| n° 23458 | Fiche technique | 63618 caractères | 63618 10606 Temps de lecture estimé : 43 mn |
21/01/26 |
Résumé: Sur le Princess Savannah, palace flottant à roue à aubes, l’atmosphère festive ouvre les portes aux rencontres. Même les plus étonnantes... | ||||
Critères: #fanfiction #romantisme #coupdefoudre #adultère fh bateau | ||||
| Auteur : Malatete Envoi mini-message | ||||
En ce mois d’août, la Grande Rivière s’écoulait tranquillement. À cette saison, les eaux sombres du Mississippi étaient tranquilles, les courants indolents. Le seul danger pour la navigation réside dans les abords des bayous et leurs racines tentaculaires. Mais le bateau naviguera résolument au milieu du fleuve.
Encore faudrait-il situer ce milieu : en cette période d’étiage, le cours d’eau dissimulait quelques pièges. Les hauts-fonds étaient nombreux, affleurant, piégeux. Mais le navire à fond plat avec son faible tirant d’eau ne risquait pas grand-chose et le capitaine LeBlanc-Stone pratiquait depuis plus de trente ans maintenant le Misi-ziibi comme le nommaient les peuples Ojibwés. Peter Paul LeBlanc-Stone avait pris le commandement du Princess Savannah depuis son lancement onze ans plus tôt.
Le Princess Savannah était la réplique des bateaux traditionnels qui, autrefois, naviguaient sur le fleuve en transportant des passagers, des denrées et des joueurs de tout poil, musiciens et amateurs de blackjack et roulette. Sa peinture blanche, toute fraîche, était éblouissante. Tout en grâce et en charme, le navire était puissant. Et luxueux. Les cabines offraient un grand confort, certaines étaient somptueuses.
Le Princess Savannah reliait Memphis à la Nouvelle-Orléans, avec une escale à Cleveland et une autre à Natchez. Ceux qui choisiraient de rester à bord, pendant toute la durée du voyage aller-retour, ne s’ennuieraient jamais. Les animations, les nombreux bars, la piscine sur le pont supérieur, les boutiques et le casino étaient là pour satisfaire tous les appétits, combler toutes les envies. Chacun des trois salons permettait d’avoir une vue époustouflante sur le fleuve, la faune et les sombres bayous inquiétants. Ce bateau était l’occasion idéale pour revivre les époques aventureuses où les bateaux à aubes étaient les maîtres du fleuve.
Les passagers ne tarderaient pas à monter à bord. Ils formeraient un joyeux groupe, disposé à plonger dans une période de réjouissances et de plaisirs. Il y aurait de jeunes couples s’offrant un voyage de noces, de vieux amoureux attendrissants et des gens à l’œil avide, rêvant de faire fortune aux tables de jeu.
À cette heure, l’équipage chargeait encore les provisions, sous le soleil de Memphis. À quinze heures, à l’heure de l’embarquement des passagers, le Princess Savannah resplendirait de tous ses feux : la peinture avait été rafraîchie, les cuivres et les miroirs resplendiraient.
Sur la terrasse d’un des bars du quai, Julien Maréchaud patientait, tranquillement, en sirotant une Fireside, bière locale. L’écrivain pianotait sur son PC : il avait entamé le troisième chapitre d’un roman, dont il avait précisément situé une grande partie de l’intrigue sur un de ces nonchalants vapeurs du Mississippi. Il avait hâte d’embarquer. D’embarquer avec ses personnages ! Plus encore que le bateau, c’était bien les passagers qui l’intéressaient : une troupe cosmopolite, hétérogène, dans laquelle il trouverait les caractères saillants qui s’infiltreraient subrepticement dans son histoire. Si ses personnages principaux étaient déjà bien campés, le fil de sa narration parfaitement défini, il lui manquait juste encore les figures secondaires qui viendraient brouiller les pistes de son intrigue policière.
Julien n’était pas terriblement concentré : il levait fréquemment les yeux de son écran, pour observer les personnes qui baguenaudaient dans l’attente de l’embarquement. Il avait ainsi déjà remarqué quelques futurs figurants intéressants. À commencer par une bimbo peroxydée, oiselle écervelée et flanquée d’un géant qui faisait des allers-retours vers un taxi, pour décharger de nombreux bagages. Julien se dit que, dans cet amas de valises, une seule, sans doute, devait appartenir au King Kong débonnaire ! Il y avait aussi un raminagrobis, visage de fouine et yeux fureteurs, parfait pour un rôle d’expert-comptable pervers. Lequel était accompagné d’une dondon volumineuse et volubile : une vraie Mme Jacasse !
Abandonnant sa terrasse d’observation, Maréchaud referma son PC et se rapprocha de la passerelle d’embarquement. Dans un quart d’heure, les passagers pourraient monter à bord. Il avait trouvé une position stratégique pour compléter son trombinoscope. Il allait retourner vers le quai, histoire de voir arriver chacun des passagers, lorsqu’il fut bousculé par une petite nana, en jeans délavé, t-shirt fluo et tennis usées. Nana qui décrocha le cordon d’accès à la passerelle. Immédiatement, un homme, grand, en costume et chemise de soie l’arrêta :
Un peu interloqué par l’audace de la jeunette, l’homme se raidit, déploya sa haute stature.
La jeune fille haussa les épaules et secoua la tête.
Elle déposa son sac à dos au sol, se tourna vers le quai et commença à fouiller dedans, mais se ravisa. Elle ôta ses lunettes et sa casquette, ébouriffa sa tignasse avant de se retourner fièrement vers le maître à bord.
Elle releva un instant son frais minois, affichant un air fripon. Puis se retourna en direction du propriétaire :
Le big boss en resta comme deux ronds flans ! Tu m’étonnes ! Pour ce que Maréchaud avait vu d’elle, pendant le court instant où elle était tournée vers le quai, ladite chanteuse était fluette, genre miniature précieuse et paraissait, effectivement, à peine sortie de l’adolescence. Maréchaud avait eu le temps de voir deux choses : d’une part, ses yeux, des iris d’un vert pur cerclé d’une fine bande dorée et, d’autre part, deux petits seins fiérots, visiblement libres sous son t-shirt usé. Sidérante, la gamine, il y avait vraiment de quoi être subjugué !
Pas étonnant, donc, que monsieur le Directeur du palace flottant ait été interloqué ! Mais le bonhomme se reprit rapidement.
Les deux montèrent à bord et l’écrivain les perdit de vue.
Maréchaud nota mentalement que le personnage était intéressant. À vrai dire, les deux : la chanteuse et le directeur.
L’auteur reprit son poste d’observation. Quelques minutes plus tard, l’accès au bateau fut ouvert. Très vite, une foule compacte se dirigea vers le bateau mais, lui, ferait partie des derniers à monter à bord.
