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n° 23444Fiche technique58089 caractères58089
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Temps de lecture estimé : 40 mn
06/01/26
Résumé:  Une assistante sociale prend en charge un ado très perturbé.
Critères:  #romantisme fh
Auteur : Malatete            Envoi mini-message
Vent de Noroît

Le vent de novembre fouettait le visage de Léa, lorsqu’elle frappa à la porte en bois écaillé. La maison, perchée au-dessus de la Grève Blanche, semblait lutter contre les éléments, sous les assauts du vent de noroît.


La porte s’ouvrit brusquement. Titouan Le Goff occupait tout l’encadrement. Il portait un pull marin reprisé et une odeur tenace de gazole et de marée l’enveloppait.



Titouan soupira en haussant les épaules, exhalation longue et exaspérée. Il s’écarta sans un mot, la laissant entrer dans son antre. L’intérieur était chaotique : des casiers à homards dans le salon, une pile de vaisselle dans l’évier et Tom, assis par terre, dessinait dans un carnet, sur la table basse du salon.



Léa s’approcha de Tom et s’accroupit, ignorant la poussière sur son manteau beige.



L’adolescent leva les yeux, surpris par la douceur de la voix.

Titouan, lui, observait la scène du coin de l’œil, méfiant : il avait l’habitude des gens qui venaient juger, pas de ceux qui s’accroupissaient. Il ne l’aurait jamais reconnu, mais cette jeune femme lui était sympathique.


La nuit suivante, sur son bateau, patientant avant de remonter ses filets, son esprit était envahi par l’image de l’assistante sociale. Bien sûr, elle était jolie comme un cœur, avec ses cheveux brun acajou bouclés, tombant en cascade sur ses épaules, son petit nez légèrement pointu, ses grands yeux presque noirs, son teint ambré de Méditerranéenne. Bien sûr. Mais il y avait aussi sa voix flûtée, charmeuse, légèrement voilée, fêlée. Une voix qui tournait dans sa tête. Oui, cette fille lui était sympathique. Et puis, surtout, il avait vu, abasourdi, Tom tomber instantanément sous son charme, abandonner en une seconde ses réserves, ses défenses. À peine avait-il sursauté lorsqu’elle avait caressé ses cheveux. Cette jeune femme était-elle une fée, ou une sorcière, pour l’amadouer ainsi ? Une bien jolie sorcière, en tout cas.


Titouan sentait un profond changement s’opérer en lui, quelque chose venait d’éclore, de se réveiller. Lui qui, depuis quatre ans, ne vivait que pour son frère, travaillant obstinément pour lui donner le minimum de confort, au moins le minimum, car son métier ne lui permettait pas d’en offrir davantage, lui qui travaillait quatorze-quinze heures par jour, lui, il réalisa brusquement qu’il s’était oublié, qu’il s’était perdu, qu’il avait mis sa propre existence sous l’éteignoir. Ce constat le fit frissonner. Une sorcière ? Non, cette jeune femme était un ange.


Lorsqu’elle était revenue, deux jours plus tard, la béatitude extasiée de Titouan s’était évanouie, la tension était montée d’un cran : Léa était revenue avec un plan d’action structuré, des horaires, des propositions d’aide aux devoirs. Titouan s’était senti acculé.



Sa voix tremblait légèrement, mais elle ne recula pas. Titouan se figea. Il la regarda attentivement. Il comprit qu’elle n’était pas juste une bureaucrate avec un dossier ; elle était une femme, qui se tenait debout face à un homme deux fois plus costaud qu’elle, fière et tenace parce qu’elle se souciait réellement du gamin. Une bien jolie femme qui ne le laissait, décidément, pas indifférent, réalisa-t-il.



Il y eut un silence, seulement troublé par le sifflement du vent dehors.



C’était sa façon de dire merci. Léa sourit discrètement en l’observant.



Dans le haut de l’escalier, Tom avait entendu les échanges entre son frère et l’assistante. L’inquiétude le taraudait.


« Mais qu’est-ce qu’elle veut cette nana ? Me caser dans un foyer, dans une famille d’accueil ? Je suis bien ici, avec mon frère. C’est la seule personne en qui j’ai confiance. Lui ! Et Yvanne aussi. »


Titouan lui avait parlé, avant la venue de l’assistante, expliqué la démarche de cette femme, parlé des risques pour eux deux.



L’ado avait bien compris le message et, pour la première fois depuis qu’ils vivaient tous les deux, il était allé se serrer tout contre son frère. Pour lui clamer que lui, non plus, ne supporterait pas une séparation. Titouan était resté raide comme un piquet, n’avait pas tenté de le serrer aussi, de lui caresser les cheveux et, de cela, Tom lui était reconnaissant : c’était déjà un énorme effort, de sa part, que venir câliner son frère, endurer des caresses aurait été de trop.


Il allait faire des efforts à l’école. Facile, il se savait capable d’obtenir de bonnes notes. Il lui suffirait d’écouter la maîtresse, de se concentrer, de travailler un minimum aussi. Un max s’il le fallait. Il aurait de bonnes notes, et tant pis si les blaireaux de sa classe le regardaient alors d’un mauvais œil. Ça ne changerait pas beaucoup d’aujourd’hui. Il prendrait sur lui et ne répondrait plus aux provoc’ de Mathis, ce grand con ignare.


Il voulait faire plaisir à Titouan. À Léa aussi. Parce qu’elle était sympa, l’assistante sociale. Et jolie. Il avait bien vu les regards en coin de Titouan : il avait compris que cette femme lui plaisait…


« Ben au moins, s’il flashe sur cette meuf, il ne regardera pas Yvanne ! »


####



L’hiver breton ne pardonnait pas. Une tempête, nommée Carla, frappa la côte en pleine nuit. L’électricité fut coupée dans tout le secteur.


