| n° 23356 | Fiche technique | 25957 caractères | 25957 4225 Temps de lecture estimé : 17 mn |
01/11/25 |
| Présentation: Secrets d’Histoire. | ||||
Résumé: Deux femmes de la cour – Louise de La Vallière, l’ancienne favorite pieuse, et Athénaïs de Montespan, la maîtresse triomphante – se retrouvent dans un huis clos où la ferveur religieuse se confond avec le désir. | ||||
Critères: #exercice #érotisme #historique #initiatique #volupté #libertinage #prude #bourgeoise #lesbienne | ||||
| Auteur : L'artiste (L’artiste) Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les petits secrets que l'Histoire vous a cachés |
Personnages
Louise de La Vallière, dite la colombe – Jeune femme sincère perdue dans la fournaise du désir royal. Entre pudeur et passion, elle prie autant qu’elle tremble.
Françoise-Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan, dite la louve – Belle, rusée, insolente. Son intelligence se compte en soupirs bien placés.
Louis XIV, le Roi Soleil – Centre de gravité et de caprice. Objet d’adoration, mais surtout miroir de la folie des autres.
La duchesse de N* – Confidente et complice d’Athénaïs. Lucide sur tout, sauf sur la morale.
Le duc de V* et son voisin d’esprit – Commentateurs futiles des voluptés royales. Deux échos de salon pour un monde sans silence.
L’abbé au front aussi luisant que sa conscience trouble – Prêcheur hypocrite, plus familier du foutre que de l’encens.
Le jeune laquais – Innocence à usage unique.
Le valet – Œil indiscret du scandale.
Le jeune chevalier – Prétexte à jalousie et catalyseur d’étreintes rageuses.
Versailles – Corps et décor à la fois. Le palais respire, épie, se souvient. Rien ne s’y dit qui ne se répète.
Objets notables – Une tapisserie chaste, une cire bleue, un Christ de cuivre. Le sacré n’y survit que pour être profané.
À Versailles, l’innocence se coiffe d’un ruban, s’agenouille en silence, et gémit plus qu’elle ne prie.
Préambule doré
Versailles n’était pas encore la cage d’or achevée, mais déjà l’oiseau s’y croyait immortel. Les échafauds montaient, le plâtre volait, la poussière se mêlait aux parfums chers et l’on jurait que le soleil, las de brûler le ciel, venait le soir se coucher dans les glaces de la Grande Galerie. On cirait, on clouait, on dorait, on saluait. Surtout, on espionnait. Les tentures entendaient plus de secrets que cent confesseurs. Louis, dit le Grand, gouvernait en habits de théâtre. Il marchait parmi ses courtisans, mais restait homme, et singulièrement homme de lit. Les ambassadeurs tremblaient dans son cabinet, les dames fondaient dans son alcôve. À mi-chemin entre l’oraison et le rut, les couloirs charriaient une rumeur continue : Sa Majesté voulait du nouveau, toujours, et de préférence à genoux.
Deux femmes tenaient alors la balance des plaisirs monarchiques. Louise de La Vallière, d’abord : visage d’ange malade de sincérité, yeux où la ferveur faisait frémir les cils. Elle portait la pudeur comme d’autres un diadème. Elle priait bien, aimait droit, rougissait à propos et s’ingéniait à croire que le roi, au-delà de ses caprices, possédait un cœur à gagner autant qu’un vit à contenter. Candeur dangereuse, à Versailles. Face à elle, Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan. Elle riait à pleins poumons, lançait ses répliques comme des dards parfumés, et n’ignorait rien de la géographie du péché. Elle savait surtout que le lit était une antichambre du pouvoir, et qu’un soupir bien placé valait un traité.
Entre l’ange et la louve, le roi promenait son ennui. Les journées d’étiquette l’avaient rendu vorace ; la gloire voulait se délasser, et qui mieux que deux rivales pour l’inventer chaque soir ? On attendait l’étincelle. On l’entendit craquer un hiver, lorsque l’ange hâta le pas dans la galerie des Glaces et que la louve lui saisit le poignet.
Le rouge monta aux joues de la colombe. On dit qu’un saint, placé à cet instant précis, eût détourné le regard.
Ce ne fut qu’un prélude. Tout Versailles sut, le lendemain, que Louise avait frissonné. La louve, elle, riait. Le décor était dressé : un palais enfiévré, un roi inassouvi, deux femmes dont l’une ne voulait pas renoncer à sa lumière et l’autre ne comptait pas éteindre la sienne. Restait à jouer les scènes ; le théâtre s’éclaira, et le public retint sa respiration.