Sortant un mini calepin, il prit quelques notes. Rien de formidablement intéressant, mais quelques pistes à fouiller. Il désespérait un peu, quand son regard croisa celui d’une grande rousse. Époustouflante. Crinière de lionne, bouclée et incroyablement touffue, des yeux lavande, un nez fripon, une bouche purpurine. Et un corps magnifiquement bronzé. Une robe fleurie, largement assez courte pour dévoiler ses jambes de faon ! Une merveille ! La divine, sans doute pas plus âgée de dix-huit ou vingt ans, était accrochée au bras d’un gars, plutôt beau gosse mais nonchalant. Un seul petit problème dans le tableau : dans ses cheveux, la lionne portait encore un serre-tête fleuri, où était accroché un voile de tulle. Et, à la main, un bouquet rond de bleuets Centaurée.
« Holà, raté, se dit-il vaguement déçu, des jeunes mariés ! Dommage ! »
Maladroite, la jeune femme lâcha son bouquet à ses pieds. Galant, Julien se cassa en deux, ramassa les fleurs. La jeune femme s’était, elle aussi, baissée, elle récupéra son bouquet en caressant ostensiblement la main du jeune homme. Elle lui décocha un sourire angélique. Mais ces prunelles plantées dans son regard avaient une toute autre connotation : elles le déshabillaient littéralement. Outrageusement !
Julien en fut tourneboulé, d’autant qu’en se relevant, la prédatrice lui glissa une main inquisitrice sur la hanche. Prédatrice ? Oui, cette fille-là était bel et bien une prédatrice !
Attention danger !
*
***
*
Julien Maréchaud a rapidement défait ses bagages dans sa cabine, avant de monter sur le pont terrasse. Le bateau larguait les amarres et il veut voir la roue à aubes du « sternwheelers » en mouvement. Il est rapidement hypnotisé par les pales brassant assez furieusement l’onde pour ce démarrage. Il s’agit en effet d’initier le mouvement pour entraîner la masse du navire vers le milieu du fleuve… Julien ne doute pas, cependant, qu’une ou deux hélices amplifient la propulsion et que les pales ne sont que folklore. Mais peu importe, ce qui compte, c’est l’illusion.
Il est en pleine rêverie, quand deux mains viennent s’accrocher au bastingage, juste à côté de lui. Se tournant, il découvre une certaine jeune mariée, tout sourire. Disparu le serre-tête fleuri, la rousse s’est changée : robe-chaussette vert pomme, quasi fluo, en coton. Ultra courte, les seins sont gainés précisément, les tétins excités impriment leurs reliefs sur le tissu moulant.
La présentation est enrobée dans un petit rire cristallin.
Si Julien n’a pas été en mesure d’identifier son accent, elle par contre ne s’y est pas trompée.
Plutôt directe la nénette ! Julien acquiesce, ce qui visiblement ravi la donzelle.
Nouveau petit rire enjôleur.
La mine de la jeune femme s’est obscurcie. Julien préfère ne pas approfondir, pour l’instant.
La réflexion est prononcé d’un ton amer. Mais Melody se reprend vite. Elle vient se coller à son voisin, passe un bras autour de sa taille.
Les minutes suivantes ne vont pas lui permettre de reprendre ses esprits. Il s’est dégagé de sa voisine, laquelle se penche dangereusement au-dessus de la rambarde en cuivre. Sa « robe » déjà courte, s’est troussée et Julien peut admirer à loisir ses longues cuisses fuselées. Qu’elle se peche un peu plus et il connaîtra la couleur de son sous-vêtement !
« La vache, de sacrées gambettes. Superbes ! »
La jeune femme l’entraîne vers une table du bar, au pont supérieur.
Assise en décalé, elle a étalé ses longues jambes. A-t-elle troussé sa robe sans qu’il s’en aperçoive ? Toujours est-il que ses cuisses lui sont totalement offertes. Si haut que, lorsqu’elle croise et décroise ses jambes, Julien en voit suffisamment pour s’interroger : porte-t-elle vraiment un slip ? Il n’est sûr de rien mais il lui semble bien que…
Vingt minutes lui suffisent pour tout savoir de Melody, de son mariage… et de ses frustrations.
Son mariage, avec Anthony, a été arrangé par leurs deux familles : histoire de gros sous et de pouvoir. Une vague odeur de chantage, peut-être même. À creuser, note l’écrivain. Mais il n’aura pas à s’interroger bien longtemps : la clé de l’énigme lui est vite dévoilée.
Melody éclate de rire !
Elle a rassemblé ses gambettes, s’est penchée par-dessus la table et lui a collé une bise. Légère certes, mais directement sur la bouche.
Julien rougit de plus belle. Tout étonné, d’ailleurs ! Plutôt entreprenant, d’habitude mais, là, il se sent un peu débordé ! Et sacrément mis en appétit ! Combien de temps faudra-t-il pour qu’ils se retrouvent dans sa cabine à jouer à… la bébête qui monte, qui monte… jusqu’au septième ciel ?
Alors qu’ils se baladent dans les coursives, Melody se presse contre lui et sa main vient régulièrement peloter les fesses de l’écrivain.
La jeune femme n’a pas froid aux yeux, mais carrément le feu aux fesses !
Sitôt dit, sitôt fait ! À peine la porte de la cabine refermée, Melody fait glisser les épaulettes de sa robe, la fait descendre au ras de ses tétons pointés, où elle reste accrochée. Pas bien longtemps ! Les seins sont vite dévoilés : une magnifique paire de nichons, ronds et fermes, aux mamelons rose-marron tout tendus. Il n’en faut pas plus pour que les mains de Julien s’emparent des globes, aussi bronzés que le reste du corps. Il teste la fermeté des oranges, agace les tétins, en apprécie la résistance. Alors que sa bouche est venue suçoter une des framboises grenues, la robe s’affale. Il ne s’était pas trompé : la gazelle ne portait effectivement aucun sous-vêtement !
La petite forêt bouclée est bien tentante, avec sa teinte de feu. Melody s’est arquée, propulse ses hanches vers l’avant. Tout en continuant à suçoter l’un et l’autre fruit grenu des seins, Julien lance une main à la conquête du buisson dru, glisse dans le canyon que, sans surprise, il découvre trempé.
Melody ne perd pas son temps. Elle débarrasse son partenaire de sa chemisette Lacoste, fait sauter le bouton de son jean et fait tomber, de concert, pantalon et slip aux chevilles. À genoux, désormais, elle vient présenter des hommages fervents au mandrin érigé. Elle s’active un peu furieusement sur la tige, un peu trop pour que Julien puisse espérer conserver, bien longtemps, la maîtrise de la situation. Attrapant la jeune femme aux épaules, il la remet debout, juste le temps pour lui de l’allonger sur son lit spacieux.
Nue, Melody, cuisses ouvertes, se paluche allègrement les nichons. Parfaitement indécente et provocatrice ! Julien s’allonge sur elle, les bouches se trouvent enfin et il succombe à la chaleur impatiente de ses lèvres gourmandes. Leurs baisers sont ravageurs, dévastateurs, furieux, à l’instar de la frénésie qui anime le couple.
Julien sent les battements affolés de son cœur de femme, comme s’il était venu se glisser dans sa poitrine, pour fusionner avec le sien. Jamais il n’aurait imaginé qu’un être vivant puisse émettre autant de chaleur que ce corps sous le sien. Elle se meut sous lui avec force et impatience. Ses doigts s’agrippent, sa bouche s’accroche désespérément à la sienne.
