| n° 23434 | Fiche technique | 38869 caractères | 38869 6964 Temps de lecture estimé : 28 mn |
27/12/25 |
Résumé: Carla se retrouve à l’arrière d’une limousine de luxe en direction d’un manoir, en grande banlieue. Ludovic, le patron de son mari, l’a invitée pendant que celui-ci est en déplacement. Elle est le « cadeau » pour la promotion de son époux. | ||||
Critères: #psychologie #romantisme #travail fh hplusag fête | ||||
| Auteur : Carla.moore Envoi mini-message | ||||
L’interphone. Déjà ? Oui, 20 h !
Un dernier regard dans le miroir… Ça ira. Un peu de parfum. C’est bon : le « cadeau » est emballé.
Sur le trottoir d’en face, le chauffeur m’attend, debout, la portière arrière droite ouverte. Nous nous saluons, je grimpe dans la limousine. Déjà, je suis dans un autre monde. Le chauffeur s’insère dans la circulation. Apparemment, je n’existe plus pour lui.
J’ai des picotements dans les mains, elles sont moites, témoignant d’une certaine nervosité, d’un mélange de sentiments violents : jalousie, colère, dégoût, amertume, tristesse. Mais, dans le même temps, fierté, curiosité, désir… Je me demande encore ce que je fais là, si je ne devrais pas faire machine arrière, demander d’arrêter la voiture, descendre et rentrer chez moi, attendre d’avoir Laurent au téléphone, pour une discussion nette. Les deux derniers jours me reviennent en mémoire.
Laurent, mon mari, vient d’être envoyé en déplacement en Thaïlande, pour la semaine. C’est avec surprise que la secrétaire de direction de GLE (son entreprise) me demande de passer à midi trente pour rencontrer son PDG.
Je travaille à proximité, je profite, donc, de ma pause méridienne pour m’y rendre. Je suis un peu anxieuse, pourquoi veut-il me rencontrer ? Est-ce que Laurent a des ennuis avec son travail ? Voici dix minutes que je poireaute quand la porte s’ouvre et que Monsieur Genty, souriant, m’appelle.
Sur le pas de la porte, il me serre la main de façon virile, un sourire commercial aux lèvres.
Je suis impressionnée par le bureau ouvert sur Paris, au travers d’une immense baie vitrée.
Il laisse un blanc, pour que je réalise ce qu’il vient de dire.
Pourquoi pas ! Je suis soulagée de ces premiers mots, j’avais peur d’une faute de Laurent, mais, au contraire… Je suis, aussi, intriguée par le « bouleversement » annoncé de ma vie familiale et professionnelle.
Quelques minutes après, nous voici dans sa « cantine » : un restaurant étoilé d’un palace du 8e arrondissement.
Dans la partie, où nous sommes installés, la clientèle est composée d’hommes d’affaires plutôt âgés, très peu de femmes de cette tranche d’âge. Seules, deux jeunes femmes chics et sexy, accompagnent quatre hommes à une table. Un peu plus loin, dans une autre partie, sont attablés quelques touristes friqués.
Alors que je choisis « un suprême de volaille dans son confit de clémentines corses », je ne sais pas encore que ma vie va basculer à partir de ce repas.
Je le laisse venir, je ne lui dis pas que Laurent se lamente de passer après les autres, depuis plus de deux ans, autres qu’il trouve moins performants que lui, comme l’attestent ses résultats d’objectifs.
Je reste muette devant la proposition
Nos plats arrivent.
Une conversation convenue est entamée sur le poste, la situation géographique de São Paulo, puis elle dévie sur mon propre métier, mon plaisir à le faire, la routine, mes hobbies et, enfin, sur le restaurant, sa qualité, sa clientèle. Il me dit qu’il vient ici pour traiter les affaires importantes, que Laurent, lui aussi, apprécie beaucoup de finaliser les contrats, ici. Il m’avait dit qu’il venait quelquefois et qu’il trouvait ça surfait. Je me demande pourquoi un tel double langage de sa part ?
