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n° 23353Fiche technique18078 caractères18078
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Temps de lecture estimé : 13 mn
31/10/25
Présentation:  Une collection où le désir gratte sous la peau, où les morts ont encore faim et les vivants trop d’imagination.
Résumé:  Quatre femmes. Un homme. Une maison qui se souvient.
Critères:  #érotisme #horreur #fantastique #sorcellerie #conte #initiatique #volupté #personnages #groupe #domination #voyeur #exhibitionniste #masturbation #fellation
Auteur : majaas      Envoi mini-message

Collection : Contes à faire hurler les chat(te)s
Les Quatre

Une collection où le désir gratte sous la peau, où les morts ont encore faim et les vivants trop d’imagination. On jouit, on tremble, on rit jaune. Pas de morale, juste la fièvre. Si ça frémit, ne refermez pas trop vite, certains fantômes aiment avoir le dernier mot.




Il y a des lieux où le monde s’amincit. Où la réalité, prise de vertige, laisse passer autre chose. Clairbrise est de ceux-là. Les anciens disaient qu’on n’en revenait jamais tout à fait. Certains parlaient de malédiction, d’autres de sabbat. Et puis il y avait ceux qui chuchotaient que les quatre portaient en elles plus de gouffres que de chair. Les plus fous murmuraient : « Elles y vivent encore. » On ne les nommait pas, pas ensemble en tout cas, comme si elles, juxtaposées, ouvraient une porte qu’on n’avait pas les moyens de refermer.


Élias, lui, s’y était rendu sans trop savoir ce qu’il espérait y trouver. Peut-être par défi, à l’approche de la Toussaint.




Chapitre I – Pénélope, ou le Pacte Inversé



On n’arrivait pas à Clairbrise, on s’y laissait glisser. Un pas de travers dans le monde, une fissure qu’on ne cherchait pas, mais qui attendait. Il n’y avait pas de panneau, pas de route claire. Juste un basculement, un souffle retenu trop longtemps. Le vent n’y criait jamais, mais murmurait à travers les murs, sous les portes, jusque dans la chair.


Élias arriva à la Maison Basse alors que le ciel virait au cuivre, et que l’air s’épaississait. Quand il posa la main sur la poignée, une chaleur monta dans son bras. Dedans, il faisait sombre, mais pas noir. L’odeur frappait : sauge brûlée, argile humide. Il ferma la porte derrière lui, se déshabilla pour ne rien interposer, s’assit en tailleur au centre de la pièce et attendit. Le feu dans l’âtre était déjà allumé.


Elle entra sans bruit.


Pénélope.


On la disait la plus douce, mais ce qu’on croit est rarement ce qu’on ose vraiment voir. Elle portait un voile blanc si léger qu’il glissait sur ses hanches, s’accrochait parfois à un creux, comme s’il hésitait à la quitter.


Dans ses mains, un panier. Dedans, des pommes. Brunes. Lourdes. Tombées d’elles-mêmes, comme si l’arbre les avait reniées.



Le feu, derrière lui, grésilla.


Elle avança. Tout près. Des effluves de fermentation. Rien de cosmétique.



Elle esquissa le genre de sourire où les dents trahissent plus que de la politesse.



Lorsqu’elle posa un pied sur sa poitrine, il frissonna.



Elle recula de deux pas et le fixa du regard, les yeux brûlants. Sa robe s’ouvrit. Ses doigts glissèrent le long de son ventre – d’abord une main, puis deux. Elle s’attarda sur ses hanches, puis plus bas, écarta ses lèvres et se caressa.


Élias observait, accueillant sans envahir. Ni durci par l’envie, ni fuyant sous la gêne. Pénélope haletait. Son bassin ondula à peine. Une secousse. Un souffle cassé dans sa gorge. Ni cri ni geste grandiloquent. Quand elle rouvrit les yeux, tremblante, il était encore là, silencieux. Elle repartit comme elle était venue.




Chapitre II – Liane, ou la Nudité de l’Autre



Le silence avait changé de texture. Le feu, dans l’âtre, crépitait encore – mais comme pour s’excuser. Une braise timide, à peine rouge. Élias flottait dans un entre-deux, la peau lourde de l’empreinte de Pénélope.


Il crut entendre un souffle – celui d’une idée qui se forme dans l’ombre. Un courant discret, ni froid, ni chaud. Quelque chose entrait. Une densité nouvelle. Il ouvrit lentement les yeux, de peur que ses paupières fassent du bruit.


Elle était déjà là.


Liane.


Assise dans le vieux fauteuil en cuir, bras abandonnés le long du dossier. Nue, sans gêne. Sans attente. Ni belle ni laide. Réelle. Crue. Des genoux égratignés, une cicatrice oubliée sur la hanche.



