| n° 23464 | Fiche technique | 74529 caractères | 74529 12423 Temps de lecture estimé : 50 mn |
26/01/26 |
| Présentation: Un "voyage" vers la Rome antique. | ||||
Résumé: À peine levée, Chloé s’était douchée et avait préparé un petit déjeuner matinal. Un petit déjeuner trop matinal cependant, pour sa compagne encore plongée dans le doux monde de Morphée. Chloé était d’excellente humeur, alors qu’elle n’avait pas dormi deux heures. Bizarrement, tous ces aller-retours en avion ne la fatiguaient pas. | ||||
Critères: #aventure #fantastique voir noculotte | ||||
| Auteur : EdenPlaisirs Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les drôles d'histoires de Mme Patate Numéro 03 |
À peine levée, Chloé s’était douchée et avait préparé un petit déjeuner matinal. Un petit déjeuner trop matinal cependant, pour sa compagne encore plongée dans le doux monde de Morphée. Chloé était d’excellente humeur alors qu’elle n’avait pas dormi deux heures. Bizarrement, tous ces aller-retours en avion ne la fatiguaient pas. Un plateau chargé de croissants, baguette campagnarde, beurre et confitures était prêt. Elle patientait en buvant un thé vert venu du Sud de l’Inde. Une habitude qu’elle avait contractée depuis qu’elle vivait à Londres. Et bien évidemment, elle avait préparé un café brésilien, condition sine qua non pour s’assurer de la bonne humeur de sa chérie. Elle était seule à boire du thé. Juliette s’évertuait à dire qu’elle ne raffolait pas de ces tisanes, qu’elles soient importées de Munnar Kerala ou de Perpète-lès-oies.
Chloé ne tenait déjà plus en place, quand sa femme daigna pointer le bout de son nez.
Juliette n’avait même pas levé les yeux de sa lecture. Chloé avait déjà tout compris. Une fois plongée dans un bouquin, il était particulièrement difficile d’en faire émerger Juliette. Et là, cette dernière avait certainement décidé de passer un bon moment à dévorer les pages de son livre. Certes, la blonde ne boudait pas encore à l’idée d’être obligée de sortir, mais il était certain qu’elle préparait déjà sa défense.
Le regard azur se leva et Juliette resta un instant à observer sa compagne.
Le petit sourire en coin de Juliette ne prouvait qu’une chose. La guerre était ouverte.
Chloé termina son thé et sourit narquoisement en fusillant sa compagne de ses yeux noirs. C’était le jeu. C’était toujours ainsi que les deux femmes procédaient dans une guérilla ouverte. Chacune fourbissait ses armes et forçait les défenses de l’autre. C’était toujours rapide. Chacune connaissait sur le bout des doigts les faiblesses de l’autre. Et des points faibles, elles en avaient toutes les deux. Mais, il fallait en passer par là. C’était à se demander comment deux femmes aux caractères forts et entiers, pouvaient aimer être soumises l’une à l’autre dans les jeux amoureux.
La différence d’âge entre elles. L’arme favorite de Chloé. Bien sûr, la brune se fichait totalement de cet écart de huit années entre elle et sa chérie, mais elle aimait taquiner Juliette sur ce sujet épineux pour elle-même.
Chloé fit retentir un petit rire grinçant pouvant signifier n’importe quoi et prit un air le plus sérieux du monde.
Chloé adressa une grimace sans grâce à sa femme et s’emparant de sa tasse et du bol de Juliette, elle quitta la place pour aller se réapprovisionner en breuvages et en tartines. Une retraite dûment gagnée après une première victoire. La première attaque de la brune était de l’humour mais avait certainement quelque peu agacé la blonde. La deuxième frappe était beaucoup plus tactique. Stratégique même ! Juliette était très souvent encline à être cajolée après sa douche matinale. Elle adorait être excitée dès le réveil, et laisser cette excitation perdurer assez longtemps pour ne plus pouvoir y résister.
Juliette mordit dans la tartine beurrée préparée par Chloé sans paraître attendre une réponse, et se replongea aussitôt dans sa lecture.
Les yeux bleus affrontèrent le regard sombre et juliette soupira en reposant son livre. Elle croqua dans le pain et prit le temps d’avaler sa bouchée, le regard rivé à celui de Chloé.
La blonde adressa un sourire charmeur à la brune avant d’engouffrer le reste de sa tartine. Première escarmouche. Jouer sa carte sur le physique de Chloé. Cette dernière avait bien du mal à supporter la féminité exacerbée qui la définissait aux yeux de la plupart des gens. C’était peut-être difficile à croire, mais elle en était véritablement complexée. Chloé se savait jolie et s’en fichait éperdument. Mais elle détestait cette image de bombe sexuelle qu’elle pouvait donner aux yeux des autres. Pour Chloé, ce physique ne pouvait que la faire passer pour une femelle en chasse. Une salope, comme de trop nombreux abrutis le pensaient encore. Ce qu’elle assumait être dans les bras de sa femme et détestait déchiffrer dans certains regards. Hormis en ce qui concernait Juliette, la brune n’éprouvait aucun besoin, ni aucune envie de plaire. Tout comme la blonde avait longtemps eu peur de perdre Chloé pour cette fameuse histoire de différence d’âge entre elles, la brune avait joué de ses charmes et de ses atouts physiques pour garder Juliette auprès d’elle. Juliette était la seule personne à qui Chloé désirait plaire. L’une comme l’autre s’étaient finalement rassurées, mais au fond d’elles-mêmes elles savaient que leurs doutes pourraient renaître un jour. La vie, elle, se montrait parfois sous les traits d’une véritable salope.
Une approche en coups bas peu glorieuse mais terriblement efficace. Un simple rappel du fait que Chloé était la plupart du temps bien incapable de combattre ses pulsions de soumission. Quand elle ne se proposait pas d’elle-même de devenir la poupée docile de sa chère domina.
Le rire de Juliette fit sourire celle qu’elle appelait « la bombasse ».
Les bruits d’eau de la cascade étaient apaisants et couvraient d’autres sons venus de plus loin. Sur la partie haute, quelques cris d’enfants occupés à faire prendre leurs envols à leurs cerfs-volants, perçaient le calme et résonnaient dans l’air. En ce début d’après-midi, Éole soufflait sans violence. Une brise légère avait repris ses droits sur son petit domaine, sans toutefois bousculer l’intense chaleur qui s’accrochait encore. Le parc d’Éole vivait dans son calme coutumier, caressé par un air agréablement frais. Une fraîcheur inattendue, qui luttait pour repousser les lambeaux de canicule qui s’accrochaient encore au Finistère Nord. Le parc restait calme et peu visité et Chloé, en parfaite égoïste, saluait le dédain de ses contemporains envers ce lieu qu’elle-même savait apprécier.
