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Temps de lecture estimé : 12 mn
08/01/26
Résumé:  Entre orthographistes passionnés et une écolière frôlant la syncope au cours d’une dictée, cette histoire raconte avec humour la complexité de l’écriture de la langue française. Comprendre ses règles ? Déjà une victoire. Les maîtriser ? Un exploit… mais quelle satisfaction lorsqu’on sauve un mot de sa faute !
Critères:  #exercice #humour #confession
Auteur : Maryse      Envoi mini-message
L’orthographobe, en route vers la certification Voltaire

Je sais : malgré tous mes efforts et mes nombreuses relectures, mon orthographe laisse souvent à désirer. Alors, en ce mois de janvier, je prends une nouvelle résolution – un défi personnel, même : m’améliorer.



Les correcteurs de Revebebe qui passent les textes au crible avant leur publication en seront sans doute soulagés…


Y arriverai-je ? Rien n’est moins sûr. 2026 le dira.





L’orthographe en débat 1


Sous la Coupole, quatre fauteuils vert bouteille accueillaient les orthographistes.


Le Puriste se tenait droit, le regard inflexible d’un homme pétri de certitudes. C’était lui qui avait choisi la couleur des sièges : vert bouteille, clin d’œil à une règle indérogeable de l’orthographe, celle qui rappelle que les adjectifs composés refusent obstinément de s’accorder, même quand on s’assoit lourdement dessus.


L’Historien, lui, caressait un parchemin jauni comme s’il effleurait le Saint Graal. Il marmonnait avec émotion :



Le Pragmatique rédigeait un texto sur son smartphone, tapotant avec dextérité entre deux arguments en faveur de la modernisation ; partisan inconditionnel de la flexibilité et de la simplification, il estimait que si les Gaulois avaient inventé les barriques, c’était pour y conserver la cervoise – pas pour y enfermer l’orthographe sans jamais plus y toucher. Et surtout pas à l’ère du numérique.


Le Rigide, quant à lui, soupirait déjà, les mains croisées sur ses genoux, fatigué de répéter toujours la même chose.



Il marqua une pause, puis ajouta, intransigeant :



Le Pragmatique leva les yeux de son écran, un sourire en coin :



L’Historien frissonna comme si on venait de profaner un reliquaire vénéré, soigneusement fermé à double tour :



Le Rigide se redressa d’un bond, les yeux furibonds lançant des éclairs :



NDLR : sauf afin et d’autres mots qui tiennent obstinément à rappeler qu’en orthographe, c’est l’exception qui fait la règle. Et non l’inverse.


Leurs regards se croisèrent. Une tension palpable, presque théâtrale, s’installa sous la coupole.



Les doigts du Pragmatique se crispèrent. Le SMS partit avec une bonne moitié de lettres en moins. Le rapidographe venait d’être inventé à son insu.


Au même moment, une écolière, Maryse de son prénom, releva les yeux, le front en sueur, le stylo à bout de force, prête à demander l’asile linguistique pour obtenir son passeport orthographique :



NDLR : ne te berce pas d’illusions, innocente Maryse. L’orthographe ne serait plus ce qu’elle est si elle devenait logique : elle perdrait aussitôt sa vocation première – être un chemin de croix. Alors crois-moi, avec elle, une seule règle valable : si l’écolier persévère, il croit.


Car les indomptables de l’orthographe rôdent partout. Pour t’en convaincre, chère enfant, observe bien la suite : les pluriels se cachent puis se montrent… tels des tigres ocre et noir, tapis dans les hautes herbes vertes et jaunes du savoir, prêts à bondir sur toute faute, yeux perçants braqués sur toutes les maladroites de ton espèce, griffes promptes à corriger les inattentives…


Une fois avec s, l’autre sans, et ça recommence. Un vrai pile ou face… où les règles orthogradéliques – contraction d’orthographe et de psychédélique – retombent presque toujours sur la tranche.


Ou peut-être parce que les tigres ocre et noir courent trop vite pour être rattrapés par les s, contrairement aux herbes vertes et jaunes qui se font pécho (sans s bien évidemment, c’est un infinitif).


En tout cas et dans tous les cas, mieux vaut rester sur ses gardes quand les accords pointent leur nez : ils trompent sans vergogne. Sainte Bescherelle 2, venez-nous en aide !


La dictée des écoles


Le professeur des écoles s’approcha de l’élève, perdue dans le flou, un sourire sadique aux lèvres.



Maryse se recroquevilla sur son pupitre.



Fort, for… la migraine arrivait à grands pas, fort désagréablement – et sans demander l’accord de personne.


Les orthographistes s’interrompirent pour observer, curieux.



NDLR : clair comme de l’eau de roche ; à condition que la roche soit de l’obsidienne.


À des kilomètres de là, Maryse fronça les sourcils.


Les fautes se sont succédé, écrivait-elle. Elle hésita. Succédées ? Succédé ?



Elle ratura, soupira, puis abandonna l’accord. Après tout, on ne succède à rien, on se succède… et tant pis si les fautes, elles, se succèdent quand même.



Maryse hocha la tête. Ça, elle connaissait. Elle en avait même fait les frais. Les mains baladeuses – comme l’orthographe –, quelle plaie, spécialement dans le métro, les heures d’affluence. Ou quand elles se déplacent dans les phrases pour pousser à la faute.