Il lui est déjà arrivé de ressentir une forte attirance physique pour d’autres femmes. Mais il n’a jamais rien connu de comparable à ce qui lui arrive avec elle. Le désir ordinaire peut être contrôlé, canalisé, guidé. Mais quel nom donner, alors, à cette force primitive, élémentaire et sauvage, qui l’arrache à lui-même pour le propulser au cœur du chaos ? Il voit ses propres mains pétrir avec avidité la chair délicate, mais il est incapable de contrôler ses gestes.
Melody roule des hanches pour guider le mathurin en position idéale entre ses cuisses. Ensorcelé volontaire, Julien se place dans le delta, aborde l’orée de la précieuse caverne et il la prend d’un trait, avec une violence teintée d’une incompréhensible révérence, comme s’il honorait une déesse.
Lorsqu’elle se raidit et crie de douleur, il demeure un instant hagard, luttant pour recouvrer sa raison. Mais, déjà, elle l’entoure, l’enveloppe de ses bras et de ses jambes, l’entraîne vers l’oubli de la jouissance. Le pousse à s’activer dans son chaudron. La folie les submerge et les expédient dans un orgasme prodigieux.
À bout de souffle et incrédule, Julien s’abandonne un instant, le visage enfoui dans les cheveux de sa rousse. Les mots d’excuse refusent de venir. Mais à quoi bon les regrets, puisque l’irréparable a déjà été commis ? Il est sidéré.
Melody se garde bien d’ouvrir les yeux. Elle se sent vidée, étrangement flottante, avec de délicieuses vibrations qui pétillent encore sous la peau. C’est donc cela, faire l’amour ? se demande-t-elle rêveusement. Cette impression d’être déverrouillée et ouverte par un homme et rien que pour cet homme ?
Mais la question de Julien qui vrille comme une accusation vient briser sa bulle de bien-être.
Julien se passe la main dans les cheveux.
Julien pousse un juron et se penche sur elle. Lorsqu’elle cherche à se dégager, il l’immobilise sous lui pour la retenir.
Julien comprend la demande. Il se glisse sur le côté, ses mains commencent à papillonner sur le corps somptueux de la précieuse. De nouveau, Melody se sent flotter en apesanteur, comme lorsque Julien l’a embrassée si voluptueusement quelques instants auparavant. La différence, c’est qu’elle sait, désormais, vers quel degré de dépossession de soi-même le scénario va la mener.
Melody pousse un long soupir de délice. Cette fois, le voyage sera moins rapide, la montée moins abrupte, l’approche plus progressive…
Les mains de Julien sont douces, elles flattent les pomelos tendus, les soupèsent, les font ballotter doucement, alors qu’une langue mouillée accaparent des tétins, presque douloureux d’impatience, les suçote, les avale, joue de leur tendre élasticité.
Le ventre est flatté, son buisson ébouriffé. Lorsqu’un doigt fripon s’insinue dans sa fente, dans sa corolle inondée, Melody gémit de plus belle. Que ce contact est doux, que cette intrusion dans son intimité est diaboliquement délicieuse. Les sépales de la fragile corolle sont flattés, dépliés, défrisés. Chaque touchette des doigts malins provoque des ondes, qui ravissent la belle abandonnée.
Julien oublie, désormais, les promontoires grenus des seins, la bouche suit, à force de bisous, le chemin des doigts, les rejoint dans le delta et bataille, avec eux, sur la fleur fragile. L’homme lape le miel de sa compagne, ce délicieux élixir qui le soûle. La langue s’insinue dans le fendu, déniche une certaine perle sensible, vaguement recroquevillée dans sa gangue charnue.
Là, ce ne sont plus des ondes légères qui font sursauter Melody, ce sont des coups de sabres qui la cisaillent et la font ruer. Dans la seconde, elle est catapultée dans un plaisir stupéfiant. Les larmes lui viennent, ses cris sont étouffés par la main qu’elle a plaqué sur sa bouche, gênée qu’elle est par ce bonheur solitaire qui lui est offert.
Mais le monstre n’est pas pressé d’obéir. Puisqu’elle grimpe dans les nues, il veut allumer d’autres lumières, provoquer d’autres flashes. Ses doigts glissent dans la gangue sensible. Des doigts qui réveillent mille spots dans sa voûte, déclenchent des nuées de sensations cisaillantes, des bonheurs en cascades. Les hanches de Melody roulent pour échapper à la fouille mais replongent, immédiatement, à la rencontre des phalanges malignes. La pauvrette n’imaginait pas pouvoir jamais voler, ainsi, de sommets en sommets, d’extases asphyxiantes en essors suffocants. Sa conscience est abolie, elle flotte dans des nuages cotonneux, est entraînée dans une course sans issue autre que le plaisir suprême.
Lorsqu’il se glisse, finalement, en elle, elle est loin, déjà, dans les éthers. Le va-et-vient du sexe en elle l’achève. Elle ne souhaite plus qu’une chose : qu’il se répande en elle, qu’il lâche sa semence au plus profond de son escarcelle. Qu’il la rejoigne enfin dans l’orgasme.
Il vient ! Ils s’explosent ensemble, s’unissent et se confondent. Un et un font un à cet instant unique.
*
***
*
Steven Mac Dowell est circonspect. La navigation se passe au mieux, l’ambiance est idéale. Le trio de musiciens noirs, qui se promène sur les ponts et dans les coursives, distille la douce mélancolie envoûtante d’un Blues désenchanté. Depuis deux jours que le vrai-faux steamer descend le cours d’eau, aucun incident majeur ne s’est déclaré. Côté cuisine, tout roule et les passagers apprécient la qualité des repas des repas servis.
Tout roule oui. Sauf…
Sauf Scat Cat, puisque c’est là le pseudonyme de sa chanteuse. Oh, aucun reproche à lui faire ! Sa voix est tout bonnement spectaculaire : chaude, envoûtante, chacune de ses prestations est saluée par des applaudissement nourris. Hier, quand elle a entonné sa version personnelle de « Puttin’ on the Ritz », c’est un flash mob qui l’a accompagnée ! Des dizaines de danseurs se sont déhanchés, en coordination spontanée, devant la scène et cette prestation s’est terminée sous des vivats tonitruants. Même les musiciens de l’orchestre se sont levés, pour saluer l’artiste !
C’est bien là le premier problème : quand elle chante, les tables du casino, attenant à la salle de spectacle, se vident ou, alors, les jeux sont suspendus quelques instants, à la demande des joueurs. Pas bon pour le business !
Steven a résolu le problème en demandant à la chanteuse de marquer des interludes musicaux prolongés pour scinder son tour de chant, le diluer dans la soirée. Et on a fermé les portes du casino.
