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n° 23469Fiche technique11092 caractères11092
2011
Temps de lecture estimé : 9 mn
30/01/26
Résumé:  J’ai vécu un rêve si fort qu’il a réécrit mon emploi du temps.
Critères:  #psychologie #adultère #fellation fh hplusag collègues cérébral pénétratio
Auteur : Samir Erwan            Envoi mini-message
Et pourtant, une étreinte…

… donc, c’est comme un rêve vaporeux.


Je suis debout et je la serre contre moi, seulement nous deux, nos corps enlacés, l’un contre l’autre. Il n’y a rien de sexuel, juste une étreinte douce, une chaleur tranquille, comme si nous étions simplement heureux de nous retrouver, de nous toucher, de nous respirer. Mon menton posé contre sa tempe, ses bras autour de ma taille, mes mains sur ses omoplates. Mais plus l’étreinte dure, plus quelque chose se passe.


Mes doigts bougent. Je les sens glisser dans son dos, lentement, puis la presser davantage contre moi. Son souffle contre mon cou devient plus chaud, plus proche. Son corps mince, ferme et léger, épouse le mien de mieux en mieux. Je sens ses seins, petits, mais bien présents, se tasser doucement contre mon torse, presque impatients. Elle aussi me caresse, presque distraite au début, puis avec plus d’intention. Son bassin s’aligne au mien. J’en ressens le contact à travers le tissu, pression douce et insupportable.


C’est là que ça commence à devenir étrange. J’ai une érection et je la sens très bien. Et pourtant… il n’y a encore rien de sexuel. Mais cette chaleur, ce silence un peu trop long, ce contact, ces frottements… Je deviens ému et excité, un mélange rare et très profond.


Et soudain, je la regarde mieux.


Ce n’est pas ma femme.


Je ne sais même pas pourquoi j’ai cru que ça pouvait l’être. Elle est plus jeune. Vingt-six ans, peut-être ? Moi, j’en ai quarante-cinq. Et cette règle sociale ridicule me revient en tête : diviser l’âge de l’homme par deux et ajouter sept pour que l’écart d’âge soit « acceptable ». Donc, pour moi, 45 divisé par 2, égale 22 ou 23, on additionne 7, résultat : vingt-neuf ou trente. C’est ce qu’on dit, c’est ce qu’on dit…


Mais là, ses bras autour de moi, nos torses, nos bassins collés, ses lèvres maintenant qui effleurent la base de mon cou, tout ce qui se dit, je m’en fous. Il n’y a plus de règles, il n’y a que nous. Je n’aurais jamais cru qu’on puisse être aussi proches, elle et moi.


Et pourtant. Je suis dur comme du fer. Elle embrasse mon cou. Ce n’est pas un baiser assuré, c’est hésitant. Elle rit doucement, petit rire nerveux et gêné, mais elle continue. Et moi, je ne comprends plus rien. Béa. Oui, c’est Béa. Ma collègue. Je l’ai embauchée, c’est moi qui ai signé son contrat, qui ai suivi son intégration, qui l’ai accompagnée pendant sa prise de poste.


Elle est gaie. Ou du moins… je croyais. Je l’ai vue main dans la main avec sa copine. Je les ai croisées toutes les deux, et je les ai trouvées jolies, bien assorties. Mais là ? Elle est contre moi. Elle m’embrasse. Elle gémit un peu, tout bas, sa bouche contre ma peau. Peut-être veut-elle essayer les hommes ? Peut-être est-ce moi qui l’attire ? Peut-être les deux ? Ou bien, c’est un simple délire.


Elle est petite, mince, athlétique. Ses vêtements laissent souvent deviner la forme de ses abdominaux, ce ventre plat qu’elle dévoile presque tout le temps sous ses crop tops. Et là, je la serre encore, et elle me serre aussi. Sa bouche monte vers la mienne. Son regard, ses yeux verts, ce sourire, à la fois amusé et troublé.


Je sens sa chaleur monter. Nos lèvres sont proches, trop proches. Elle me regarde, on s’embrasse. C’est chaud, c’est doux, c’est une glissade, c’est un basculement naturel et organique. Nos lèvres rejointes, elle gémit dans ma bouche, on se respire l’un dans l’autre.


Et là, sa joue contre ma main, elle tourne la tête, ouvre les lèvres, suce doucement mon pouce.


