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n° 23354Fiche technique26586 caractères26586
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Temps de lecture estimé : 18 mn
31/10/25
Résumé:  Et si le plus redoutable des vampires devait renoncer à sa soif pour survivre ? Une comédie noire sur l’identité, la mode, et les limites de la tolérance.
Critères:  #humour #pastiche #fantastique #sorcellerie #conte
Auteur : Laetitia            Envoi mini-message

Collection : Contes à faire hurler les chat(te)s
Sang pour sang végan

Vladislas de Vermillion avait mille deux cent trente-huit ans, un teint d’ivoire impeccable, et une honte secrète qu’il aurait préféré emporter dans sa tombe, si seulement il pouvait mourir.

Il était allergique au sang.


Tout avait commencé un mardi soir, détail qui l’humiliait particulièrement. Un vampire de sa lignée n’aurait jamais dû être malade un mardi. Les mardis étaient réservés aux concerts d’orgue et aux chasses aux joggeuses dans le bois de Boulogne. Or, ce soir-là, après une gorgée d’un O+ millésimé 1972, Vladislas sentit son palais picoter, puis sa gorge se serrer.



La médecin de famille, La Docteure Teethsnout, une goule diplômée de l’université de Transylvanie, diagnostiqua la chose impensable : une intolérance au sang.



Vladislas l’écoutait, abasourdi.



La goule hocha lentement la tête.



Le Comte passa les semaines suivantes enfermé dans ce qu’il appelait son « Manoir », un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, en pleine crise existentielle. Ses contemporains parlaient de « crise de la quarantaine », lui, c’était plutôt une crise du millénaire. Il essaya d’abord de nier. Peut-être une erreur de diagnostic ? Il rouvrit une bouteille de sang de moine chartreux du XVIIe siècle, ses lèvres enflèrent instantanément.


Puis il tenta la substitution. Jus de tomate, jus de betterave, coulis de fraise, même un smoothie « bloody detox » acheté au rayon bio du Monop. Le problème n’était pas tant le goût (quoique…), que l’image. Un vampire sans sang, c’était comme un loup-garou intolérant au gluten, on perdait toute crédibilité. La lose totale !


Les premiers jours, il s’arrangea pour boire son jus rouge en cachette. Il décora son verre de cristal d’une rondelle de citron, pour faire croire à un cocktail d’AB+ vieilli en fût de chêne. Il mit des glaçons pour la touche chic.

Mais les ragots vampiriques circulaient plus vite que la lumière. Le majordome, un revenant grincheux, le surprit un soir devant le frigo, une brique de Jus de Betterave Bio Équitable à la main. Le lendemain, toute la domesticité savait que le Comte s’était mis au jus végétal.



Il tenta de reprendre une vie normale. Sortir la nuit, hanter les clubs à la mode, fréquenter les soirées du Cercle Sanguin de Paris sans qu’on ne le voie tremper ses lèvres dans du jus de légumes. Les vampires étant d’une cruauté raffinée, le moindre soupçon deviendrait moquerie :



Et ça, devenir la risée de tous, il voulait à tout prix l’éviter.

Il ne sortait plus qu’avec des lunettes noires, craignant que ses pupilles, jadis rubis, ne virent au brun betterave. Il avait honte. Et pire que la honte, il avait faim.

Un soir, dans un élan de désespoir, il s’assit au bord de son cercueil et tenta de méditer sur sa condition.



Il lança sa télévision pour se distraire, une publicité pour Halloween, Sanguine Smoothies™ – le goût du sang, sans cruauté ! Il coupa le son, dépité. Même les mortels, dans leur ignorance, avaient trouvé le moyen de le ridiculiser.

C’est à ce moment-là que lui vint une idée folle, à mi-chemin entre la panique et la survie sociale, il allait faire semblant. À la prochaine réunion du Cercle Sanguin, il se présenterait comme d’habitude, verre en main. Mais dans le verre, pas de sang. Seulement un savant mélange de jus de tomate, de vinaigre balsamique et d’un soupçon de poivre noir.