Léa, inquiète pour Tom, et sachant la maison isolée au milieu des résidences secondaires vides en cette saison, brava les routes inondées, pour venir voir s’ils avaient besoin de bougies ou de couvertures. Lorsqu’elle arriva, elle trouva Titouan dans le jardin, sous une pluie battante, essayant désespérément d’arrimer le toit de l’appentis, qui menaçait de s’envoler.


Sans réfléchir, Léa accourut pour l’aider.



Titouan la regarda, stupéfait, ses cheveux trempés collés au visage.



Ensemble, trempés jusqu’aux os, ils luttèrent contre les éléments, pendant plusieurs minutes. Une fois l’abri sécurisé, ils rentrèrent en courant, ruisselants d’embruns salés et de pluie.


Dans la cuisine, éclairée à la bougie, Tom les avait regardés, les yeux ronds. Titouan et Léa étaient hors d’haleine, frissonnants. Titouan éclata soudain d’un rire nerveux, un son rare et profond.



Titouan attrapa une serviette rêche et s’approcha d’elle. Au lieu de la lui lancer, il la posa maladroitement sur ses épaules. Ses doigts effleurèrent le cou de Léa. L’air dans la pièce devint soudain bien plus chaud et ce n’était pas dû aux simples bougies.


Titouan fit un signe de tête à son jeune frère.



Le pêcheur suivit l’ado, l’accompagna dans sa chambre, à l’étage. Avec des gestes maladroits, il borda le gamin, se pencha vers lui, pour lui déposer une bise, mais sans que ses lèvres ne touchent le front de son frère.


Dans l’encadrement de la porte, Léa, attendrie, avait observé la scène. Redescendue dans la cuisine, l’assistante sociale ne put s’empêcher de remarquer :



Son visage était grave, reflétant une immense colère, mais Léa le vit se fermer comme une huître. Elle n’insista pas, imagina mille raisons, et son esprit s’embruma au souvenir de ses propres démons.


####


Les semaines suivantes marquèrent un changement subtil. La maison était plus propre, mieux rangée. Yvanne, la jeune voisine, continuait à assurer la permanence de nuit, lorsque le grand frère était en mer, et elle contrôlait les devoirs de Tom.


Un Tom qui avait remonté ses notes, grâce au soutien scolaire organisé par Léa, l’aide d’Yvanne, et surtout parce qu’il bossait à fond.

Un Tom qui riait, même, parfois, avec son frère, Yvanne ou Léa.

Un Tom déjà très attaché au chien, que lui avait offert l’assistante sociale.


Quant à Titouan…

Titouan se rasait avant les visites du jeudi !


####


Léa, bien que concentrée sur le cas de Tom, s’avoua peu à peu une attirance pour le géant rustre. Un sentiment qui l’agaçait, bien entendu, qui l’étonnait aussi, mais une attraction contre laquelle elle ne pouvait lutter et qui s’affirmait de semaine en semaine.


Un lundi soir, rentrant de son bureau de Lannion, à Penvern, elle fila tout droit vers Trégastel, au lieu de tourner vers chez elle.


« Bof, allez, je fais un crochet rapide chez les deux frères, voir comment ils vont ! »


Elle sourit : elle était assez fine pour savoir qu’elle avait carrément besoin de les voir, qu’elle était incapable d’attendre jusqu’à jeudi… Impatiente qu’elle était de LE voir !


En fait de crochet, c’était franchement un détour, qu’elle fit ! La marée était haute. Elle dépassa Landrellec, Le Guern et, en arrivant dans la cité du Roi Gradlon, elle prit à gauche, vers la Grève Blanche. Dans le quartier bas, les maisons modernes, design pour la plupart, résidences secondaires pour beaucoup, composaient ce quartier récent, mais sur la colline, les maisons de grès, traditionnelles, s’éparpillaient au milieu des fougères et buissons. Beaucoup étaient fermées, devenues, elles aussi, résidences secondaires. Garée, il lui restait deux cents mètres à parcourir, rude montée, pour atteindre son but. Lorsqu’elle frappa à la porte, ce fut une blondinette qui vint lui ouvrir.


« Mais oui, réalisa-t-elle, marée haute, Titouan est sur son bateau ! Grande sotte que tu es ! »


Sa visite n’avait toutefois pas été inutile, puisqu’elle lui avait permis de faire la connaissance d’Yvanne. Une très charmante blondinette, vive et souriante. Tom était visiblement sous le charme de cette jeune fille, qui venait, chaque fois que nécessaire, pallier l’absence de Titouan. Lycéenne, la « baby-sitter » travaillait, révisait ses cours dans la soirée, avant d’aller se coucher sur le canapé-lit du bureau. Le grand frère lui avait proposé de prendre son lit, mais elle se trouvait bien sûr le canapé et, au moins ainsi, le pêcheur pouvait-il profiter du confort de sa couche, pour dormir jusqu’à sept heures, heure du lever de Tom. Car Titouan déjeunait systématiquement avec son frère, avant qu’il ne parte au collège, quitte à se recoucher, ensuite, pour finir sa nuit.