Sa voix était rauque.


Élias se redressa.



Elle rit, une bouffée sèche, puis se leva, sans chercher à se couvrir, l’idée même de se cacher lui paraissait absurde. Elle tourna un peu dans la pièce, en silence, semblant flairer quelque chose.



Il ne répondit pas.



Il regarda ses épaules, ses cuisses, son ventre, sans les convoiter.



Sans prévenir, elle lui pinça le téton. Juste assez pour réveiller une douleur fine. Il grimaça. Elle tourna autour de lui, lentement, comme une prédatrice évalue si le gibier en vaut la peine.



Elle s’accroupit face à lui, se pencha, yeux à hauteur de chair, et souffla. L’atmosphère vrilla. Les murs se mirent à suinter. Pas de sang. Des mots tracés à la craie sur les boiseries apparaissaient un à un : « Honte ». « Mentir ». « Voir ». Et d’autres griffonnés comme par des enfants cruels : « Culotte ». « Pieds ». « Jamais ».



Elle posa deux doigts sur son cou – il trembla. Elle le poussa – il tomba dos au sol, bras écartés – et s’installa sur lui pour l’immobiliser. Ses hanches s’ancrèrent contre son ventre. Elle ne bougeait pas, ne pénétrait pas. Elle habitait.



Il sentait ses mains, sa voix qui rampait dans ses os. Elle baissa la tête. Sa langue effleura sa joue, sa clavicule, son torse – un glissement décidé, chargé d’intention. Élias la suivait des yeux. Elle s’installa entre ses jambes, ses paumes sur ses cuisses, et planta son regard dans le sien.



Il sentit remonter l’envie de reprendre la main, cette assurance polie qui camoufle la peur. Il la laissa passer et choisit d’être entier là où ça cède, plutôt que fort là où ça retient. Autour d’eux, un frémissement. Une bougie, dans un coin, se ralluma seule. Une flamme bleue vacilla et tint bon.


Élias ferma les yeux un instant. Une goutte de sueur roula le long de sa tempe. Liane resserra ses doigts à la base de la verge. Sa bouche engloba et elle aspira. Les joues se creusèrent. Lui voulait résister. Ses abdominaux se contractaient, ses ongles griffaient le parquet, mais chaque va-et-vient avalait un peu plus son souffle, sa volonté.



Pas dupe, elle redoubla. La langue tournoyait, lapait, pressait. Élias tremblait, haletait. Chaque muscle luttait. Il finit par céder et un râle brut lui échappa. Son bassin se souleva d’un spasme incontrôlable lorsqu’il jouit. Une fissure se dessina dans le mur. Maison qui encaisse un séisme.


Liane avala, leva les yeux et sourit, doigts refermés autour de la verge.



Elle marcha vers la sortie. Son dos ne tremblait pas, ses épaules ne demandaient rien. Elle était une absence en devenir.




Chapitre III – Grozelda, ou la Beauté Refusée



Il ne restait rien à faire. Ni rêver, ni attendre, ni se redresser. Un fond de vin tiédissait dans un verre, un bout de pain dur reposait sur une assiette. Élias fixait une tache au plafond. Peut-être une moisissure.


Le bois se fendit dans un coin. Et de là… Elle sortit.


Grozelda.


Sa silhouette asymétrique semblait faite de souvenirs abandonnés et de gestes inachevés. Un sein tombait, l’autre était comme rétracté. Son ventre cartographiait vergetures et chairs tirées. Sous une robe en loques, son sexe restait caché. Son visage… inadmissible. Des rides, des taches, des verrues. À son passage, l’air s’épaississait. Un parfum de cave et de champignon.


Elle le fixa. Élias ne bougea pas.



Elle cligna lentement des yeux. Comme si chaque battement de paupière décidait du monde à venir.



Le regard d’Élias restait calme. Et ça, elle détestait. Elle leva la main. Ses doigts étaient trop longs, déformés par la mémoire. Quand elle le toucha, il frissonna. Elle gratta, comme on cherche quelque chose sous la peau.



Puis elle le saisit par les cheveux – il ne cria pas, laissa faire – et le traîna à travers le couloir jusqu’au salon.


D’un geste sec, elle retira sa robe. Son sexe était une déchirure, une cavité de viande brûlée par des siècles de refus, les lèvres pendaient comme des rideaux de chair mal cicatrisée. Elle s’assit sur son visage. Élias ouvrit la bouche. Sa langue s’enfonça entre les plis, racla les sucs, bouscula les nodules durs et vivants. Le goût était infâme : amertume, fer et ammoniaque. Pourtant, il lécha. Plus profondément. Plus lentement.


Elle eut un sursaut. Une hésitation. Son corps la trahissait.