Chloé reposa son téléphone portable et sortit sa tablette numérique de son léger sac de toile. Elle était excitée par les «ordres» donnés par sa maîtresse et avait hâte de lui obéir, mais il était trop tôt. Elle transpirait déjà alors qu’elle ne portait qu’une très légère robe d’été. Un vêtement certainement très agréable sur une peau nue en d’autres temps. Aujourd’hui, la sueur faisait coller l’étoffe à son corps. La robe de lin bordeaux couvrait ses genoux et avait un décolleté rond plutôt sage. Mais tout décolleté mettait systématiquement en valeur la poitrine de sa propriétaire. C’était parfois difficile à assumer. Hormis sa robe, elle était nue. Elle adorait ne rien porter sous ses vêtements et à peine arrivée au parc, Chloé se déchaussait et rangeait ses sandales dans son sac. Marcher pieds nus chez elle, ou dehors, était un vrai plaisir. Chloé comme Juliette ne s’en privaient d’ailleurs pas, quand l’occasion se présentait. Assise sur une roche au pied de la cascade, Chloé sentit un léger courant d’air glisser sous sa robe et lécher ses cuisses et son sexe. Cette sensation la poussa à écarter plus largement ses jambes. L’endroit était désert et elle surveillait les alentours de temps à autre. Ce fut comme si son geste était une invitation pour Éole. Une soudaine brise légère souleva la fine étoffe et caressa la peau moite sous la robe.
Chloé contint sa brusque envie de se toucher et se contenta d’écarter un peu plus ses jambes.
Tablette informatique sur les genoux, Chloé lisait des écrits sur l’un des personnages historiques qu’elle préférait. Un petit bâillement lui fit porter sa main à sa bouche et elle poussa un soupir.
Le prix à payer pour vivre sa vie professionnelle à Londres et sa vie amoureuse en Bretagne.
Juliette marchait tranquillement, savourant avec délice l’air qui caressait son visage. Enfin, la suffocante chaleur de ces deux derniers mois semblait rendre les armes. Il était plus que temps. La légende, quoi qu’en pensent les sectaires, était bien vraie. Le sang des Celtes bouillonnait sous plus de 25° Celsius. Derrière elle, plus loin dans le parc, quelques bambins s’évertuaient à faire décoller des cerfs-volants aux formes diverses et aux couleurs variées, sous les regards amusés de leurs parents. Juliette, accoudée à la passerelle qui permettait d’enjamber le cours d’eau qui traversait le parc d’Éole, regardait couler la cascade en contrebas. Une petite chute d’eau qui agrémentait l’endroit. Il était temps qu’elle appelle sa compagne. Juliette avait finalement cédé et dans la petite bataille matinale. En domina attentive aux désirs de sa chérie, elle avait imaginé un petit jeu. Si Chloé désirait de l’air frais et de la verdure, elle en aurait. Elle avait donc décidé de la tenue portée par sa compagne et l’avait envoyée au parc d’Éole. Une fois sur place, Chloé devrait se trouver un petit coin tranquille et discret. Puis, elle devait se caresser jusqu’à la jouissance. Une fois cela fait, elle devait envoyer un texto à sa femme et attendrait que sa maîtresse l’appelle pour la prévenir de son arrivée.
Par deux fois, Juliette avait appelé sa compagne sans obtenir de réponse. Cela aurait été simplement bizarre un autre jour, Chloé n’étant jamais très loin de son portable. Un jour comme aujourd’hui, ce silence était pour le moins inattendu et même plutôt étrange.
Des cris et des hurlements semblaient provenir de partout à la fois. Des bruits que je ne reconnaissais pas. Allongée sur le sol, le visage à même la terre, je restais incapable de bouger. Un fracas épouvantable me donnait l’impression que mes tympans allaient éclater. Étrangement, j’avais soudain l’image de personnes penchées à des sortes de fenêtres brillantes. Ces personnages, vêtus bizarrement, frappaient des ustensiles inconnus de moi les uns contre les autres, tout en hurlant et clamant des «bravos» à tue-tête.
Il me semblait que ma tête allait exploser quand je tentais de me redresser. Lentement, je portai mes doigts à mes cheveux avant de laisser filer un juron. Un liquide tiède et poisseux maculait ma chevelure. Du sang qui s’était répandu sur mon front et ma joue gauche.
Je savais que jurer ne m’aiderait en rien. Et puis je sentis un poids sur mon épaule.
L’homme qui avait parlé passa ses mains sous mes aisselles et je ne pus contenir un gémissement de douleur.
Je poussai un autre juron et retins un autre gémissement quand l’inconnu me souleva sans ménagements, ses bras puissants passés sous les miens.
Debout et chancelante, soutenue par mon protecteur, je réussis à ouvrir les yeux. Autour de moi, le monde tournait lentement.
La voix grave de l’homme me rassura un peu. Le ton ne me paraissait pas inquiétant et même plutôt ironique.
Le front cerné d’un bandage de tissu blanc crasseux et taché de mon propre sang, je quittai ma paillasse en m’aidant du mur de pierre comme d’un appui. Un rapide coup d’œil vers mon sauveur me fit lâcher un pâle sourire. Gaius avait les traits avenants. D’humeur le plus souvent joviale, il devait attirer les femmes comme le miel attirait les mouches. De taille légèrement au-dessus de la moyenne, il n’avait rien d’un athlète et n’avait pas le physique pour devenir un puissant combattant. Pourtant, il s’était hissé aux plus hauts niveaux de la gladiature5. Le guerrier blond lissa ses cheveux coupés très courts d’une main, et ses yeux azur se fixèrent aux miens.
Bodiaca, jeune femme celte et fille des Gaules. L’une des guerrières arvernes les plus réputées de son peuple. Une combattante terriblement efficace au combat à la lance. Bodiaca était tombée aux mains des légionnaires de Rome, alors qu’elle était en mission sacrée pour les druides. Quelques chefs et la guerrière étaient en quête d’un éventuel roi pour son peuple. Des espions de Rome l’avaient appris et la louve romaine avait trouvé cette mission intolérable. Elle avait donc montré ses crocs. Bodiaca, devenue esclave de Rome, s’évadait de la riche demeure de ses premiers maîtres, après avoir occis trois gardes. Encore jeune et en bonne santé, elle était vendue à un laniste7 inconnu, propriétaire d’un petit ludus8 de province. Deux années plus tard, celle que toute la plèbe romaine nommait «Rétiarius», était devenue la gladiatrice la plus puissante des combattantes des arènes de Rome. Une rétiaire extrêmement douée pour les jeux, aussi forte que rapide, et qui terrassait toutes ses adversaires avec une facilité déconcertante. Le laniste Patricius lui avait attribué son nouveau nom. Ainsi, Bodiaca la guerrière gauloise, devint Numéria la gladiatrice. La plus renommée des rétiaires, proche de se voir attribuer son rudius9.