En observant la blonde, à peine plus jeune que Titouan, Léa ressentit une pointe de jalousie. Parfaite, athlétique, pourvue d’atouts… irrésistibles, elle se demanda comment le marin pouvait résister à son charme. À moins qu’ayant perçu l’attirance de Tom pour sa baby-sitter, le gars ne se refuse à marcher sur les brisées de son frère, même si une idylle paraissait hautement improbable, entre les deux jeunots. À treize ans trois quarts, Tom ne faisait pas le poids, face aux presque 17 ans d’Yvanne, femme épanouie, déjà.


Léa s’amusa, et se gronda gentiment, en constatant qu’elle avait, inconsciemment, gonflé sa poitrine pour concurrencer les pare-chocs de l’affriolante blonde. « T’es trop bête ma fille ! ».


Ce constat la troubla, d’autant qu’une sourde chaleur avait envahi son delta et l’irrita quelque peu : une histoire avec le grand frère compliquerait sa tâche auprès de Tom…


####


Quelques semaines plus tard, un après-midi où l’air était vif, mais le temps ensoleillé, Titouan avait invité Léa, non pas à la maison, mais à venir le rejoindre au port.



Ils sortirent en mer, un petit mile nautique, juste au sortir de la baie. L’eau était calme. Titouan coupa le moteur. Le silence était absolu, apaisant, juste brisé par le cri des mouettes, tournicotant au-dessus du bateau.



Léa réagit avec une certaine véhémence !



Il se tourna vers elle. Le soleil bas de décembre donnait à son visage tanné une douceur inattendue.



Il prit les mains de Léa. Ses paumes étaient rugueuses, calleuses, comme du papier de verre, mais son visage exprimait toute la gratitude qu’il avait pour la jeune femme. Simple gratitude ? Léa lut aussi, dans son regard, une petite flamme timide, et elle réalisa que cela la comblait de joie. Lorsqu’il enleva ses mains, Léa en reprit une et enferma la grande paluche entre ses deux mains. Elle lut la surprise dans le regard du pêcheur. Une vraie complicité s’installait entre eux.



Son compagnon se raidit, tenta de retirer sa main, mais elle s’y agrippa fermement. Quelques secondes d’un lourd silence, puis elle sentit son vis-à-vis céder progressivement. Titouan s’adossa au bastingage, les yeux perdus vers l’horizon. Il commença à parler. Doucement, avant de tout déballer.



Perdu dans ses souvenirs, les yeux au bord des larmes, il poursuivit.



Titouan marqua un temps, reprit son souffle et continua, des larmes coulant sur ses joues.



Léa regarda l’homme blessé, qui hoquetait dans ses pleurs. Elle se plaqua contre lui, pour apporter un peu de chaleur à son corps transi.



Titouan se raidit et se détacha d’elle brusquement, lâchant un petit rire désabusé.



La complicité venait de se briser entre eux. Titouan, plus fermé que jamais, remit le bateau en route pour rentrer au port. Il ne décolérait pas. Une fois l’ancre jetée, les deux jeunes gens prirent l’annexe pneumatique pour rejoindre la grève.



C’était, là, la goutte qui fit exploser sa colère. Elle monta rapidement l’escalier de la digue où elle apostropha durement le pêcheur.



Titouan, affairé à accrocher le canot, la regarda, sidéré par cette réaction brutale. Il vit des larmes embuer ses yeux.



Les digues de ses larmes cédèrent brutalement.



Remonté sur la digue, Titouan mit un moment à comprendre : Léa avait abandonné son masque de professionnelle, elle s’était livrée femme. Femme meurtrie. Femme blessée.


Il revit, choqué, les larmes de la jeune femme, la colère qui brillait dans son regard, sa détresse aussi. Elle avait souffert, elle aussi, elle connaissait la peur de Tom ! Elle l’avait vécue ! D’une manière ou d’une autre !


Le temps que le bonhomme le comprenne, elle était partie. Titouan sauta dans sa camionnette et fila chez elle.


Lorsqu’elle entendit frapper à sa porte, Léa avait décidé de ne pas ouvrir : elle n’était pas d’humeur à écouter les ragots de sa voisine. Mais les coups redoublèrent.



Titouan ? Mais comment ? Il l’avait suivie ? Il avait le culot de la relancer chez elle ! Elle ouvrit la porte à la volée, pointa un index aussi rageur qu’accusateur vers l’homme.



Titouan vit ses poings fermés.



Léa en resta interdite : Le Goff qui s’excusait !



Elle ne trouvait pas ses mots et les larmes, à nouveau, affluèrent.


Titouan aurait su comment gérer une femme en colère, mais il se trouva totalement désarmé face à une femme en pleurs. Il s’avança vers elle, la prit dans ses bras.



Elle hocha la tête en signe de dénégation obstinée.


Il caressa ses boucles, sa joue, releva le menton de la pauvrette et posa un léger baiser sur ses lèvres. Tremblant, il attendit l’inévitable claque, l’accepta d’avance. Mais Léa vint, au contraire, se blottir contre lui et, le visage toujours baigné de larmes, elle l’embrassa. Fougueusement ! Encore et encore, le souffle court.



Elle le voulait, voulait ses mains sur sa peau, son corps sur le sien. Nus, l’un et l’autre. Lui, en elle. Lui, la possédant ! Elle le désirait, furieusement. Faisant fi de ses résolutions.


Mais il recula, bafouilla :



Surprise, elle le dévisagea, totalement ahurie !



Elle était sidérée de sa réaction ! Titouan sourit tristement. Lui non plus ne se reconnaissait pas. Il déposa quelques caresses sur les joues de la belle et se détourna, partit, marchant lourdement, épaules affaissées.


Léa s’en trouva abasourdie : il était parti ! Elle s’était offerte à lui et… il était parti !