Elle est stupéfiante, capable de délivrer des basses extraordinairement profondes, dans « Summertime » ou « Cry me a River », égalant Ella Fitzgerald, Melody Gardon ou Nora Jones, d’accrocher des aigus insensés digne d’une cantatrice, de livrer des scats endiablés dans « Mack the Knife », de faire pleurer les foules avec « Encore un soir » de Céline Dion ou « Mon dieu », de Piaf, en français ! Ou sur ses mélodieuses compositions personnelles, empreintes de sentiments profonds. Elle est le rossignol du « Princess » ! C’est sûr, bientôt elle sera une grande vedette du showbiz ! Il ne fait aucun doute que, cette petite-là, explosera sur scène d’ici peu.
Petite, demi-portion, elle est carrément aux antipodes des blondes à fortes poitrines (et QI rasibus) qu’il recherche habituellement, le tombeur-propriétaire du navire. Et pourtant, le bonhomme est irrésistiblement attiré, aspiré, phagocyté par cette sacrée nana. Et c’est bien là LE second problème qui le turlupine !
Une peste, fort caractère ! Insolente, moqueuse, la donzelle ne perd jamais une occasion de le rembarrer. Lui ! Un traitement dont il sent bien qu’il lui est presque exclusivement réservé. Bien sûr, les dragueurs qui l’assaillent se font blackbouler de même. Mais, lui, n’a jamais tenté la moindre approche, il est resté distant, vaguement supérieur. Déférent en toute circonstance. Et il le restera, quoi qu’il arrive ! Alors, pourquoi cette attitude hostile à son encontre ? Même les compliments qu’il lui adresse donnent lieu à des répliques moqueuses, voire cinglantes !
Il est chagriné, Steven. Non qu’il ait des vues sur la demoiselle. Trop petite, trop brune, trop mini en tout, surtout côté devanture notamment. Bon, quand il l’a croisée ce matin, à l’heure du petit-déj, simplement vêtue d’un jean râpé et d’un t-shirt dépenaillé, il a bizarrement été troublé par les deux sombres canaillous qui pointaient sous le tissu presque diaphane.
Mais c’est surtout son regard qui le trouble : ces iris d’un vert émeraude, finement cerclés d’un liséré d’or. Quel regard ! Impossible d’échapper à leur profondeur inquisitrice.
Mais bon, cette demi-portion ne l’intéresse pas. Du moins, tente-t-il de s’en convaincre. Mais pourquoi, alors, passe-t-il son temps à errer les couloirs, dans le secret espoir de la croiser ?
— -- —
Ce qui avait fini par arriver…
Steven avait sursauté. C’était elle, derrière lui.
Cassante, sèche, la voix de la fille était presque désagréable. Steven la précéda, sans moufter cependant. Comme ils descendaient un escalier, le regard de Cat s’était posé sur le joli postérieur de son patron. Elle avait laissé échapper un petit rire. Steven lui jeta un coup d’œil, par-dessus son épaule.
Il lui adressa un sourire éblouissant. Cat en eut un coup au cœur : ce macho prétentieux avait là une arme aussi efficace que secrète. Pas que son cul d’ailleurs. Son sourire aussi.
Faussement décontracté : il avait été troublé par le regard surpris, et vaguement égrillard, de Cat.
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*
Dans sa cabine, Melody s’affaire, avec fébrilité, à ranger, déplacer, re-re-ranger ses petites affaires. Elle a besoin de s’occuper, pour éviter de réfléchir. Mais cette activité fébrile ne l’empêche pas de ressasser les récents évènements.
« Merde, moi, je voulais juste me débarrasser de mon pucelage ! »
Sur ce point, elle a parfaitement réussi son coup. Elle a fait preuve d’une audace qui ne lui ressemble pas ! Elle les a multipliées, en fait, les audaces ! Ok, le type, elle l’avait repéré, déjà, alors qu’il pianotait sur la terrasse du bistrot, deux tables devant elle. Quand il s’était levé, pour s’approcher de l’embarcadère, elle avait jaugé son physique : plutôt mignon, le lascar. En le voyant, alors, sortir un calepin, elle avait imaginé qu’il pouvait être flic, FBI ou Immigration. Peu importait, il était le candidat idéal pour ce qu’elle voulait. Tant qu’à faire, autant joindre l’agréable à… l’utilitaire.
Elle n’avait pas approché l’écrivain, la veille, l’avait même soigneusement évité, sentant bien que remettre le couvert pourrait être dangereux. Mais là, cet après-midi, elle n’y tient plus : merde, il faut savoir vivre dangereusement !
Ainsi donc, dans sa cabine, désertée par son « petit mari », parti direct au casino, consciencieusement, elle avait inventorié ses affaires pour dénicher la tenue idéale pour ses plans. Les sous-vêtements d’abord. Important, capital même, le choix des sous-vêtements. Elle avait écarté d’emblée tout soutien-gorge : son orgueilleuse paire était bien largement assez fière pour se passer de tout soutien ! Le slip ? Mini, dentelles, fishnet, ou pourquoi pas, slip fendu ? Finalement, elle avait décidé de faire l’impasse. « No underwear at all ! »
Le choix de la robe avait, lui, été vite réglé : robe chaussette vert pomme. Le tissu était largement assez fin et moulant pour ne pas estomper le relief de ses tétons, suffisamment court et flottant pour couvrir à peine ses fesses. Bien sûr, des passagers seraient, sans doute, choqués par cette tenue indécente : cette robe était un véritable appel au viol ! Mais n’était-ce pas ce qu’elle recherchait ?
Ok, dans leurs premières discussions, elle avait compris que le « flic » était en fait écrivain ! Écrivain français, qui plus est. Top romantique non ? L’idéal pour son projet !
Et elle n’avait pas été déçue : Julien, bien qu’emporté par le moment, l’avait déflorée, sans doute un peu brutalement, mais, en définitive, n’était-ce pas ce qui pouvait arriver de mieux ? Un mauvais moment à passer ! Bref, douleur instantanée, vite effacée.
Vite effacée, car le bonhomme l’avait aussitôt expédié au septième ciel ! Et quel septième ! Et encore, rien à voir avec ce qui avait suivi : le Frenchy s’était avéré être un amant exceptionnel !
« M’ouais, ma fille, t’es sûre d’avoir toutes les cartes en main pour propulser le gars sur la première marche du podium ? »
Des expériences, elle en avait eu quelques-unes. Même si elle n’avait ouvert la porte du temple à aucun homme, jusque-là, les sucettes et autres réjouissances lui avaient tout de même donné des aperçus de ce que pouvait être le plaisir. Chris, par exemple, l’avait caressée avec une certaine expertise et donné autant qu’elle lui avait offert par ses fellations expertes. Les 69 avec Peter avaient été tourneboulants. Les cravates de notaire de Finch amusantes et troublement… aspergeantes. Dommage qu’il se soit montré brutal dans les fellations où il voulait la pousser à se faire administrer des gorges profondes. Sans parler de ses lancinantes demandes de sodomisation, qu’elle avait toujours refusées. Des mecs, il y en avait eu d’autres, des caresseurs, des brutaux, des maladroits aussi : Melody n’était pas à proprement parler une oie blanche.