Il fit plusieurs essais. Le mélange Jus de Betterave + sauce Worcestershire donnait un rouge profond, presque parfait, mais la texture était trop lisse. Il ajouta quelques gouttes d’huile pour l’effet de viscosité, un zeste de citron pour l’acidité. Satisfait, il leva son verre devant le miroir.



Ce qu’il ignorait, c’est que cette mascarade allait l’embarquer bien plus loin que prévu, entre une influenceuse vampire obsédée par les « recettes éthiques » et un mystérieux invité prêt à exorciser tout ce qui bouge.

Mais pour l’instant, il savourait son triomphe, il était devenu un vampire végan, certes, mais un vampire végan qui savait encore faire illusion. Jusqu’à ce qu’un filet de betterave lui coule sur le menton et tache sa chemise de soie. Il soupira.




Le Cercle Sanguin de Paris ne plaisantait pas avec l’étiquette.

Chaque mois, la crème de la crème vampirique se réunissait dans un hôtel particulier du VIIe arrondissement pour déguster des crus rares et débattre de sujets de société aussi vitaux que « la perte du goût chez les jeunes vampires » ou « les bienfaits du plasma sur la longévité ». Vladislas, invité permanent depuis trois siècles, y voyait autrefois une distraction mondaine. Aujourd’hui, c’était une épreuve de survie sociale.


Il avait passé la journée à concocter son faux breuvage, base de jus de tomate, touche de betterave, trait de sauce soja salée, pincée de sel noir de l’Himalaya, le tout dans une carafe d’argent estampillée « Château de Transylvanie 1783 ». L’illusion était parfaite. À la lumière tamisée des chandeliers, personne n’y verrait que du feu. Du moins, l’espérait-il.


La salle de réception bourdonnait déjà de conversations feutrées. Des silhouettes élégantes, pâles et précieuses, s’échangeaient des verres de sang comme d’autres discutent de millésimes de Bourgogne.



Vladislas sourit, crispé.



C’est alors qu’elle fit son entrée : BloodyMira. Douze millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, profession, influenceuse vampirique, créatrice de contenu hémoglobinique. Sa tenue ce soir-là était une robe en latex rouge, elle avait le smartphone greffé à la main, le sourire calibré à 45°.



Les vampires, ravis d’être dans le champ, prirent leurs poses les plus gothiques. Vladislas, lui, se tassa derrière un candélabre.



Il sentit la caméra se braquer sur lui.



Il hésita. Une goutte de jus de tomate menaçait de glisser le long du verre.



Il y eut quelques rires polis, à peine quelques sourcils levés.



Pendant qu’elle s’éloignait, Vladislas respira enfin. Il venait, à son insu, d’inventer le premier mocktail vampirique tendance. Mais son soulagement fut de courte durée.


À la table du buffet, un homme qu’il ne reconnut pas attirait l’attention. Grand, blond, costume noir impeccable, croix en pendentif (certes discrète, mais visible), il discutait avec un petit groupe de vampires enthousiastes.



Vladislas sentit un frisson remonter son échine. Un exorciste infiltré, ici ? C’était la dernière chose dont il avait besoin. Déjà qu’il cachait un secret végétal, il ne tenait pas à finir aspergé d’eau bénite par mégarde. L’eau bénite lui filait toujours de l’urticaire.


Le reste de la soirée se passa en faux-semblants. Vladislas se força à tremper ses lèvres dans son breuvage factice à intervalles réguliers. Les conversations tournaient autour de la décadence des jeunes vampires, du manque de respect des traditions (Ils ne savent même plus mordre au cou correctement !) et des enjeux du sang « responsable ». BloodyMira, elle, monopolisait les échanges :



L’exorciste opinait doucement, prenant des notes mentales.

Vers minuit, la Baronne Morwenna, une vampire vieille de dix-huit siècles, mais à l’apparence d’une jeunette, leva son verre :



Les cris de joie fusèrent. Vladislas, lui, sentit son estomac se nouer. Deux semaines… Deux semaines pour inventer un subterfuge encore plus solide. Deux semaines pour ne pas être démasqué, ni par ses pairs ni par ce coach spirituel dont les yeux brillaient d’une foi dangereuse.

En rentrant chez lui, Vladislas soupira et posa son verre vide sur la table. Une goutte de betterave s’était coagulée au fond. Il la contempla comme on regarde une tache sur son honneur.