En tout cas, son patron est un homme charmant, sa conversation est intelligente, il sait plaisanter et me met à l’aise. Il m’a demandé de l’appeler Ludovic ; le « vous » et « Monsieur » doivent rester pour les étrangers et les relations strictement professionnelles. Il m’a lâché aussi qu’il est divorcé, que sa femme était jalouse de son entreprise, pour laquelle il avait consacré tout son temps, et qu’il ne souhaitait ça à aucun de ses collaborateurs. D’où, d’ailleurs, notre rendez-vous :
Je n’ose pas lui dire que les heures passées, par mon mari, au bureau ou en déplacement, me laissent des soirées et des nuits entières très seule, me pèsent un peu. Des cafés gourmands sont arrivés. Je me rends compte que le temps est vite passé et que je viens de passer plus d’une heure à discuter avec cet homme charmant. Sa compagnie est agréable. Je me sens bien avec lui.
J’entame la chantilly, sur le mini baba au rhum, lorsque les deux femmes, qui se sont levées pour suivre deux des hommes, saluent Ludovic au passage : ils semblent se connaître.
Elles se dirigent, ensuite, vers l’ascenseur.
Comme Ludovic voit mon incompréhension, il précise :
J’ouvre de grands yeux.
Je me demande si Laurent est, aussi, dans ce trip. Mon visage a dû se crisper, car Ludovic ajoute :
Il remarque la moue que je dois faire.
Intelligent, il rajoute :
Je ne le sens pas très franc pour la première fois. Je me lève et salue.
Je ne peux refuser, son ton est directif. Il rajoute :
Je devais appeler mon mari, je le fais tout en marchant vers mon bureau. Pas de réponse, il est vingt heures trente en Thaïlande. Il doit être en repas d’affaires. Le discours sur les « affaires canapé » tourne dans ma tête. Je me demande si, malgré les dires de son patron, Laurent… Je me demande, aussi, si Ludovic n’a pas fait exprès de m’emmener à cette fameuse « cantine », avec ses mœurs très particulières, et si la paix de mon ménage n’est que le cadet de ses soucis, malgré son discours préalable.
Beaucoup de travail cet après-midi. Je n’ai pas le temps de trop penser ni à la proposition ni aux escortes. Dès la fin de mon travail, je prends mon téléphone et appelle Laurent : je ne veux pas le tenir trop tard, il est déjà plus de 23 h là-bas.
Je sens un silence à l’autre bout du fil…
J’entends une porte grincer.
À ce moment-là, une voix féminine très aiguë dit avec un accent asiatique : « Are you coming with me in the shower, darling ? »
On a été coupés (comme par hasard). J’essaie à nouveau. Il ne décroche pas. Quelques minutes après, c’est lui qui me rappelle, en mode visio.
Il est effectivement couché. Il a l’air fatigué.
De guerre lasse, Laurent fait pivoter son téléphone et réalise un traveling circulaire.
Je vois les images d’une chambre immense et luxueuse. Le lit est en bataille, bizarre pour quelqu’un qui vient de s’y coucher. De la lumière filtre, sous la porte de la salle de bain, je ne dis rien. Des escarpins sont près de la fenêtre : j’ai la confirmation que mon mari n’est pas seul. Il a oublié de cacher les chaussures du « cadeau » : je le hais.
Je coupe le téléphone, sans prendre la peine de répondre. Je me sens plus seule que jamais, abandonnée, trahie. Il me ment effrontément, je ne pourrai plus jamais lui faire confiance. Je ne supporterai plus ses déplacements et ses repas d’affaires, surtout ceux desquels il revient avec des fleurs ou des petits cadeaux pour « fêter la victoire ». Par culpabilité, oui !
Je passe une nuit blanche. Les évènements du repas de midi et de la vidéo se superposent à ce « bonne nuit bébé ». Je l’imagine avec une petite Thaïlandaise, que j’espère majeure, je l’imagine aussi avec ces deux femmes entrevues ce midi. SALAUD ! J’ai soif de vengeance, de revanche. Il me prend pour une conne depuis qu’on se connaît, en fait ! Il n’emportera pas ça au paradis. Et puis, quelle vision des femmes ! Des objets « cadeaux », des moyens d’échanges entre détenteurs de capitaux et détenteurs de testostérone.
Je téléphone à ma chef pour lui dire que je ne suis pas bien, que je ne viendrai pas travailler. Je reste couchée toute la matinée. Je cogite… je cogite…
C’est décidé : je vais coucher avec son patron et le ferai savoir à Laurent. Je fais en sorte qu’il ait son poste au Brésil et on divorce !
Je cherche, dans ma garde-robe, quelque chose de classe et sexy.