Mais aucun, vraiment aucun, n’avait su éveiller autant de sensations, n’avait déniché avec tendresse et expertise ses points sensibles, dans des zones qu’elle n’aurait jamais soupçonnées. Car, en définitive, leurs ébats, deux passes en réalité, avaient été très conventionnelles, mais parfaitement jouissives. Deux passes, deux intromissions mais, bon dieu, cinq orgasmes au total pour elle ! Caresses, cunnilingus, cinq satellisations époustouflantes. Différentes, ahurissantes. Il avait été généreux Julien ! Si habile de ses doigts et de sa langue. Il avait offert bien plus qu’elle n’avait pu lui donner. Attachant, le lascar !
Et c’était bien là le problème ! Elle avait voulu se faire tringler, vite fait-bien fait, par un inconnu qu’elle jetterait dans la foulée. Pas se faire envelopper dans un cocon duveteux, pas être propulsée d’étoiles en planètes à répétition. À la base, elle n’avait même pas espéré que l’opération « chirurgicale » se solderait par un orgasme transcendant. Un tout-petit-mini plaisir l’aurait déjà satisfaite. Mais la fougue de cet amant l’avait sidérée.
Melody n’a jamais été amoureuse de sa vie. Pas depuis la maternelle ou les classes élémentaires, du moins. Mais, là, elle le sent, le ressent au plus profond d’elle-même, merde, oui, elle est amoureuse !
Bel et bien, profondément amoureuse !
« Oh, tu te calmes fifille ! T’as dix jours de croisière, profites-en, éclate-toi avec lui. Jouis un max. Quand t’auras calmé tes hormones, rassasié tes envies, tu verras bien ce qu’il restera de ce « GRAND M’AMOUR ! ». Pas grand-chose, sûrement ! Et alors… au suivant !
Mais tout de même, ce Julien….
*
***
*
Juste avant la première prestation de Cat, Steven descend dans la loge de la chanteuse. Il a à lui parler.
Steven vient d’entrer dans la loge. Et il reçoit le choc de sa vie !
Cat se tient au milieu de la pièce, vêtue de ce qu’une âme indulgente aurait, peut-être, nommé robe ! Du même vert vibrant que ses yeux, le fourreau lui laissait les épaules nues, où tombait en cascade sa vaporeuse chevelure bouclée.
Steven soupire imperceptiblement. Comment aurait-il pu se douter, tout à l’heure, que, sous son jean râpé, Cat cachait de longues jambes fines, aussi douces que la soie ? Maintenant, sa robe courte et les talons gigantesques, sur lesquels elle est perchée, les mettent merveilleusement en valeur.
Cessant de se battre avec sa fermeture Éclair, Cat lui offre le spectacle délicieux de son dos nu.
Il s’approche d’elle. Elle a maquillé ses grands yeux et enduit ses lèvres d’un rouge brillant. Elle ne ressemble plus du tout à l’adolescente qu’il a vue sur le quai. Et elle a un parfum exotique, étourdissant.
Que pourrait faire un homme, sinon apprécier cet instant précieux ?
Ses doigts glissent sur sa peau nue, tandis qu’il fait descendre la fermeture. Apparemment impassible, Cat soupire silencieusement. Ce bref contact vient de lui procurer un petit frisson. Steven Mac Dowell est, décidément, un homme redoutable. Mais elle sait comment affronter les individus comme lui. Elle tourne la tête et lui adresse un sourire sensuel.
Incapable de résister, il passe un doigt sur sa colonne vertébrale.
Il hoche la tête. Il a une envie folle de lui arracher sa robe, de découvrir les autres merveilles qu’elle cache.
Le cœur battant un peu trop vite à son goût, Cat sent son regard sur ses épaules. Les doigts, qui effleurent son dos, sont très prometteurs. Consciente de la tension qui les vrille, du désir qui les étreint, d’une voix un peu rauque, elle déclare :
Il remonte lentement la fermeture. Faisant un pas en arrière, il incline la tête sur le côté et examine longuement sa nouvelle chanteuse.
Il fait demi-tour et ouvre la porte.
Elle sort avec lui. Suivant une impulsion, elle s’arrête quand ils passent la porte. Levant la main vers le visage de Steven, elle suit le contour de sa bouche du bout des doigts.
Le cœur battant très vite, elle s’éloigne, le laissant totalement perdu !
Il vient de se passer quelque chose d’inattendu. Et bouleversant !
— -- —
Calé contre un poteau, Steven observe sa chanteuse. Elle est entrée sur scène dans le noir et a démarré sa chanson a cappella. Puis, les musiciens commencent à l’accompagner. Les projecteurs éclairent lentement son visage, puis son corps, tandis que sa voix se fait plus intense, envahissant l’espace.
Steven ne peut détacher son regard de la frêle silhouette. « Séduction » est le mot qui vient à l’esprit, quand on la regarde. Malgré la tristesse de sa chanson, Cat n’est que séduction. Et emprise !
Et le public y est sensible. Les femmes vont pleurer, les hommes, la désirer. Car elle peut, indubitablement, rendre un homme fou de désir !
Le très sérieux directeur des lieux se frotte la bouche, là où elle l’a furtivement caressé. Ce léger contact lui avait envoyé une décharge électrique dans les reins. Il hoche pensivement la tête. Ce petit bout de femme est dangereux ! Il réalise qu’il est attiré par les femmes dangereuses… Par celle-ci en tous cas. Incontestablement !
Il l’écouta attentivement, jusqu’à la dernière note, avant de s’enfuir. Réalisant, au passage, qu’il a complétement oublié de lui parler de ce qui l’avait poussé à la rejoindre dans sa loge.
D’ailleurs, de quoi voulait-il bien lui parler ?
*
***
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Dans sa cabine, alors que le jour se lève à peine, Julien Maréchaud réfléchit. Il est troublé. Troublé ? Non, si ce n’était que cela !
La parution de son premier roman avait chamboulé sa vie. Du jour au lendemain, le jeune homme discret s’était transformé en coureur de jupons invétéré. Invertébré, même, tant ses conquêtes accumulées l’avaient laissé décérébré. Pas vraiment un tombeur, en fait, un « ramasseur de belles » juste, puisque des petits lots irrésistibles lui tombaient directement dans les bras, sans qu’il ait à lever le petit doigt. Aujourd’hui, après quatre best-sellers, il ne compte plus les jolis ti’culs qui sont passés dans son lit. Avec le temps, il est devenu un prédateur, sans foi ni loi, prêt à basculer blondes ou brunes, sans fioriture, pourvu qu’elles taillent 95 C minimum. Sans regret : il vaut mieux avoir des remords que des regrets, Julien a fait sienne cette maxime attribuée à Oscar Wilde.
Seulement voilà : il n’a jamais accroché la moindre rousse à son palmarès. Taches de rousseur, peau laiteuse et tétons rouges ne l’avaient jamais attiré. Voilà l’image qu’il en avait et ne l’attirait pas. Au contraire, il les avait fui, les rousses flamboyantes ! Pas son type de femmes.