Son téléphone vibra. C’était une notification Instagram : BloodyMira vous a identifié dans sa story : #VampireGreen #BetterBlood #Inspo


Il resta un long moment immobile, avant de murmurer :



Mais quelque part, dans un bureau éclairé à la bougie, le Père Damien revoyait la vidéo avec un sourire énigmatique.



Et dans l’ombre, la mascarade venait à peine de commencer.



Le Cercle Sanguin de Paris se voulait un bastion de tradition et de l’éthique vampirique. Mais ces dernières années, il ressemblait davantage à un mélange de club privé, de startup et de secte bien-être. Les anciens parlaient encore de chasses à la vierge dans les Carpates, tandis que les jeunes vampires échangeaient des filtres Instagram pour rendre leur teint « pâle, mais pas trop mort ».

Le président du Cercle, le Duc Cyprian, avait tenté de maintenir un équilibre fragile entre les deux camps :



Sous ce slogan absurde, on trouvait des ateliers « consentement et morsure responsable », des séminaires « leadership nocturne », et même un partenariat avec une marque de vêtements recyclés à base de linceuls bio.

Vladislas assistait à ces réunions avec la résignation d’un condamné. Son allergie demeurait secrète, pour l’instant, mais chaque discussion sur « l’alimentation consciente » ou « la transparence vampirique » lui donnait l’impression d’être une grenade à la betterave prête à exploser.

Ce soir-là, il y avait grande assemblée. Le Cercle devait voter une réforme capitale, interdire le sang humain d’origine inconnue. Officiellement, pour des raisons morales. Officieusement, parce que les jeunes vampires commençaient à se plaindre du goût « plastifié » du sang de citadin. BloodyMira, évidemment, avait été invitée à témoigner. Elle arriva avec deux assistants, un éclairage portatif et un drone.



Des applaudissements retentirent. Certains vieux vampires hochèrent la tête, perplexes, se demandant s’ils avaient raté un siècle de civilisation. Le Duc Cyprian prit la parole :



Vladislas sentit ses crocs se rétracter de désespoir. Non seulement il allait devoir assister au bal sans boire de sang, mais voilà que le buffet risquait d’être sponsorisé par son pire cauchemar, du jus végétal aromatisé au marketing.


Pendant ce temps, le Père Damien, alias « coach spirituel », gagnait du terrain. Il organisait des ateliers de « Réconciliation de l’Âme Nocturne », où il incitait les vampires à « exprimer leur lumière intérieure » et « détoxifier leur énergie de mort ».



Les anciens le regardaient avec suspicion, mais les jeunes adoraient. Les séances se terminaient souvent par une « purification énergétique », en clair, une aspersion d’eau légèrement bénite, que Damien décrivait comme « vibratoirement neutre ».


Vladislas, lui, se méfiait. Il observait l’exorciste de loin, notant ses gestes précis, ses questions trop ciblées :



Damien sourit, énigmatique.



Mais le mot était lâché : transition. Et dans le monde superficiel du Cercle, cela sonnait à la fois spirituel, moderne et vaguement sexy.

Quelques jours plus tard, BloodyMira publia une nouvelle vidéo : Interview exclusive avec le Comte de Vermillion, pionnier du BetterBlood Lifestyle !

Montée avec une musique dramatique et des filtres écarlates, la vidéo fit le tour du réseau nocturne. Les commentaires fusaient :

« Trop inspirant » (smiley cœur)

« Enfin un vampire engagé pour la planète » (smiley aubergine, smiley courgette)

« TeamBetterave #NoBloodNoProblem »


Vladislas découvrit, horrifié, qu’il était devenu un symbole du vampirisme éthique.

Des marques lui proposèrent des partenariats : des pailles en bambou pour sang, des gobelets compostables, même une ligne de t-shirts « Drink Plants, Not People ».




Chaque année, le Bal d’Halloween du Cercle Sanguin était l’événement mondain le plus attendu de la nuit parisienne. Vladislas n’avait pas encore trouvé comment éviter la dégustation rituelle sans révéler sa condition.