J’ai pas. Oui, enfin oui, pour les dessous, j’ai cet ensemble, que m’a offert Laurent suite à un déplacement en « Tchéquie » (histoire de compenser sa culpabilité ?), mais pour dessus, j’ai pas !
Je vais faire les boutiques, dans un quartier où je ne risque pas de tomber sur quelqu’un du bureau, et trouve une petite robe noire décolletée, en V, un dos nu très échancré et longue à mi-cuisses (je devrais dire courte à mi-cuisses, plutôt). J’achète aussi des escarpins de 10 cm. Je ressemble à ces professionnelles… Je rentre me prendre un bain relaxant… je me prépare pour le rendez-vous de ce soir. Monsieur le PDG aura son « cadeau » pour la promotion de mon futur ex-mari. D’abord, éliminer toute pilosité pubienne. À l’aide du rasoir de mon cher futur cocu, je supprime le ticket de métro, et je me nappe dans un parfum doux et floral. Je me souris dans le miroir en me disant que, contrairement au proverbe, on attrape les mouches aussi avec du miel. Ludovic devrait être sensible à mon nouveau charme. Je m’habille par étapes en prenant un selfie à chacune d’elles. Successivement donc : nue, en string, avec le soutien-gorge sans bretelles, assorti, je rajoute le porte-jarretelles, acheté pour un réveillon (et plus remis depuis), j’y attache des bas noirs et fins, enfin la robe. Parfait, les bords de la robe cachent tout juste le soutien-gorge. J’envoie tous les selfies à Laurent dans l’ordre inverse de celui où ils ont été pris, avec cette légende :
Tu dois être couché, mon amour. Couché seul ? Peut-être. Sinon, profites-en bien. Moi, je vais négocier une promotion, pour toi, avec ton PDG, selon vos méthodes « maison ». Voici les photos ! Tu vas être fier de ta petite femme, cadeau promotionnel dans une entreprise « canapé »
Tout à mon introspection, je n’ai pas vu que nous sommes sortis de la ville. Nous voilà devant le perron d’un manoir cossu. Je suis surprise, car je pensais être conviée dans un restaurant de la ville, ou la proche périphérie. Le chauffeur m’ouvre la porte. Je descends. Une appréhension m’envahit. Je repense aux premières images de l’histoire d’O. Quelque chose, dans ma gorge, se resserre. C’est un mélange de peur et d’attrait.
Le PDG sort, souriant, bras ouverts, alors que je monte les quelques marches. Derrière moi, j’entends la voiture redémarrer sur le gravier.
Le ton est amical, mais avec une autorité naturelle : ça a le don de me troubler.
Il me prend la main et me conduit à travers plusieurs couloirs, jusqu’à un petit salon. Je suis étonnée de la décoration, très épurée et contemporaine, dans un lieu aussi cossu et ancien. Comment un homme seul peut-il vivre dans une maison aussi vaste ? Sur la table, un seau à Champagne, une bouteille à l’intérieur et deux coupes nous attendent.
Ludovic me fait asseoir dans un fauteuil très confortable, il se pose dans son frère jumeau quasiment face à moi.
Toujours aussi affable, semblant ne pas avoir perçu mon ton de reproche, il conclut :
Il nous sert. Je réalise, alors, que nous sommes certainement seuls dans le bâtiment.
Nous nous regardons en silence ; il a son rictus commercial qui dévoile tout le charme de ses yeux verts
Je me dis qu’il avance à pas lourds, avec des sous-entendus qui ne laissent aucun doute sur ses projets personnels. J’apprécie son assurance, elle me charme et me séduit. Je lui souris :
Je le coupe :
Je sors mon smartphone de mon petit sac et le lui tends.
Ma façon de parler traduit ma nervosité et mon dégoût pour de telles pratiques. J’avale mon Champagne cul-sec pour cacher mon trouble, me calmer.
Il garde son calme, toujours souriant :
Je n’ai pas de réponse, je ne sais plus quoi penser. Ludovic n’est pas ce qu’on appelle un bel homme, mais il est élégant et a beaucoup de charme, malgré son embonpoint. C’est vrai que sa conversation et son humour, durant le déjeuner, ont été agréables, séducteurs. Mais son rapport aux femmes, comme objets utilitaires, me débecte, je ne peux pas cautionner ça. Pourtant, je venais me faire sauter, comme une prostituée, ce soir, en toute connaissance de cause, pour me venger de mon mari.