Sauf que Melody, bien que rousse à éphélides innombrables, n’a pas la peau laiteuse mais est, au contraire, adorablement bronzée. Bizarrerie contre-nature pour une rousse résolument poil de carotte, elle est délicieusement mordorée. Et les cabochons de ses seins ne sont pas vermillon, comme il aurait pu le penser, mais à peine rosés, voire même marron clair. Et, mon dieu, si formidablement érectiles ! Sans parler de ses autres trésors… comme son irrésistible buisson incendié. Et aussi…
Mais surtout, et c’est bien là le problème, le macho conquérant n’a jamais défloré une femme. Et, de cela, il ne s’en remet pas ! Toutes les femmes, qui s’étaient jetées à sa tête, étaient aguerries, rodées voire rouées. Qu’une jeune fille s’offre à lui, en toute innocence, lui offre sa pureté, l’a désarçonné. Bon, certes, innocence relative de la vierge : elle s’est jetée dans son lit avec une fougue et une ardeur déroutantes. Pour un peu, elle l’aurait violée, s’il avait temporisé fusse qu’une minute !
Tout de même, elle est délicieuse, la roussette et Julien se sent une certaine responsabilité envers elle. Voire, une responsabilité certaine. Bizarre…
Et ce matin, il est perplexe, le coco. A-t-elle juste voulu se débarrasser d’un encombrant bagage avec le premier venu : Merci M’sieur et bon vent ! Au suivant ! Et son mari, merde !
Stupéfait, Julien réalise que la donzelle lui manque. Déjà. La journée d’hier lui a été insupportable. Ce manque, ce n’est pas confortable comme impression, c’est même carrément horripilant. Parce qu’il n’a pas juste envie d’elle, de son corps, de ses petites roueries. Roueries, car elle s’est montrée habile, l’autre soir, volcanique comme peu de femmes l’ont jamais été avec lui. Impérieuse ! Impériale !
Bien sûr, le désir le taraude, mais il sent confusément que ses aspirations vont bien au-delà ! M’enfin, ce n’est pas possible : on ne tombe pas amoureux à l’issue d’une simple passe… d’armes ! Enfin, de deux ! Et quelques bonheurs collatéraux.
Julien veut la revoir, pas juste pour la sauter mais pour la tenir tendrement contre lui, gourmander ses lèvres, la câliner. La chérir ! Être avec elle, pour elle ! Et accessoirement, très accessoirement, en elle. En connexion.
Mais la reverra-t-il ? Elle est restée invisible hier. Maintenant débarrassée de son fâcheux viatique, ne va-t-elle pas l’éviter, le fuir ? Le jeter ? Le jeune homme réalise qu’il ne le supporterait pas.
En un mot comme en cent, Julien Maréchaud est amoureux ! Mierda !
Il en est là de ses amères réflexions quand un petit coup est donné à sa porte. Service d’étage ?
Une délicieuse soubrette entre, portant un plateau de petit-déjeuner. Une soubrette qui ne porte pas l’uniforme réglementaire, mais juste une nuisette, si courte qu’elle ne masque ni ses fesses, ni son buisson de feu !
« Elle m’est revenue ! » pense-t-il auréolé de bonheur.
Incroyable ! Elle a abandonné son petit mari, endormi, pour venir faire l’amour avec lui ! Non mais quel culot, cette panthère rousse !
Il bondit d’allégresse, l’écrivain ! Mais, étrangement gêné par sa totale nudité, il n’ose pas jaillir du lit. Ce n’est pas bien grave car, ayant posé son plateau sur une console, Melody se jette sur le lit, fait voler les draps, sourit à son érection flamboyante et ensevelit son ardent compagnon sous des tonnes de baisers. Les lèvres se soudent, les langues se mêlent, les souffles fusionnent. Longtemps. Éperdument ! ils ont besoin de tendresse, l’un et l’autre.
Lorsque, vaguement rassasiée, Melody se redresse, elle fait voler sa nuisette, offre ses pomelos dorés. Loin de se jeter dessus, comme un mort de faim, Julien amignote tendrement les fruits pleins. Il a les yeux embués, attendri qu’il est par le retour de sa belle.
Comme lors de leur second round de la veille, il ne la baisera pas sauvagement, mais lui fera l’amour ! Posément, tranquillement.
Après les seins fabuleux, sa bouche dégringole en déposant des kyrielles de bisous sur le ventre de sa belle avant de plonger dans le delta des cuisses. Sans précipitation aucune, sans urgence d’écarter les grandes lèvres, il s’enivrera de ses sucs vaguement épicés, boira à la source chaude, étiolera les nymphes rosées et dénichera un fier gaillard qu’il suçotera avec délicatesse. Les mains arrimées aux hanches de la rouquine dolente, il l’agacera, sentira le bassin onduler doucement d’abord avant de tanguer résolument dans une ascension irrésistible.
Il sera comblé, émerveillée quand la lente montée d’un plaisir calme se muera, pour elle, en terrible orage, course impétueuse vers les sommets d’un plaisir incommensurable, entre pesanteur et lumière. À nouveau, ses yeux se voileront, quand Melody criera son bonheur, vacillera en tous sens, fétu de paille ballotté dans le miracle illuminé de l’orgasme.
Alors, alors seulement, il abandonnera la citadelle incendiée, reviendra mâchouiller la bouche tétanisée et s’introduira dans les profondeurs de velours, au goût d’éternité. Il rattrapera sa douce dans ses sommets, la propulsera plus avant, encore, vers de nouvelles frontières impossibles. Ensemble, ils s’atomiseront, s’étourdiront dans cette course aux étoiles, dont chaque barrière sera explosée par chaque aller-retour affolé dans la gangue surchauffée. Lorsqu’elle s’agrippera à ses épaules, ressentira la tension d’acier des muscles, elle comprendra qu’il retient son plaisir pour prolonger le sien.
Ce nouveau baptême les laissera pantelants, démontés. Émerveillés et heureux.
Heureux d’avoir… fait l’amour !
*
***
*
Bras croisés au bastingage, Cat regardait le cours paresseux du Mississippi. Regardait sans le voir en fait, pas plus qu’elle ne voyait les bayous enchevêtrés. Ni même les alligators qui plongeaient brusquement dans les flots au passage du steamer. Ou, au contraire, regagnaient paresseusement les berges floues.
Elle rêvassait, Cat. Aussi paresseuse et satisfaite qu’un matou se prélassant au soleil. Elle rêvassait, mais elle se raidit brusquement, en réalisant que l’ombre qui déambule dans son doux songe est celle de Steven Mac Dowell.
Mac Dowell, son point faible ? Non, quand une femme possède suffisamment de raison, elle peut s’arranger pour que ses points faibles deviennent durs comme de la pierre. Mac Dowell n’aurait qu’à bien se tenir !
Du pont supérieur, Steven l’aperçut et fronça les sourcils. Pourquoi se sentait-il nerveux dès qu’il la voyait ? Elle ne ressemblait plus du tout à la séductrice de la veille. Elle avait remis sa casquette ridicule du premier jour, et ses cheveux tire-bouchonnaient à travers l’ouverture arrière. Son large T-shirt lui couvrait les hanches, ou du moins le peu qu’elle en avait, et elle était pieds nus. Évidemment, elle avait un short effiloché qui laissait voir ses magnifiques jambes.