Bien sûr, il avait eu raison, bien sûr, elle n’avait pas toute sa tête. Bien sûr, elle n’aurait pu dire non. Mais pourquoi aurait-elle dit non à ce qu’elle attendait, ce qu’elle espérait depuis des semaines !


Il était parti, refusant l’offrande de son corps ardent, courant le risque que, demain, jamais plus peut-être, l’occasion ne se représenterait à lui. Tombant assise sur une chaise, elle se regarda au fond des yeux dans le miroir, en face. Elle se vit, tremblante, avec des traînées de mascara maculant ses joues. Elle était petite chose meurtrie, apeurée, désorientée, mais heureuse. Tellement heureuse, choquée et attendrie par la réaction de cet homme qui n’avait pas voulu profiter de son désarroi.


Et elle en conçut pour lui un immense respect. Une énorme tendresse.


« Merde, sombre idiote que tu es, te voilà amoureuse ! ».


Mais, cette réalité-là, elle ne la combattait pas. Plus, désormais. C’était, pourtant, quelque chose de nouveau, d’inédit. Jamais encore elle n’avait senti son cœur battre de cette façon…


Se levant, tout à coup, elle entra dans sa chambre et se déshabilla avec furie. Totalement. Debout devant son grand miroir, elle s’examina d’un œil critique, arrangea ses cheveux fous, essuya ses yeux d’un revers de main, effaça les coulures noirâtres sur ses joues. Elle fit glisser ses bouclettes sur ses seins. Ses seins, oh, de loin pas aussi provocateurs que ceux d’Yvanne, mais de jolies pommes rondelettes, dont la blancheur flashait sur sa peau hâlée. Couronnés de charmants fripons bruns tout érigés. Sa main glissa sur son ventre, flatta ses hanches. Ses doigts se perdirent dans son buisson triangulaire, aux contours parfaitement dessinés, poils sombres et drus. Resserrant ses cuisses au maximum, elle fit disparaître sa fente, sachant que si une phalange se glissait dans ce canyon, elle ne répondrait plus de rien, perdrait tout contrôle. Elle examina ses jambes, ses cuisses, longues, fuselées. Pas de fausse modestie, des jambes superbes !


Son corps brûlait, hurlait son désir. Son désir contrarié. Irradiant. Indomptable.


Alors, elle s’abandonna, se jeta sur son lit.


Et elle se fit l’amour. Avec patience. Volupté. Et honte. Honte de se caresser les nichons, honte d’agacer son ventre tendu, honte de couler ses doigts sur sa fleur épanouie. Elle se fit l’amour, imaginant les grandes paluches calleuses de Titouan parcourant son corps pleinement offert, ses doigts agaçant ses tétons tendus, dépliant les sépales de ses petites lèvres foisonnantes, plongeant dans sa rivière, agaçant son capuchon sensible. Elle ouvrit ses cuisses. Écartelée, plantée sur ses jambes pliées, fesses relevées. Trois doigts s’enfoncèrent dans sa grotte incendiée, deux autres, de sa main gauche passée sous ses fesses, s’invitèrent à la fête ! Tous ces doigts pour imaginer, figurer, son sexe lui fondant son intimité, pour la dévaster.


Léa jouit très vite, presque instantanément, sitôt ses doigts enfournés. Elle jouit formidablement, mais cette extase n’apaisa pas son désir. Cet épisode, aussitôt, lui parut insensé, grotesque et la laissa en larmes, larmes de dépit. Larmes de bonheur, et d’espoir aussi, car elle savait que demain…


Elle savait, savait qu’elle s’offrirait à lui, sans retenue, sans faux semblants. S’offrirait d’abord. Lui parlerait ensuite. Lui raconterait tout. Après. Après qu’il soit venu mourir en elle.


À moins… à moins qu’elle ne parle d’abord, pour le tester, pour qu’il sache ce qu’elle était… Pas QUI elle était, mais bien CE qu’elle était. Pour qu’il l’aime, ou pas, en toute connaissance de cause !


Redescendue sur terre, en pleine conscience, elle prit son téléphone et tapa un message :



Le message envoyé, elle se trouva bête, honteuse à nouveau, mais prit le parti d’en rire !


« Assume ma belle, assume-toi ! »


####


La journée fut longue, harassante. À peine arrivée au bureau, Léa a été assaillie de coups de fil, des personnes hargneuses, mécontentes de ci ou de ça. Mécontentes de choses qui, pour la plupart, ne dépendaient pas d’elle. Elle réussit à les calmer, avec tact et petites menteries…


Mille autres contrariétés ce jour-là. Dans la matinée, pour se rendre à un rendez-vous, sa voiture avait longuement rechigné à démarrer. Son frichti de midi, insipide : demain, elle retournerait chez son traiteur habituel. Et puis il y avait eu aussi des tonnes de mails, administratifs, lourds qui nécessitaient des réponses longues, précises. Chiantes !


À plusieurs reprises, très souvent, en fait, pour ne pas dire continuellement, elle avait pensé à Titouan, lui souhaitant sincèrement une meilleure journée. Rêvant aux folies de la soirée à venir. Impatiente. Excitée.


