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Temps de lecture estimé : 6 mn
29/10/25
Présentation:  Une collection où le désir gratte sous la peau, où les morts ont encore faim et les vivants trop d’imagination.
Résumé:  Un conte érotico-satanique où le désir et l’absurde se tiennent la main dans les flammes.
Critères:  #humour #délire #érotisme #fantastique #rencontre #vengeance #personnages
Auteur : majaas      Envoi mini-message

Collection : Contes à faire hurler les chat(te)s
Le Speed-Dating des Damnés

Une collection où le désir gratte sous la peau, où les morts ont encore faim et les vivants trop d’imagination. On jouit, on tremble, on rit jaune. Pas de morale, juste la fièvre. Si ça frémit, ne refermez pas trop vite, certains fantômes aiment avoir le dernier mot.




Je ne sais pas trop pourquoi j’avais accepté. La promesse d’une orgie ? L’espoir d’un mojito gratuit ? Toujours est-il que, ce vendredi 31 octobre, à 20 h 12, j’étais là. Debout devant un cabaret décrépi, une invitation imprimée sur vélin humain à la main, la queue déjà à moitié molle d’angoisse.


Speed-Dating des Damnés

Soirée exclusive, 5 minutes pour sceller un pacte… ou une levrette.

Dress code : Post-mortem chic.

Ici, même les cimetières ont des ex.


Un papillon noir coiffait la porte. Sur l’aile : « Ne réveillez pas Denise ». Un majordome m’ouvrit. Il me salua, puis me souffla à l’oreille d’une voix si grave que mes testicules s’alignèrent par réflexe :



Je souris. Le genre de sourire qu’on fait avant une coloscopie.


À l’intérieur, ça sentait le vieux foutre et la lavande. Des silhouettes erraient déjà de table en table, certaines masquées, d’autres poilues, quelques-unes visiblement mortes depuis plusieurs siècles, mais avec un sens du style redoutable.


Une hôtesse nue jusqu’à la taille me tendit un badge :


« #13 – Espèce : humain. État : bandé par curiosité. »


Puis elle me sourit avec des dents… beaucoup trop nombreuses.



J’acquiesçai. En enfer, mieux valait baiser que débattre.



*



Table 1 : Lilith Deluxe — dominatrice tantrique et suceuse d’âmes.


Elle s’appelait Lilith, bien sûr. Des bottes montantes, une robe rouge fendue jusqu’aux reins, et un sourire qui promettait l’extase ou la damnation, selon la langue utilisée.



Elle gloussa. Un rire guttural, délicieux. Puis elle posa une main vernie sur ma cuisse, l’autre autour d’un godemichet noir comme un secret d’église.



Ma bite venait de signer un contrat avant mon cerveau. Elle hocha la tête, approcha ses lèvres de mon oreille et souffla :



Heureusement, le gong. Trop tôt. Trop tard.



*



Table 2 : Salomé – démoniste free-lance. RH de l’Enfer. Spécialité : clause de jouissance abusive.


Lunettes inutiles, chemisier prêt à démissionner, talons qui claquent la sentence. Badge :


« Salomé, Réclamations Sexuelles. »



Elle cochait sur une tablette. J’essayais de comprendre si j’étais dans un jeu de rôle, ou si ma thérapie de groupe avait mal tourné.



Elle se pencha. Son décolleté formait une sorte de gouffre vers l’enfer administratif.



Clause 1 : limites cédées.

Clause 2 : safe word accepté qu’en lettres capitales et avec des FÔTES D’ORTOGRAFE.


Elle tendit un stylo dont la pointe… vibrait. Comme une deadline.



Je voulus répondre, mais les mots glissèrent. Mon « non » se transforma en « sanglubine ». Mes dents se mirent à taper un code Morse sur ma langue.


La lumière clignota. Un son de modem 56K résonna depuis le badge de Salomé.


Erreur 666. La salle buga. Lilith était lévitation, la sueur suspendue. L’hôtesse nue avait douze bras et deux clitos proéminents.



Elle cligna des yeux à rebours. Puis, d’un coup, tout reprit.


Je signai, forcément, et elle me sauta dessus comme une révision fiscale. J’étais couché sur la table, les chevilles attachées par des agrafes en titane. Elle murmura :



Je hurlai. Elle rit. Mon anus ventriloque articula :



Gong.



*



Table 3 : Sœur Agathe-de-Lourdes – 39 ans. Nonne défroquée. Mystique du clitoris. Extases à répétition. Confessions sur orgasme.


Elle portait encore sa coiffe blanche, mais la soutane s’était muée en robe en latex noir, fendue jusqu’au nombril et fermée par des boutons en hostie caramélisée. Dans sa main, un chapelet. Chaque perle vibrait à un rythme sacré. Son badge disait :


« Sœur Agathe. Orgasmes contemplatifs & pénitence par pénétration. Formée par Saint Augustin et Marc Dorcel. »



Elle passa sa main sur ma cuisse. Elle était moite. Moi aussi.



Je commençai à raconter mes fantasmes, mes ex. Elle hochait la tête à chaque mot, et à chaque aveu, elle s’agenouillait un peu plus bas.



Je n’eus pas le temps de répondre. Elle m’attrapa la queue comme un encensoir et la bénit à coups de langue avec de longs amen vibrants.


Puis elle grimpa sur moi, les bras en croix, et psalmodia pendant qu’elle s’empalait :



Vingt secondes restantes.


Je jouis avec la foi d’un martyr. Elle cria :



Le gong retentit. La salle bascula en pause technique. Les toilettes rendirent l’âme. Au bar, la serveuse me glissa :



Je ris, forcément. Elle ajouta :




*



Je filai par l’arrière, à moitié saoul, une bougie à la main, et un vague souvenir de porno gothique entre les jambes. Un cimetière marin s’étendait derrière la façade.


Je tombai nez à stèle avec DENISE. Du moins, c’est ce que murmurait l’épitaphe sous des fouets de lierre. Et au moment de pisser contre la tombe… un frisson me lécha. Mon sexe se dressa, l’air se glaça, la terre me garda.


Un papillon noir se posa sur la pierre, et des lettres se dessinèrent :


« NE RÉVEILLEZ PAS DENISE. »


Trop tard, je fus happé par l’extase. Par un clitoris oublié, vibrant de revanche. Mon râle se termina en gémissement. Un orgasme de tombeau.


Et là, dans mon esprit, une voix surgit :





Épilogue – « La Ligue des Organes Vengeurs »



Réunion mensuelle, caveau no 12, entrée par la grille qui pue.


Depuis ce soir-là, je ne suis plus un homme. Je suis un clitoris fantôme. Flottant. Sensible. Condamné à hanter les fauteuils en velours, et les réunions de yoga tantrique mal fermées.


Mais je ne suis pas seul. Dans le caveau no 12, sous la vieille église où même Dieu ne met jamais les pieds, ils m’attendent. Entre autres : Maurice, téton amputé de sorcière ; Géraldine, vulve de succube excommuniée. Tous là, rassemblés autour de la Table de Mucus.


Le Grand Orifice prend la parole :



Ils acclament. Je frémis. Quelque chose se redresse. Pas une bite, mais une conscience collective.


Je vais les aider à se reformer, à s’incarner et à baiser les vivants par la joie et la terreur.


Mon cri transperce les souterrains :



La terre tremble.


Le monde gicle.




FIN