BloodyMira supervisait l’événement avec une frénésie publicitaire, elle en assurait cette année la direction artistique : décorations rouges, hashtags officiels ; dress code « Mort chic » ; menu : « Sang millésimé et hémoglobines locales » ; ambiance : décadence avec supplément d’ego. Autant dire que le gothique aristocratique avait laissé place à une esthétique « cauchemar sponsorisé ». Des néons rouges clignotaient au-dessus du buffet, une photo Booth en forme de cercueil portait le logo #BloodyBall2025, et chaque invité recevait à son arrivée une paille biodégradable gravée « Drink With Conscience ».


Damien, lui, préparait son coup. Sous prétexte de « bénir les lieux énergétiquement », il avait dissimulé dans les murs plusieurs fioles d’eau bénite.


Le Comte sentit que tout allait déraper. Entre une influenceuse en quête de buzz, un exorciste déguisé en thérapeute et un buffet à base de smoothies, le Bal d’Halloween promettait d’être un désastre ou un miracle, selon le point de vue.


En se regardant dans le miroir, Vladislas soupira. Son reflet, pâle et tremblotant, semblait hésiter entre le tragique et le ridicule.



Il prit une gorgée de jus de betterave et fit une grimace.



Vladislas, en smoking noir et cape traditionnelle, arriva sur les lieux. Il se sentait comme un moine chartreux dans une discothèque. Son calice contenait, comme toujours, son mélange secret de jus de betterave et de sauce balsamique. Il priait intérieurement que personne ne remarque la légère odeur vinaigrée. BloodyMira, perchée sur une estrade, donnait le ton de la soirée.



Les projecteurs l’éclairaient comme une apparition.



Tous les regards se tournèrent vers lui. Il eut envie de fondre littéralement dans sa cape.



À l’autre bout de la salle, le Père Damien observait la scène, son regard perçant sous son masque de loup noir. Il avait attendu ce moment. Dans sa poche, une fiole d’eau bénite vibrait comme une bombe à retardement spirituelle.



À minuit pile, le Duc Cyprian monta sur scène.



Un tonnerre d’applaudissements retentit. Les vampires levèrent leurs calices, prêts à trinquer.

Vladislas leva le sien avec un sourire crispé, retenant une toux de panique. BloodyMira filmait la scène en direct :



Damien profita de la distraction générale pour s’approcher du buffet. Il retira discrètement le couvercle d’un énorme saladier de punch au sang. Une incantation à peine murmurée, un geste précis, et plouf, l’eau bénite rejoignit le mélange.

Quelques secondes plus tard, le premier vampire qui y trempa ses lèvres poussa un cri strident.



Puis un autre hurla, la bouche fumante. Le chaos se propagea comme un feu d’artifice infernal. Les convives reculaient, se tordant, projetant des gerbes rouges sur le parquet.

BloodyMira, croyant à une mise en scène, continuait de filmer :



Vladislas, lui, resta figé, son verre de jus à la main. L’instinct millénaire aurait voulu qu’il fuie, mais la peur de l’exposition fut plus forte. Il resta donc là, stoïque, tandis que tout autour de lui, la haute société vampirique se dissolvait en vapeur sanctifiée.


Damien, triomphant, s’approcha de la scène :



Le regard de l’exorciste se posa sur lui.



BloodyMira braqua aussitôt son téléphone sur eux.



Des milliers de spectateurs suivaient en direct. Damien, furieux, arracha le verre des mains du comte et le porta à son nez. Il huma. Il blêmit.



Un silence de plomb tomba sur la salle, ou du moins sur ce qu’il en restait. Puis, d’un coup, BloodyMira éclata de rire.



Damien, déstabilisé, tenta de reprendre contenance :



Il leva son verre, solennel :



La caméra de BloodyMira capturait tout. Le live fit le tour du monde nocturne en quelques minutes. Les hashtags explosaient :

#VampireVegan

#BetterBlood

#HolyDrama

#BeetTheSystem


Pendant que les restes du Cercle fumaient encore sur le parquet, Vladislas comprit que son secret n’en était plus un. Mais, étrangement, il ne ressentit ni honte ni peur. Seulement une immense fatigue. Il regarda autour de lui, l’élite vampirique carbonisée, l’exorciste en pleine crise existentielle et BloodyMira qui faisait des selfies parmi les cendres.

