| n° 23422 | Fiche technique | 27519 caractères | 27519 5043 Temps de lecture estimé : 21 mn |
22/12/25 |
Résumé: Solitude et souvenirs... un cocktail qui pousse à bien des choses | ||||
Critères: #nonérotique #rencontre #rupture #nostalgie f boitenuit amour | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Méli-mêle-mots de Noël |
Le Grand Défi du Méli-Mêle-Mots de Noël :
Dix mots improbables proposés sur le forum, un thème de Noël, et une poignée d’auteurs prêts à relever le défi… Voici le résultat ! Chaque texte intègre, parfois avec audace, parfois avec malice, l’ensemble des mots imposés. Amusez-vous bien en les lisant !
Les mots sont :
1) Loup
2) Emberlificoter
3) Kerguelen
4) Braise
5) Gripper (ou grippé)
6) Gergerine
7) Olive
8) Samouraï
9) Brimbelles
10) Saperlipopette
Recroquevillée sur son canapé, Sonia, les yeux dans le vague, semble comme hypnotisée par les flammes qui emportent dans la cheminée la bûche qu’elle vient d’y déposer. Saleté d’hiver, saleté de solitude qui la dévore comme les braises consument le bois. Malgré le feu, son corps frissonne et, machinalement, elle tire un plaid sur ses genoux ramenés sous son menton. Bon sang ! À trente-deux ans, comment expliquer qu’elle se sente l’âme d’une vieille ? Quelque chose en elle s’est grippé, arrêté ? Un bon boulot, une jolie maison qu’elle paie à tempérament, donc tout devrait bien se passer pour elle. C’est côté cœur que ça pêche un peu ! Oui ! Fascinée par les crépitements et le lit de braises qui font danser des ombres dans l’obscurité de son salon, la jeune femme rêvasse. Oh, pas à des choses impossibles à atteindre, non !
Simplement deux bras qui la serreraient contre une poitrine solide, un souffle chaud pour lui courir sur le visage, un bisou sur la joue pour lui rappeler qu’elle est encore jeune, vivante. Rien de tout cela, et ses mirettes demeurent collées, aspirées presque par ces volutes de couleurs censées la réchauffer. D’un mouvement brusque, elle repousse la couverture, se relève et se dirige vers la cuisine. Un café ! Il lui faut un café. Un instant, elle songe : est-ce bien raisonnable, à pareille heure, un café ? Et puis zut ! Après tout, elle n’a pas envie de dormir, alors elle pousse une tasse sous le bec verseur de la machine, engage une capsule dans celle-ci et appuie sur un bouton. Douce musique qui chante soudain et le parfum sympathique du liquide qui coule dans le récipient lui chatouille les narines.
Les deux pattes fines entourent la tasse et elle revient vers la pièce où une vraie chaleur se diffuse aussi langoureusement. Paul… elle devrait peut-être essayer de le rappeler ! Paul, c’est ce qui lui manque le plus depuis… l’appeler, ce serait aussi lui montrer qu’elle a besoin de lui. Et c’est bien la dernière chose qu’elle veut. Quatre mois qu’il est parti ! Une saison complète que le nid est vide, qu’elle se morfond à essayer d’oublier ! Et là, elle est prête à craquer ! Un dernier sursaut et de nouveau, le regard flou se perd sur la bûche qui, petit à petit, est réduite à l’état de cendres. Une pensée que c’est elle qui se consume devant ce spectacle dansant. Une gorgée d’un breuvage noir coule dans sa gorge, brûlant et bienfaisant.
La tasse est vide et la bûche est morte depuis longtemps. Un sursaut pour se calfeutrer dans la bienveillante douleur de cette foutue solitude, il est l’heure d’aller embrasser Morphée. Se lever, gagner la chambre vide et surtout fraîche, un parcours de trois ou quatre secondes qu’elle fait avec des idées un peu folles dans le crâne. Demain… oui, demain c’est samedi, elle va sortir, s’extraire de la caboche ce Paul qui la tue à petit feu. Oui ! S’étourdir dans une virée mémorable ! Saperlipopette, elle est bien décidée à s’affranchir des fantômes de sa vie, et demain… c’est un nouveau départ qui l’attend. Ouf ! S’enfoncer dans la fraîcheur des draps, et attendre le sommeil… ça ramène des souvenirs d’un temps heureux.