Il rompt le silence de la pièce, qui contraste avec mon tumulte intérieur.
J’acquiesce de la tête. Il me sert, me donne la coupe, prend la sienne qu’il n’avait pas touchée.
Nous trinquons, il me sourit. Je baisse les yeux, les relève quelques instants après. Il ne m’a pas lâchée du regard. Je lui souris. Nous buvons, gorgée par gorgée, dans le même tempo.
Nous sommes face à face. Sa franchise me bouleverse. « L’amour, c’est ce que j’aimerais vivre avec toi » semble me dire son regard vert. Je sens mes sentiments vaciller. Que m’arrive-t-il ?
Nous avons tous les deux conscience que tout se joue dans ma tête en cet instant.
Il me rend mon smartphone.
Sa question est inutile, il sait que je vais rester. D’ailleurs, il sort de la pièce sans attendre de réponse, nous savons que je suis prise dans ses filets. Il revient quelques secondes après, avec du foie gras, du raisin, du pain d’épice et un couteau. Je le regarde préparer la première tartine. Il la porte à ma bouche, je croque, il mord dans la deuxième moitié. Comme pour le Champagne, nous mangeons au même rythme, yeux dans les yeux. Puis, il nous donne un grain de raisin chacun.
Nous mangeons ainsi, dans un silence religieux. Nos yeux communiquent. Il a envie de moi, j’ai envie de lui.
Pour toute réponse, je sors mon appareil et ouvre ma galerie sur la série prise, avant de venir. Il les fait défiler avec attention. Je sais qu’il ne pense plus à son futur directeur de São Paulo.
En attendant Jef, il m’invite à partager ses soirées, tant que Laurent est en Thaïlande. Je ne lui réponds pas vraiment. Il me donne le numéro du chauffeur :
Dès lors, un combat s’engage en moi entre désir et raison, il m’empêche de passer une bonne nuit.
Au petit matin, j’ai un message de Laurent :
Chérie, rappelle-moi dès que tu te réveilles. Tu n’as pas fait ça ? Dis, tu n’as pas fait ça ?
Je le rappelle :
Une nouvelle fois, je coupe court. Je pense tout de suite à ma future visite au manoir.
Il est 19 h 30, quand la voiture s’arrête devant le perron.
Je lui dis tout de suite que j’ai rassuré Laurent, sur la série de photos et que j’ai nié notre rendez-vous. Nous passons un agréable repas, qu’il a préparé et servi lui-même. C’est raffiné et délicieux. Il flirte avec moi, sans gestes ni paroles déplacés. Je me sens belle, désirable dans ses yeux, dans ses mots. Je me sens prête à passer la nuit ici, mais le dessert pris, il appelle Jef.
Perçoit-il mon plaisir à ce que notre relation soit platonique ?
En effet, sur le siège, bien pliés, je trouve un bustier « maison close », noir, dont les dentelles ajourées laissent plus que deviner ce qu’il recouvre, un string très chic, en dentelle, assorti au bustier, un porte-jarretelles, des bas fins rouges et une jupe droite, mi-longue, beige. Une enveloppe avec un petit mot accompagne ces vêtements :
Puisque vous divorcez, pour celle qui fait tourner mes sens !
Le message est clair : si je retourne au manoir, ainsi vêtue, c’est que je me livre sur un plateau. Je n’irai pas. Pourtant, dès la sortie de mon travail, après un nouvel échange anodin avec mon futur ex, je me prépare soigneusement. J’enfile les vêtements proposés, me regarde dans la glace et réalise un selfie que j’envoie à Laurent avec ce mot sibyllin :
Suis-je toujours désirable ?
Comme à son habitude, Ludovic m’attend sur le perron. La limousine redémarre, dès que je suis sur les marches.
Le repas est toujours aussi agréable. Ludovic ne se gêne pas pour admirer mon corps, si peu couvert, notamment ma poitrine. Il a certainement remarqué que mon émotion est trahie par un souffle court qui l’agite en cadence. Il pose enfin sa main sur la mienne : elle est chaude de désir. Désir que je lis aussi sur son visage.
La déception doit se lire sur mon visage
Oh que oui, ça me plaît ! Je me lève.
Sourires.
