| n° 23360 | Fiche technique | 13698 caractères | 13698 2308 Temps de lecture estimé : 10 mn |
07/11/25 |
Résumé: Tara, une baroudeuse, nous raconte ses périples. | ||||
Critères: #initiatique fh religion forêt fête | ||||
| Auteur : Turlupine Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les voyages de Tara Numéro 01 |
J’étais en vacances en Corée du Sud et je visitais le Temple de Pulguksa à Kyongju. Fondé au VIe siècle par le roi Pophung (que j’ai bien connu dans ma jeunesse), qui adopta le bouddhisme comme religion nationale, l’édifice était en ce jour décoré de centaines de lanternes. On m’expliqua que c’était pour l’anniversaire de Bouddha.
Le temple dominait la ville, dont on ne devinait plus que les toits courbés des hanoks traditionnels. Par endroits flottait un parfum de jasmin, mais c’était surtout l’odeur enivrante de l’encens qui me titillait les narines. Je m’enfonçais, comme on entre dans un rêve éveillé, portée vers un monde ancien, sacré – et pourtant terriblement vivant.
Les yeux levés vers le ciel, émerveillée par les myriades de lanternes colorées – véritables lucioles suspendues – je réalisai soudain que j’étais la seule étrangère, la seule touriste. J’en étais rassurée, car je fuyais et (je fuis encore) cette engeance. Cela faisait déjà deux jours que le Yeondeunghoe, illuminait les chemins menant aux temples, deux jours que j’en prenais plein les mirettes.
Il faisait assez doux, le thermomètre avoisinait les 15° et la journée restait ensoleillée. Je prenais des photos, demandais à quelques autochtones d’immortaliser mon passage dans leur beau pays en prenant des clichés de ma pomme au pied des Azalées, ou des Aralias. En pleine saison des Danpung, les érables rouges ou les Ginkos dorés coloraient de leurs plus belles couleurs la grande place sise devant le temple.
C’était un véritable décor féérique, presque irréel.
Le soir tombait à présent et avec lui, le pays glissait doucement vers l’hiver. Une petite laine s’imposait. À part ce froid qui s’immisçait, l’ambiance restait festive. Je m’amusais à suivre les lucioles attirées par les lumières.
Tandis que les moines se retiraient, calfeutrés dans leurs monastères à méditer, une autre population prenait doucement possession des lieux. D’abord quelques silhouettes tirant des chariots bringuebalants, puis des voix qui se répondaient dans la pénombre.
Des lanternes de papier s’allumèrent une à une, dévoilant des tréteaux de fortune, des bâches tirées à la hâte, des paniers remplis de châtaignes grillées et de gâteaux de riz encore tièdes. L’odeur du bouillon d’eomuk se mêlait à celle du thé au gingembre, montant en volutes dans l’air frais du soir.
Quelques vendeurs proposaient aussi des beondegi fumants dans de petits gobelets – un parfum que je n’étais pas certaine de vouloir affronter. Sans trop y penser, je me retrouvai devant un zinc improvisé, un bar ambulant fait de bric et de broc, où la vapeur s’élevait d’une marmite mystérieuse.
L’alcool n’était pas servi dans l’observance des fêtes religieuses, mais il était possible de goûter au Soju, la liqueur brûlée. L’Occidentale que je suis s’est très vite retrouvée au centre des concupiscences et nombre de verres m’ont été offerts. Je ne suis pas du genre à refuser, côté principe, je suis bien éduquée. Bien sûr, j’eus le droit à quelques mains baladeuses et drôlement bien placées. Je ne comprenais pas un traître mot de ce que mes prétendants avançaient, mais le langage peut être universel lorsqu’on joint le geste à la parole.
De grisée, je passais à franchement saoule. Ce soju, après avoir incendié mon larynx et anesthésié mon palais, avait clairement annexé mon cerveau sans même négocier. Mes neurones n’étaient plus que des mochis gluants.
Autour de moi, les rires éclataient, les verres se remplissaient aussitôt vidés, les « 건배 ! » résonnaient dans l’air nocturne avec la même ferveur qu’un chant de temple. La vapeur du bouillon d’eomuk me piquait les yeux, l’odeur du tteok grillé me hantait.
Je tenais encore debout, probablement par la grâce du Saint-Esprit. Toutefois le monde commençait à onduler doucement, comme des nouilles ramen trop longtemps remuées dans leur bol. La dernière parcelle de lucidité qui me restait – petite, tremblotante, mais tenace – me souffla qu’il était urgent de retourner à l’hôtel avant que je ne décide, avec la conviction du soju, que m’endormir contre un distributeur de boissons chaudes était une excellente idée.
