| n° 23379 | Fiche technique | 13360 caractères | 13360 2223 Temps de lecture estimé : 9 mn |
22/11/25 |
Résumé: À Versailles, un mari coiffé de bois les redresse en diadème. | ||||
Critères: #pastiche #érotisme #historique #volupté #vengeance #personnages #adultère #couple #couplea3 #libertinage #voyeur #exhibitionniste #fellation | ||||
| Auteur : L'artiste (L’artiste) Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Les petits secrets que l'Histoire vous a cachés |
À lire en écoutant les « Symphonies pour les Soupers du Roy » de Michel-Richard de Lalande.
Sous les plafonds peints, les dieux bâillaient et la rumeur filait plus vite que les carrosses. On murmurait un nom avec délectation : Montespan. Pas Athénaïs, qui régnait alors sur le lit du Soleil ; non, l’autre. Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, son mari. On l’avait aperçu, jurait-on, arborer des bois et rire de son propre malheur. Tous savaient qu’il bouillait, qu’il débordait.
Le Roi ne voyait en cette colère qu’un divertissement de plus. Louise de La Vallière priait ; Athénaïs, elle, guettait l’orage.
______________
On l’annonça avec courbettes :
Il parut dans la Galerie des Glaces, ramure vissée sur la perruque, cape bleue, bottes polies. Les chuchotements montèrent. Un abbé en perdit son latin ; une duchesse avala de travers.
Il tira d’une poche un ruban écarlate, le fit courir entre ses doigts puis s’inclina, saluant d’un geste trop ample pour n’être pas prémédité. Le Roi esquissa un sourire crispé – il aimait l’insolence, pourvu qu’elle finisse à genoux – et Versailles, ce fief de girouettes poudrées, se divisa en deux.
Athénaïs brillait non loin, la tête un peu penchée, signe que la proie était intéressante.
La cour retint sa respiration.
La phrase claqua dans l’air. Un page étouffa un rire, et Athénaïs leva un sourcil appréciateur. Louis Henri acheva sa révérence et s’éloigna. Il regagna l’ombre, là où se trament les histoires qu’on ne confesse point, pour retrouver Élise, maîtresse lingère affairée dans un cabinet encombré de tissus gaufrés.
Sur la table, l’objet destiné à mettre en valeur ses attributs sous l’habit aurait fait rougir un évêque.
Elle s’agenouilla, ajusta la sangle ; ses mains caressèrent plus qu’elles ne fixèrent.
Elle boucla lentement le dispositif ; le cuir épousa la hanche, la soie lécha la peau. Lorsque la paume effleura l’orgueilleuse bosse mise en scène, le marquis ferma les yeux.
Puis, sans prévenir, elle posa les lèvres contre la chair tendue du bas-ventre. Louis Henri soupira.
Ce disant, la lingère ouvrit la bouche et engloutit la verge. Surpris, Louis Henri étouffa un juron qui n’était pas de piété et s’arc-bouta contre la table, renversant une pile de dentelles se trouvant là.
Elle reprit sa tâche avec minutie. La soif de revanche se changea vite en chaleur… puis en laitance.
Il sortit, sangle invisible sous l’étoffe. Dans le couloir, Louise, voilée claire, espérant sans doute se faire transparente.
Il s’éloigna sans haine, avec sa colère dont il ferait spectacle.
Le crépuscule tombait sur Versailles. Dans les jardins, les statues prirent des mines de conspirateurs. À la Volière, la soirée à venir se préparait : tentures vert sombre, trophées de chasse, lits bas recouverts de peaux, candélabres serrés. Au centre, un fauteuil de cuir clouté. Ni trône ni chaise d’aveu, quelque chose entre les deux, une cage sans barreau.
____________
Le lendemain, le Pavillon s’ouvrit. Les invités arrivèrent masqués, le marquis les accueillit avec un sourire tranchant.
On gloussa. Un éventail claqua trop tôt.
Athénaïs entra, robe bleu nuit fendue jusqu’à la menace. Un souffle d’ambre gris et de musc traversa la salle avant même qu’on la voie. Louis Henri posa sur sa main un baiser si succinct qu’il en devint presque insultant. Puis vint le Roi, son relief figé sur chaque bouton d’or. Sans masque : un soleil ne se dissimule pas ; il brûle.
On mena Louis XIV vers le trône improvisé, placé au centre de la pièce, légèrement surélevé. Il s’assit, confiant, face à la petite assemblée qui formait un demi-cercle autour de lui.
Les violons et le souffle du hautbois attaquèrent les Symphonies pour les Soupers du Roy, et trois femmes s’approchèrent du fauteuil. Elles s’agenouillèrent à ses pieds. Leurs lèvres montèrent jusqu’à la limite du sacré et s’arrêtèrent là.
Louis XIV, pincé, posa la main sur une nuque offerte. Elle se déroba aussitôt, espiègle.
À quelques pas derrière le trône, le marquis fit signe à une complice dont le corsage semblait déjà renoncer à sa fonction. Sur un piédestal, on avait disposé une selle de cuir. Elle s’y installa, retroussa la jupe, écarta les cuisses.
L’attention générale quitta un instant Louis XIV pour suivre ce nouveau centre de gravité. Louis Henri, vit dressé sous sa ceinture, s’avança et entra d’un coup. Les seins bondirent, le masque glissa. Élise.
Le murmure changea de timbre. À Versailles, on tolérait la débauche, non le tumulte. Cependant, le Roi regardait, figé dans son fauteuil, spectateur plus que souverain. Et voir n’était plus régner.