Elle ne joue pas. Elle le suçote, sa langue passe dessus, chaude, sensuelle. Elle referme ses lèvres, puis les entrouvre de nouveau. Elle m’observe, mi-provocante, mi-perdue. Je la désire.


Putain, je la désire.



*



…et je sais que ce n’était qu’un rêve.


Un rêve érotique. Je me réveille d’un coup, raide sous les draps, la bouche sèche, le cœur battant trop vite. À côté de moi, ma femme dort paisiblement, tournée vers la fenêtre. Le soleil traverse les rideaux, tout semble calme et normal.


Mais dans ma tête, le corps de Béa est encore contre le mien. « Purée… j’ai fait un rêve érotique avec Béa. », que je murmure. Une collègue, une subordonnée. Peut-être le serait-elle, subordonnée aussi, au lit, oui, peut-être…


Je me secoue la tête. « Ta gueule. Oublie ça. » Je me le dis comme un ordre, mais ça ne change rien à ce qui se passe dans mon caleçon. Je suis aussi tendu qu’en pleine adolescence, et rien que d’y penser, rien que de me souvenir de la façon dont elle m’avait regardé en suçotant mon pouce, j’ai l’impression que mon sexe va percer le tissu. Ma femme dort. Moi, je suis éveillé. Et je me repasse chaque seconde du rêve comme un film dont je ne veux pas manquer une image. Je suis troublé.



*



Plus tard, au petit-déjeuner, je suis là, attablé, tasse de café entre les mains. Ma femme me parle de factures, de courses, de son boulot. Moi, j’acquiesce, je souris, je réponds des « Mmh mmh » polis. Mais dans ma tête… j’y retourne.


Je rêve éveillé.


Je revois notre étreinte. Le frottement de son ventre contre mon érection, son souffle dans mon cou, ses lèvres qui cherchent les miennes. La façon dont elle me suce le doigt. Et dans mon rêve qui recommence, cette fois, je ne me réveille pas. Je veux vivre la fin.


Sa bouche quitterait mon pouce. Elle me regarderait avec un éclat vert dans les yeux, mélange de malice et de tension. Et elle descendrait lentement à genoux. Tout serait calme, il n’y aurait que nous, dans cette pièce sans murs, sans monde autour, tout flou, en silence, avec l’odeur moite de notre excitation.


Ses doigts trouveraient ma ceinture, mon pantalon tomberait à mes chevilles, puis mon caleçon glisserait sur mes cuisses. Mon sexe jaillirait, dur, et elle le regarderait un instant, sans le toucher, les yeux brillants. Puis, elle le prendrait doucement en main, le pèserait, le caresserait, puis l’embrasserait de ses lèvres douces. Et elle ouvrirait la bouche lentement. Je soupirerais.


Et changement de scène, toujours au conditionnel parce que ma femme me demande si je peux passer prendre quelques bouteilles de vin, un couple d’amis passe demain à l’apéro. Je fais : « Oui, pas de problème. »


Et elle, la bave au menton, gémirait. Je l’ai relevée, l’ai aidée à se mettre debout, ma main dans ses cheveux. J’ai soulevé son petit haut, ai dévoilé ses petits seins fermes et tendus. Mon pantalon aux chevilles, je l’ai attiré contre le mur, elle a fait glisser sa jupe, pas de culotte, naturellement, dans le rêve, elle n’en porte pas. Bien sûr qu’elle n’en porte pas. Je la plaque doucement contre le mur, sa peau brûlante, ses seins contre mon torse, mon sexe dressé entre nous.



Je m’aligne, elle me sourit, hoche la tête, ses bras autour de ma nuque. Je glisse, juste le bout, elle halète. Je la regarde, ses yeux brillent. Et je pousse, ooooh, tout lentement, ooooh, tout doucement, elle me prend entièrement, serrée, chaude, vivante autour de moi. Elle pousse un gémissement rauque, la tête en arrière.


Et dans ma tête, il y a plein d’autres détails…



*



Mais mon café est tiède. Ma femme me parle, nous ferons un chapon demain soir. Je souris. Mais je baise encore Béa contre le mur, elle haletante, la jupe levée, mon sperme chaud coulant entre ses cuisses.