Nos yeux se pénètrent, alors que je fais glisser ma jupe. Comme pour chaque bouchée, nous dégustons ensemble ce moment. Ma jupe à terre, son regard lâche alors le mien pour admirer mon corps emballé dans mes sous-vêtements. Je me sens comme une œuvre d’art. Sans qu’il me le demande, je tourne sur moi-même. Je ne me suis jamais sentie aussi belle. Mes pointes se tendent, mon bas-ventre se réchauffe. Je reprends mon strip-tease. Le bustier est tombé. Je me rapproche. Il ferme les yeux, ce sont des mains qui découvrent mes seins. Les miennes prennent sa tête et je viens l’embrasser. Nos langues se caressent longuement. Nous nous espaçons. Je retire mon string toujours très lentement, c’est moi qu’il regarde : la femme, pas le sexe. Je n’ai jamais vu de désir, aussi respectueux, dans le regard d’un homme. Je ne sais comment l’expliquer. Enfin, lorsque le petit triangle de dentelle est dégagé des escarpins, il s’agenouille face à mon pubis humide, tourne mes hanches. Un doigt suit mon sillon fessier délicatement. Ma peau réagit à cette caresse qui se termine sur mes lèvres intimes gonflées alors que, sur mes fesses tendues de désir, viennent se poser de chastes et tendres baisers.
Mon ventre est humide, il cueille cette rosée chaude de son index, se relève, dépose, d’une tendre caresse, ce suc sur mes lèvres et vient recueillir celui-ci avec sa langue. Il retourne recueillir, dans mon puits d’amour, quelques nouvelles gouttes et les dépose sur sa propre bouche. J’y unis la mienne et nous échangeons un baiser interminable plein de douceur…
Il ne s’est pas vraiment déshabillé, il a juste ouvert son pantalon. Il est dans mon dos. Je suis appuyée les mains sur la table, les reins en arrière. Il vient de me pénétrer très lentement. Son ventre est ancré en moi, immobile. Ses mains jouent avec ma poitrine et mon petit bouton. Une immense tendresse émane de ses gestes.
Impatientes, mes hanches ondulent pour recevoir du plaisir. Je jouis comme jamais, mes jambes fléchissent, il me retient pour ne pas que je m’affale.
Je suis invitée, tous les soirs, au lupanar, je m’y rends chaque fois avec plus de désir, y recueille chaque fois un plaisir plus profond. Pendant les repas, Ludovic me parle d’art, de cuisine, de mets raffinés. Chaque fois, de nouveaux vêtements toujours sexy, mais jamais vulgaires. Munis de tests, le jeudi et le vendredi, nous nous passons de préservatif. Il est de plus en plus directif, je découvre que j’aime notre positionnement.
Avant de nous quitter, le vendredi soir, attendant l’arrivée de Jef, Ludovic me serre dans ses bras :
Il m’embrasse. Je suis déçue que nos dernières paroles soient si détachées. C’est une déchirure : elle contraste avec tout ce que nous venons de partager, depuis ces quelques jours ou plutôt ces quelques nuits.
Laurent et moi avons notre explication. Il nie d’abord et puis avoue ensuite, déclarant, en premier, qu’il est obligé comme tout le monde dans GLE. Il se rétracte en concédant que son patron, lui, ne va jamais avec les escortes. Très touchés, l’un et l’autre, par la situation, nous pleurons ensemble de l’issue fatale de notre couple. Dès le samedi soir, il dort dans la chambre d’amis. À peine couchée, je cherche sur internet des appartements à louer. Le lundi à midi, Laurent m’appelle pour me dire qu’il vient d’accepter un poste au Brésil, que ça nous permettra de repartir sur un bon pied, qu’il prendra exemple sur son boss et qu’il n’acceptera plus de cadeaux humains… Je ne réponds rien.
Le soir, je vais trouver un avocat pour lancer une procédure de divorce. Il ne me reste plus qu’à patienter en attendant le départ pour São Paulo. Le soir, dans mon lit, je me caresse en repensant aux soirées du lupanar.
Une dizaine de jours plus tard, Laurent m’apprend que c’est la dernière fois qu’il va déjeuner à la « cantine » avec Ludovic (car il l’appelle Ludovic maintenant). Une signature importante pour finaliser São Paulo avec des contrats d’exportation à la clef.
Sa réponse m’abasourdit. L’image de Ludovic, Prince charmant, se voile au même instant. Un débat interne entre ma raison, mon désir, mon plaisir et mon dégoût pourrit ma nuit. Au petit matin, c’est décidé : je dois agir.