Louise, robe claire balayant le marbre, fuyait presque. Les miroirs renvoyaient sa pâleur, grossissaient son trouble. Une main gantée saisit son poignet. L’odeur du musc, une proximité de soie, et la voix sûre d’Athénaïs :
Le regard de la marquise glissa des yeux de Louise à sa bouche, puis à la naissance de sa gorge. La colombe sentit ses tempes battre comme deux tambours.
Ses lèvres, au creux de l’oreille de Louise, eurent le velouté d’une promesse.
Elle relâcha le poignet. Le rire de la marquise tinta, léger et perfide. Plus loin, deux gentilshommes baissèrent la voix, un laquais fit semblant de ne pas voir.
*
Montespan n’aimait pas prêcher sans prouver. Elle glissa derrière une tapisserie représentant Diane, déesse chaste entre toutes, poursuivant un cerf inépuisable. Là, un jeune laquais, la vingtaine, mais figure encore fleurie de duvet, rangeait des plats d’argent. Athénaïs jeta sur lui un œil de ménagère avertie devant un fruit mûr.
Elle le tira par la cravate, ouvrit sa culotte. Sa main trouva la verge, dressée, prête à servir. Un sourire lui vint, de ceux qui font tomber les tours.
Elle s’appuya contre la table, releva ses jupons, plaça le garçon, et lui souffla la liturgie :
Les assiettes tintèrent, la laine de la tapisserie étouffa des cris. Trois minutes plus tard, Athénaïs rajustait ses dentelles. Elle caressa la joue du laquais avec la douceur d’une lame de rasoir.
L’odeur de cire se mêla à celle, sans ambiguïté, du plaisir. Athénaïs sortit du réduit, l’air aussi frais qu’un matin d’avril.
*
Dans l’antichambre, on murmurait. Le duc de V***, qui affectait des airs d’homme d’esprit, glissa à son voisin :
Un abbé, le front trop poli pour être honnête, levait des yeux blancs :
Il interrompit sa sentence pour suivre du regard une taille sculpturale. La débauche avait des hanches admirables. L’esprit de la cour, ce jour-là, fut unanime : il fallait du nouveau, certes, mais avec la décence d’être délicieux.
*
Louise se réfugia dans une petite chapelle pauvrement dorée où l’on venait pleurer ce que Versailles faisait rire. Elle s’agenouilla. Ses mains serrèrent un chapelet.
Mais déjà ces dernières s’étaient installées, mezzanine de chair sur la nef de la prière. La bouche d’Athénaïs, la façon sans peur de s’offrir, de guider, de prendre. Louise ferma les yeux, espérant le noir, mais trouva l’aube. Une chaleur sourde l’emplit du ventre aux joues. Elle se reprocha ce feu, il grandit. Sa respiration devint trop hachée pour une église.
Elle recula dans une petite sacristie où la lueur des cierges s’adoucissait. Seule. Le bois des bancs sentait la cire, la pierre gardait une fraîcheur de tombe. Louise posa la tête contre la paroi, et sa main, traîtresse, remonta le long de sa jupe. Elle voulut prier encore, les mots trébuchèrent. La Vallière n’ignorait rien, au fond, des gestes qui apaisent. Les femmes, même pieuses, apprennent tôt les chemins qui mènent au soulagement. Ses doigts trouvèrent la vulve, humide déjà, le bouton turgescent. Elle retint un hoquet. Le monde se réduisit à cet endroit-là, à ce rythme-là, au souvenir précis d’une phrase : « on l’accueille, on boit ». Elle fit ce qu’elle put pour résister. Elle n’en eut ni la force ni l’envie.
Ce dernier mot vint sous forme d’un spasme, tête renversée, lèvres mordues, un gémissement avalé dans la manche. Elle resta immobile un long moment, la main encore en place, la honte et la consolation coulant de concert.
Quand elle se releva, ses yeux brillaient. Elle remit de l’ordre dans sa toilette, puis posa un baiser rapide sur le Christ de cuivre. Le métal était froid. Son ventre, lui, demeurait chaud. Elle sortit par une porte latérale, aussi légère qu’une coupable absoute.
*
Montespan, informée par les mille bouches du palais qu’on avait vu Louise sortir de l’oratoire les joues roses, sourit. Elle aimait les conversions rapides. Dans ses appartements, elle fit venir une amie sûre, la duchesse de N***, femme trop intelligente pour n’être pas discrète. On servit du chocolat, boisson encore scandaleuse pour certains confesseurs et parfaitement indispensable pour les femmes décidées.