Gaius soupira et porta son gobelet à ses lèvres, buvant une petite gorgée de vin. Après s’être essuyé la bouche de sa main, le gladiateur lâcha un autre soupir.
Gaius, natif de Thrace, avait été vendu à Rome alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Un jeune Thrace au caractère fier, qui n’avait jamais oublié que son vrai nom était Maesadès. Un gamin qui finit par s’enfuir de chez ses maîtres, pour rejoindre les gosses des rues, issus de la plèbe la moins aisée de la cité. Un jeune vaurien, très vite devenu un voleur audacieux. Malheureusement, le jeune homme s’était fait prendre la main dans le sac, et son destin devenu funeste l’avait mené aux arènes. Il était alors devenu gladiateur. Gaius, surnommé «Le sang des autres», pour la simple raison qu’il n’avait jamais saigné lui-même dans un combat. Sa notoriété l’avait d’ailleurs conduit aux portes du Colisée pour des jeux importants.
Après un long silence uniquement troublé par les bruits du dehors, mon nouvel ami se leva et se servit une autre coupe de vin. À l’extérieur de la tente, le soleil devait chauffer durement la prairie.
Je lâchai un petit rire grinçant. Décidément, je croyais bien que rien ni personne ne pourrait m’aider à me souvenir de qui j’étais en réalité.
Après m’être passé précautionneusement une main dans les cheveux, je ne pus m’empêcher de poser ma question. Puis, j’inspirai profondément l’air tiédie de la tente. Une soif subite venait de me prendre la gorge.
À peine étais-je entrée sous la tente construite d’épaisses toiles écrues, qu’un grand guerrier vêtu d’une armure de cuir noir se précipitait vers moi et me prenait le bras.
L’homme m’avait accompagnée jusqu’à un vaste fauteuil de bois et de cuirs teintés en marron. Le chef dont je ne savais rien emplit une coupe d’eau et me la présenta en souriant. Je le remerciai d’un autre sourire en acceptant la coupelle. Je me savais grande, bien plus élancée que la plupart des femmes que je croisais, et dépassant en taille de nombreux hommes. Celui qui me recevait me rendait une demi-tête et était l’image même d’Hercule, le demi-dieu des Romains. Ses cheveux couleur de châtaigne étaient noués en queue de cheval. Son visage au teint cuivré paraissait avoir été taillé à coups de serpe et ses yeux luisaient d’un éclat sombre proche du noir. Le guerrier était loin d’être bel homme mais il dégageait un charme certain. Une cicatrice zébrait sa joue gauche, de la lèvre supérieure à la base de l’œil. Je m’étonnais de songer que ce fameux chef qui me protégeait aujourd’hui, devait plaire aux femmes. C’était certainement dû à sa personnalité, plus qu’à son physique.
Le rire profond de mon hôte résonna sous les toiles qui protégeait l’endroit d’une chaleur dure et sèche.
L’eau servie par le chef du camp était fraîche et me fit du bien. Je tendis ma coupe au guerrier en lui dédiant un autre sourire.
Après avoir vidé ma seconde coupe d’un trait et m’être essuyé les lèvres d’un revers de la main, il me sembla que le nom de l’homme me disait vaguement quelque chose. Mais décidément, ma mémoire en lambeaux me jouait des tours.
Mon étonnement fut balayé par les explications du chef des révoltés. J’étais Numéria la rétiaire. Rétiarius ! La gladiatrice préférée des Romains amateurs de jeux sanglants, amassés dans les arènes. J’étais devenue plus célèbre que les gladiateurs mâles qui faisaient hurler la plèbe. Tout Rome parlait de mes combats, les comparant à des petits exploits. Six gladiatrices lancées contre une Rétiarius seule et déchaînée. Des combattantes pourtant expérimentées, qui finissaient par mordre la poussière. Numéria, qui refusait systématiquement de prononcer le credo11 des gladiateurs, s’attirant de par son audace et son entêtement l’agacement de l’Empereur. Et c’était sans compter son refus de tuer les adversaires qu’elle avait vaincus. Une autre façon de défier l’Empereur, quand il demandait une mise à mort.
Le regard sombre du gladiateur ne m’avait pas lâchée un seul instant, tout le temps qu’il avait parlé.
Tout autour de nous, des volontaires de l’armée libre de Spartacus s’entraînaient. Les déplacements des combattants créaient des petits tourbillons de poussière qui assècheraient vite les gorges. L’herbe de la plaine avait pratiquement disparu, dévorée par des centaines de chevaux, par le bétail, et par les moutons volés aux Romains par leurs anciens esclaves.
Gaius évita le long bâton censé être une lance, juste avant qu’il ne frappe sa cuisse droite. Si maintenant je connaissais une chose sur moi, c’est que j’étais une redoutable combattante.
Je tournais lentement autour de mon adversaire, cherchant une faille dans sa défense. Une faiblesse que je ne décelais pourtant pas.
Gaius était un provocator15. Dans les arènes, ces combattants étaient des attaquants alliant souplesse et rapidité. Au fil des entraînements journaliers avec les hommes de l’armée de Spartacus, je découvris rapidement que la fameuse Numéria, puissante gladiatrice de Rome, avait retrouvé toute l’habileté de Bodiaca, la farouche guerrière gauloise. Mes armes de prédilection seraient dorénavant la lance et l’épée courte et je garderais mon poignard. Le trident et le filet, les armes de Numéria, n’étaient là que pour le spectacle.
Gaius se jeta subitement sur moi, son glaive de bois pointé vers mon ventre. À ce moment précis, je cessai de tourner autour de ma proie. Un mouvement gracieux, d’un seul tenant, plus proche de celui d’une danse que d’une contre attaque guerrière. Mon corps qui se baisse, mon buste resté bien droit et le genou gauche fermement planté au sol. Dans le même temps, mes bras s’étaient tendus et la lance s’était comme redressée d’elle-même vers le ciel. L’extrémité arrondie du bâton d’entraînement frappa mon adversaire au milieu du front, et il ne put réprimer une plainte de douleur.
À genoux aux pieds d’Imani, mes lèvres abandonnèrent le sexe de la belle négresse16 et elle lâcha un petit soupir de frustration.
Depuis qu’Imani et moi nous étions décidées à faire l’amour, Gaius s’était contenté de nous regarder en silence, assis sur un coffre de bois précieux. Maintenant, il s’était agenouillé derrière moi et j’avais très vite senti son membre peser sur le haut de ma cuisse gauche.
Gaius bougea les hanches et son membre glissa sur ma peau humide de sueur, avant de s’aventurer sur la fente mouillée de mon sexe.
Immobile, je ne savais pas comment réagir. Le sexe lourd et dur pesa plus encore sur ma chatte et s’enfonça lentement. Un premier coup de rein et Gaius me pénétra profondément. Un petit cri m’échappa sous ce premier coup de rein puissant, et l’idée qu’il y en aurait d’autres m’effleura l’esprit.
