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n° 23372Fiche technique30653 caractères30653
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Temps de lecture estimé : 21 mn
17/11/25
Résumé:  Un couple, au bord de la rupture, consulte une conseillère conjugale… Mais la thérapie va prendre une tournure apocalyptique.
Critères:  #humour #pastiche #délire #horreur #fantastique
Auteur : Laetitia            Envoi mini-message
Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Il pleuvait une pluie fine, agaçante, celle qui colle au pare-brise, sans conviction, trop fine pour justifier l’usage des essuie-glaces, trop dense pour l’ignorer.


Élise fixait la route, la mâchoire crispée, les bras croisés, boudeuse. Elle avait la posture et l’air de quelqu’un qui a déjà perdu le bon argument avant même de le formuler. Thomas, à côté, conduisait d’une main et scrollait de l’autre, concentré sur un fil d’actualité plus passionnant que sa propre vie.



Le silence qui suivit était du genre retentissant, un silence dense, vivant, presque humide. Un silence qui ressemblait à pas mal de chose, sauf à du silence. Seul le bruit régulier de l’essuie-glace coupait la tension épaisse en tranches bien égales.



Thomas haussa les épaules. Son pouce continua de glisser sur l’écran, à chaque arrêt à un feu tricolore. Élise le fixa longuement, puis soupira si fort que le pare-brise s’embua.



Thomas leva les yeux au ciel, puis, pour clore le débat, monta le son de la radio. Une animatrice survoltée hurlait :



Ils éclatèrent d’un rire nerveux en même temps, court, presque mécanique.



Il ne répondit pas. Son téléphone vibra, c’était une notification Instagram. Il jeta un œil, esquissa un sourire.



Thomas tourna à gauche un peu brusquement. Les feux stop d’un bus se reflétèrent sur le tableau de bord, rouge sang.



Élise leva les yeux au plafond. Il restait dix minutes de route. Dix minutes à supporter le clignotant qui cliquetait, comme un métronome de divorce.


Elle pensa à leurs débuts, quand ils s’étaient rencontrés à une soirée d’amis. Il l’avait fait rire en imitant un serveur snob. Maintenant, il imitait un zombie émotionnel.



Il se gara. Le moteur s’arrêta dans un soupir. Le silence qui suivit était presque religieux.



Devant eux, la plaque dorée indiquait :


« Docteure Martineau – Conseillère conjugale et médiatrice émotionnelle. »


Sous la pluie, les lettres semblaient saigner. Thomas rangea son téléphone.



Ils sortirent de la voiture, refermèrent les portières, un claquement sec, synchronisé. Leur premier geste coordonné depuis une semaine.


L’immeuble était comme eux, propre en apparence, fissuré par dessous. Un vieux bâtiment beige, avec des balcons en fer forgé et un interphone qui sonnait toujours faux. Élise appuya sur le bouton.


« Cabinet Martineau, bonjour… »


La voix enregistrée crépita, puis se coupa.



Thomas ne releva pas. Il poussa la porte. L’intérieur sentait la lavande synthétique. Ils traversèrent un hall trop blanc, éclairé par des néons qui bourdonnaient doucement. Ils prirent l’ascenseur en silence. Un des néons se mit à clignoter franchement. Élise détourna les yeux, comme si le plafonnier lui donnait la migraine. Quand les portes s’ouvrirent au troisième étage, ils tombèrent sur le petit panneau habituel :


Cabinet Martineau – Réapprenez à aimer sans vous entre-dévorer.



Elle appuya sur la poignée de la porte d’entrée. Le petit carillon habituel tinta. Mais la secrétaire, Béa, n’était pas derrière son comptoir. D’ordinaire, elle surgissait avant même qu’on ait le temps de s’asseoir. Toujours le même sourire étiré, les mêmes lunettes rondes et la voix mielleuse :



Ce matin-là, rien. Juste une pile de dossiers entrouverts, une tasse de café encore tiède, et une chaussure à talon abandonnée près du bureau.


Élise fixait la porte du bureau, puis le vide derrière le comptoir désert.



Thomas leva à peine les yeux de son téléphone.



Il soupira, posa son téléphone sur la table basse.



Thomas se redressa, la mâchoire serrée.



Il y eut un long silence, un de ces silences d’après-explosion où on entendrait presque la fumée.