Au moment où elle quittait le bureau, ultime désagrément du jour, un de ses talons céda : elle aurait dû s’énerver, elle préféra en rire. Elle enleva ses chaussures, actionna le démarreur : sa pétrolette démarra du premier coup ! Ouf, fin de la journée de merde ? Plus elle se rapprochait de chez elle, plus son humeur s’améliorait. Il allait venir, il allait l’aimer. Enfin ! Peut-être…


Rentrée chez elle, elle passe un long moment devant son armoire. Quelle tenue choisir ? Merde, les hommes ne s’embarrassent pas autant : un jean, un pull quelconque, et l’affaire est réglée ! Elle manque de céder à cette idée, mais se ravise bien vite : elle veut être désirable, pour lui ! Furieusement sexy ! Alors, Dim’up ajourés, mini-jupe en daim, raisonnablement courte, trop courte toutefois pour masquer la bande de maintien de ses bas. Un mini-slip, taille basse, qui ne masque pas son buisson. Et puis non : pas de soutif, pas de slip ! Pour parfaire sa tenue, un chemisier beige, vaguement diaphane.


Elle s’admire devant son miroir en pied, se trouve terriblement désirable. Sexy en diable. Délibérément provocante. Un peu pute pour tout dire ? Devait-elle se changer, se demande-t-elle, mais elle renonce vite : cette tenue colle bien à ce qu’elle a à lui dire. Après, ce sera à lui de voir…


Trois petits coups à sa porte, elle enfile ses escarpins : elle est grande, certes, mais lui est immense. S’agit d’être à la hauteur !


Infini sourire aux lèvres, elle ouvre. Oups ! Il a fait des efforts le gars : pantalon gris, chemise blanche vaguement bouffante, veste en cuir. Il est tout intimidé le bonhomme, une bouteille dans une main, un bouquet de roses jaunes dans l’autre. Jaunes, synonyme d’excuses ? Mais de quoi devrait-il s’excuser ?


Titouan s’avance vers elle, mais ne sait quelle contenance adopter. Puisqu’il a les mains encombrées, elle en profite, le tire dans l’appartement, fait claquer la porte et se jette à son cou, lui offre ses lèvres. Énorme baiser langoureux, petits bisous en rafale, nouveaux patins époustouflants. Voilà qui le rassurera.


Elle finit par lui libérer les mains, prend les cadeaux : nouveaux bisous pour le remercier de ses attentions. Alors qu’elle met les fleurs dans un vase, il s’approche, lui plaque ses mains aux hanches, lui embrasse le cou. Frissons…


Lorsqu’elle se retourne, nouveaux baisers, torrides. Ils ne se sont toujours pas dit un mot, mais leurs mains, leurs lèvres, leurs bouches parlent pour eux, racontent l’immense faim qu’ils ont l’un de l’autre.



S’il a imaginé qu’elle s’installerait tout contre lui, il a de quoi être déçu. Déçu et inquiet. Dans son fauteuil, face à lui, Léa affiche un air grave, fermé, se tient jambes serrées, mains sur les genoux. Il comprend : elle va lui dire. Elle va parler. Lui raconter. Tout lui dire de ses peurs, de ses hontes, de son cauchemar. Il est si intimidé qu’il en revient au vouvoiement.



La jeune femme lâche un soupir. Et se raconte :



Léa pleure silencieusement.



Titouan a quitté le canapé, il est tombé à genoux, devant elle, posant ses mains sur les siennes.



Léa regarde son compagnon droit dans les yeux



Les mains de Titouan se serrent sur les siennes.



Le pêcheur est tourneboulé, impressionné qu’elle ait pu s’engager dans un métier, qui la ramène sans cesse à son passé.



Sortant de son discours, d’un geste de la main, elle referme comme une parenthèse. Pas tout à fait en réalité : elle n’en a pas fini, mais reviens cette fois au tutoiement.



Attrapant les mains de Titouan, toujours à genoux à ses pieds, elle plonge un regard désespéré dans les yeux de son auditeur attentif.



Titouan se relève doucement, se détourne, marche vers la fenêtre, se plante devant. Il est trop chaviré, trop ému, ne veut pas pleurer devant elle. Pourtant, l’instant d’après, il se retourne, tout de même, vers elle, les joues barrées par ses larmes.



Chavirée à son tour, Léa s’est levée. Elle retient ses larmes, vient se plaquer contre l’homme, cet homme qui a fait éclore des sentiments inconnus. Tellement nouveaux pour elle.



Riant, pleurant, les deux jeunes gens s’embrassent, s’époumonent. Léa s’abandonnera totalement ce soir. Ce soir, contrairement d’avec ses amants de passage, elle se laissera porter, ne fera aucun geste, ne prendra aucune initiative.


Titouan effleure ses joues et ses lèvres, ses doigts dessinent l’ovale de son visage, s’en viennent marauder dans son cou, ses épaules, en glissant à peine sous le col du chemisier. Sans précipitation, sans hâte. Les mains papillonnent sur ses flancs, s’égarent à la naissance des fesses, remontent sur la colonne vertébrale, troussent à peine le chemisier. Des sensations diffuses qui font naître des fourmillements délicieux en Léa, merveilleusement anesthésiée. On est loin, si loin, des caresses précipitées, avides, de ses tristes partenaires, toujours trop gourmands, trop pressés. Le jeune homme revient l’embrasser, la soûler de baisers évaporés, ravageurs, quémandeurs.


Lorsque la bouche s’éloigne, que Titouan se recule, pour déboutonner patiemment les nacres de son chemisier, elle se raidit, elle réalise que ce drôle d’amant n’a toujours pas empaumé ses seins, libres, pointant leurs rosaces sous le tissu. Léa se mord les lèvres, quand les pans du chemisier s’écartent peu à peu, dévoilant les contreforts de ses monts éburnéens. Elle en est sûre, Titouan va maintenant accaparer ses tétons durcis.