Une autre poussée sur mes fesses et une autre plainte. Quand les coups de reins de mon amant imprévu s’intensifièrent, je me cambrai et me laissai aller sous les coups de boutoir du beau Gaius. Le ventre dur se cognait à mes fesses fermes, et les claquements secs des chocs de nos corps m’excitèrent plus encore.
Les longs doigts d’Imani crochèrent alors dans mes mèches de jais et mon corps se pencha en avant.
Des mots inutiles émis par l’ancienne esclave, qui s’était approchée à peine ses paroles lâchées. Sa chatte totalement glabre s’était collée à mes lèvres avant que je ne puisse réagir.
Imani tira plus fort sur ma chevelure et ondula des hanches. Son sexe détrempé se promena un petit moment sur mon visage, puis elle poussa un gémissement.
Je restais bouche collée à la fente de mon amante et ma langue titilla son petit bouton quand sa chatte trempée aspergea la peau mate de ma joue sur laquelle elle glissait.
Quand le dernier coup de reins de Gaius me bouscula, je compris que le gladiateur, lui aussi, connaissait le plaisir. Les lèvres d’Imani prirent alors les miennes et sa voix douce me fit rougir.
Derrière moi, l’ancien gladiateur s’était dégagé de mon corps. Sa voix grave me fit presque sursauter.
Tandis que je parlais, des images de femmes dansaient dans ma tête. Des femmes jeunes, des inconnues qui me souriaient. C’était soudain comme une évidence. J’avais connu ces filles. J’avais fait l’amour avec elles.
Imani avait quitté la tente alors que je n’avais pas vu Gaius partir.
Entièrement nue et le corps en sueur, je me levai pour me servir à boire, quand une nouvelle apparition me prit la tête, avec plus de force encore que les autres. La brusque présence d’une autre femme s’imposa à mon esprit. Une femme blonde, aux yeux bleus, qui me regardait rire. Je riais, assise dans cet étrange char rouge, et cette fois, c’était elle qui le dirigeait. Une femme de ma taille, jolie et certainement un peu plus âgée que moi. Elle paraissait très proche de moi. C’est une guerrière, elle aussi. Je la vois combattre des femmes et des hommes. Elle ne porte aucune arme, sauf un bâton de bois. La femme est vêtue d’une armure fermée par un ceinturon noir et des braies. Une étrange tenue immaculée, que je n’ai jamais vue. D’autres fois, elle a un plastron blanc, un ceinturon noir et une sorte de jupe longue noire. Là, elle paraît danser avec une longue épée en main. Cette femme-là, je la connais. Je faisais l’amour avec elle. Je vivais avec elle. D’autres images me traversèrent l’esprit et une idée étrange me perturba aussitôt. Je n’avais vu aucun homme dans ce déferlement de pensées. Toutefois, ne pas avoir connu d’hommes dans ma vie était impossible.
Une pluie drue et froide avait arrosé la terre depuis l’aube. Un temps exécrable pour se lancer dans une bataille. Pourtant, la légion envoyée contre nous bloquait notre avancée et cherchait à ce que notre armée s’engage dans un combat perdu d’avance. C’est ce que le légat de Rome avait pensé. Il tentait de nous obliger à l’affronter. Les effectifs pouvaient varier mais généralement, une légion comportait entre cinq mille et six mille fantassins. De plus, il fallait ajouter à cette marée de fer, une cavalerie composée de deux à trois cents chevaux. Pour cette fois, Spartacus m’avait envoyée en avant sur la route, à la tête de douze mille rebelles. Très vite, mes propres éclaireurs étaient rentrés pour me prévenir.
Mon rire fit presque sursauter le Gaulois devenu mon second. Un homme fier et courageux comme Rextugenos, n’avait toutefois pas confiance en nos chances de victoire. Les légions étaient invincibles. Et ce serait la première légion que l’armée libre affronterait depuis la révolte.
Les gladiateurs assemblés autour de moi approuvèrent ces paroles de signes de la tête.
Les gladiateurs étaient partis pour distribuer mes ordres aux autres combattants. C’étaient les gladiateurs qui faisaient office de chefs dans les rangs de l’armée libre. Ils avaient été les premiers à se révolter et ils savaient se battre. De plus, ils passaient leur temps à entraîner les autres.
Un autre rire fit sourire mon second.
L’homme s’était effondré sur ma lance. Un autre légionnaire était proche de moi. Trop proche, pour que je perde un temps précieux à dégager mon arme du corps que la lance soutenait encore.
Rextugenos, le visage en sang, me lança son épée, et sans réfléchir, j’abandonnai ma lance pour m’emparer de l’arme tombée à deux pas de moi. Dans mon dos, le cadavre de mon adversaire s’affala enfin sur la terre boueuse. Le légionnaire restant, après avoir reconnu mon surnom, avait lancé un juron que je ne reconnaissais pas et s’était détourné de moi. Le glaive collé à sa hanche, le bouclier levé haut, il marchait vers Rextugenos maintenant désarmé.
Désormais sans autre choix que celui de me faire face, le Romain maugréa et se tourna vers moi. Le regard du soldat, d’abord étonné, s’illumina d’une lueur de satisfaction quand il constata que j’avais perdu ma lance et que je ne portais pas de bouclier.
Une roulade de côté était un risque énorme, mais sans défense face à cette muraille de fer, je m’épuiserais avant de trouver une faille pour ma lame. Au moment où mon adversaire allait frapper, je me jetai sur la terre détrempée.
À demi affalée dans la gadoue derrière le légionnaire, l’épée courte entaillait l’arrière du genou18 droit de l’homme. Celui-ci, immobile un moment, amorça un demi-tour comme s’il ne s’était pas rendu compte de sa blessure. Puis, pratiquement face à moi, la terreur et la douleur le rattrapèrent soudainement et il poussa un gémissement sourd. Ses yeux subitement affolés posés sur moi, il ne fit rien d’autre que de pousser une autre plainte quand ma main écarta le bouclier de son torse.
Mais je n’avais pas de temps à perdre…
La lame de mon poignard dégainé en me redressant entailla la gorge romaine. Un écœurant gargouillis et un flot de sang écarlate éclaboussant mon bras furent les seules réponses à ma question.
La question de mon second me fit sourire. Moi-même je n’étais pas sûr de l’identité de ce type.
Je ramassai l’épée que j’avais délaissée pour m’armer de mon poignard et la tendis à Rextugenos. Puis, je jetai un coup d’œil alentour. La pluie s’était calmée. Cependant, il était difficile de voir plus loin que quelques dizaines de pas.
Un certain calme succédait au fracas de la bataille. Ce serait bientôt terminé, quelle que soit l’issue des combats. Une voix forte et grave réussit à se frayer un passage jusqu’à nous.