Steven soupira. C’était moins ce qu’elle montrait que son attitude qui le troublait. Elle paraissait être pleine de confiance en elle et se moquer éperdument d’être le point de mire.
Se retournant vivement, Cat afficha une mine boudeuse et donna un petit coup de menton en avant. Sans répondre.
Elle haussa les épaules. Sans se faire d’illusion, Steven se tourna pour l’attendre. Sachant qu’elle n’allait pas se précipiter. Lui-même aurait sans doute réagi de la même façon…
Quand elle apparut, il lui fit signe de le suivre.
Il ouvrit la porte et la laissa passer devant lui. Cat entra d’un pas nonchalant et jeta un coup d’œil circulaire. Apparemment, son patron n’aimait pas être enfermé : son bureau n’était pas immense, mais il était entouré de tant de hublots que la pièce était baignée de soleil.
Hochant la tête, il ouvrit un mini-réfrigérateur d’où il sortit une bouteille.
Steven sourit à sa désinvolture impertinente.
Il lui adressa un sourire étincelant et connaisseur.
Il sourit, affichant un sourire goguenard.
Du bout de la langue, elle rattrapa une goutte d’eau sur sa lèvre supérieure.
« Je peux vous aider ? Lui ? Depuis son rafiot ? Hey mec, pas de salades, n’essaye pas de m’embobiner ! »
Elle ne broncha pas mais son magnifique regard vert devint glacial. Par provocation, elle avait largement écarté ses cuisses, histoire de signifier qu’elle pigeait les intentions du macho.
Elle resta un instant silencieuse et referma promptement le pinceau de ses cuisses. Mac Dowell était surprenant. Sa voix douce pouvait soudain devenir coupante, comme une lame de rasoir. Elle soupira. Elle s’était trompée sur lui ? Peut-être bien. Et chaque fois qu’elle se trompait, elle aimait l’admettre. Même quand c’était cuisant.
Steven retrouva une voix moins cassante. Un sourire s’épanouit même sur ses lèvres.
Hésitante, elle réfléchit très vite. Il y avait certainement un piège. Mais pour l’instant, elle ne le trouvait pas.
Pour sceller leur accord, elle lui tendit la main. Il la garda dans la sienne. Elle était chaude, vaguement moite. Comme la sienne. Lorsqu’il la relâcha, elle était plutôt mal assurée sur ses cannes.
Alors qu’elle allait s’éloigner, les mains rapides et fortes de Steven lui emprisonnèrent les poignets. Elle sentit quelque chose tressauter en elle. Elle releva la tête et rencontra son regard.
Il la retint assez longtemps pour la troubler et l’irriter, puis ses doigts se desserrèrent, et il laissa tomber ses mains.
Ce disant, mue par une envie irrésistible, elle leva une main vers lui et le prit par la nuque tandis qu’elle posait ses lèvres sur les siennes. Elle s’était attendue à une décharge électrique. C’était bon, une décharge comme celle-ci. Sans cela, un baiser n’avait pas de sens.
Cependant, c’était plus que cela. Quand une telle chaleur s’insinue dans vos veines, c’est bien plus que cela. Elle aurait aimé se lover dans cette fournaise, jusqu’à ce qu’elle se dissolve. La chaleur. Ou elle-même. Les deux sans doute. Son instinct de survie la fit reculer.
Steven émit le même son rauque.
Il savait comment faire plaisir à une femme. Comment donner et comment prendre. Quoiqu’il réalisa surpris qu’à cet instant, prendre n’était absolument sa priorité. Un constat qui l’effraya mais ne l’étonna pas vraiment.
Il fit glisser ses mains le long de son dos. Avant qu’elles ne remontent vers ses seins, il l’étreignit pour qu’elle sente son corps dur contre le sien.
Gémissant un vague : « Oh, non… », elle accepta l’inévitable et se pendit à son cou
Il continua à jouer avec sa bouche du bout des lèvres, la mordillant, l’incitant à s’entrouvrir. Et, brusquement, elle se mit à trembler de tout son corps contre lui.
C’est à cet instant seulement qu’il prit sa bouche, chaude et pleine. Elle ronronna de plaisir. Steven lutta pour retrouver son calme. Il se sentait perdre le contrôle, l’animal qui était en lui voulait briser ses chaînes. Se forçant à adoucir son baiser, il la caressa lentement avant de prendre son visage entre ses mains. Quand il la sentit hoqueter, il s’arracha à elle.
Son pouls frénétique battait dans ses tempes. Le désir lui vrillait le ventre. Cependant il continua de la caresser doucement quand elle ouvrit ses grands yeux verts aux paupières lourdes. Elle s’humecta les lèvres, comme pour absorber encore un peu de sa saveur. Elle avait le souffle court.
Il sourit.
Elle soupira. C’était une des choses qu’elle avait le plus envie de faire. Mais ce n’était pas si simple.
Il resserra l’étreinte de ses doigts.
Il baissa la tête et posa sa bouche tout près de la sienne. Cat se mit à respirer plus vite. L’anneau doré qui entourait ses pupilles était scintillant.
Il passa lentement ses lèvres sur sa bouche pour un dernier baiser. Dans l’espoir d’autres à venir.
Mais cette nuit-là, elle ne vint pas le rejoindre…
Ni aucun des soirs suivants.
*
***
*
Melody avait rejoint sa cabine. Fin de la parenthèse torride.
Elle l’avait abasourdi de mots d’amour, de serments, de promesses. Mais quelles promesses pourrait-elle tenir : elle était mariée ! Et il aurait dû se satisfaire de cette situation. Trop pratique pour un dragueur collectionneur d’aventures.
Mais, voilà, Melody n’était pas juste une aventure pour lui. Il l’avait compris, Julien, il savait maintenant qu’il voulait vivre avec elle. Qu’il ne pourrait plus vivre comme avant. Plus vivre sans elle. Il la voulait toute entière, près de lui, avec lui. Pour demain et le reste de son existence. De cela, il était totalement convaincu, aussi absurde que cela soit, aussi absurde que ça lui aurait été la veille encore.
Alors, il devrait lui parler, il devait lui dire ce qu’elle représentait pour lui. Déjà. Lui dire simplement qu’il l’aimait. Voulait vivre à jamais avec elle.
Il le ferait tout à l’heure, quand son mari se serait enchaîné à une table de jeu.
— -- —
Sitôt qu’elle le rejoint sur la dunette arrière, Melody est surexcitée. Nerveuse. Elle parle. Oui, elle est mariée, mariée sous la contrainte. Le père d’Anthony, industriel rapace et fortuné a profité de la détresse financière de sa mère, veuve, pour lui mettre le marché en main.
Anthony, homo ? Mariage blanc ! Carrément inespéré !
Julien comprend que l’avenir vient de s’éclaircir tout à coup ! Un an à attendre avant qu’elle ne puisse être libre ? Être à lui ? Un an, qu’est-ce que cela pèse au regard d’une vie ? D’une vie entière ? À deux !
Immédiatement, des solutions se présentent à son esprit mais il ne sait rien des intentions réelles de Melody. Partage-t-elle ses aspirations ? Il va donc faire une proposition et guettera la réaction de sa belle.