Puis, au loin, derrière la porte, un bruit humide. Élise croisa les bras.



Il se pencha en avant, le regard noir.



Thomas haussa les épaules.



Ils entrèrent dans la salle d’attente. Toujours la même pièce, avec ses fauteuils en simili beige, ses bougies électriques, ses affiches sur la communication non violente. Mais aujourd’hui, il y avait quelque chose de « décalé », difficile à dire quoi. Les magazines sur la table basse étaient collés entre eux, comme si quelqu’un avait renversés dessus un liquide sucré. Et une tache brunâtre s’étirait sur le tapis, sous la plante verte.

Élise fronça les sourcils.



Il ne répondit pas. Elle prit une revue au hasard :


« Psychologie du couple - apprendre à s’écouter. »


Les pages du milieu étaient arrachées. Un cheveu collait à la reliure.



Ils s’assirent. Le fauteuil grinça sous Thomas, comme si le cuir se plaignait. Élise tapotait nerveusement son genou.



Élise leva les yeux vers la porte du bureau. Une mince lumière filtrait dessous. On entendait un bruit indistinct. Un bruit, lent, régulier, comme un bruit de mastication. Comme si quelqu’un mâchait quelque chose de mou, genre des Chamallows. Elle pencha la tête.



Elle s’interrompit. Un petit clac retentit, la bougie électrique venait de s’éteindre d’elle-même, puis le silence. Puis un gargouillis venu du bureau. Thomas regarda sa montre.



Il sortit son téléphone.



Cela faisait bien une demi-heure qu’ils patientaient. Élise avait vérifié trois fois l’heure, deux fois le panneau des tarifs et une fois la solidité de leur couple (bilan mitigé).


Thomas, lui, scrollait encore, mais beaucoup plus nerveusement. Même les notifications semblaient s’être tues, comme si Internet lui-même retenait son souffle.



Elle se leva d’un bond. Le fauteuil gémit, soulagé. Elle s’approcha de la porte du bureau, l’oreille collée contre le bois. Elle entendit un bruit étouffé, comme un genre de frottement mou. Et aussi, un souffle… irrégulier, comme animal.



Le silence lui répondit. Puis il y eut un ploc. Elle se massa les tempes.


L’odeur de lavande semblait plus forte, presque écœurante. Une tache sombre s’élargissait lentement sous la porte du bureau. Un craquement retentit soudain de l’autre côté de la porte. Ils se figèrent tous les deux. Leur colère suspendue, comme engloutie par quelque chose de plus profond. Élise chuchota :



Ils échangèrent un regard. Cette fois, aucun des deux n’eut envie d’avoir raison.


Une goutte rouge glissa le long de la poignée avant de tomber sur le parquet. Thomas se leva à son tour.



Ils échangèrent un regard. Lui avait cette tête de « je devrais y aller, mais j’ai pas envie ». Elle, celle de « vas-y, mais si tu meurs, je t’en voudrai ».



Elle leva les yeux au ciel, puis tapa trois petits coups secs. Rien. Seulement un léger raclement à l’intérieur.



Elle tourna la poignée. La porte grinça doucement, dans un soupir de vieille bête. Et là, le silence prit corps.


Le bureau de la conseillère n’était plus le havre zen qu’ils connaissaient. Les coussins beiges étaient éclaboussés d’un brun foncé. La lampe de sel était renversée. Et au milieu de la pièce, deux silhouettes penchées sur le canapé. La conseillère Martineau et Béa. Martineau, la bouche rouge, pas de rouge à lèvres… non, pas vraiment. À ses côtés, la secrétaire et sa fameuse mini-jupe immaculée. Enfin… c’était ce qu’il restait d’elles. Ou plutôt, ce qu’elles étaient devenues.


Leurs peaux étaient cireuses, tachetées de rouge, leurs yeux, vitreux, dépareillés. Les deux femmes étaient accroupies devant… quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Et entre leurs mains, les restes d’un autre couple, celui de la séance d’avant, visiblement. Un bras sur le tapis. Un pied dans la plante verte. Béa arrêta de fouiller dans les entrailles du mari et leva lentement la tête, la bouche pleine. Un bruit de succion résonna. Madame Martineau cessa de mordre la gorge de la femme.