Mais non, l’impossible caresseur entame une manœuvre étonnante : glissant sous la jupe, ses mains tâtonnent, réalisent sans doute l’absence d’un ultime rempart de sa pudeur. Le monstre n’a même pas tâtonné ses fesses, ses mains ne sont pas insinuées sous sa jupe, pas venues pianoter sur son sexe désormais accessible.


Léa meurt d’impatience contenue, sa peau, couverte de chair de poule, est presque irritée par les frottements de la soie. Elle attend les caresses ultimes, dont elle redoute qu’elles pourraient l’expédier vers au moins un para-orgasme douloureux. Quand les paluches la saisissent sous ses fesses, elle est soulevée, elle s’accroche au cou de son amant. Il la porte, comme si elle ne pesait rien, la conduit vers la chambre, la dépose délicatement sur la couche.


Debout dans la ruelle du lit, Titouan fait voler sa chemise, déboutonne son pantalon pour s’en défaire avec élégance, enlevant ses chaussettes dans le mouvement. Il est presque nu, son slip tendu, son torse puissant un peu velu, ses pectoraux bien dessinés, son ventre musclé sans exagération. Le corps d’un travailleur, d’un homme, un vrai, pas comme elle en a connu certains, adeptes pitoyables de la gonflette faisant saillir leurs muscles hypertrophiés avec une fierté dérisoirement machiste.


Elle lutte, Léa, pour ne pas transgresser la promesse qu’elle s’est faite : ne rien faire, attendre l’offrande à son corps, déjà emperlé d’une fine rosée. Ne pas pétrir ses seins, ne pas laisser ses mains glisser vers son delta. Attendre, savourer le voyage des mains fébriles, qui navigue sur la carte du tendre.


Lorsque son doux amant écarte, enfin, les pans de son haut, dévoile ses seins, elle ferme les yeux, redoute les caresses à venir. Titouan fait glisser une langue large et humide sous l’arrondi des pommes gonflées, tournicote sur ces fruits pleins, provoquent l’irisation de son épiderme, des vagues électriques l’ensoleillent. Lorsque les lèvres s’en viennent emprisonner un des tétons exacerbés, un plaisir brutal la transporte, fugace certes, mais déjà grisant. Léa, à deux doigts de l’extase, gémit sous les attaques répétées sur ses nichons, son corps s’arque et se tend irrésistiblement. Doigts totalement écartés à plat sur le drap, Léa subit les agaceries gourmandes d’une bouche gastronome, qui se délecte de ses friandises chocolat. Ses doigts serrent, maintenant, le drap, à presque le déchirer, comme si elle s’accrochait désespérément à une bouée salvatrice.


Longtemps, le caresseur mignote les cabochons de ses seins, avant que la bouche ne se décide à poursuivre l’aventure sensuelle. Il se relève, fais glisser la jupe, l’envoie voler au pied du lit, reste de longues secondes à l’observer, extasié. Se penchant, enfin, sur elle, sa langue glisse sur le ventre. C’est du bout du nez que ce doux partenaire farfouille dans le bosquet du mont dodu, souffle son haleine chaude sur le sillon, emperlé de miel. Toujours bras écartés, Léa, accrochée au drap, relève la tête à l’heure de l’hallali : la baveuse qui s’insinue dans le sillon de son sexe, lape et boit sa sève, cette langue est l’épée d’un roi vainqueur, sabre qui la cisaille, la transcende et l’expédie dans les nues. Léa jouit déjà, enfin, libère d’un coup toutes les forces détonantes de son corps excité, la projette dans un monde parallèle de beauté, de lumière, de sucre et de miel.


Léa jouit, profondément, sans discontinuer, des caresses incessantes sur sa fleur, heureuse et affolée, submergée de tendresse pour l’homme qui joue de ses sens, un homme qui, elle le sent bien, la respecte profondément, ébloui qu’il est de l’offrande qu’elle lui fait.


Léa a joui, tout étonnée de ce bonheur impossible. Pleinement satisfaite. Elle n’a plus qu’un but désormais : lui donner, à lui aussi, l’extase sublime. Quitte à rester au bord du chemin, en spectatrice enchantée. Elle est sans illusion, tant il lui semble impensable de renouveler son plaisir. Son cauchemar, qu’elle sent si proche, la détournera de son plaisir, mais pas de son but !


Elle se trompe ! Titouan trouve mille coquineries pour réveiller son pistil, réchauffer l’atelier de Vénus. Le miellat recommence à submerger sa rivière, son antre se réchauffe à en devenir enflammé. Quand il entre en elle, quand son mandrin s’enfonce en elle, quand il va et vient dans le fourreau, l’excitation la reprend, ces sens et son corps tout entier réagissent, s’enflamment ! Elle subit avec ravissement le doux saccage de ses chairs intimes, son sexe est bouillant, des flots de mouille l’inondent. Titouan ne la quitte pas des yeux, lui sourit avec une infinie tendresse, qui contribue à son bonheur. Ses yeux, à lui, se superposent à ceux de sa mère dont le regard effrayé s’adoucit, s’illumine, s’ensoleille tout à coup. Le doux regard de sa maman, quand elle venait l’embrasser le soir, au coucher. Elle sait, alors, que le cauchemar est pulvérisé, anéanti. Elle ne l’oubliera pas, mais il ne viendra plus la torturer, la bloquer.


Quand elle voit Titouan se crisper peu à peu, il y a beau temps déjà qu’elle a gravi les marches vers l’Olympe, presque au bord de basculer dans l’absolue félicité. Tremblant de tout son corps, elle est traversée de frissons, houles furieuses, vagues assassines. Elle n’attend plus qu’une chose : qu’il explose en elle, se déverse dans son calice calciné. Oui, il va réussir l’impossible : il va l’emporter avec lui !