La nuit ne tarderait plus à tomber. Les survivants étaient épuisés après une journée entière de tueries. Nous avions tué pour pouvoir garder notre liberté. C’était très cher payer mais c’était ce que nous avions choisi de faire. Notre destinée était désormais entre nos mains et plus dépendante de Rome. Nous avions perdu près de deux mille courageux combattants. Le légat et sa garde rapprochée s’étaient carapatés. La cavalerie romaine avait été totalement anéantie. Une petite moitié de nos ennemis rescapés s’enfuyaient, aussitôt pris en chasse par mes hommes. Des voix me parvenaient de toutes les directions. J’avais accompli un véritable exploit. Il fallait fêter ça cette nuit ! Notre victoire était écrasante. C’était un véritable massacre, dont Rome ne se relèverait pas. Pour la toute première fois, l’armée libre affrontait une légion, et la puissante Numéria l’expédiait aux champs Élyséens19. Une voix avait retenti, faisant s’esclaffer des gladiateurs ivres de fierté et de joie.
Une autre voix fit écho à la première, et des cris de joie et des encouragements fusèrent aussitôt.
Tout ce que je voyais, moi, l’héroïne du jour, c’étaient les cadavres des miens et la chance d’avoir été confrontée à un imbécile. Un légat trop sûr de lui et incompétent. Plus nous gagnerions de batailles, plus nos adversaires seraient redoutables.
Spartacus me sourit quand je levai les yeux sur lui. Cette manière de me parler me surprenait, sans que je puisse déterminer de quelle manière.
À mon arrivée sous les toiles de la grande tente, le chef de la rébellion m’avait plusieurs fois embrassée avec une certaine tendresse. Son dernier baiser, alors qu’il me débarrassait de mon armure de cuir, n’était plus que passion. Et là, il s’adressait à moi comme s’il baisait une catin. Pourquoi cette façon de parler me brusquait- t-elle ?
Le rire grave du chef des gladiateurs m’avait fait abandonner son sexe dur et tendu.
J’avais décidé d’ignorer sa remarque sur ma manière de pratiquer la fellation. Il était évident que Spartacus n’avait pas voulu se montrer blessant. Mon air soudain revêche et parfaitement composé ne trompa pas mon amant, qui leva une main pour me caresser la joue.
Ma main n’avait pas cessé de caresser le membre dressé comme une tour de guet.
Les doigts du chef de guerre, descendus sur ma poitrine, pinçaient doucement mon téton droit.
Je ne pus retenir un soupir, quand Spartacus, penché sur moi, prit mon intimité de ses doigts.
Cette fellation n’était certainement pas la première que je donnais mais l’impression que je n’étais pas vraiment portée sur cette pratique ne me quittait pas. Pourtant, ma bouche se gavait du sexe qu’elle dévorait. Mes lèvres se goinfraient de la hampe tendue et ma langue ne laissait aucune partie de cette lance dressée inexplorée. J’avais vite remarqué que je faisais tressaillir le grand corps musculeux quand je m’occupais du gros gland humide.
J’avais réussi à parler sans me perdre en essoufflements. Les doigts de mon amant avaient d’abord investi mon antre mouillé avec délicatesse, puis étaient subitement devenus plus durs. Des attouchements sauvages saccageaient maintenant mon fruit ouvert et dégoulinant de jus.
Ma langue et ma gorge étaient nappées de la liqueur de mon amant. Spartacus s’était épanché dans ma bouche avec un râle de plaisir. J’éprouvai alors moi aussi une certaine satisfaction. Une sensation étrange. L’impression d’avoir exercé un véritable petit pouvoir sur l’homme le plus célèbre de Rome. L’espace d’un moment, Spartacus, le puissant meneur d’hommes, avait été à mes pieds.
Plongée dans mes pensées, j’avais oublié mon amant. La tente était envahie par la chaleur étouffante du dehors et j’étais en nage. Spartacus s’était décalé et m’avait prise d’un seul mouvement. Son membre toujours dressé m’avait pénétrée d’un coup.
Allongée contre le grand corps chaud dégouttant de sueur, je me laissai malmener par le guerrier ayant retrouvé une certaine fougue.
Un long moment, Spartacus m’avait baisée avec une ardeur renouvelée. D’abord allongée contre lui, je m’étais retrouvée à quatre pattes devant le gladiateur. Courbé sur mon corps, ses mains caressant mes seins, ses doigts pinçant leurs tétons, Spartacus me prenait à grands coups de reins.
Spartacus n’était pas homme à se poser des questions, il avait l’intelligence de se connaître, comme celle de chercher à connaître les autres. Il se savait bon amant et comprit parfaitement mes explications. Depuis que je m’étais réveillée sur ce maudit champ de bataille, j’étais totalement perdue. Alors peut-être avais-je été une grande amoureuse… mais pour le moment, si j’aimais faire l’amour, j’en ignorais le plaisir de l’aboutissement. Le gladiateur ne s’était nullement senti responsable de mon manque d’entrain pour nos ébats.
Nous nous quittâmes pour la nuit. Demain, nous partirions pour le Sud et Spartacus devait travailler à des plans de combat. Quant à moi, j’avais décidé de faire plus ample connaissance avec les éléments principaux de ma petite armée.
Je m’étais décidée sur mon destin incertain. J’étais restée auprès de Spartacus et de ses troupes. J’avais été réellement surprise du nombre d’esclaves et de pauvres hères, ayant rejoint celui qui était devenu un véritable symbole. Nous avions accumulé les victoires. Malheureusement, ces batailles gagnées nous coûtaient chaque fois très cher en vies humaines.
L’armée des anciens esclaves venait de se diviser. Si Spartacus et moi n’étions pas d’accord, Crixus20 était suivi par une foule de guerriers et notre désaccord n’empêchait rien.
Environ trente mille hommes, dont beaucoup de Gaulois, suivirent Crixus en Apulie. Crixus fut tué et ses troupes exterminées près du mont Gargano. Quant à Spartacus et moi, nous venions à bout des légions dirigées par des consuls de Rome. Nous décimions seize mille Romains mis en déroute dans le Picenum.
Nous nous étions arrêtés dans une autre plaine, nous avions dressé un autre campement et je m’étais choisi une nouvelle tente. Depuis longtemps, toute l’armée rebelle avait appris que la fameuse Rétiarius avait rejoint l’alliance et certains avaient même pu croiser son chemin. Les derniers esclaves en fuite me désiraient comme chef et d’autres arrivaient encore. Imani m’avait affirmé que plus de cinq mille personnes suivraient dorénavant mes pas, comme mes ordres.
Pour venger la mort de Crixus, Spartacus voulait organiser des jeux funèbres, et pour une fois, je refusai de me ranger de son côté.