Mais il continua.


Grozelda se redressa légèrement, son visage se tordit. Elle pinça son clitoris. Fort. Ses doigts tremblaient. Sous elle, Élias respirait par à-coups ; la sueur lui collait le front au creux du pubis. Sa langue dessina des cercles, puis des spirales, puis s’élança dans les replis les plus profonds. Il ne reculait pas.


Elle soupira, agrippa ses cheveux et imposa un rythme. Son bassin cognait ; elle grognait. Un cadre au mur bascula net ; le verre se fendit sans se briser. L’image à l’intérieur semblait se troubler, refusant d’être témoin. Déchaînée, elle ne gémissait plus, mais grondait. Sa voix déchirait l’air, ses doigts dansaient sur la chair, la griffaient. Puis, soudain, elle se cambra en râlant comme une bête égorgée qui s’étonne de vivre encore.


L’obscurité gagna du terrain et seule la cheminée maintenait une lumière rouge.



Un clou rouillé sauta d’un chambranle. Le sol gronda. Une vibration monta, traversa les pierres, s’élança dans leurs corps. On eût dit que la maison vomissait toute la laideur du monde. Là, une image se projeta sans prévenir.


« Une femme. Belle. Radieuse. Des cheveux noirs, longs, brillants. Un rire. Une robe légère dans une lumière d’été. Un homme derrière elle. Grand. Main sur son ventre. Un baiser dans le cou. »


Élias haleta.


Puis… un autre flash.


« La même femme, plus tard, recroquevillée. Il comprit que c’était elle. Grozelda. Le regard éteint. Et une voix masculine, lointaine : «Tu savais bien que tu n’étais qu’un passage. » »


La vision se dissipa et Grozelda hurla. Son corps entier se tendit de jouissance. Puis elle trembla, rit, s’adossa contre le mur et sanglota.



Il resta là. La bouche poisseuse, le souffle court.


La maison soupira.




Chapitre IV – Soa, ou le viol du Temps



Le feu sur le point de mourir avait été ravivé. Élias tournait lentement une cuillère en bois dans une casserole. Il habitait le moment comme un survivant qui s’accroche à une habitude pour éviter de basculer. Sur l’intérieur de son bras, une fine marque rougeâtre dont il ne se souvenait pas. Et cette odeur : une vapeur acide incrustée dans sa peau.


Il tenta de penser à autre chose. Mais ce prénom… Grozelda. Il le portait encore sur la langue, comme un goût qu’on ne peut plus cracher. Il baissa les yeux. Le bois de la cuillère avait noirci par endroits ; une bulle éclata dans la sauce avec un bruit mou, presque vulgaire. Il fronça les sourcils. Son poignet tressaillit. Quelque chose attendait.


La porte claqua, et elle surgit.


Soa.


Une surtension. Un jean trop serré. Un débardeur plaqué contre sa poitrine, trempé de sueur sous les bras, entre les seins, au bas du dos. Elle sentait l’été fauché au couteau : sucre, rage et épices.



Élias leva les yeux, lentement. Comme s’il savait déjà que le monde ne serait plus le même après.



Elle s’imposa. La température monta.



Le mot resta suspendu comme une lame au-dessus de la table. Elle claqua des doigts. Le feu de la gazinière lécha la hotte. Une ampoule grésilla avant d’éclater. Une chaise bascula, comme si la pièce elle-même se prosternait.


Et lui ? Il était à genoux, ses lèvres sur un pied. Il y alla d’instinct, Soa ne guida rien. Pas besoin : tout en elle disait « maintenant ». Elle écarta les cuisses et il y plaqua sa bouche, son menton collant à ses fluides. Puis, sans transition, elle s’enfonça sur lui d’un coup. Elle chevaucha. Un rythme de guerre. Il voulut la ralentir. Sa main chercha la hanche, en vain. Il tenta de parler, aucun mot ne sortit.


L’horloge au mur s’arrêta. L’aiguille recula. Le monde rembobina et Soa se calma.


Leurs regards se croisèrent. Elle haletait.



Il la souleva, la retourna. Elle ne résista pas et ferma les yeux, comme on recouche un corps épuisé. Cette fois, ce fut lui qui guida. Un rythme lent. Un souffle profond.


Elle ondula, vibra, puis… pleura.



Il l’embrassa sur l’épaule. Elle se détendit et s’écroula contre lui, trempée, vivante.


Ils restèrent ainsi. La casserole noircissait, mais personne ne s’en souciait. Le temps, lui, avait enfin décidé d’attendre.




Chapitre V – Le Sabbat



Il n’avait pas dormi, mais ce n’était pas important. Le silence était plein de ce qu’il avait absorbé. Chaque mur transpirait d’échos. Chaque porte fermée semblait dire : oui, je sais.