Je quittai ainsi mes convives, malgré leurs invitations pressantes à rester. Puis je me lançai dans la descente du sentier sinueux, vacillante mais déterminée, pour rejoindre ma chambre située une dizaine de minutes plus bas, au cœur d’une forêt de pins soudain beaucoup trop mystérieuse.
Il faisait noir, seules les étoiles dans le ciel me permettaient de m’y retrouver un peu. Je titubais, me cassait la tronche dans des camélias… ou des Camphriers ? Qu’importe ! J’étais bien trop ivre pour me lancer dans une enquête botanique.
Je finis la face la première dans un tapis végétal étonnamment moelleux, la cheville vaguement tordue et l’ego en charpie. À ce stade, je décidai que la terre faisait un excellent matelas et qu’il serait criminel de la quitter. De toute façon, je n’avais plus la moindre certitude d’être sur le bon chemin vers l’hôtel. Ni même dans la bonne direction du monde, à vrai dire.
Il aurait pu faire – 15°, je crois bien que je ne m’en serais pas rendu compte.
Un dernier regard vers la constellation du Scorpion – reconnaissable entre mille – et mes yeux se fermèrent. Gros dodo instantané.
Fait étrange : je dormais paisiblement. Pas de montagnes russes, pas de lit qui tangue. Juste un silence moelleux et une nuit qui, contre toute logique éthylique, se montrait clémente.
Je n’avais aucune idée de l’heure – seulement qu’il faisait noir, un noir compact, qui avalait tout. J’étais encore collée au sol lorsqu’un craquement de branche retentit quelque part derrière moi. Puis un deuxième. Plus proche.
Je retins mon souffle. Mes pensées avançaient au ralenti, engluées dans les vapeurs de soju, mais mon instinct, lui, s’était soudain réveillé. Quelque chose bougeait. Quelque chose marchait.
Un pas ? Deux ? Hésitants, comme si ça me cherchait…
Je balayai mentalement la liste des créatures susceptibles d’arpenter une forêt coréenne la nuit. Je me cramponnai à l’idée d’un panda roux – adorable, tout mimi, inoffensif. Je rejetai avec soin tout le reste : sangliers, chiens errants, âmes en peine, créatures des contes locaux qui sortent quand les lanternes s’éteignent.
Puis un bruit plus fort retentit : on venait clairement de se vautrer en s’emmêlant dans les souches et les branches.
J’entendis distinctement quelqu’un grommeler :
Un homme. Et qui parle français, de surcroît !
Dans sa direction, une lumière chaude provenant d’on ne sait où me permettait de voir ce qui se tramait. Un homme imposant, chauve comme Yul Brynner, gros comme Gégé Depardieu, affublé de très grandes oreilles, vêtu d’une simple toge était à l’origine de mon réveil. Me voyant, il s’approcha :
J’observai que la lumière émanait littéralement de lui ; son aura brillait comme les phares d’une deux-chevaux réglés en plein phare. À son contact, une vague de chaleur, un sentiment de plénitude m’enveloppèrent tant et si bien que je l’invitais à rester taper la discute – comme si c’était le plus normal du monde.
Il s’appelait Siddharta Gautama.
J’appris qu’il n’avait pas toujours été bedonnant : autrefois, disait-il, il était ascète, maigre comme un coucou. C’était quelqu’un qui voyait toujours le verre à moitié plein et moi, une fille qui avait envie de le vider. De préférence d’un trait.
Ce bougre s’intéressait vraiment à moi, il me posait de multiples questions sur mon mode de vie nomade et s’inquiétait que je ressente une profonde solitude. Je lui expliquais que je recherchais comme tout le monde le bonheur. Je l’avais trouvé dans les voyages et dans les rencontres.
Une alchimie étrange s’était installée entre nous. Nous étions naturels, sans masques, et parlions comme si nous nous connaissions depuis des siècles. Très vite, la conversation glissa vers nos envies, nos besoins, nos curiosités humaines.
À force d’en parler, ça m’avait pris d’un coup.
J’avais envie… non, j’avais besoin.
Enfin – c’était mon corps, ou ma tête, ou les deux qui réclamaient cette déconnexion-là.
Mon patapouf n’était vraiment pas le genre de mec sur lequel je fantasme habituellement, mais il avait pour lui une qualité indéniable : il était là.