Elles rirent. Puis la marquise se pencha, confidente :
La duchesse avala son chocolat d’un trait et s’éventa. Dehors, un petit vent de ragot soulevait déjà les pelouses.
*
Le soir, un billet scellé tomba dans la main de Louise. La cire était bleue ; l’odeur, reconnaissable.
Venez demain à la troisième heure après vêpres. Apportez vos scrupules ; je vous fournirai le reste.
Athénaïs.
Louise le lut trois fois. Elle aurait pu le brûler, mais le glissa plutôt contre son sein. Le papier, tiède, prit la forme de sa poitrine.
Elle dormit peu cette nuit-là. À l’aube, elle oublia de prier ; à midi, elle pria trop ; à vêpres, elle tremblait tant qu’elle dut s’asseoir. Dans le corridor alors que la troisième heure sonna, serrant l’anse de sa résignation, elle frappa.
Louise entra à pas retenus, le cœur battant à rompre son corsage. Le boudoir de la marquise flambait de chandelles ; les rideaux de soie laissaient filtrer un parfum lourd de musc et de poudre. Montespan referma la porte d’un claquement sec, puis fit deux pas, robe traînante, sourire carnassier.
Louise voulut protester, mais Athénaïs l’attira par le menton, plongea ses yeux dans les siens.
Elle scella la phrase d’un baiser brutal. Louise eut un gémissement étouffé, puis céda, lèvres entrouvertes. Montespan dégrafa d’un geste le corsage de Louise. Les seins jaillirent, blancs et fermes, tétons déjà dressés. Athénaïs les pinça, y planta ses dents avec l’assurance d’une connaisseuse.
Louise gémit, à la fois honteuse et traversée de plaisir. Elle leva une main timide pour retenir sa rivale ; Montespan la repoussa d’un souffle.
D’un geste, elle fit tomber Louise sur le satin du lit, retroussa ses jupons, et contempla la fente humide qui luisait déjà.
Louise hocha la tête, haletante :
Et, sans attendre, Montespan s’agenouilla, plongea sa bouche, fouilla et lécha. Louise cria, mains crispées dans les cheveux de sa rivale.
Louise se cambra, jambes serrées autour du cou d’Athénaïs, jusqu’à frémir d’un spasme entier, soupirs avalés par les tentures.
Montespan, visage brillant, releva la tête, lécha ses lèvres.
Louise, pantelante, obéit.
Rougissante, hésitante, Louise posa une bouche maladroite. Montespan gémit, guida la novice d’une main ferme.
Louise, découvrant un goût amer et doux, s’y attacha avec un zèle qui la surprit elle-même. Montespan cria son plaisir. Au même instant, un valet entrouvrit la porte pour annoncer une visite. Il resta figé, yeux écarquillés, devant la scène : Louise à terre, jupe relevée, langue enfoncée dans la fente de la marquise. Montespan éclata de rire, fit signe du doigt.
Le valet s’enfuit, rouge, mais emportant un souvenir qui allait nourrir toutes les rumeurs du château. Louise, effarée, cacha son visage dans les draps.
Louise voulut pleurer, mais ses yeux brillaient d’un éclat trop humide pour n’être que des larmes.
Quelques jours plus tard, Montespan avait convié à ses appartements un jeune chevalier, belle prestance, sourire insolent, et le genre de jambes gainées de bottes qui font soupirer les dames d’honneur. Louise, arrivée plus tôt que prévu, poussa la porte et se trouva face à un spectacle qu’elle n’aurait pas dû voir.
Athénaïs, nue sous un manteau entrouvert, était installée à califourchon. Sa chevelure coulait et sa bouche jetait des ordres :
Louise resta figée. Le claquement de chair emplissait la pièce, Montespan jouissait sans pudeur, criant des obscénités qui faisaient rougir Louise jusque dans ses reins.
Quand la marquise aperçut Louise, sa voix fusa :
Louise, suffoquée, recula, puis tourna les talons.
*
Montespan la rejoignit quelques instants plus tard, robe mal refermée, sourire cruel. Louise l’attendait dans un couloir désert, tremblante de rage.
Montespan haussa les épaules.
La main de Louise claqua une gifle sur la joue d’Athénaïs. Le bruit résonna contre les lambris. Un instant de silence, puis Montespan souffla.