Dans sa classe, Maryse s’effondra presque sur sa chaise.



Pas de COD. Pas de COI. Un e une fois sur deux. L’orthographe venait de prouver une fois de plus qu’elle n’avait besoin de personne pour décider !



Ben voyons, se dit-elle, en hochant la tête d’un air entendu.



Dans sa classe, Maryse, un affreux mal à la tête, se demanda si, à force de se taire pour réfléchir et ne pas se tromper, elle aussi ne finirait pas muette.


Sous la Coupole, le Pragmatique leva la main.



Le Puriste bondit, prêt à en découdre.



Pendant ce temps, Maryse, à bout de nerfs, raturait encore.


Bafouer l’orthographe, affrontf, ff ou ph ?



La symétrie, c’est plus jolie… Et surtout, ça fait sérieux, même quand on ne comprend rien.


Elle se relut, satisfaite.


Mais non, voyons, même si symétrie est féminin, la phrase s’écrit : c’est plus joli… Avec plus, le féminin s’efface. Du moins… officiellement.


On ne nous racontera pas que l’orthographe n’a pas été écrite par des hommes… et que baffes ou pas bafe, elle nous corrige toujours.


Elle s’arrêta net face à une autre phrase.


L’orthographe est compliquée dès qu’on n’y prête pas assez attention.


Elle sourit, raya, recommença :


L’orthographe est compliquée, des cons n’y prêtent pas assez attention.



Les orthographistes bouillaient d’impatience.



Maryse eut un haut-le-cœur.



NDLR : eh oui, en français, le pluriel est source inépuisable de fautes. Pour l’affronter, il faut tout plein de savoir-faire : s’élancer comme des trompe-la-mort, implorer les cieux pour espérer atterrir sur des prie-Dieu et surtout éviter de tenter l’expérience les après-midi.


À force de ratures, Maryse sentit quelque chose céder. Pas une règle. Elle. Les mots se mirent à glisser sur la page. Les accords dansaient. Les lettres couraient dans tous les sens comme des lapins ayant flairé le danger… ou les faux amis.



Elle posa son stylo, ferma les yeux une seconde.



L’orthographe ? Une aire où l’on erre, pauvre hère à bout d’air, à travers les ères.


Tandis que Maryse sombrait, les orthographistes en étaient déjà aux adjectifs.



À la fin de la dictée, Maryse en resta tout abasourdie – et même toute surprise par le fait que « toute abasourdie » soit une faute alors que « toute surprise » ne le soit pas… Avec « tout », il faut tout comprendre… surtout quand il change d’avis à chaque adjectif.


Clair comme de l’eau de roche ? Eau de roche… non mais haut de roche d’où l’on se jette, poussé par le désespoir dû aux homophones qui se ressemblent, aux lettres muettes qui se cachent, aux règles qui se rient de vous et aux accents qui vous pointent de leurs doigts accusateurs. Sans oublier les espaces qui s’invitent sans prévenir.


L’orthographe serait tellement plus simple si elle se pliait à celui qui écrit, et si par hasard, le sens échappait au lecteur, ça serait la faute de ce dernier…



Épilogue : des phrases pleines de pièges, plein la vue


Maryse, se frottant les yeux, comprit la morale de cette dictée farfelue – deux f dans ce mot mais cette fois-ci séparés ; allez comprendre – : l’orthographe est compliquée. Il faut la prendre au sérieux sans se prendre au sérieux. Et surtout, accepter que dans cette langue, comprendre une règle est déjà une victoire. L’appliquer relève parfois du miracle.


L’orthographe française, quant à elle, fière de son désordre, continua de vivre… avec ses règles, ses exceptions et ses absurdités.


Maryse en resta tout étonnée – et même toute mortifiée – mais aussi pleinement convaincue d’une chose : elle se souviendrait longtemps des fautes qu’elle s’était juré de ne plus jamais refaire, surtout celles qu’elle venait précisément de reproduire en y faisant attention 3.


Conne quoi, en français, l’orthographe n’est jamais acquise. (Plus un lapsus révélateur qu’une faute. Et, étrangement, ça soulage !)



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1. De sources averties, l’orthographe française est compliquée parce qu’elle :

conserve l’histoire plutôt que le son – merci aux innombrables lettres muettes qui hantent notre écriture, telles des fantômes réveillant les fautes.

mélange plusieurs héritages – latin, grec, germain, français médiéval… et beaucoup d’arbitraire, sous couvert de rayonnement culturel.

valorise la distinction sociale et culturelle – savoir écrire, c’est savoir se faire respecter… mais avant tout se faire admirer (là, c’est la jalousie qui parle !).

privilégie l’écrit sur l’oral – l’oreille peut se tromper, pas la plume, enfin… lorsqu’elle est tenue par une main initiée.

est frileuse à toute réforme en profondeur – c’est connu : en France, on ne touche pas aux acquis ! Jamais… sinon gare aux manifestations à répétition.




Ce n’est pas une fatalité linguistique, mais un choix culturel… à notre image : pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliqué !


2. Bescherelle – L’orthographe pour tous est un ouvrage de référence. À consulter si les s des adjectifs apparaissent et disparaissent comme par magie… ou si vos yeux se rebellent.


3. Si vous n’avez pas trouvé, dites-vous que vous venez de refaire la faute en y prêtant attention.