Il haussa les épaules, désignant sa tenue :
Je baissai les yeux.
Il était clair que mon bouddha de fortune n’était pas si détaché des plaisirs terrestres. Le gaillard bandait comme un cerf (je n’ai jamais vu bander un cerf, j’imagine que… non, en fait, je préfère pas imaginer). Il me prévint que cela faisait des éons qu’il n’avait pas consommé, alors, j’allais en prendre pour mon grade.
Tant mieux.
Mon Siddharta me présenta une belle grosse verge (avec prépuce !) que je pris immédiatement en bouche.
Je repris le cours de mes investigations, mon bonhomme s’accrochait comme il pouvait, aux branches, à un tronc, soufflait fort, haletait, secouait la tête, battait des mains dans le vide, tentait de retrouver son souffle, mais il ne pouvait s’arrêter de gesticuler.
J’ai dû changer ma façon de faire et me suis contentée de le masturber en envoyant ici et là quelques baisers. Il s’occupa de mon entrejambe. Ouhhhhh ! le coquin, wahhhh, il savait y faire – c’était divin. À ce niveau-là, on ne parlait plus de plaisir : c’était une révélation, du genre à te faire reconsidérer sérieusement la réincarnation.
Très vite, il m’expédia au septième ciel – version nirvana deluxe, avec clochettes et halo compris. L’excitation était telle que nous devions passer la vitesse supérieure. Je m’installais sur son sexe et commençais un léger mouvement de bas en haut…
Inspire… expire…
Je ne pensais pas que l’alcool descendait si bas…
Oh la belle promesse ! Moi qui suis adepte du cha-cha-cha, cet engagement à me faire danser décupla mon excitation. Je commençais un véritable rodéo. Il essayait de m’éjecter tandis que moi je tentais de rester arrimée. On appelle ça le Bronc Riding, la monte du cheval sauvage.
Enfin, mon gros pépère ne ressentit plus la douleur au niveau de son sexe, alors nous passâmes au Bull Riding, la monte du taureau. Selon le Kamasutra, il existe trois types d’hommes, dont l’homme-taureau… De même il existe trois types de femmes, dont la femme gazelle (ce que je suis, il faut me voir courir… rapide comme tu peux pas plus).
Selon ce grand traité philosophico-acrobatico-poétique, l’union d’un taureau et d’une gazelle est qualifiée de « supérieure ».
Bin franchement ? C’est pas du flan.
J’ai senti passer l’illumination.
Et peut-être un ligament aussi, mais surtout l’illumination.
Bon sang, qu’est-ce qu’il m’a mis ! Ah ça, pour communier, on a communié ! Dans tous les sens, dans toutes les positions – il connaissait le bouquin par cœur. Et vas-y que j’te claque une jambe ici et hop, là-bas un bras… D’où deske qu’il faut placer sa tête ? Ah oui comme ça…
Bref, un grand moment de gymnastique.
C’est vraiment dommage que je n’aie pu aller jusqu’au bout de ma turlutte – moi, j’aime bien, mais la douleur était trop intense. C’est bête lorsqu’on y réfléchit : brûlée pour brûlée, autant y aller, non ? … Excepté ce petit bémol, nous nous sommes donnés à cœur joie !
Patapouf m’avait exténuée. Vraiment !
En plus d’être quelqu’un de très attentionné, à l’écoute de mes désirs, apparemment muni d’une batterie interne nucléaire, le gaillard s’était avéré infatigable, insatiable, bref, respect.
À la fin, dans un moment de pure allégresse, alors qu’il allait se répandre, il a crié :
J’ai répondu ;
Puis extinction des phares.
Dodo immédiat.
Comme une pierre.
Une pierre heureuse, mais une pierre quand même.
Le réveil fut des plus pénibles, j’avais la tête dans le cul, façon marteau-piqueur sur tympans en porcelaine.
Ça faisait : Boum Boum Boum
Mon corps, griffé comme si j’avais tenté de rouler une pelle à un buisson, protestait au moindre mouvement. Mon estomac, lui, orchestrait une révolution interne.
Je balayai les alentours du regard.
Pas de Bouddha.
Pas de lueur mystique.
Juste la forêt, mon haleine alcoolisée et des aiguilles de pin collées à mes fringues.
Au sol, je voyais mes empreintes, la végétation écrasée… mais rien d’autre. Pas une marque, pas un indice qu’un illuminé à la toge XXL s’était tenu là.
Je soupirai.