Spartacus avait beaucoup bu et ce n’était pas dans ses habitudes. Une coupe de vin en main, il tournait en rond sous la toile de l’auvent comme un lion en cage. L’intérieur de la tente était une étuve.
Spartacus, son regard sombre fixé sur moi, resta un long moment silencieux, puis, sa grande main pesa sur mon épaule.
Depuis des mois, nous accumulions les victoires et chaque nuit suivant la bataille, l’armée libre se laissait aller à la liesse. Les campements réunis se plongeaient dans des fêtes se transformant rapidement en bacchanales et en orgies. Le vin coulait à flots et très vite, le sexe occupait un grand nombre des vainqueurs.
Longtemps, je m’isolais sous ma tente pour éviter ces débauches. Il m’arrivait parfois de partager la couche de Spartacus, et ce, dans le cas où le symbole de toute une classe sociale était seul. Ce qui arrivait rarement. Mais le plus souvent, je passais la nuit avec la belle Imani. Ce n’était plus un secret pour personne. Rétiarius avait une femme dans sa vie. L’ancienne esclave était une véritable beauté. Une peau noire comme une nuit sombre, des yeux d’encre et une épaisse chevelure crépue plus noire encore. Un visage aux traits un peu rudes lui donnait un charme fou, Son corps était une copie conforme du mien en modèle réduit. Gaius et Rextugenos avaient pris l’habitude d’appeler ma compagne «la petite Rétiarius «. Dès lors, je n’osais plus complimenter Imani sur son physique, de peur de passer pour une horrible prétentieuse.
L’une de ses nuits de liesse, j’avais vidé l’une des grandes outres de cervoise25, offertes par l’un de mes gladiateurs. Cette boisson, difficile à trouver en Italie, me rappelait mon pays natal. Seule sous ma tente, légèrement ivre, j’accueillais les trois hommes qui avaient gratté la toile pour prévenir de leur visite. Trois gladiateurs des débuts de la révolte, osant enfin aborder la grande Numéria, devenue Bodiaca. Si j’étais saoule, ils l’étaient aussi. Cerdo, Drutalos et Orgetorix étaient de Gaule. Tous trois issus de la tribu des Carnutes et les meilleurs amis du monde. Après avoir partagé une longue discussion et une seconde outre de bière avec eux, je laissai Orgetorix m’embrasser. Après ce baiser, j’en échangeai d’autres avec Drutalos et Cerdo. Ensuite, tout se passa comme dans l’un de mes rêves éveillés. Nus, nous nous étions étalés à même la natte du sol et je devins rapidement le centre d’intérêt principal des trois gladiateurs. S’ils avaient une grande habitude de ces partages, ce n’était apparemment pas dans les miennes. Je m’essoufflai très vite à sucer les trois queues qui attendaient leurs tours, tendues et dures sous mes yeux. Cette situation m’excitait et je me caressai sous les regards attentifs de mes amants. Quand Orgetorix s’épancha entre mes lèvres, un orgasme me mordit le ventre. Puis je jouis de même, après avoir goûté aux plaisirs des deux autres. Plus tard dans la nuit, une longue chaîne d’orgasmes durs me bouscula un long moment. Les gladiateurs, me prirent ensemble, échangeant mes trois orifices, m’embrassant sans cesse, et torturant mes tétons à tour de rôle. Au petit matin, repus de plaisir et épuisés, nous nous endormîmes à même le sol.
Le mois suivant, je trouvai mes amants d’une nuit crucifiés au bord d’une petite route. Je ne les avais pas revu depuis notre rencontre. Une rage sans nom me fit donner des ordres et cinq cents de mes hommes me suivirent toute une journée. Le lendemain, nous rattrapions la cohorte responsable de la mort de mes amis gaulois. Les cadavres de six cents Romains gisaient sur les pavés de la route menant à la prochaine ville. Je comptai quarante tués et quelques blessés dans mes rangs.
Depuis ce jour maudit des dieux, Imani partageait ma vie mais me laissait profiter des nuits de victoires. Ces nuits-là, je m’offrais à plusieurs amants et amantes et jouissais de longues heures durant.
Allongée contre moi, Imani se laissait dévorer vive par un Gaius survolté. Quant à Lucia, elle suçait avec ardeur Rextugenos, qui lui caressait les cheveux.
Lucia Vespasia était une matrone de Rome. Elle avait tué son riche marchand d’époux de plusieurs coups de dague. L’homme frisait les quatre-vingt-cinq ans, et avait acheté Lucia vingt-quatre années auparavant à des parents très heureux. La promise était alors âgée de dix-huit ans. La matrone assassina son mari, Patricius Vespasia, jaloux comme une teigne et atteint de sénilité, parce qu’il avait fait tuer tous les esclaves mâles de ses propriétés, enfants compris. Le vieux dément était persuadé que son épouse le trompait avec plusieurs amants. Ce qui était effectivement le cas. L’assassinat des esclaves fit hurler de rage la Romaine. La tuerie des enfants lui fit verser des larmes. Son mari mort, elle avait raflé tout l’or qu’elle pouvait prendre, puis s’était offerte à plusieurs de ses comptables, afin d’obtenir les droits de succession en avance. N’ayant pas eu d’enfant étant donné l’impuissance du vieux Patricius, elle n’était pas sûre de son héritage.
La Romaine avait donné une partie de ses richesses à Spartacus. Le marché était simple. Elle accordait la liberté aux esclaves qui lui restait, et lui la protégeait des Romains. Une fois libres, les anciens esclaves s’empressèrent de s’accrocher à leur ancienne maîtresse. Lucia n’avait jamais considéré ces gens comme des objets, et eux l’adoraient. La matrone donna donc une partie de sa fortune à la cause des révoltés et envoya le reste à sa sœur, en qui elle avait toute confiance. Aujourd’hui, Lucia Vespasia était toujours une belle femme. Ses grands yeux bleus de mer et ses cheveux blonds contrastaient avec ceux d’Imani et les miens. Plus petite que ma belle négresse, son corps était un peu enrobé mais lui donnait un certain charme. La matrone avait une poitrine plus imposante que la mienne, ou c’était peut-être sa petite taille qui donnait cette impression. Je n’avais jamais couché avec cette femme. Non pas parce qu’elle me déplaisait, bien au contraire, mais j’avais le sentiment que c’était elle qui ne voulait pas de moi.
Son joli minois aspergé de jus laiteux, la matrone blonde rit doucement en se passant les doigts sur les joues.
Les deux couples baisaient à mes pieds. L’idée de savoir qui allait jouir en premier de Lucia ou d’Imani m’amusait. Je perdis mon pari avec moi-même quand les deux femmes crièrent presque à l’unisson.
Gaius était parti pour un tour de garde avec ses hommes. Comme le répétait sans cesse Spartacus, la discipline et la prudence devaient être nos préoccupations premières.