Je m’habille comme pour le premier rendez-vous au manoir… Ces habits, qui avaient inquiété Laurent et séduit son patron. J’ai juste le temps de me rendre à la « cantine ».
Arrivée quelques minutes en avance, je signale que je suis invitée à la table de Ludovic Genty de GLE. Le maître d’hôtel me dirige vers une table ronde où sont dressés quatre couverts.
Il a un petit rictus attendu. Le « comme d’habitude » m’enrage encore plus, même si je suis au courant.
Le cinquième couvert vient juste d’être installé quand arrive l’escorte. C’est une des deux femmes de la première visite à la cantine.
Notre conversation ne va pas plus loin, car Bella voit arriver les convives. Elle me dit sous le ton de la confidence :
Je voudrais en savoir plus, mais ils sont à notre niveau. Mes deux « hommes » ont un mouvement de recul en me voyant. Devant leur client, ils ne peuvent pas faire de scandale. Ce dernier comprend que son cadeau est double aujourd’hui, il est très émoustillé. Ils pourraient lui faire signer n’importe quoi. D’ailleurs, dans un français hésitant, il dit :
Laurent sort les papiers, ils signent tous les trois.
Pendant le repas, j’ai la gorge serrée. Je ne suis pas la seule. Seuls la professionnelle, et le fournisseur, sont à l’aise ; elle minaude, comme sa profession l’oblige ; elle est là pour ça, même s’il la dégoûte. Lui se délecte déjà de ce qui va se passer dans la chambre, plus haut, avec ces deux femmes-objets à sa disposition. Ses mains, très chaudes et tactiles, ont pris possession d’une jambe de chacune. Il dit des blagues vulgaires, où les femmes ne sont pas à l’honneur. Ludovic est à mon côté et je prends plaisir à coller ma cuisse contre la sienne, que je caresse d’une main discrète. Je ne sais pas si c’est son « client » et ses lourdeurs face à moi qui le gêne ou tout simplement ma présence tactile.
Soudain, je coupe une nouvelle vulgarité, pour m’adresser au « client » :
Je comprends que le ton ne correspond pas aux habitudes « commerciales ». Tout le monde est gêné. Un silence s’installe. Le garçon arrive pour apporter desserts et cafés. J’en profite pour me tourner vers Laurent :
Je ne le laisse pas répliquer.
Visiblement affecté, il me supplie :
Je me lève et sors.
Je suis mal, tout l’après-midi. Je craque nerveusement. J’ai joué l’escorte, sans aller au bout et, malgré tout, je me sens sale. Je pense à Bella, à ce qu’elle doit subir. Comment ai-je pu rester avec Laurent, si longtemps, sans m’en rendre compte ? Il y a juste une lumière dans tout ça : le congé que m’a adressé le PDG de GLE, il y avait du Ludovic que j’ai connu dans sa voix.
Il est presque vingt heures, lorsque je décide de me faire un en-cas, avec un morceau de fromage et du pain grillé. À peine suis-je assise dans mon canapé que la sonnerie de l’interphone retentit.
« C’est Ludovic. J’ai besoin de te parler. Tu acceptes ? Tu me laisses monter ? »
Je ne réponds pas. J’appuie sur l’ouvre-porte.
Quelques instants après, il est assis sur un fauteuil, face à moi dans mon canapé, sans que j’aie prononcé une parole ni adressé un regard.
Le vieux morceau de fromage nous sépare sur la table de salon. Nous sommes bien loin des « repas » du château.
Je réponds aussi sèchement que je peux :
Je me lève, coupe un bout de camembert :
Il se redresse, s’approche. Je croque dans le fromage et dépose le morceau restant, directement dans sa bouche. Nous dégustons ensemble, non pas le fromage, mais l’instant. Nos bouches s’unissent, nous nous déshabillons l’un l’autre simultanément. Nous faisons l’amour, debout, dans une symphonie de douceur. Appréciant les caresses de l’autre et cette lente pénétration profonde.
Comme à son habitude, son côté dominateur, et directif, a pris le pas sur le ton « suppliant » de son arrivée. Je me fais chatte contre lui.
Il est assis avec un verre de vin, qu’il s’est servi. Il a tourné son fauteuil face à la porte d’où je rentre. Je vois, à son œil, qu’il apprécie que je m’habille avec les premiers vêtements qu’il m’a offerts.