| n° 23430 | Fiche technique | 8860 caractères | 8860 1541 Temps de lecture estimé : 7 mn |
25/12/25 |
Résumé: À la recherche du plaisir perdu. | ||||
Critères: #confession #voisins | ||||
| Auteur : Landeline-Rose Redinger Envoi mini-message | ||||
La circularité de la vie me ramène invariablement, bien contre mon gré, à l’apaisement du corps. Car bien sûr le sexe qui met en batterie l’ensemble, l’entièreté d’une anatomie, ne peut que confiner à la fatigue, à une forme d’apathie, si peu que l’on use de ce corps plus qu’il ne peut le supporter.
Et partant de l’esprit qui parfois ôte le sommeil, les turbulences fantasmatiques prennent vie inopinément, se jouant des idiorythmies qui nous guident.
Je le dis, oui j’aime à maintenir, tant que je le peux, à flot l’idée même du sexe et n’être pas prise est rêver de l’être, qu’un demi-cercle de mâles ne me soit pas présent et c’est autant de leurs membres qui insistent dans mes nuits sans sommeil.
J’avais depuis quelques semaines, tant donné de moi dans la sphère où je me complais, j’avais littéralement happé tant de membres, en avais accueilli autant par le corps, que semblablement à la mèche qui se consume, je me réveillai d’un sommeil long un matin de juin, avec cette légère peine quand parfois le lien primordial et vital s’éloigne de moi.
Désappointée, je sortis sous la pluie fine pour aérer l’esprit et le recouvrer mais rien n’y fit. J’étais sèche sous la pluie.
Foin de l’esprit de séduction qui m’anime souvent, foin des guipures et des micros tissus, j’avais revêtu l’informe survêtement qui sert à l’activité ménagère, laissé mes cheveux pris dans un élastique banal, chaussé des Mizuno qui s’étaient usées sur la rugosité du macadam et je demeurais là et lasse devant les portes du désespoir qui s’ouvraient devant moi. Mon esprit se figeait et mon corps comme une carapace sentait à peine la pluie qui redoublait maintenant jusqu’à m’imbiber entièrement.
Peut-être était-ce dans l’ordre des choses, pensais-je en cherchant une quelconque consolation. Sans doute y avait-il l’œil du Très Haut qui ne pouvait dans sa grande miséricorde me laisser poursuivre plus avant les affaires de mon corps. Devais-je croire au péché de chair ? Je ne pouvais d’une manière irréfléchie et spontanée, je ne pouvais laisser là sur le champ ce qui depuis toute jeune faisait le sel et l’essence même de ma vie.
Lorsque mouillée jusqu’aux os, mes loques pesant le poids de la terre, je me vis en indigente, en miséreuse, je sus alors qu’il me fallait accepter ce qui me frappait plus que l’averse, ce qui trempait mon âme plus que mon corps et j’entrevis la disgrâce. Tout comme si j’avais suivi un chemin heureux fait de joie extatique sans voir que l’issue était l’anéantissement.
Voilà ce qui m’abattait plus que les flèches de la pluie, plus que les éclairs qui déchiraient le ciel ; j’étais un point immobile au centre de mon impasse Santos, le ciel se fendait, c’en était fait de moi.
Une forte luminosité fit comme un halo dans la quasi obscurité, j’étais dans le cercle de la pénitence éternelle, je sentais la main du centurion qui conduit la catin au bûcher.
Landie, hé oh, Landie ?! La lumière céleste s’estompa, Louis prenait mon bras. Le centurion s’en fut, Louis coupa le moteur de sa voiture et le halo céleste dans le même temps.
Une flaque comme une source débordante avançait devant et derrière moi ; Louis me conduisit à la douche, me déshabilla. L’éponge frottait, mon corps demeurait insensible, mes seins, mes tétons ne durcissaient pas, je pleurais toutes les larmes de ma douche.
Le bombé de mes fesses restait inerte sous la caresse de l’éponge, rien sous l’épiderme ne semblait plus innervé, qu’une lame se fût nichée dans l’éponge que la souffrance n’eût pas existé ; j’étais frappée d’analgésie, amnésie, le passé dans ce qu’il m’avait donné de voir de la morphologie humaine, le passé avait coupé les ponts, rompu les digues qui ruisselaient sous moi jusqu’à disparaitre dans le vortex de la douche.
Je voyais Louis désemparé, manches relevées ; je le pris dans mes bras et là sous l’eau, lui habillé moi nue, je ne ressentais rien d’autre que la morne plaine d’un désert sans désir.
Certains s’en désoleront, d’autres voudraient tenir l’éponge et d’autres encore ne la passeront pas, penseront, elle n’a que ce qu’elle mérite cette salope.
Mais vous qu’un semblable fardeau accable, vous dont le corps se joue de vos désirs, vous mes semblables, comprendrez la peine et si vous ne vous résignez pas alors faites que reviennent en vous comme en mon corps, le désir et son armada de fantasmes, le plaisir et sa foultitude de combinaisons.