Élise lâcha la poignée et eut un haut-le-cœur. Thomas, incapable de faire autre chose, murmura :



La conseillère se releva et fit un pas vers eux, titubante, une mèche de cheveux collée sur la joue. Son sourire s’étira haut, trop large, un filet rouge glissa de sa lèvre bleue. Elle dit d’une voix déformée et caverneuse, entre deux grognements :



Sa voix gargouillait comme un évier bouché, un bruit de succion accompagnait sa phrase. Béa releva la tête à son tour, l’œil vitreux (elle n’en avait plus qu’un), la bouche pleine. Elle mâchait encore. Élise recula d’un pas.



Béa grogna. La conseillère poussa un râle, à mi-chemin entre le soupir professionnel et le grognement de bête affamée.



Ils reculèrent, mais la secrétaire bondit, trébuchant sur le bras du client défunt. Thomas la repoussa d’un coup d’épaule, manquant de glisser. Élise lui agrippa la main, à la fois terrifiée et furieuse.



Ils s’enfuirent en courant, laissant derrière eux la porte claquer et le bruit de mastication reprendre, lentement, méthodiquement, presque paisiblement.


Derrière eux, dans le cabinet, ils entendirent Martineau grogner :



Ils jaillirent dans le couloir en se cognant à la porte. Élise trébucha, Thomas la rattrapa par réflexe, ce qui, ironie du sort, fut leur premier vrai contact physique depuis des jours.



Derrière eux, le clic-clac mou des pas saccadés se rapprochait. Ils entendirent les talons qui raclaient le sol en traînant un peu trop de chair et les grognements inhumains qui les accompagnaient. Élise jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.



Ils coururent jusqu’à l’ascenseur. Thomas pressa le bouton d’appel. Rien. Il tambourina dessus, donna des coups de pied dans la porte close.



Béa s’était approchée. Thomas l’envoya valdinguer dans le couloir du cabinet d’un coup d’épaule. Elle s’écrasa contre une étagère, renversant une pile de brochures intitulées « retrouver la flamme ». Un ding faiblard retentit enfin. Les portes s’ouvrirent sur… un autre couple, figé au fond, livide, couvert de sang séché. Le mari leva lentement la tête, un œil pendant. La femme gémissait doucement, une phalange de doigt coincée entre ses dents tomba au sol quand elle grimaça de joie en voyant deux vivants devant elle.



Ils se précipitèrent vers la cage d’escalier. La rampe était poisseuse, les néons grésillaient, hésitant entre lumière et pénombre. Quelque part plus haut, un gémissement d’ensemble, comme une chorale de morts à bout de souffle. Élise haletait. Thomas, derrière, pestait contre ses lacets défaits.



Une ombre surgit à mi-palier, un voisin, torse nu, la mâchoire déboîtée, qui titubait vers eux en tendant les bras. Thomas hurla. Élise, sans réfléchir, lui lança son sac à main.

Il tomba à la renverse sous le choc.



Ils dévalèrent encore deux étages. Le couloir du rez-de-chaussée était vide et silencieux, si on omet le bruit que faisait un distributeur de café, renversé, qui pissait un liquide marron-rouge.


Élise, essoufflée, s’arrêta une seconde.



Derrière eux, un râle collectif monta de l’escalier. Une dizaine de silhouettes descendaient lentement, comme un cortège d’enterrement paresseux. Thomas attrapa un porte-manteau et le jeta dans leur direction. L’objet fit trébucher le premier zombie, il dévala les quelques marches restantes. Les autres monstres derrière vinrent s’empiler sur le premier. Thomas prit Élise par la main. Cette fois, elle ne la retira pas. Ils poussèrent la porte d’entrée. L’air froid du dehors les gifla. La rue était presque vide… presque.


Au milieu de la chaussée, il y avait un bus à l’arrêt, les portes coincées. Ce qui gênait la fermeture, c’était un passager sans tête, le tronc à moitié sorti. À l’arrière une bande de zombies, dont le chauffeur, apparemment, tapaient du plat de leurs mains sur les vitres. Ce qui passa sur le trottoir avait été une femme. Elle avançait lentement en râlant. Il lui manquait un talon et la moitié du visage. Élise chuchota, haletante :



Ils jaillirent sur le trottoir en pleine averse. La pluie tombait dru, fine et glaciale, comme pour rincer la ville du carnage passé et à venir. Sauf que la ville, elle, ne réagissait plus, pas de sirènes, pas de cris. Juste un silence épais, percé de temps à autre par un bruit de succion au loin.