Elle la saisit par la taille. Les deux femmes roulèrent contre la tenture, bousculant un vase. Louise résistait, mordait presque, ses yeux brillants de larmes et de fureur. Athénaïs, excitée par cette lutte, l’écrasa contre le mur, jupe retroussée.
Sa main plongea entre les jambes de Louise, trouva l’humidité. Louise gémit malgré elle, rage et désir mêlés.
Montespan fit glisser deux doigts, durs et précis.
Vaincue, Louise se laissa aller, tremblante, et l’orgasme la saisit. Ses jambes cédèrent, ses mains agrippèrent Athénaïs.
Quand enfin leurs respirations se calmèrent, elles restèrent enlacées, dos contre la tenture froissée. Montespan posa un baiser sur les lèvres salées de Louise.
Louise, épuisée, encore bouleversée, ferma les yeux. Elle murmura, à demi sincère, à demi ironique :
Un matin, les couloirs bruissèrent d’une nouvelle singulière : Sa Majesté voulait un bal costumé. Jusque-là, rien de surprenant. Mais cette fois, on parlait de masques lascifs, de rôles assignés, de « spectacle de chair et de musique ». Certains courtisans haussèrent les épaules ; d’autres, en catimini, envoyèrent leurs tailleurs inventer des toilettes dont la décence ne tiendrait que par un fil.
On chuchotait dans les salons :
Louise blêmit en entendant ces propos. Montespan, elle, persifla.
Et elle fit préparer une robe au décolleté généreux, brodée d’or et de perles, laissant peu à l’imagination. Louise, contrainte, reçut une tenue de Diane chasseresse : tunique légère, jambes nues, arc inutile.
*
La salle des fêtes fut décorée. Des colonnes peintes, des guirlandes, des nuages de coton suspendus. Au centre, un trône d’or pour Louis costumé en Jupiter, torse nu, foudre à la main, perruque énorme.
Les musiciens lancèrent un air galant. Les dames et seigneurs parurent, vêtus d’atours dévoilant plus que couvrant : Mars en cuirasse courte, Vénus à demi nue, Satyres au membre pendu sculpté dans le cuir. On riait, on rosissait, on s’excitait déjà.
Le Roi, sourire vaniteux, ouvrit les bras :
Rires forcés. Les courtisans se plièrent. Les danses commencèrent : couples enlacés, mains hardies sous les tissus, lèvres qui se cherchent derrière les masques. Louise, en Diane, tenta de se tenir droite, joues rouges. Mais déjà un satyre de carnaval passa la paume sur sa hanche. Elle recula, se heurta à Athénaïs qui lança :
Montespan, en Vénus, resplendissait. Ses seins jaillissaient de sa robe. Les hommes l’entouraient, elle donnait un baiser à l’un, une caresse à l’autre. Louise la fixait, troublée et jalouse.
Le Roi, du haut de son trône, observait. Ses yeux luisirent :
Sous les applaudissements, Jupiter étendit sa main, toucha la joue de Louise, la gorge de la marquise.
Un murmure courut. Les musiciens changèrent d’air, plus lent, plus sensuel. On rapprocha un lit couvert de soie. Le Roi s’y allongea, jambes écartées, vit déjà dressé, satisfait de son propre rôle.
Montespan poussa Louise sur la couche, l’étreignit d’autorité, langue dans sa bouche, mains sur ses seins. Les courtisans retinrent un souffle. Louise trembla, mais répondit, haletante, consciente des yeux posés sur elle.
Louis, se branlant lourdement :
À ce signal, la salle s’anima. Les couples masqués s’embrassèrent, se jetèrent l’un sur l’autre. Les robes tombèrent, les culottes se baissèrent. Un Mars chevauchait une Vénus en riant. Les musiciens, mi-honteux, continuaient de jouer, l’archet frémit sur les cordes.
Sur le lit, Montespan écarta les cuisses de Louise et posa sa bouche sur sa nature. Louise cria, jambes serrées, gémissements étouffés par la main du Roi qui lui pinçait le téton.
Le roi s’approcha ; Louise acquiesça d’un signe. Il plaça son vit entre ses lèvres, l’y enfonça. Elle suffoqua, les larmes aux yeux, mais ses hanches balancèrent sous la langue cruelle d’Athénaïs.
Montespan, levant la tête, lança :
Louis jouit, éclaboussant le visage de Diane, puis, essoufflé, s’affala en arrière. Mais la salle, derrière, ne ralentissait pas.