Il soupira.



Trois semaines après le BloodyBall, Vladislas de Vermillion était devenu la créature la plus célèbre du monde, après deux influenceuses zombies et un loup-garou qui vendait des croquettes « sans cruauté ». L’incident de la soirée d’Halloween, diffusé en direct sur les réseaux nocturnes, avait fait le tour du globe. Le vampire allergique au sang, buvant du jus de betterave face à un exorciste, était devenu un concept planétaire, repris massivement, détourné sur internet.


Les titres s’enchaînaient :


« Il buvait rouge, mais c’était du bio. »

« La rédemption passe par la betterave. »

« Le comte végan qui a sauvé Halloween. »


Vladislas, lui, aurait préféré redevenir poussière. Mais la société moderne ne laissait jamais mourir un concept viral.


Tout avait commencé par un appel d’un certain agent artistique.



En moins d’une semaine, Vladislas signait des contrats sans comprendre la moitié des clauses.

Son visage, pâle, las, immortellement consterné, ornait désormais des bouteilles de jus végan dans toutes les supérettes parisiennes.


Les slogans fusaient :

« BetterBlood™ – Le goût du vice sans la victime. »

« Buvez éthique, vivez éternel. »


BloodyMira, évidemment, devint sa partenaire de communication. Ils apparaissaient ensemble dans des vidéos aux messages inspirants :


« Quand la nuit choisit la lumière… c’est qu’elle a trouvé un bon filtre. »

« Être vampire, ce n’est pas ce qu’on boit, c’est qui on est. »

Chaque phrase le rapprochait un peu plus du suicide solaire, mais le public adorait.


Quant au Père Damien, il avait mystérieusement disparu après le fiasco du bal.

Vladislas pensait en avoir fini avec lui, jusqu’à ce qu’un matin, il reçoive une invitation :


« Conférence interspirituelle : Foi, lumière et inclusion. Intervention du Père Damien Delaunay et du Comte Vladislas de Vermillion. »


Il avait beau supplier son agent, rien n’y fit.



Et c’est ainsi que Vladislas se retrouva assis sur une estrade, sous un projecteur, aux côtés d’un exorciste en col romain et d’une plante verte en plastique.

Damien prit la parole le premier.



Les applaudissements fusèrent. Vladislas, à son tour, se leva.



Des rires éclatèrent. Les caméras tournaient. Le public se leva pour une standing ovation.

Les deux hommes se serrèrent la main pour la photo officielle. Damien avait cette lueur étrange dans les yeux, entre la foi et le marketing.



Les mois passèrent.

Le Comte donnait des conférences ( « Vivre sans sang : une leçon de résilience »), participait à des talk-shows ( « Vladislas, le vampire qui a dit non à la cruauté »), et même à une émission culinaire ( « Cuisine Nocturne : comment faire un tartare sans chair »).


Il ne buvait plus de sang, ni par choix, ni par contrainte, mais par habitude. Son palais s’était acclimaté à la betterave, son teint avait pris une nuance rosée de santé insolente, et les chasseurs de vampires l’ignoraient désormais, le croyant inoffensif.


La société vampirique, quant à elle, s’était divisée. Certains voyaient en lui un traître. D’autres, un visionnaire. Et une majorité, un bon placement publicitaire.

BloodyMira lançait leur nouvelle campagne commune : « Halloween sans hémoglobine : parce que le vrai goût du mal, c’est d’être tendance. »


Une nuit, alors que tout Paris dormait, Vladislas s’installa seul sur son balcon. Il contemplait la lune, pâle, ronde, un peu comme une tomate bien mûre. Il soupira, leva son verre de jus et murmura :



Une chauve-souris passa, ricanant dans la brise. Il lui adressa un salut las.



En bas, dans la rue, un panneau publicitaire s’illumina : « BetterBlood™ – Parce qu’il y a mille façons d’être immortel. »

Vladislas haussa les épaules. Il but une gorgée et fit une grimace.



Puis, comme chaque nuit, il referma ses volets et alla se recoucher. Il était le seul vampire au monde capable de dire, la main sur le cœur :


« Je bois rouge, mais ma conscience est verte ».