Élise reprit son souffle, appuyée contre un lampadaire. Thomas regardait autour de lui, l’air perdu.



Il leva les yeux au ciel.



Un gémissement résonna derrière eux. Ils se retournèrent. Béa, ou ce qu’il en restait, sortait du cabinet la minijupe en lambeaux, son sourire toujours en place, figé, grotesque. Derrière elle, une silhouette titubante, la tête pendante, puis une autre, et encore une… une colonne de morts-vivants suivait.


Élise lança, haletante :



Ils reprirent leur course. Les trottoirs étaient déserts, mais ici et là, des silhouettes titubaient, se cognant aux murs, se traînant vers l’odeur du vivant.

Ils croisèrent dans leur course effrénée une vitrine de boulangerie éclatée, une voiture arrêtée en plein carrefour, moteur allumé, chauffeur inerte, la tête penchée sur le volant.



Elle allait répondre, mais un cri les fit sursauter. Une femme surgit d’une ruelle, la bouche en sang, courant vers eux.



Elle n’eut pas le temps de finir. Un homme, ou ce qu’il restait de lui, lui sauta dessus, la mordit à la gorge, la fit taire dans un gargouillis humide.


Élise resta figée. Thomas la tira en arrière.



Ils contournèrent la scène, les pas rapides, les yeux fous. Un klaxon hurla sans discontinuer, comme une alarme inutile.

Plus loin, ils virent un supermarché. Les portes étaient grandes ouvertes. Ils contournèrent des chariots renversés, des sacs éventrés. Une radio crachotante qui diffusait encore une pub :



Élise éclata de rire, un rire nerveux, cassé.



Ils pénétrèrent dans le magasin. L’odeur de métal et de pourriture leur sauta au nez. Au rayon frais, un homme en blouse blanche mâchouillait une côte de bœuf crue. Élise chuchota :



Elle esquissa un sourire malgré elle.



Ils échangèrent un regard. Il y eut un long silence. Puis, à contrecœur, ils restèrent ensemble. Thomas attrapa une pelle dans le rayon bricolage. Élise prit une poêle à frire.



Ils avancèrent entre les rayons, lentement, les pas glissant sur les flaques rougeâtres. Au loin, un haut-parleur grésilla :



Le haut-parleur continua de grésiller au-dessus d’eux :



Un rire nerveux secoua Élise.



Ils longèrent le rayon frais. Un bip sonore retentissait par intermittence, comme un battement de cœur électronique. L’éclairage clignotait, tremblotant sur les produits éventrés.


Quelque chose bougea derrière la caisse n°3. Un employé, ou ce qu’il en restait, se redressa lentement, la bouche pleine de bons de réduction ensanglantés. Élise leva sa hache. Thomas serra sa pelle.



L’employé se traîna vers eux, ses doigts agrippant le carrelage avec un bruit visqueux. Elise frappa. La hache fendit l’épaule du zombie. Son bras pendait seulement rattaché au tronc par un lambeau de chair.



La pelle fit un bruit sourd, presque comique, la tête éclata comme un ballon mal gonflé. Le zombie s’écroula, la mâchoire éclatée, une étiquette « Promo – 50% » collée sur le front.



Ils avancèrent encore. Une porte battante menait à l’arrière du magasin. Des bruits de pas s’en échappaient, de plus en plus nombreux.



Elle eut un sourire épuisé. Thomas posa une main sur la poignée… Une main jaillit, pâle, veineuse, lui attrapant l’avant-bras. Élise hurla. Thomas frappa à l’aveugle. Deux coups, trois. La main lâcha. Elle acheva le zombie d’un coup de hache entre les deux yeux.


Ils reculèrent, tremblants. Un instant, leurs regards se croisèrent. Et pour la première fois depuis des semaines, il n’y avait plus ni reproche ni sarcasme, juste la peur brute, et une étrange complicité.



Ils éclatèrent de rire. Un rire nerveux, éraillé, qui finit en hoquet. Derrière eux, il y eut un bruit de verre brisé. La horde venait d’entrer en traversant la vitrine du magasin. Élise se plaça à côté de Thomas, hache brandie.



