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Temps de lecture estimé : 10 mn
03/12/25
Résumé:  « Gentil, c’est bien. Le reste, ça s’apprend. » Au pied des pistes, Thomas va découvrir qu’au ski, le plus chaud n’est pas toujours la descente.
Critères:  #humour #chronique #érotisme #initiation #rencontre #personnages #occasion #différencedâge #lieudeloisir
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message
Bonus hors-piste

La neige est dégueulasse et la bière trop chère, mais au soleil de midi, la terrasse du bas de piste a des airs de paradis en doudoune. Thomas coince son verre entre ses gants détrempés et ses lunettes de ski, les cuisses encore tremblantes de la dernière rouge. Ça bruisse : fixations qui claquent, rires, serveurs qui slaloment entre les tables.


En face, Ludo a déjà défait sa fermeture jusqu’au sternum, t-shirt collé à ses pectoraux autoproclamés.



Fabien éclate de rire, une gorgée de bière à la main.



Thomas ne dit rien, mais observe lui aussi la skieuse que Ludo vient de commenter. Grands virages un peu trop appuyés, arrêt en chasse-neige pas totalement maîtrisé. Elle relève ses lunettes, souffle, sourit à l’homme qui arrive derrière elle. Il voit la main qui se pose naturellement sur la chute de reins, le petit coup d’œil brillant échangé, la manière dont elle se laisse aller sur la chaise quand ils s’installent à la terrasse.


Entre la poitrine et le bas-ventre, ça se serre et ça chauffe d’un coup.



Fabien rigole encore.



Thomas esquisse un sourire, sans lever la tête. Lui, il aime bien juste regarder. Les filles qui descendent, les épaules qui se balancent, les mains crispées sur les bâtons, les visages rouges et fatigués. Il remarque des détails qui échappent aux autres : celle qui ferme les yeux une seconde de trop en s’asseyant, celle qui secoue ses cheveux comme si elle se débarrassait de la journée entière, celle qui se penche vers l’oreille de son mec pour dire un truc qu’on n’entendra jamais. Dans sa tête, les chambres d’hôtel se remplissent déjà : moquette marron, chaussettes en boule, corps qui se cherchent sous les couettes.



Thomas relève le nez, pris en flag.



Olivier soupire derrière son mug.



Ludo se retourne vers l’intérieur. La serveuse est en train de faire le tour des tables, plateau chargé, queue de cheval qui balance, sourire commercial vissé au coin des lèvres. Il la suit des yeux.



Thomas se force à ne pas la fixer trop longtemps. Il a l’impression d’avoir « timide » écrit en gros sur le front, en neige fondue. Il boit une gorgée de bière et laisse le liquide tiède descendre comme un faux courage.


Derrière leur table, appuyée contre la rambarde, une femme d’une quarantaine d’années termine son vin chaud. Pull foncé large, pantalon de ski noir, bonnet simple. Rien qui cherche à attirer l’œil, et pourtant : épaules droites, taille encore marquée sous les couches, joues rouges de froid et d’habitude. Ses mains se réchauffent autour du gobelet en carton, doigts nus, ongles sobrement vernis.


Elle a entendu « petit cul », « frétille » et « gardien » en moins de deux minutes. Ça lui tire un sourire. Pas doux, pas méprisant, un truc au milieu : amusé, vaguement attendri. Elle voit le genre : la grande gueule, le pseudo-moraliste, le rigolo qui en rajoute, et le silencieux qui regarde autrement. Ajustant ses lunettes de soleil, elle reste là, à demi tournée vers la piste, à demi tournée vers eux.


Plus loin, un groupe de skieuses débutantes descend en chasse-neige hésitant. Ludo se redresse comme s’il venait d’entendre qu’on offrait la tournée.



Olivier lève les yeux au ciel.



Thomas, quant à lui, fait plutôt attention aux genoux qui tremblent, aux bustes crispés, aux rires qui s’échappent quand même en arrivant en bas. Il remarque la main qui échoue sur l’épaule d’une copine, la fierté dans leurs expressions, et se dit que c’est ça, le plus beau : des corps maladroits qui finissent par s’en sortir.


Derrière lui, la quadra respire une fois bien fort, puis se détache de la rambarde.