La terre se fend en deux, les ténèbres s’évanouissent dans un charivari asphyxiant de lumières aveuglantes, de parfums suaves, de profondeurs irisées. Elle jouit, jouit avec lui, rit et pleure, tout à la fois, de leur volupté partagée. Partagée, multipliée, propulsée vers l’infini et bien plus loin.


Elle sent en elle la virilité de son aimé s’amollir à peine et, déjà égrillarde, gourmande, insatiable, elle sait qu’elle saura lui rendre sa force. Coquine, elle rit en pensant qu’ils fuseront encore… vers l’infini et l’au-delà !


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Voilà plus de deux ans, maintenant, qu’elle habite chez les deux frères, en maîtresse de maison, en amante coquine, en épouse aimante. Titouan n’a pas attendu cent sept ans pour mettre un genou à terre et lui demander sa main. Il s’était contenu presque huit jours, lui démontrant, jour après jour, la force de l’amour qu’il lui portait, nuit après nuit, la puissance de son désir. Il voulait l’épouser ? Avait-elle juste cédé à la demande ? Non, elle avait couru dans ses bras, en larmes. Larmes du bonheur indicible qui l’étreignait.


La cérémonie de leur mariage avait été simple, sans chichis. Yvanne était le témoin de Titouan et Léa n’avait pas eu de mal à convaincre Tom d’être le sien. Fier, le garçon, de porter les alliances, fier dans son costume neuf qui lui donnait de l’assurance, le propulsait, déjà, dans le monde des grands.


Il n’avait pas fallu bien longtemps à Léa pour convaincre l’ado d’accepter de voir un psy. Il avait rechigné, bien sûr, les premières séances avaient été difficiles, infructueuses. Le psychologue avait heureusement trouvé les mots pour débloquer la situation. Tom s’était ouvert, avait raconté l’innommable attentat enduré. Léa avait trouvé, elle aussi, les mots pour abattre les craintes de l’adolescent, éradiquer le cauchemar en s’ouvrant, sans fard ni détours, en lui raconter sa propre et triste aventure.


Tom comprit dans cet aveu tout le bonheur de son frère.


À plus de dix-sept ans, maintenant, Tom est un solide gaillard, plein d’assurance et désespérément amoureux. Plus que jamais amoureux d’Yvanne et plein d’espoirs : il a réalisé que son frère a trois ans de moins que Léa, que l’abîme de l’âge s’est resserré entre lui et la merveilleuse blonde. Trois-quatre ans de moins qu’Yvanne, le fossé n’est plus infranchissable, il n’est plus un gamin désormais, mais un homme solide, un jeune homme mûr qui fait plus grand que son âge. Ce qui ne l’empêche pas de se faire tout petit, lorsque sa chérie lui passe ses doigts dans les cheveux, se grandit au maximum quand elle est debout, face à lui. Il est plus grand qu’elle, dorénavant. Il baisse sa voix d’un ton, quand il lui parle. Pour qu’elle comprenne : regarde, je suis un homme maintenant ! Ses démons, ses cauchemars sont effacés, ses peurs et ses hontes sont éradiquées.


Avec Léa à la maison, la charmante voisine ne vient plus aussi souvent chez eux, surtout depuis qu’elle est en fac. Tom tremble en imaginant les nuées de bellâtres, qui doivent tourner autour de la superbe blonde, lui agitant sous le nez les clefs d’un carrosse, qui pourrait ramener la tendre Cendrillon chez elle. Ou, pire, l’emmener chez eux. Il est jaloux, Tom, et ne peut s’empêcher de guetter la jeune fille.


Il y a dix jours, il l’a vue raccompagnée en voiture par un de ces sales types. C’était la deuxième fois, déjà, qu’elle revenait avec le même charognard ! Depuis la fenêtre du couloir, il avait vu ce qui se passait dans la voiture, vu le type se pencher brusquement sur elle, pour l’embrasser et porter sa main sur sa poitrine. Il avait ri, immensément rassuré en voyant la claque qu’elle lui avait administrée, avant de jaillir du véhicule. Depuis, elle revient à pied de l’arrêt de bus. En jetant toujours un coup d’œil à la fenêtre du couloir, où il est tapi.


Yvanne continue à venir le voir assez régulièrement, l’aider dans ses devoirs ou simplement parler avec lui, passer un moment. L’autre jour, bien involontairement, dans un mouvement brusque, la main de Tom s’était involontairement plaquée sur le sein droit de la belle. Le jeune homme avait tourné écarlate, s’était excusé précipitamment ! Yvanne avait ri, de sa timidité, l’assurant qu’elle n’était pas fâchée.



Il s’était liquéfié quand elle avait ajouté avec un sourire coquin :



Elle avait ri de bon cœur, lui avait passé ses doigts dans sa chevelure drue avant de lui déposer un bisou sur le front.



On n’était pas allé plus loin, mais la réaction d’Yvanne lui trottait dans la tête : et si… aujourd’hui, il est décidé à tenter sa chance. Que risque-t-il ? Une claque comme l’autre con de l’autre jour ? Yvanne lui a promis de passer l’aider sur un devoir de physique. Il sait parfaitement à quelle heure elle rentre. Il la guette. Il a laissé son ordinateur ouvert sur un site internet.


Il est heureux, lorsqu’elle lui colle deux grosses bises en arrivant, il l’entraîne en haut, dans sa chambre, la fait passer devant.