— xXx —
Le pâle soleil d’hiver, à la période de l’approche des fêtes de Noël, n’arrive plus à réchauffer la terre. Sonia vient de se lever. Un petit déjeuner, un café bien serré, quelques tartines de pain grillé, et la bonne confiture de gergerine ou gigérine, elle n’a jamais vraiment su le vrai nom de cette courge dont mamie Jeanne faisait sa confiture, et voici la trentenaire requinquée pour la journée. Le coup de blues de la veille est dans un coin de son cerveau, mais… elle est bien décidée à reprendre pied dans la réalité, alors pour ce soir, elle doit trouver un truc à faire pour ne pas se noyer dans une autre déprime. Sortir, voir du monde, c’est une solution. Il est temps de s’émanciper des souvenirs de Paul. Après tout, il n’est pas parti seul ! La fille pendue à son bras, entraperçue il y a quelques jours, c’est sûrement la vraie raison de sa solitude.
Vite, une douche ! Et malgré la froidure extérieure, quoi de mieux pour plonger dans la foule que d’aller faire son petit marché ? Ouais… côté foule, c’est moins évident. Les gens sont restés au lit par ce petit matin frisquet. Sonia déambule entre des étals aux vendeurs frigorifiés et leurs grelottements sont communicatifs ? Peut-être ! Alors, le bar au cœur du village est un asile accueillant et… chaleureux par ce petit temps de gel. Le patron lui fait un signe de la main, un pote de son ex, alors bien sûr qu’ils se connaissent. D’un pas rapide, il est près d’elle.
Il la regarde avec une insistance bizarre. Bon ! Elle voit tout en noir et c’est sûrement pour cela qu’elle n’est pas réceptive à son message. Le type est aussi trop proche de Paul pour qu’elle se laisse draguer. De plus, rien n’est moins certain. Il est peut-être juste poli.
Il repart vers son bar où deux mecs sirotent déjà des ballons de rouges. Des habitués, sans doute, et il revient avec son plateau. La tasse est poussée devant elle et lui, hésite en se dandinant d’un pied sur l’autre - comme s’il avait envie de lui dire quelque chose, sans trop savoir par quel bout commencer.
Il tourne les talons et Sonia secoue sa crinière brune, suit des yeux ces hanches qui chaloupent pour rejoindre son zinc. Il a de beaux restes ce Michel. Enfin, elle baisse les yeux ! Pas question de se mettre en chasse et surtout pas d’un proche de son ex. Trop de bons moments déjà partagés, des soirées où tout un petit monde faisait la fête, chez Paul et elle, ou chez l’un d’entre eux. Michel aussi avait toujours été présent dans des moments heureux. Pas question de le faire passer au rang des prétendants possibles, non ! Elle pose alors sur la table deux pièces de deux euros, puis elle se sauve presque du troquet. Dehors, le soleil poussif n’a toujours pas fait remonter la température. Elle marche encore un peu dans des rues quasi désertes avant de songer à rentrer. Quelle imbécile elle fait ! Pourquoi être allée dans le bistrot de Michel ?
Pas moyen de se sortir de la tête les mots que l’autre là vient de lui asséner. Elle ne va pas se laisser embrumer le cerveau par des racontars ! Paul l’a forcément trompé avec cette Anne-Lyse qui se balade avec un ventre aussi rond qu’un ballon. Et puis… comment s’imaginer qu’une femme peut emberlificoter un homme aussi bien dans sa tête que Paul ? Impossible de lui faire avaler des couleuvres, une seule conclusion s’impose. Ce foutu saligaud a forcément couché avec cette petite blondasse écervelée et lui a cloqué un polichinelle dans le tiroir. Il ne peut y avoir d’autres explications rationnelles. Mince alors ! Ce con de Michel a réussi à lui mettre dans la caboche une sorte d’espoir ? Un doute légitime ou pas en tout cas et comment ne pas ressasser cette connerie toute la journée ?
Après une dînette solitaire, quelques frites et une sauce Samouraï bien belge, pour s’étourdir, pour ne plus penser à rien, il lui faut bouger. Aller se trémousser sur des notes de musique lui semble une échappatoire. Une dizaine de coups de doigts sur son portable et la voilà avec l’adresse d’un bon dancing enregistré dans son GPS. Une boîte paumée dans la montagne, à la sortie de la ville, loin des risques de rencontrer une connaissance du temps d’avant. Un vieux jean, un pull de laine passé sur une chemise, le tout emmitouflé dans son « duffle-coat » hivernal, elle est prête pour son expédition nocturne. La route est propre, et le paysage n’est fait que de grands sapins dans les phares. Elle atterrit sur le parking déjà bien plein de cet endroit qui s’appelle : « La Croisette ».