Les silhouettes approchaient, la bouche ouverte, les mâchoires pendantes, les yeux vides, un murmure guttural s’élevait comme un chœur. Thomas prit sa main.



Elle lui lança un regard mi-tendre, mi-fataliste.



Ils levèrent leurs armes de fortune. Le premier zombie bondit. La pelle s’abattit, la hache suivit, un bruit sec, puis un autre. L’écran des caisses scintilla une dernière fois, et la voix enregistrée annonça, joyeuse :



Après avoir éliminé le groupe de morts-vivants, ils avancèrent prudemment, entre les rayons dévastés. Les néons sautaient par intermittence. Une lumière stroboscopique donnait au monde des allures de film cassé.



Un bruit derrière eux. Ils se retournèrent. Un groupe approchait, cinq, six silhouettes, des clients, des employés tous déchiquetés, affamés.


Élise et Thomas se lancèrent un regard. Ils n’échangèrent pas un mot, juste un hochement de tête. Leurs coups furent synchronisés. Après le carnage, Thomas reprit son souffle, adossé à une étagère.



Ils éclatèrent de rire, un rire nerveux, mais sincère. Le genre de rire qui recolle, juste un peu, deux morceaux fissurés.


Puis, au fond du magasin, un grand fracas. La grille du stock s’effondra. Une dizaine d’ombres en jaillirent. Un autre groupe arrivait devant. Ils étaient cernés. Elle serra sa hache contre elle. Leurs respirations se synchronisèrent, presque d’un accord commun.



Il secoua la tête vigoureusement, malgré la horde qui avançait.



Les silhouettes n’étaient plus qu’à quelques mètres. Élise sentit sa gorge se serrer.



Elle serra la main de Thomas.



Ils se tournèrent ensemble vers la horde. Martineau et Béa ouvraient la marche. Martineau gronda :



Il posa brièvement sa main sur la sienne.



Élise cligna des yeux dans un mélange de peur, d’amour, d’incrédulité.



Un bruit métallique retentit soudain derrière eux, la porte des réserves venait de bouger.

Il y eut un courant d’air… ou un mouvement ? Ils échangèrent un regard. Ils prirent une décision muette, une direction, une chance minuscule.



Ils se précipitèrent vers l’arrière, glissant entre les rayons, les mains liées une demi-seconde avant que leurs doigts ne se séparent prêts à se battre. Derrière, la horde grognait, suivait, trébuchait sur les cadavres. Les néons éclataient un à un. Thomas ouvrit la porte des réserves. Un couloir sombre s’étendait derrière. Aucune lumière. Aucun son.



Elle eut un sourire, minuscule, fragile, mais réel. Ils franchirent la porte et la claquèrent derrière eux. La pénombre les avala. La horde arriva contre la porte en hurlant. Le battant vibra. Une fissure apparut. Mais rien ne céda.


Un dernier néon clignota. Puis s’éteignit. Puis ce fut le silence. On ne vit plus rien. On ne sut plus rien. La nuit engloutit le supermarché. Quand le dernier néon rendit l’âme, il ne resta qu’une chose, deux ombres qui couraient dans la rue, leurs pelle et hache à la main, comme si même l’apocalypse n’avait pas réussi à les séparer… pour l’instant.




Épilogue – Rapport de séance


Deux jours plus tard.


Le magasin Super’ Vie était vide, ou presque. Les pigeons picoraient dans les rayons, indifférents. La pluie effaçait lentement les traces.


La Docteure Martineau entra, suivie de Béa. Leur démarche était calme, professionnelle. Martineau ouvrit un carnet taché.


Cas : Élise & Thomas Delaunay

Durée de suivi : 10 séances + 1 non facturable (cause : apocalypse)

Bilan : progrès significatifs observés dans la cohésion du couple, la communication et la synchronisation des gestes de défense. Cohésion excellente sous stress extrême

Recommandation : poursuivre le protocole « survie de couple » sur échantillon élargi.

Observation annexe : la thérapie reste plus efficace lorsqu’au moins un membre du couple est en état de panique vitale.

Conclusion : protocole validé.


Elle rangea le stylo dans sa poche, s’adressa à Béa :



Béa hocha lentement la tête, un sourire fendu aux lèvres. Sur le mur, une affiche trempée oscillait :


« Cabinet Martineau – Réapprenez à vous aimer… même après la mort. »