La petite bande rigole toujours. Aucun ne lève la tête quand elle s’avance vers leur table, jusqu’au moment où son ombre coupe le soleil.



Ludo se tait en plein milieu d’une phrase, Fabien repose son verre, Olivier relève le nez.


Elle a gardé son bonnet, ses lunettes posées par-dessus. De près, ses rides ne mentent pas : elle n’a plus vingt ans, et manifestement, elle s’en fout. Les petites lignes au coin des yeux tirent vers le rire plus que vers la fatigue, et sa bouche a ce relief de celles qui ont trop vécu pour se forcer à sourire pour rien.



Sans attendre vraiment leur réponse, elle tire une chaise libre et s’installe, de côté. La fixation de sa chaussure de ski est desserrée. Son mouvement fait remonter un peu le bas du pantalon, laissant deviner un mollet sec et musclé. Plus sportive que poupée.



De près, elle ne rentre pas dans ses cases habituelles : pas de bonnet à pompon, pas de gloss, pas de rire aigu. Il y a pourtant un truc qui le perturbe vaguement, une assurance naturelle assez déstabilisante.



Olivier tousse dans son chocolat. Fabien manque de s’étrangler. Ludo rougit, puis se renfrogne, genre « je m’en fous ».



Les coudes posés sur la table, elle les observe un par un, insistant un chouïa plus longtemps sur Thomas, qui baisse les yeux par réflexe.



Ludo hausse les épaules.



Olivier ricane.



Olivier lève les mains.



Elle pouffe de rire, cette fois. Un rire court, sans minauder.



Thomas secoue la tête.



Ludo relève le menton.



Fabien jubile.



Et alors qu’Olivier étouffe un sourire, la serveuse passe par là, plateau encore chargé.



Claire se tourne vers Thomas.



Fabien lève un sourcil.



La serveuse s’éloigne. Ludo enchaîne, intéressé.



Ce disant, elle le fixe intensément. Ludo sourit, croit y voir une perche, se lance :



Olivier l’interrompt.



Claire reste focus sur Thomas.



La serveuse revient avec le vin chaud. Claire remercie, trinque avec son gobelet en carton contre le verre de Thomas.



Ludo roule des yeux.



Fabien crache presque sa gorgée. Olivier étouffe un fou rire dans sa main. Thomas, lui, sent un sourire lui monter aux lèvres.



Elle boit une gorgée de vin chaud, se tourne plus vers lui, ignorant ostensiblement Ludo.



Elle pouffe de rire.



Puis elle le détaille de haut en bas : la combinaison un peu trop neuve, les gants bon marché.



Thomas avale de travers.



Claire hoche la tête, faussement grave.



Elle ne parle pas comme les filles de son âge, qui enchaînent les vannes et les emojis. Elle a cette assurance tranquille des femmes qui savent déjà ce qu’elles veulent, et qui n’ont plus envie de perdre du temps avec des types qui se la racontent.


Elle se relève, jette un œil vers la piste.



Elle hésite une seconde, puis pose sa main sur celle de Thomas.



Silence à table. Le cerveau de Thomas fait un bruit de friture. Ludo le fixe, incrédule.



Olivier hausse un sourcil amusé.



Thomas se lève. Ses jambes tremblent un peu, et pas à cause de la dernière piste. Il remet sa parka, enfile ses gants.



Claire lui sourit.



Ils s’éloignent tous les deux vers le râtelier à skis, leurs chaussures claquant sur le bois de la terrasse.



Fabien l’interrompt.



Au loin, Claire et Thomas marchent côte à côte dans la neige sale, skis sur l’épaule. Elle se penche, sa main glisse sur sa hanche, et lui dit à l’oreille quelque chose qu’ils n’entendent pas. Il sourit. Un vrai, radieux, un de ceux qu’on ne lui voit jamais.


Ludo finit par reprendre son verre.



Le groupe de débutantes entame une nouvelle descente. En bas, près des casiers, une femme de quarante ans et un gars pas très sûr de lui disparaissent derrière l’angle du bâtiment.


Rien de vraiment neuf sur la terrasse. Mais un peu plus loin, à quelques dizaines de mètres, l’hiver vient de changer de programme pour Thomas.