Une vieille ferme auberge transformée en restaurant-dancing, lieu perdu en pleine nature, un coin connu aussi pour ses brimbelles savoureuses. Un sourire sur les lèvres de Sonia à l’évocation de ses dents bleuies par les billes violettes des tartes de mamie Jeanne. Dès le seuil de l’établissement franchi, c’est une autre ambiance, plus festive, qui coule dans les veines de la visiteuse. Elle est venue pour se mettre les idées en l’air, pour revivre, eh bien, qu’elle s’éclate au moins. Elle avance résolument vers le bar et la jeune barmaid s’approche déjà de la place qu’elle occupe. Elle se penche pour que, dans le barouf qui règne là, la cliente puisse l’entendre.
La jeune serveuse esquisse un sourire qui lui fait un visage angélique. Bien sûr qu’elle doit supporter des tas de phrases plus ou moins graveleuses de la part des gens qui fréquentent le bar. Alors, la visiteuse ajoute sans attendre.
Sonia se contente pour toute réponse de lever le pouce de sa main droite et déjà la jeunette est dos tourné à se faire les biceps sur son shaker. Vient un verre rempli d’une mixture d’un rouge affolant, et un billet change de main. Les lèvres trempent à peine dans le mélange qu’une ombre surgit près de la femme qui déguste son drink !
Surprise par ces mots qui lui sont visiblement destinés, la brune se retourne un peu brusquement. Un type est là qui lui sourit. Mince et élancé, sans doute une bonne quarantaine, le gars est bien vêtu, et il la regarde d’une manière… curieuse.
Elle soulève son verre pour lui montrer.
Le type a l’air amusé et il ne réplique pas, faisant simplement signe à la fille au bout de son comptoir. Elle arrive, la bouche en cul de poule, et lui parle toujours en se penchant en avant. Quelques secondes après, un verre est devant le gugusse qui ne semble pas vouloir lâcher Sonia. À la couleur, elle sait qu’il boit un whisky ou un truc du genre. Quand il se rapproche pour lui murmurer un mot, elle sait qu’elle ne s’est pas trompée.
Il rigole franchement et, pratiquement ensemble, ils ingurgitent leur dose de poison. Lorsque les verres sont vides sur le zinc, le type tend la main vers celle qui ne refuse pas un tour sur le parquet. Là, une série de slows, de quoi se mettre en jambe et c’est vrai que ce gars a une souplesse qui en dit long sur sa pratique des pistes de danse. Vient aussi un long défilé de fox-trot et, là encore, il est un guide émérite. Et essoufflés, ils regagnent ensemble le bar pour y écluser de quoi étancher leur soif. Une fine couche de sueur perle sur le front de cet homme qui s’est borné, jusque-là, conformément aux attentes de sa cavalière, à ne faire que la guider. Un second verre, mais cette fois non alcoolisé pour ne pas risquer son permis de conduire et le duo tout neuf revient pour un autre tour au milieu de couples qui sont affairés dans des rythmes plutôt lascifs.
Et lorsque quelques slows reviennent, l’homme, cette fois, s’aventure un peu davantage à enlacer plus intimement sa partenaire. Pas de refus de la part de celle qui suit les pas et la musique. Jauris est plus grand qu’elle et, pour coller sa joue contre celle de Sonia, il doit pencher son visage. Drôle comme ce contact d’une peau contre la sienne fait faire un retour en arrière à la brune qui se remémore des pas identiques, esquissés avec Paul. Oui ! Paul aussi aimait danser et elle et lui adoraient ces pas qui les réunissaient toujours dans des prémices à des jeux amoureux plus poussés. Il est cependant si loin ce temps-là ! Et pourtant, si présent alors qu’elle se laisse bercer par des accords langoureux et imagine qu’il est de retour, son amant.
Un sursaut, comme si d’un coup Sonia revenait à elle. Son chevalier servant lui parle ? A-t-elle manqué un épisode, si perdue qu’elle l’est dans ses pensées ? Son souffle sur son cou, elle le ressent comme une sorte de menace. Délicieusement cependant, puisqu’elle ne le repousse pas tout à fait, se bornant à rejeter sa tête en arrière. Lui se méprend sur ce geste. Et il avance sa bouille, pile à l’instant où la brune fait revenir à la normale sa frimousse. Et boom ! Les lèvres masculines viennent frôler celles de Sonia. Il lui suffirait de reculer de quelques centimètres sa tête, pour éviter ce qui arrive. Mais non ! C’est comme instinctif, Jauris a-t-il senti qu’elle était vulnérable ? En tout cas, il appuie plus fortement ses lippes et, finalement, emportées par son élan, dans une sorte de réflexe, sous la langue masculine, les mâchoires féminines s’entrouvrent.