Il rougit (il n’a pas besoin de se forcer !), se précipite vers l’ordinateur pour fermer le site. Mais Yvanne s’est assise sur le fauteuil et repousse, de sa main, la souris.



Il est incapable de répondre, mais attend la suite avec anxiété.



Tom lui décoche une mine dubitative.



Les joues d’Yvanne s’empourprent. Pour cacher sa gêne, la jeune fille quitte le fauteuil, chahute un peu son compagnon, le chatouille, en le faisant s’allonger sur le lit, monte à califourchon sur lui, ébouriffe ses cheveux et lui colle une bise sur la joue.



Sa voix est rauque et voilée.



Là, l’étonnement du garçon n’est pas feint !



Yvanne est désormais écarlate, et mal à l’aise. Mais foin de timidité désormais !



Avant même qu’il ne réponde, Yvanne s’abat sur lui et lui offre ses lèvres. Baiser furtif, timide sur la bouche. Suivi d’un autre, plus fougueux. Les bouches se soudent, les langues se trouvent. Les deux jeunes gens fondent dans un univers de douceur et de volupté. Longtemps, ils ne font que s’embrasser, mêler leurs souffles. Ils s’apprivoisent avec passion.


Quand les mains de Tom viennent s’aventurer sur sa poitrine, Yvanne se redresse un peu.



Libérée, Yvanne est émue par l’aveu de son chéri. Plus rien ne l’arrêtera désormais.



Les deux jeunes plongent dans une tourmente effrénée. Ils se relèvent, se déshabillent l’un l’autre. Nus, face à face, ils s’étreignent avec passion. Yvanne sent toute l’impatience de Tom. Lui sent la chaleur intense de l’entrejambe. Ils basculent sur le lit, se papouillent fébrilement. Se découvrent, s’étonnent, s’éblouissent.



Tom panique ! Elle est vierge ! Saura-t-il faire ? Il ne veut pas lui faire mal ! Surtout pas !



Tom obéit. Le voile est déchiré. Sans problème. Yvanne n’a même pas crié !



Fierté bravache ? Tom l’embrasse passionnément :



La tourmente les submerge. Leurs corps s’unissent, s’enchevêtrent, leurs sens les précipitent dans un ouragan fabuleux. Ils s’étourdissent dans un charivari détonnant. Le plaisir est proche, accessible. Tom craint juste de perdre le contrôle trop vite.



Pour Tom, l’explosion survient, irrésistible. Le jeune homme est anéanti, honteux de sa précipitation. Une seconde, une petite seconde de honte. Mais la bouche d’Yvanne s’est ouverte, sa tête s’est enfoncée dans le matelas. Sa blonde tremble de tous ses membres et, dans ses propres convulsions, Tom sent le plaisir irradier sa belle, les vagues du bonheur qui la transportent. Le ciel s’ouvre à eux, ils caracolent dans des plaines alpines, des espaces démesurés scintillants. Tom s’extasie de l’infernale fusion de leurs corps tourneboulés, Yvanne sombre dans une béatitude apaisée. Ils comprennent que leurs bonheurs individuels se sont rejoints, se sont trouvés magnifiés par le don qu’ils se sont fait, l’un à l’autre. Le partage sans limite. Ils se sont donnés réciproquement, pleinement.


Échevelés, un peu hagards, ils sont pressés l’un contre l’autre, savourent la quiétude qui les enveloppe, désormais, dans un cocon de tendresse chamallow. Ils sont loin d’être rassasiés, ils ont tant à découvrir, l’un de l’autre, mais aucune urgence ne les presse. Ils s’embrassent passionnément, se bécotent, se chipotent. Se murmurent des mots d’amour, des aveux timides encore.


Heu-reux !


Quand la voix de Léa résonne dans l’escalier, les appelle pour le dîner, ils se regardent, étonnés qu’ils sont de revenir sur terre, rient doucement de leur folie et se rhabillent à toute vitesse. Rougissants, ils descendent dans la cuisine, mais oublient qu’ils se tiennent par la main. Léa, qui a perçu quelques bruits suspects précédemment, n’est pas dupe en découvrant leurs visages rayonnants.



Les mains se séparent instantanément, les « agneaux » rougissent de plus belle, mais les regards affolés qu’ils échangent sont si enamourés que Léa comprend définitivement.



Ils rient de la perspicacité bienveillante de la maîtresse de maison. Dans un élan irrésistible, Tom vient bécoter les lèvres de sa chérie intimidée.



Ils sont émus, les loulous, et se précipitent sur la bonne Léa qu’ils étourdissent de bisous.


Ils les poursuivront leurs recherches actives, approfondiront leurs découvertes. Loin de la folie de leur première fusion, ils exploreront patiemment leurs géographies respectives, allant de bonheur frileux en plaisirs incommensurables. Ils se satelliseront. Trois fois encore ce soir-là.


Rentrant de sa pêche à quatre heures du matin, Titouan, comme à son habitude, a entrouvert la porte de la chambre de son frère. Découvrant les tourtereaux dormants, nus, sur les draps, emboîtés en cuiller, il a souri, heureux, lui aussi, et a refermé la porte, sans bruit. Se glissant auprès de sa magnifique épouse, il n’a guère hésité, pour une fois, à la réveiller par ses caresses empressées. Ensemble, riant des amoureux de la chambre d’à côté, ils se sont étourdis de plaisir.


Auraient-ils été un peu trop bruyants ? Sans doute, car d’autres soupirs, d’autres bruissements significatifs se sont très vite superposés aux leurs…


Le vent de noroît a molli, le vent de suroît souffle désormais, chargé de parfums et d’espoirs…