Ami pourchasse l’envie, capture-la, amie prends le sexe bourru qui te défie, convoque les corps lascifs et le sang irriguera le tien.
Amie que tes doigts ne cessent leur labeur, que tes joujoux œuvrent comme tu aimes qu’ils le fassent.
Alors hors de l’eau qui ruisselle de la douche, hors de la pluie qui frappe les pavés, tu sentiras revenir dans ton corps comme une source qui remonterait des entrailles de la terre. Laisse tes doigts se mouiller, laisse tes draps s’auréoler, il est là le désir il est partout, en et autour de toi.
Si j’étais là dans mon canapé, enroulée dans un peignoir, si j’étais amorphe et exténuée, pour autant je ne voulais rien céder à la fuite du désir. J’enjoignis Louis de se préparer au sexe.
Après, nu, le sexe brillant d’un gel lubrifiant, qui laissait sa main glisser dans un chuchotement de piston, Louis injecta d’une courte seringue sans aiguille, une pâte gélatineuse dans son méat et passa une courte lanière caoutchoutée sous le scrotum et masturba sa queue.
Je me délestai de mon tissu éponge et prenant le gland dans ma bouche, j’aidai à la turgescence. Quand sa bite fut le bâton qu’il espérait, je la pris entre mes seins plaqués l’un à l’autre et le laissai travailler dans le sillon en jouissant. Mais mon apport n’était que mécanique ; mes amis, je frémissais d’une peur revenue. Quand Louis me retourna pour prendre mon cul comme il savait que j’aimais, je pleurais d’une peine qu’il prenait pour de la jouissance.
Lorsqu’il jouit sans que son sexe n’envoie de jus crémeux sur mes seins, j’eus un moment de jalousie, un instant court très court, elle m’emporta. Qu’il fût là dans un plaisir que je ne partageais pas me fit monter une petite rage passagère.
Je me repliais dans mon tissu, tandis que nu et poisseux Louis caressait mes seins sans effet épidermique pour moi. Mais je lui étais redevable.
Des semaines, amie des semaines, je ne vous les convertis pas en minutes ; âme languide, quelque chose me quittait comme la faim, la soif, le sang dans les veines, pis encore : le désir.
Des semaines dans la déveine. Mais voilà je l’ai retrouvé.
C’est un vin de garde qu’affectionnait ma mère, comme l’élément qui s’insère dans le maillon manquant d’une vie linéaire, c’est un vin qui me ramena au désir.
Oh ! ce n’est qu’à quelques pas d’ici, chez Michella, une soirée chic, une table de fête sobre, une musique brésilienne, les voisins.
Et le feutre de ce vin qui, allant au creux de mes joues, filant en velours dans ma gorge, c’est un vin qui me ramena au souvenir, puis à la vie-même. Oui ma mère ne buvait que celui-là.
Je suis dans mon année de majorité, ma mère est gaie, bien trop gaie, ses amis l’observent avec convoitise, leur front brille dans le faisceau des candélabres ; jeune alors, je n’affectionne que peu ces longs et fastidieux repas, je m’en échappe.
Je suis là dans le vaste salon d’amis comme nous le nommions ; un verre à la main qu’elle lève comme en signe de célébration ; après debout perchée sur ses talons vertigineux, ma mère ouvre sa robe à fermeture ventrale et son corps nu apparait ; la honte et la colère me transportent, je m’allonge sur mon lit et je pleure.
Mais là, au milieu de mes amis, rue Santos, je suis absente au monde et je ressens cet instant de toute jeune fille comme le début d’un voyage initiatique.
Dans ma ruelle, j’ai quitté mes amis sans mot, sans justification. Une fébrilité me transporte.
Le choix n’est pas à faire, ce sera celle-là avec sa fermeture à glissière sur le devant, courte et moulante à souhait, fétiche et robe-objet indissociable du plaisir retrouvé. Ma poitrine reposera sur des lanières de cuir ; aussi, fournie de plusieurs semaines de ce laisser-aller qui me tenait, vitement ma chatte devient glabre. Pas de culotte, pas de string, sexe et fesses libres. Pour la petite fraicheur de la nuit, les cuissardes synthétiques comme des bas, zippées.
Laisser le visage absent de blush, ourler les lèvres de rouge coquelicot, relâcher la chevelure.
Ce sont des tremblements sur le volant qui ne m’assurent plus la sécurité de la conduite, mon cœur bat à tout rompre, mes seins sous la tension du harnais me laissent une exquise souffrance. L’ogive sertie d’un faux diamant qui s’anime entre mes fesses est un petit séisme qui irradie mes cuisses, mes cuisses qui se trempent. Je suis tendue, l’intranquillité m’étreint mais quelque chose m’emmène, une crue de désir ; voilà ce qui m’irrigue. Je suis déjà dans les espaces du plaisir et je sais où je vais. La circularité de la vie a fait son œuvre.