Un baiser s’échange là, sans que cessent la ronde du duo ni celle des autres danseurs sur la piste. Une chaleur agréable qui paraît aussi se déplacer dans le dos de la danseuse qui, les paupières closes, apprécie la pelle fortuite. L’homme se frotte à elle de plus en plus. Il lui fait savoir que son corps de mâle réagit par une érection qu’il ne veut, ne peut pas cacher. Et le feu se répand en elle aussi, fièvre d’un samedi soir qui fait couler une lave dans ses veines. Jauris est chaud comme de la braise et… il ne fait rien pour dissimuler son état de bandaison. Son bas-ventre venant se lover et se coller à son entrejambe, semblant ne plus vouloir s’en détacher. Puis sa voix… elle lui retombe dans l’oreille avec une intonation terriblement excitante.
Il n’y a rien à répondre à cela ! Sûr qu’il n’est pas fou et qu’il a déjà deviné qu’elle se fait plus chatte. Elle peut tout à fait interrompre d’un mot, d’une phrase cette phase d’approche tellement érotique qui se nourrit de la musique et de l’ambiance du lieu. La patte dans le dos de Sonia a déjà franchi bien des frontières et ne se limite plus à la maintenir seulement pour la guider. Mieux, elle la caresse avec une sorte d’infinie patience, une douceur qu’elle n’a connue que dans les bras de son Paul, ce salaud qui prodigue désormais de tels attouchements sur une autre, plus jeune, plus… enceinte aussi ! Et des images, plus pornographiques qu’esthétiques, refont surface sous sa chevelure brune qui, bien que lentement, l’ouvrent au désir. Les yeux clos, Sonia ne suit plus la musique, non ! Elle est la musique, elle en est le « la » qui sonne trop juste.
Elle se doit de faire quelque chose… aller de l’avant et se donner à celui qui visiblement est déjà prêt pour une autre partition, ou le planter là et filer le plus rapidement qu’elle le peut, vers un abri plus sûr. Que choisir entre une danse du ventre qui s’émeut de trop de solitude, et de trop de sollicitudes ?
Un troisième cocktail leur est servi, toujours sans alcool pour la brune. Jauris et elle boivent dans le brouhaha de la piste et de ses abords et il finit par se baisser pour lui demander si elle veut faire une pause hors du vacarme de la salle de danse.
Et l’homme et la femme quittent la salle pour un long corridor où la musique leur parvient, lointaine et feutrée. Il s’efface devant la porte de ce qui ressemble à l’intérieur d’un petit boudoir.
Pas de doute, il élude la question. Ce n’est pas très grave en soi et alors qu’elle s’apprête à répliquer, un son, comme un gloussement se fait entendre, venant de la cloison contre laquelle Sonia assise est adossée. Gêné, Jauris doit lui expliquer qu’il arrive fréquemment que les salons, identiques à celui où ils sont installés, des duos de danseurs, des couples, mariés ou non, viennent pour flirter un peu. Les gémissements de plus en plus nets donnent raison au parleur qui fait la moue.
Et les voici lancés tous deux, dans une sorte de monologue à deux. Chacun narrant à l’autre ses petits problèmes, ses grandes attentes et ses pauvres déboires. Sonia lui dit tout sur l’infidélité de son Paul et lui sur le décès brutal de sa compagne. Deux âmes qui se trouvent dans une impasse et qui ne savent pas comment se réparer de tous les dégâts que cause parfois l’existence. Les heures défilent et plus rien ne se passe entre les deux-là qui expulsent leur souffrance en se confiant l’un à l’autre. Sonia ne cache pas non plus la scène du bistrot et Jauris lui jette comme une bouée de sauvetage.
Il s’approche de Sonia, qui demeure bien pensive. Il n’est pas mal, ce mec, finalement… mais c’est vrai que Paul est trop présent là, dans sa tête, et que les comparaisons fausseraient ses sentiments. Alors oui, elle va aller demander des comptes à celui qui la fait toujours autant souffrir et… qui sait, peut-être reviendra-t-elle vers cet homme avec qui elle vient de s’entretenir, et qui, avant qu’elle ne se coule sous son volant, lui a encore volé un baiser…
Demain sera différent et se lèvera sur une vieille histoire ou sur une toute nouvelle… qui sait ! Le père Noël pourrait venir frapper à sa porte… et la cheminée est ouverte après tout ! Une petite musique court alors dans sa tête…
*Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d’hiver
Qui s’en va sifflant, soufflant
Dans les grands sapins verts
Oh ! Vive le temps, vive le temps
Vive le temps d’hiver
Boule de neige et jour de l’an
Et bonne année grand-mère…
Sur le long chemin
Tout blanc de neige blanche
Un vieux monsieur s’avance
Avec sa canne dans la main
Et tout là-haut le vent
Qui siffle dans les branches
Lui souffle la romance*