Athénaïs serra les genoux malgré elle ; le marquis, lui, accéléra.
Un frisson général. Un froncement de sourcil royal suffisait à faire disparaître des hommes. Louis Henri sentit ce froid passer sous sa peau. Il se dégagea et s’inclina, toujours raide, sans pudeur.
Athénaïs étouffa un rire.
Posant sa main dans la sienne, elle se laissa entraîner à l’abri des regards.
*
Une petite pièce tapissée de velours. Une lanterne ; leurs profils dorés, il ferma la porte.
Elle posa la paume sur la sangle tendue.
Il délia le corsage – les seins jaillirent, arrogants – puis souleva la robe. La toison apparut, déjà humide.
Tandis qu’il s’enfonça, elle étouffa un cri, dos cambré, bouche entrouverte.
Ses hanches heurtèrent les siennes. Chaque coup avait le goût d’une justice rendue.
Depuis le début de la fête, Louise, ballottée entre ses prières et la chaleur indécente qui lui montait aux cuisses, tournait autour du Pavillon. Enfin, elle frappa discrètement. Il était dit que les retrouvailles du couple Montespan ne s’achèveraient pas en paix.
Louise – joues rouges – vit les jupons froissés, la chemise ouverte du marquis, la lueur trouble de leurs yeux. Elle voulut reculer. Sa main trouva la porte ; Louis Henri la referma sur leur trio naissant. Longtemps, on l’avait nourrie d’histoires où les épouses se taisent pendant que les rois s’accaparent leur vertu. Là, fait nouveau, le mari ne rampait pas. Et il l’invitait, elle. La ramure au-dessus de son front, qu’elle avait souvent moquée, lui parut soudain diadème.
Athénaïs passa derrière Louise, défit lentement les attaches.
La robe glissa, dévoilant deux seins trop sensibles, un ventre où vibrait la peur, et cette humidité infâme, déjà présente. Le marquis posa un doigt sur la rosée. Louise gémit, se couvrit la bouche.
Il embrassa alors son épouse. Un baiser profond, chargé de leur étreinte. Un long soupir échappa à Louise… jaloux et affamé. La honte se dissipa, ne resta que cette faim neuve qui battait à même sa peau.
La main d’Athénaïs glissa entre ses cuisses, trouva le bouton de chair. Louise émit un petit cri brisé qui vibra dans la pièce entière. Ses jambes demandaient grâce, ses yeux la suite. Le marquis la rattrapa avant qu’elle ne fléchisse. Une caresse, un incendie. Athénaïs guida le membre à la naissance du monde et Louis Henri poussa. Louise se cambra pour savourer.
Ses mains sur les seins de Louise arrachèrent cette dernière à toute idée de ciel ; celles de Louis Henri sur sa croupe l’ancrèrent. Le rythme s’affermit.
Et elle s’effondra dans un orgasme qui la renversa tout entière, déclenchant celui du marquis, qui la suivit, tremblant. Quand il se dégagea, Athénaïs recueillit la jeune femme, la couvrit de baisers, puis saisit la mâchoire de son mari.
Ils restèrent tous trois enlacés. Dans cette étreinte, Louise sentit une paix neuve. Sa foi venait de se décaler, un rien. Quand enfin leurs corps consentirent à se délier, Athénaïs remit de l’ordre dans la soie, ramena un sein dans son corsage. Elle embrassa Louise au front, Louis Henri à la bouche, puis quitta la pièce.
*
Dans le couloir, une silhouette l’attendait.
Athénaïs la détailla de bas en haut.
Élise s’inclina, puis disparut dans l’embrasure que la favorite venait de quitter.
____________
Le matin se leva sur Versailles, presque comme à l’accoutumée. Les couloirs bruissaient ; on parlait bas, on feignait l’indifférence. Le Roi n’accordait plus un regard à personne. Mâchoire serrée, il avançait, prêt à brûler qui se dresserait devant lui. Au détour d’une galerie, il croisa Louis Henri.
Louis XIV pâlit.
*
Dans ses appartements, Athénaïs, pensive, songea à la volière, aux peaux de bêtes, à la sueur de son époux, aux cris de Louise, et surtout au Roi qui ne pardonne jamais.
Au loin, l’Affaire des poisons rôdait déjà dans les coulisses ; Athénaïs comptait plus d’alliées dans l’ombre que de saints au ciel. S’il décidait de briser son mari, elle n’ignorait pas à quel autel impur confier le reste.
*
Quant à Louise, dans une petite chapelle, elle prit la main de Dieu et la serra trop fort.
La voix résonna dans la nef, confession sans auditeur, sinon celui qui n’intervient jamais. Ses lèvres tremblaient du souvenir. Elle sortit, tête haute, plus légère qu’une reine.
*
Dans la chambre basse où on rangeait plus de chemises que de secrets, Élise secouait des draps froissés. Elle retrouvait sur ses mains l’odeur mêlée d’ambre et de sueur. On lui avait confié le soin d’armer Louis Henri de Pardaillan ; elle l’avait vu vaciller, puis se dresser enfin.
« Si le Roi brûle ce marquis trop insolent », pensa-t-elle, « il restera toujours quelqu’un pour se souvenir qu’il n’a pas rampé. » Elle se promit de le tenir droit jusqu’au bout, son cerf couronné.
*
La Volière garda les traces de la nuit : quelques taches suspectes ci et là. Dans les jardins où les statues sourient de tous les scandales, l’Histoire riait en silence…