – émotionnellement, textilement, et capillairement – quand soudain…

La porte du dortoir s’ouvre à la volée ! Un gars déguisé en Dalmatien – avec un casque de pompier rose pailleté – hurle :



Il souffle dans un sifflet. Trois marins-pêcheurs en talons déboulent.

Une fanfare miniature – clarinettes en plastique – entonne :


« ça va, ça vient, ça fait du bien,

ça rentre, ça sort, ça fait ressort,

en avant la musique,

c’est vraiment fantastique ! »


La mouette se relève d’un bond, bec de travers, ailes en bataille. Moi, encore collée aux draps comme un chewing-gum post-fête foraine.

Le Dalmatien nous examine, le sourire aux lèvres :



Le Dalmatien hoche la tête – très pro — puis nous tend deux bières.



Il claque des doigts, et la troupe repart, fanfare en vrac, rires généreux.

On reste figés. Un peu interdits.

Enfin, la mouette murmure :



J’ai déjà perdu la tête pour des couchers de soleil, des dunes d’or, des monastères suspendus…

Mais jamais je n’aurais cru perdre ma dignité – et mon brushing – à cause d’un bec et de trois litres de diabolo flamand.

Vive Dunkerque. Et vive le monde, tant qu’il sait être aussi improbable.