Je regarde mon téléphone. À mon agenda, aujourd’hui, c’est inscrit : « Télétravail ». Je me donne une journée par semaine pour du travail de fond, à la maison. J’embrasse ma femme, lui dis que je dois commencer à travailler, et je pars dans mon bureau.



Il y a ce trouble en moi, ce reste de chaleur entre les cuisses, cette image obsédante d’elle à genoux, mes doigts dans ses cheveux, sa bouche pleine de moi. Alors je pourrais saisir mon téléphone et taper :


J’ai rêvé de toi cette nuit. C’est étrange, hein ?


Relirais une fois, hésiterais. Mon pouce appuierait sur envoyer et le message partirait. Je le regretterais aussitôt. Ce serait trop tard.


Puis mon cœur s’emballerait quand je verrais les trois petits points s’animer sous mon message, elle serait en train d’écrire.


Genre… un rêve comment ?


Je préfère pas dire. J’ai encore la gaule.


Envoyé.


T’es con. C’était moi genre en train de te gifler ou… ?


Et je vois bien le ton léger, l’humour et je vois surtout qu’elle ne m’a pas dit non, elle m’invite à continuer, alors je réponds :


Non, toi en train de me sucer dans une salle blanche sans murs. Tu suçais comme si tu le faisais pour la première fois et que t’adorais ça.


Un long silence. Je regrette un peu. C’est cru. J’ai peur : et si elle me poursuit pour harcèlement ? Mais je veux voir jusqu’où elle suivra, je veux savoir si ce n’était qu’un rêve ou si elle, elle y a déjà pensé aussi. C’est con, hein ? Je fixe mon téléphone. Rien. Je rafraîchis la conversation. Toujours rien.


Puis : … et après ? avec un emoticon « bonhomme surpris ».


Je bande aussitôt. Je réponds :


Je t’ai soulevée. Tu portais rien sous ta jupe. Tu t’es collée contre moi. Tu m’as dit « Prends-moi. » Et j’ai obéi.


Elle répond vite, cette fois :


T’as beaucoup d’imagination…


Je ris. Je tape :


Tu t’en souviendrais longtemps, Béa.


Silence. Puis :


Tu veux qu’on se voie ?


Et là, plus rien n’est un rêve. Parce que non, je n’envoie pas ce message


Je regarde l’écran longtemps. Je relis ce que j’ai écrit : « J’ai rêvé de toi cette nuit. C’est étrange, hein ? » et je sens encore la pulsation basse et lourde de mon sexe. Si j’écris ce message, ce n’est plus un fantasme, ce n’est plus une image douce et troublante, une poésie qui apparaît dans la vie, c’est un acte qui détruit tout.


Oui, peut-être qu’elle répondrait, peut-être qu’elle viendrait, mais ce ne serait plus elle, la Béa du rêve. Ce serait une autre, et vraiment, je n’ai pas envie de ça.


Je veux pouvoir continuer à l’aimer en silence. Au lieu d’appuyer sur envoyer, je laisse mon pouce flotter au-dessus, puis je verrouille l’écran.


Sur mon agenda où il est écrit : « Télétravail », je remplace par « Absent »



*



Et j’écris cette histoire, tout simplement. Parce que ce rêve, je veux m’en souvenir.


Je veux me souvenir de la chaleur de Béa dans mes bras, du baiser au creux du cou, de ce rire gêné, de sa bouche qui jouait avec mon pouce, de mon sexe dur contre elle, de cette tension folle, de cette envie ravageuse, puis de sa bouche autour de moi, ses yeux brillants, ses cheveux qui glissent quand elle descend, la gorge qui avale, les sons mouillés qui me font perdre la tête et son corps, léger, nu, brûlant, mon sexe en elle, sa voix qui tremble, son dos contre le mur, ses jambes autour de moi, son orgasme, le mien.


Mais en fait, je me souviendrai d’une seule chose si je n’écris rien.


L’étreinte.


J’enregistre et je ferme le fichier. Le bureau est silencieux, la maison aussi. Dans la pièce d’à côté, ma femme bouge, un pas, un tiroir. Ce soir on parlera du chapon, des amis qui viennent demain, de ce qu’il faudra acheter. La vie continue.


Je n’ai pas besoin de plus, pas d’envoi, pas de rendez-vous, pas de dérapage. On verra demain au boulot. Et tout ira bien. Béa et moi nous entendons bien et travaillons bien ensemble.


Je garde seulement cela. L’étreinte.