| n° 23343 | Fiche technique | 11095 caractères | 11095 1914 Temps de lecture estimé : 8 mn |
18/10/25 |
Résumé: Soir de match : Léa réécrit les règles du jeu. | ||||
Critères: #humour #société #érotisme #rupture #vengeance #personnages #adultère #couple #voisins #fellation | ||||
| Auteur : majaas Envoi mini-message | ||||
Le ton n’était ni méchant ni pressant. Juste… automatique. Il tapota la télécommande deux fois sans lever les yeux. Léa, debout dans l’embrasure de la porte, ne répondit pas tout de suite. La semaine précédente, il avait juré : « Vendredi, je coupe tout. » Le jour J était arrivé, la coupure non.
Elle avait mis le paquet : porte-jarretelles noir, dentelle fine, rouge à lèvres brillant. Son viseur calibré sur Paul, 43 ans, bloqué sur TF1. Ses cheveux bouclés encadraient son visage de manière presque indécente et, sous la nuisette transparente, ses tétons pointaient avec une audace insolente.
Léa toussota. Une fois. Puis une deuxième.
Le bruit du match remplissait la pièce : hurlements de commentateurs, clameurs du public, froissement des maillots. Paul ne bougea pas.
Pas un seul battement de cil vers elle.
Elle s’avança lentement, féline, traversa le salon et se posta, bras croisés, juste devant la télé.
La France attaquait. Paul fit une moue contrariée et leva enfin les yeux.
Elle sut alors qu’elle avait perdu, souffla doucement par le nez, pivota sur ses talons et quitta la pièce. Direction : la chambre. Retrait stratégique. Devant le miroir, elle s’observa longuement, se trouva sexy comme un péché bien présenté, et pourtant transparente pour un mec qui bandait plus pour un hors-jeu que pour sa femme en dessous.
« Il veut pas regarder ? », pensa-t-elle. « Très bien. On va changer d’attaquant. »
Elle attrapa un manteau beige lui tombant à mi-cuisse, le posa négligemment sur ses épaules, vérifia son reflet une dernière fois et sortit de l’appartement. Son plan n’était pas encore clair, mais une chose l’était : quelqu’un allait se souvenir d’elle ce soir.
Elle se planta devant l’ascenseur et appuya sur le bouton, des oursins dans sa cage thoracique.
Dans la cabine en mouvement, ses cuisses nues frémirent d’impatience. Ce qui descend a besoin d’un contrepoids pour ne pas s’écraser. D’un côté, la légèreté : un match sans conséquence, des cris qui s’éteignent avec les pubs. De l’autre, la lourdeur du réel : la peau, la sueur. Ce soir, elle voulait la pesanteur d’un corps qui répond.
Ding. Porte ouverte. Elle aborda le premier palier dignement, mais intérieurement furax. Appart’ 3B. Il y avait du monde : la lumière filtrait, et un rugissement collectif éclata.
Elle recula d’un demi-pas, blasée.
Deuxième palier. 2A. Elle leva la main, hésita… puis s’arrêta net. Un jouet rebondit contre la porte, suivi d’un cri strident.
Elle ferma les yeux. Inspiration. Expiration.
« Non, merci. Je veux du foutre, pas du feutre. »
Deuxième droite, appartement 1C. Elle connaissait. Madame Lambert, 87 ans, veuve, passion Sudoku et soupe de navet. Être invitée à boire une camomille pendant « Meurtres au paradis », très peu pour elle.
« Je suis en mission reconquête, pas en cure thermale. »
Elle descendit encore. Le rez-de-chaussée, l’endroit où les envies n’attendent plus l’ascenseur. Un homme sortait de chez lui, athlétique, barbe de trois jours, et un t-shirt « Semi de Perpignan 2023 » un peu auréolé aux aisselles. Des chaussettes de running fluo complétaient l’ensemble.
Léa le fixa, et dégrafa son manteau. Sous la lumière froide du couloir, la dentelle noire devint tentation. Le mec resta aphone, béat.
Il recula, laissant la porte de l’appartement grande ouverte. Dans le salon, une étagère branlante, des livres qui penchent. Un dossard encadré voisinait un Kundera écorné. La Lenteur, évidemment.
Jules n’avait pas encore refermé que Léa avait déjà glissé son manteau à ses pieds, révélant l’ensemble qu’elle portait dessous. Il la regarda comme un type tombé dans un rêve trop grand pour lui. « Après tout, c’est pas parce qu’il y a un gardien qu’on peut pas marquer de but. » Un tout autre match commençait.
Il obéit. Canapé gris, dos droit.
Un sexe à moitié éveillé apparut. Léa le regarda, amusée.
Elle s’agenouilla et l’embrassa sur l’aine, puis entre les cuisses, remontant peu à peu. Sa langue effleura le sillon, chatouilla la base, puis glissa jusqu’au gland avant d’enfin l’engloutir.
Jules ferma les yeux alors qu’elle le pompait, son membre se redressa contre son palais. Les mains expertes de Léa s’occupaient du reste : une caresse sur ses bourses, un doigt appuyé contre son périnée.