Fébrile, la jeune femme fronce les sourcils, attend qu’il expose son idée.
Le cœur de Melody frémit d’espoir.
Douche écossaise pour la rousse. Elle s’imaginait déjà vivre avec Julien mais cela ne semble pas être dans les plans de son amant. Ainsi, elle vivrait au second, juste en-dessous de l’homme qu’elle aime ? Un homme qui vivrait sa vie de son côté, sa vie et ses amours… Les larmes lui montent aux yeux.
Julien n’est pas sot, il a lu dans les yeux humides de sa chérie son désarroi, sa déception. Son chagrin.
Cette fois la pétulante rousse a retrouvé l’espoir mais en perd sa vivacité : elle fond, s’effondre quasiment. Il doit la rattraper et elle se love contre la poitrine de son chéri, petite chose éperdue qu’elle est.
Éperdue et heureuse !
*
***
*
Dès la fin de son spectacle, Steven l’avait capturée.
« Oh ça, c’est sûr, ma petite robe de scène est parfaitement appropriée à tes intentions ! Tu vas tomber de haut mon coco. Je ne te céderai pas ! Ni soir, ni demain. Ni jamais. »
Elle sait ce qu’elle veut, Cat : contrôler son avenir, garder la main sur demain. Et son avenir, c’est chanter. Quand bien même cela signifierait courir en permanence les petits engagements, les cachets minables. Son avenir est là. Son avenir, c’est s’éloigner de lui, pour ne pas lui briser le cœur. Parce qu’elle l’aime. Et ne veut surtout pas le faire souffrir. Ce sera bien suffisant qu’ELLE souffre !
Elle sait qu’elle n’est pas à la hauteur. À sa hauteur. Les parents de Steven ont passés deux jours à bord, avec une de ses cousines et son mari : des gens incroyables, riches mais chaleureux, fraternels, simples. Et tellement classes qu’elle s’est sentie ridicule, minuscule à côté d’eux. Insignifiante, elle, l’orpheline des bas quartiers, sans éducation autre que celle de la rue, de la survie quotidienne. Jamais elle ne pourrait évoluer dans ce cercle huppé. S’il la faisait entrer dans sa famille, elle serait confrontée à la comparaison et il serait irrémédiablement déçu. Humilié. Il la jetterait, quand bien même il serait amoureux d’elle, et il aurait mal. Elle ne veut pas, surtout pas, lui faire du mal.
La seule solution : éviter d’aller plus loin, d’aller trop loin !
Steven l’a entraînée à sa suite. Traînée serait plus juste.
Le ton est sec, cassant, impérieux. Elle hausse les épaules mais obéit.
Steven retrouve un ton plus posé.
Si ça lui parle ? Un des plus grands studios de la Côte Est ? Le rêve ! Tests, bout d’essai ?
Heureusement qu’il l’a obligée à s’asseoir ! Elle a les genoux qui tremblent ! Pas que les genoux d’ailleurs.
Cat tremble de tous ses membres. Elle est abasourdie : son rêve pourrait-il se réaliser ? Le test donnera ce qu’il voudra, échec ou réussite, ça ne dépend que d’elle, désormais. Lui, il a fait ce qu’il fallait : il lui a offert sa chance ! À elle de la saisir !
Elle se sent redevable. Elle a désormais une dette envers lui. Et elle paye toujours ses dettes. Elle lui donnera ce qu’il attend. Son corps. Juste son corps. Pas son cœur. Et elle ne volera pas le sien.
Encore tremblante sur ses cannes, elle se lève et commence à abaisser le décolleté de sa robe.
Il est furieux ! Il crie !
Il se lève, s’approche d’elle, lui glisse sa main dans les cheveux.
Sa voix s’est faite câline, implorante.
Une immense bouffée de jalousie carbonise la pauvrette. Une autre femme ?
Il sort une petite boîte de sa poche. Un écrin.
Ahurie, Cat voit la bague, un rubis fabuleux. Elle pleure !
Le vertige ! Cat continue de pleurer, mais ses larmes n’ont plus le même goût. Elles ont le goût d’un invraisemblable bonheur ! Est-ce que tout cela est vrai ? Est-ce qu’elle trouverait sa place dans la famille de Steven ?
Elle est forte, Cat, très forte mais pas assez, non vraiment pas assez pour résister à cet homme, agenouillé devant elle. Cet homme qu’elle aime si… monstrueusement ! Si désespérément ! Un homme qui tombe à ses genoux.
Trachée bloquée, le rossignol est aphone. Elle doit réunir toutes ses forces pour retrouver un mince filet de voix. Vaincue. Heureuse !
Elle a relevé son « fiancé », se presse contre lui. Ils sont deux à pleurer désormais. De joie, de bonheur. Leurs bouches se sont jointes. Elle prend sa main, l’entraîne vers la chambre, sans abandonner ses lèvres une seconde.
Ils sont debout au bord du lit.
Oui, il va l’aimer fort ! Fort et tendrement ! Précautionneusement ! Incommensurablement !
La robe verte s’affale, découvre les seins croquignolets. Des mains, des doigts fébriles jouent avec des tétons durs comme de la pierre. Durs et tendres à la fois. Julien est extasié de sentir l’ahurissante sensibilité des petits guignols, l’incroyable réactivité de ces framboises douces qui pointent des grains saillants sous ses doigts.
La robe tombe au sol. Steven allonge la divine sur le lit, envoie voler sa chemisette, son pantalon tout en se délectant, intimidé, de ce corps magnifique, gracile, attendrissant. Il s’allonge à ses côtés. Ses mains maraudent sur les seins menus alors qu’il ne peut se défaire des lèvres brûlantes de sa mie.
Cat déjà gémit sous les caresses légères qui la transportent. Elle tremble, frémit d’impatience. Elle ne veut pas qu’il s’épuise à donner. Elle veut, elle réclame qu’il la prenne. Qu’il la prenne sans tarder. Son intimité bouillonne, réclame, hurle au sabrage !
Folle, elle fait glisser son slip sur ses cuisses, s’en débarrasse tout comme elle fait tomber aussi le slip de son amant. Elle attrape le mandrin, pas pour le caresser ou le flatter. Il sera bien temps de cela après. Après. Après qu’il l’ait prise. Après qu’elle se soit donnée à lui. D’abord. Tout de suite !
Alors, dansant, ruant, s’insinuant, elle dirige la bête vers sa caverne.
Steven partage la même impatience : il plonge résolument dans le conduit soyeux. Jusqu’au fond du fond.
Leur rage commune, l’envie, le désir qu’ils ont l’un de l’autre sont si forts qu’il ne leur faudra que quelques petits instants pour jaillir dans les cieux inondés de lumière. Quelques petits instants pour se fondre et se confondre dans une unicité paradoxale.
Elle est sa femme maintenant, il est son homme. Pour toujours. À jamais !
Le Princess Savannah s’est transformé en tapis volant où ils voleront toute la nuit, s’offrant mille tendresses, mille folies somptueusement dévergondées.