Élias, marqué, foulait le carrelage froid de la salle de bains. Ses muscles tiraient. Il ouvrit le robinet. L’eau s’écoula tiède, docile. Il entra dans la baignoire en gémissant, et s’y enfonça jusqu’au cou, ses cheveux flottant à la surface.


Il resta là longtemps, inspirant, expirant avec une lenteur méditative. Chaque respiration disait : je suis encore là. Comme on retourne à l’origine. Un monde englouti. Seuls son corps et le battement de son cœur.


Alors qu’il s’apprêtait à sortir du bain, un déplacement d’air. Huit pieds s’alignèrent.


Pénélope. Liane. Soa. Grozelda.


Autour de lui, les quatre femmes. Nues. Droites.



Il n’avait pas été choisi, il s’était montré digne. Élias ferma les yeux et sourit. Il n’y avait plus d’enjeu, plus de tension. Juste cette sensation étrange que tout ce qui avait été entrepris jusqu’ici… avait conduit à ce moment.


Grozelda plia lentement les genoux. Pénélope fit de même d’un geste retenu, presque pudique. Soa suivit trop vite, puis se reprit et inspira. Liane resta debout quelques secondes encore pour scruter le moindre souffle et, enfin, dans un soupir, s’assit en tailleur.


Élias sortit de l’eau. Ensemble, ils quittèrent la salle de bains. Pas à pas. Leurs empreintes mouillées formaient des motifs sur le parquet que la maison semblait lire sans bruit. Dans le salon, une nappe blanche était dépliée au sol. Personne ne l’avait posée, mais elle attendait. Les quatre se placèrent autour du tapis improvisé. L’air se densifia.


Élias s’approcha de chacune d’elles. À Grozelda, il offrit une caresse, front contre front.



À Liane, il tendit sa gorge. Elle y glissa les lèvres. Juste un contact.



À Soa, il siffla un court mot. Elle sursauta et rit avant de prendre sa main.



À Pénélope, il ne dit rien et se contenta de poser sa joue contre sa poitrine. Elle ne bougea pas, mais sa respiration se saccada légèrement.


Ils formaient un mandala de souffles. Élias s’allongea au centre, bras ouverts, sexe raide. Grozelda glissa une ligne de salive sur son flanc et traça avec ses doigts des signes invisibles. Impétueuse, Soa l’embrassa, yeux clos, et lui érafla la paume d’un ongle. Liane se colla à eux, sa chaleur caressant leur corps. Pénélope hésitait encore. Ses mains tremblaient, il lui tendit la sienne. Elle la prit, le chevaucha et s’empala lentement, comme on entre en un lieu interdit, sacré.


Des respirations, sur lui, sous lui, contre lui. Il lui sembla qu’elles étaient plus de quatre, peut-être cent, leurs souffles se mêlant, s’enchevêtrant. Quelque chose le pénétra. Un sceau. Il fut traversé et gémit, se cambra. Les sorcières aussi. Soa contre son ventre. Liane contre sa tempe. Grozelda contre sa gorge. Pénélope contre son cœur. Et lui… Il était elles, elles étaient lui. Un sabbat. Un corps, une même impulsion.


Puis… le silence. Pas une absence. Un écrin.


Ils restèrent là, noués, mais vivants. Entiers. Rien ne fut dit, tout avait déjà été entendu.




Épilogue



Élias s’éveilla dans une lumière pâle, presque brute. Le parquet était froid sous son flanc. Autour de lui, le salon. Personne. Rien n’était effacé, tout était intégré. Une pièce rendue à elle-même, qui savait.


Il se leva – ses articulations grincèrent légèrement – et se fit un café. L’eau, le filtre, le poids exact de la cuillère, c’était presque un rite. Une méditation discrète. Il ne pensait pas à la veille, ne repassait pas les scènes. Il n’en avait pas besoin, il les sentait dans sa chair. Dans son souffle. Il sortit. L’air était léger. Un matin simple. Il s’assit sur les marches en pierre, mug chaud entre les mains. Il respirait, ça suffisait.


Et puis… un bruit, futile, organique. Un pied nu sur la terre.


Elle.


Il ne sut pas tout de suite laquelle, parce qu’elle les portait toutes. Les épaules de Soa, le silence de Pénélope, le regard de Liane, la lenteur de Grozelda. Un visage unique, une forme complète.


Elle s’approcha.



Elle s’assit à ses côtés. Un oiseau chanta. Le monde reprenait.



Il hocha la tête. Elle se leva sans bruit et repartit comme une idée dont on n’a plus besoin, mais qu’on n’oubliera jamais.


Et Élias ? Il termina son café et rentra. La maison attendait.





— Fin —