Bientôt, la mascarade tourna à la farce. Un abbé, masqué en satyre, fut surpris cul nu. Un marquis perdit sa perruque dans la posture d’une chienne, déclenchant l’hilarité générale. Le Roi, voulant se redresser pour retrouver vigueur, trébucha sur le lit, manqua de tomber, tout juste rattrapé par deux courtisans. Montespan murmura à Louise :
Louise, malgré sa honte, éclata de rire, la bouche encore salie.
*
Le spectacle dura des heures. Corps emmêlés, sueurs, foutres, cris de plaisir ou de douleur. Versailles, ce soir-là, devint moins un palais qu’un lupanar d’or. Au milieu, Montespan et Louise ne se quittaient plus. Elles jouèrent leur rôle pour le Roi, mais c’était entre elles que le feu brûlait. Elles se baisèrent à pleine bouche sur le satin, chacune fouillant l’autre, jouissant ensemble sous les yeux d’une cour ivre. Quand l’aube vint, chandelles consumées, musiciens endormis, Louis ronflait, ventre à l’air, satisfait. Les courtisans, demi-nus, s’éparpillaient, riant, titubant, jurant que jamais spectacle ne fut plus grand.
Montespan et Louise, encore collées, se levèrent, chancelantes elles aussi, couvertes de sueur et de semence.
Louise lui sourit malgré elle.
Après la mascarade, Versailles retrouva son apparence de palais sage. Louise, elle, dans la chapelle, se prosterna, épuisée. Ses lèvres balbutiaient des Pater et des Ave, mais ses yeux voyaient les cuisses ouvertes de Montespan, la bouche humide du roi, les rires obscènes.
Ses mains serraient un chapelet, mais ses doigts tremblaient.
La réponse fut un silence profond, seulement troublé par le battement de son cœur et l’écho de sa propre source qui perlait encore des restes de la nuit.
Montespan ne tarda pas à la trouver. Elle entra dans la chapelle, ses pas claquant sur la pierre. Sans scrupule, elle s’agenouilla à côté d’elle, lui prit la main.
Athénaïs sourit, l’embrassa sur la joue, puis sur la bouche, au beau milieu du chœur silencieux. Louise ferma les yeux, céda de nouveau, tremblante.
Et déjà les doigts de Montespan s’insinuaient sous sa jupe, cherchant la chaleur connue. Louise gémit, moitié honte, moitié volupté, tandis que ses prières s’étranglaient en soupirs.
*
Plus tard, allongées dans les appartements d’Athénaïs, les deux femmes reposaient, corps moites, cheveux en désordre. Louise fixait le plafond, yeux brillants de larmes.
Montespan rit doucement, caressant ses seins.
Louise la regarda, bouleversée.
Louise détourna les yeux, mais son corps, déjà frémissant sous les doigts de Montespan, la trahissait. Montespan se pencha, baisa son ventre, descendit lentement, jusqu’à sa fente humide. Elle s’attarda, langue vive, arrachant à Louise des gémissements désespérés.
Et Louise céda, encore une fois, se cambra, hurla son plaisir, oubliant Dieu, le Roi, et tout sauf cette bouche qui la dévorait.
Quand elle retomba, haletante, Athénaïs s’allongea contre elle, l’embrassa tendrement.
*
Dehors, Versailles brillait au soleil levant. Les courtisans, repus de ragots et de vins, reprenaient leurs intrigues. Le Roi, satisfait d’avoir été Jupiter l’espace d’une nuit, ronflait encore dans son lit. Mais derrière les rideaux, deux femmes riaient doucement, complices dans leur crime et leur volupté. Louise et Athénaïs s’étaient trouvées, non pas en rivales, mais en flammes jumelles.
Et dans ce rire mêlé, un peu tremblant, se devinait la vérité de Versailles : ce n’était pas le Soleil qui gouvernait, mais les ombres ardentes de ses maîtresses.
Sources historiques et contextuelles
Saint-Simon, Mémoires – pour la précision sociologique du rituel de cour, les petits vices derrière la grandeur.
Madame de Sévigné, Lettres – pour la langue et le ton : piquant, moral, drôle et férocement mondain.
Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves – pour la tension entre pudeur, passion et devoir.
Benedetta Craveri, L’Âge de la conversation (Gallimard, 2002) – essai magistral sur la culture de cour et la sensualité du verbe à l’époque classique.
Philippe Beaussant, Versailles, l’histoire, la gloire, la vie – pour comprendre l’architecture mentale et symbolique du palais (où tout est spectacle).
Jean-Christian Petitfils, Louis XIV (biographie, Fayard) – pour replacer le Roi dans sa dimension charnelle et politique, sans fard hagiographique.