Rextugenos laissa filer un rire grinçant avant d’avaler une grande rasade d’un vin blanc sec.
Ce n’était qu’un demi-mensonge. Certains d’entre nous finiraient libres. Ceux qui auraient cette chance seraient contraints de trouver refuge ailleurs qu’en Italie, mais ils pourraient vivre leur vie, sans la crainte de l’esclavage.
Mon aide de camp se moquait gentiment de moi et cette réaction, que je comprenais parfaitement, m’agaçait néanmoins. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un roi gaulois se lèverait et l’unification des tribus se ferait.
Rextugenos reposa sa coupe encore pleine et resta un temps à me regarder. Puis il hocha la tête d’un air dépité.
La matrone était un peu plus âgée que moi et toujours nue, elle aussi, elle s’approcha de moi à quatre pattes.
Le visage de Lucia était proche de moi et après un petit sourire, elle posa son menton sur mon genou droit.
La Romaine avait changé de posture et sa joue câlinait ma cuisse.
Mes cuisses n’étaient pas ouvertes que la voix douce de Lucia me fit frissonner d’excitation.
Depuis des mois, ce que j’appelais mes «visions» se précisaient. J’étais maintenant convaincue d’avoir vécu deux vies bien différentes. Je n’y comprenais toujours rien, mais soit c’était la vérité, soit je n’étais qu’une folle furieuse. Et cela, personne ne le pensait, et surtout pas moi.
J’étais maintenant certaine d’avoir connu deux jeunes hommes dans l’une de ces vies. Mais rien ne m’obligeait à me marier. Ensuite, pour des raisons que j’ignorais, je ne fréquentai plus que des femmes. Enfin, je rencontrai la grande femme blonde de mes rêves éveillés. Cette rencontre me combla et je restai avec elle. Nous formions alors un couple, comme le faisaient certaines guerrières celtes. Cela arrivait de temps à autre.
Plusieurs fois, j’étais intervenue pour ramener l’ordre dans telle ou telle partie du camp. Spartacus avait interdit les armes hors des tentes et des bivouacs. Seuls les gardes et les sentinelles étaient armés. Ces petites échauffourées n’étaient guère plus que des bagarres entre gladiateurs ivres. Je m’étais vu alors me battre d’une bien étrange manière. Des coups de poings, c’était commun, mais j’enchaînais des coups de poings suivis de coups de pied hauts. Chaque fois, je terrassais les fauteurs de troubles à grands coups de pied. Apparemment, je maîtrisais très bien cette façon de se battre. Plus tard, un grand nombre de gamins désiraient apprendre de moi et trois matinées par semaine, je leur enseignais ce que j’appelais « la savate». Je n’avais moi-même jamais appris cette drôle de danse martiale.
Une autre vie. Une autre femme… Peu m’importait désormais. J’étais Bodiaca !
Mes paroles résonnaient encore dans le calme de l’aube quand Spartacus poussa un cri de rage. Jamais le chef de guerre ne m’avait paru aussi abattu.
Mon léger rire fit se hausser les épais sourcils du gladiateur.
Brusquement, une violente nausée me fit me pencher en avant et vomir par-dessus l’encolure de ma monture.
Mes entrailles me donnaient l’impression de s’être tordues dans mon ventre et ma gorge me brûlait. Après m’être essuyé les lèvres d’un revers de la main, je restai un instant silencieuse en regardant le chef des rebelles.
Un très long moment, le gladiateur était resté immobile sur sa selle. Plongé dans un mutisme inquiétant, les yeux portés vers les collines derrière lesquelles Crassus attendait, Spartacus était devenu statue.
Le regard sombre se fixa sur moi et Spartacus parut se détendre un peu.
Après une légère hésitation, le guerrier afficha une moue traduisant une certaine déception.
Ma jument à la robe de nuit broncha, piétinant la terre boueuse, quand une violente rafale de vent nous enveloppa avec force.
D’une main, j’attrapai la capuche de ma cape pour protéger mes cheveux ébouriffés par la bise, et flattai la puissante encolure de Chloé de l’autre.
J’avais volé cette bête splendide à un richissime marchand d’esclaves, après l’avoir égorgé. La jument était une grande championne. Son imbécile de propriétaire l’avait engagée dans une course, alors qu’elle était malade. Championne ou pas, la jument avait perdu. Après ça, Claudius Cappella se vengeait de ses pertes en laissant l’animal crever de faim dans ses écuries. Se venger d’un cheval ! Cet imbécile aurait souffert, si j’avais appris cette histoire avant de le tuer. Finalement je faillis me débarrasser de ma nouvelle monture, qui passait son temps à manger. Elle s’arrêtait même pour brouter, alors que je la chevauchais. Les mots bizarres de « tondeuse à gazon » m’avaient effleuré l’esprit, sans que je comprenne leur sens. C’était un cheval de guerre qu’il me fallait. Et notre armée avait souvent faim. Puis, Chloé, heureusement pour nous deux, s’était calmée après quelques jours de fringale. Chloé ! Un nom d’origine grecque signifiant : Herbe naissante ou La verdoyante. Le nom de ma nouvelle monture était tout trouvé. Je ne me souvenais pas avoir eu de meilleure monture et nous étions devenues inséparables.
Spartacus hocha la tête sans pourtant me répondre et talonna le puissant étalon bai qu’il montait depuis les débuts de la révolte.
Que cet homme, père de mon enfant à naître, comprenne mes raisons ou non n’avait plus d’importance. Nos vies avaient changé. Nos destinées avaient pris d’autres voies. Il était Spartacus. Le symbole et l’espoir de toute une classe sociale. Et il avait une mission à accomplir.
Moi, Bodiaca, guerrière des Gaules, j’avais son enfant et une armée d’innocents à sauver…
À Rome, de plus en plus isolée dans une Italie où des dizaines de milliers d’esclaves révoltés réduisaient à néant toute sécurité, l’angoisse, la peur de la famine montaient. Le Sénat destitua les consuls de leur commandement et confia un imperium absolu au préteur Crassus, magnat richissime qui n’avait cessé d’accroître son immense fortune dans des tractations peu honnêtes. Il était le parfait représentant des grands propriétaires de la noblesse romaine, les maîtres des troupeaux serviles.
Il recruta et arma cinquante mille hommes, dont trente mille à ses frais, et il prit l’offensive à l’automne 72. Spartacus et les siens furent investis dans l’isthme de Reggio de Calabre, la pointe de la botte. Cependant, en février 71, Spartacus parvint à forcer le blocus. Déjà, plusieurs bataillons d’esclaves avaient été anéantis. En mars, l’armée de Crassus rencontra en Lucanie Spartacus et le gros de ses forces. Crassus sut donner aux siens l’élan nécessaire, les esclaves furent écrasés et Spartacus mourut dans le combat après avoir vendu chèrement sa vie.