Voulant qu’il perde pied, elle accéléra et le suça comme une affamée, le regard planté dans le sien.
Lorsqu’elle sentit qu’il allait jouir, elle s’arrêta, se releva, et gloussa.
Elle tourna sur elle-même, fit glisser sa culotte le long de sa cuisse, jusqu’à la cheville, puis la lui lança au visage.
Il la porta à son nez, réflexe absurde, et l’envoya valser à son tour ; elle atterrit contre le Kundera, sur l’étagère bancale.
Léa le lui plaça, puis grimpa sur lui, écartant les jambes, mains sur ses épaules, et s’empala d’un coup sec.
Il agrippa ses hanches, elle commença à rouler du bassin, cul cambré, seins qui tressautent. Sa respiration s’accélérait, lui grognait, plantait ses doigts dans ses fesses.
Elle l’invita à se lever pour la prendre debout contre la cloison, en levrette.
Ruisselante de sueur et de mouille, son souffle se hacha. Il s’enfonça avec une brutalité mesurée d’abord, puis plus fort.
Il y alla de bon cœur, euphorique, n’en revenant toujours pas de sa bonne fortune. Chaque coup la déstabilisait. Un spasme la traversa, et son corps se figea dans une vibration totale, les yeux révulsés. Il la retourna, l’embrassa partout, la lécha avec application, provoquant un râle presque animal.
Lorsqu’il se redressa, elle retira la capote.
Un jet chaud, long et abondant, s’écrasa sur son visage, ses lèvres, puis sa poitrine. Elle en récupéra une partie avec la langue, une autre coula le long de son cou.
Elle alla se rincer sommairement dans la salle de bains. La chaleur se diluait sous l’eau, remplacée par cette fatigue douce d’après la victoire. Le corps avait gagné, le cœur restait à sec. Elle se remaquilla d’un trait vif et, avant de partir, jeta un œil à sa culotte qui trônait toujours sur l’étagère. Elle décida de l’y laisser et sortit sans un mot.
*
La serrure tourna, Léa poussa la porte sans faire de bruit. Son corps nu sous son manteau suintait encore le sexe, un filet de sperme collait au creux de son épaule. Elle avança pourtant, cheveux ébouriffés, jambes flageolantes, mais dignes.
Dans le salon, le match venait de se terminer. Paul se leva, torse bombé, les yeux brillants.
Elle haussa un sourcil et le fixa avec un mélange d’amusement et de lassitude. Il s’approcha d’elle, euphorique.
Il tenta de l’embrasser dans le cou, mais Léa se dégagea presque poliment.
Elle ouvrit son manteau.
Dessous : rien.
Paul avala de travers.
Il cligna des yeux.
Paul se figea. L’excitation, dans son boxer, retomba comme un soufflé sorti trop tôt. Et dans un élan désespéré, il chercha quoi dire, un de ces slogans appris au bar, mais rien ne vint, les commentateurs dans sa tête avaient coupé le son. Il chuchota :
Léa bâilla doucement, puis lui caressa la joue, presque tendrement.
Elle se dirigea vers la chambre ; il resta seul, planté dans le salon. La télé diffusait les ralentis du match. Paul s’assit, une main sur sa bite molle, l’autre dans le bol de cacahuètes. Il sentit la honte remonter, tiède comme la bière.
Il pensa « j’ai foiré », aussitôt couvert par la voix des pubs. La lâcheté remit le masque.
Le lendemain matin, Léa se réveilla reposée. Le genre de sommeil qu’on ne trouve qu’après avoir joui si fort qu’on entend le silence absolu dans sa tête. Paul dormait encore. En slip, bouche entrouverte, les bras en croix.
Elle attrapa son téléphone sur la table de chevet.
Trois notifications.
Jules :
« Je viens de retrouver ta culotte coincée dans un livre de Kundera. Tu veux que je la lave ou que je la garde comme marque-page ? »
Elle sourit, nostalgique. Pas répondu.
Le Groupe Résidence les Amandiers – Syndic :
« Bonjour Madame, plusieurs voisins se sont plaints de bruits suspects vers 22 h hier soir : gémissements, chocs contre les murs, mobilier renversé. Merci de faire preuve de discrétion à l’avenir. »
Elle rit. « Discrétion ? Je criais au nom de toutes les femmes ignorées à cause d’un 4–3–3 foireux. »
Paul (oui, il lui écrit… de la pièce à côté) :
« J’adore les porte-jarretelles… tu me montres ? »
Elle posa le téléphone et répondit, à mi-voix :
Trois messages, trois poids distincts. Le léger : l’emoji clin d’œil. Le lourd : la plainte du syndic, preuve que la joie dérange quand elle cogne aux murs. Entre les deux, Paul et ses retardements éternels. Elle pensa à la culotte coincée chez Kundera : un marque-page pour la mémoire du corps. On referme les livres, pas les instants.
Puis elle se leva – nue, magnifique – et prépara du café. En souriant. Comme une femme qui a repris le contrôle de sa libido.
À l’écran, le but, encore et encore.
Un bol à terre, les cacahuètes dispersées.
La télécommande, face contre tapis.
Une cacahuète roule, finit sa course contre la plinthe.