Les bandes de survivants furent pourchassées et massacrées, par Crassus en Italie du Sud, et aussi par Pompée, qui rentrait d’Espagne, dans le Nord où il tua cinq mille fuyards. Crassus crucifia six mille prisonniers le long de la route du retour, de Capoue à Rome.
Les succès de Spartacus s’expliquaient assez bien par le fait que l’essentiel des armées romaines était occupé à des guerres lointaines, en Espagne et en Orient. Tôt ou tard, Rome ne pouvait manquer de se ressaisir. La révolte de Spartacus devait donc finir comme les précédentes. Il en demeura pour les Romains un souvenir terrible et pour les modernes un symbole de la révolte des opprimés contre l’injustice de leur sort.
https://www.universalis.fr/encyclopedie/spartacus/3-crassus-et-la-fin-de-spartacus/
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1. ↑ Juliette. Chloé n’appelle Juliette par son prénom que quand cette dernière devient la maîtresse de ses envies de soumission.
2. ↑ Hiki-Waké. Égalité ou match nul dans un combat de judo.
3. ↑ Rétiarius. Rétiaire. Gladiateur armé d’un filet, (rete en latin, d’où l’appellation de rétiarius) d’un trident et d’un poignard. Des passages de l’œuvre de Sénèque (et d’autres témoignages de l’époque), suggèrent que les rétiaires qui combattaient sans moyens de défense, n’étaient pas considérés comme de vrais combattants, mais plutôt comme des clowns. Ces gladiateurs en tunique n’étant que des acteurs, caricaturant les gladiateurs. Des œuvres d’art, des graffitis, des gravures tombales montrent le contraire et leur donnent une réputation de combattants qualifiés et appréciés.
4. ↑ Hairos. Dieu de la mort dans la mythologie thrace.
5. ↑ Gladiature. Institution romaine qui faisait combattre lors de jeux de cirque sanglants, des professionnels, des prisonniers de guerre ou des esclaves appelés gladiateurs
6. ↑ Bellone. Sœur du dieu Mars et déesse de la guerre.
7. ↑ Laniste ou lanista. Propriétaire et souvent entraîneur de gladiateurs.
8. ↑ Ludus ou ludi. École de gladiature.
9. ↑ Rudius. Glaive en bois attribué aux gladiateurs affranchis.
10. ↑ Essédaire. Char de combat celte.
11. ↑ Ave César, morituri te salutant. Salut César, ceux qui vont mourir te saluent. Il est dit que des gladiateurs n’auraient prononcé ces paroles qu’une unique fois. On pourrait parler de sens du spectacle, car au final, très peu de gladiateurs étaient tués dans ces jeux. La mort était le plus souvent donnée aux premiers combats, pour les plus faibles d’entre eux. Certes, ils restaient des esclaves, mais rares étaient les hommes assez doués pour devenir de bons combattants. Leur entretien coûtait très cher. Entraînements, nourriture correcte trois fois par jour, et il est également établi qu’ils recevaient des primes. Quelques rares gladiateurs finirent ce que nous pouvons appeler « une carrière » immensément riches. « Quand Priscus et Verus, prolongeant le combat, laissaient depuis longtemps entre eux la victoire incertaine, les spectateurs, à diverses reprises, demandèrent à grands cris quartier pour ces gladiateurs ; mais César obéit lui-même à la loi qu’il avait faite. Cette loi voulait que le combat durât jusqu’à ce qu’un des deux combattants eût levé le doigt. Plusieurs fois il leur fit donner, ce qui était permis, des vivres et des présents. Ce combat sans issue eut cependant un terme. Les deux champions luttaient avec un succès égal, et la victoire était balancée entre eux. César envoya à l’un et à l’autre la baguette de congé et la palme de la victoire. C’était la juste récompense de leur adresse et de leur valeur. Jamais, excepté sous ton règne, César, on n’avait vu deux combattants être tous deux vainqueurs. » (Martial, « Petit Livre Des Spectacles », VIII-29.).
12. ↑ Hoplomaque. Gladiateur dit «léger» portant un casque, un petit bouclier rond et armé d’une lance.
13. ↑ Le laniste entraînant le gladiateur, définissait sa classe d’après les qualités démontrées par le combattant dans tel ou tel rôle.
14. ↑ Secutor. Le secutor était défini comme le principal adversaire des rétiaires.
15. ↑ Provocator. Gladiateur dit «léger» portant un casque, une épée longue et parfois un bouclier.
16. ↑ Il y a fort à parier qu’à cette époque on ne parlait pas de blacks ou de personnes de couleur.
17. ↑ Pilum. Javelot lourd utilisé par les légions romaines.
18. ↑ Je n’ai pas pu écrire jarret. Ça me faisait penser au jarret de porc. Woualavache que c’est bon ça. La fosse poplitée (ou creux poplité dans l’ancienne nomenclature) est une région anatomique située à l’arrière du genou, de forme losangique, communément appelée jarret. Et va donc écrire, qu’une barbare gauloise entaille une fosse poplitée… Romaine en plus, la fosse en question. Ça laisse septique non ? 🤣
19. ↑ Champs Élysées ou Champs Élyséens. Une région des Enfers, où, selon la religion romaine, les âmes vertueuses séjournaient après la mort. À savoir que Rome avait emprunté énormément de choses aux Grecs. Coutumes, et mode de vie. Bien que différentes, les religions grecques et romaines comportaient des similitudes. On a longtemps parlé de religion gréco-romaine, avant de mieux les comprendre et de les différencier.
20. ↑ Crixus ou Crixos. Guerrier gaulois devenu gladiateur mirmillon. L’un des premiers à se révolter et bras droit de Spartacus.
21. ↑ Via Appia. Route entre Rome et Capoue.
22. ↑ Auspicatio. Prendre les auspices. Consulter les dieux.
23. ↑ Haruspicine. Science divinatoire d’origine étrusque.
24. ↑ Augure. Haruspices. Devins.
25. ↑ Cervoise. Bière. Les Grecs préféraient le vin fort à la bière, tout comme les Romains après eux. Ces deux cultures considéraient la bière comme une boisson de basse classe, ou réservée aux barbares.
26. ↑ Fils de Celtillos, aristocrate arverne, Vercingétorix arrive au pouvoir après sa désignation officielle comme roi des Arvernes en 52 av. J. -C.
28. ↑ Mirmillon. Ancienne classe appelée « Gaulois » en référence aux guerriers de Gaule. Le mirmillon conserve les armes gauloises, casque, grand bouclier (qui lui donne l’aspect d’une muraille, d’où l’appellation de mirmillon) et épée courte.
29. ↑ Juliette. Prénom dérivé de Lulius, de la famille romaine d’Iule (Jules), descendant d’Enée, prince légendaire de Troie.