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n° 23339Fiche technique19066 caractères19066
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Temps de lecture estimé : 14 mn
13/10/25
Résumé:  Un huis clos d’été où l’encre, comme le corps, finit par tout contaminer.
Critères:  #psychologie #drame #érotisme #volupté #rupture #personnages #adultère #enfamille
Auteur : majaas      Envoi mini-message
Au fil de l'encre

J’étais pas encore amoureux de Clara, mais j’aimais bien sa façon de dire « putain » en roulant un peu les yeux, son rire nerveux quand elle racontait ses clients relous, et son obsession malsaine pour les playlists « ambiance forêt enchantée » sur Spotify.


On sortait ensemble depuis trois mois. Ni promesses ni drames, juste ce truc doux qui pousse parfois entre deux personnes qui s’emboîtent bien dans un lit comme dans une conversation. Alors, quand elle m’a proposé de passer une semaine dans la maison de campagne de ses parents, j’ai accepté.



Le lundi


Je me disais que ce serait peinard. À boire du rosé, à baiser au milieu des cigales, à ne pas penser boulot. Sauf qu’en arrivant, il y avait une autre voiture garée dans l’allée. Une petite Clio poussiéreuse, pare-chocs cabossé, autocollant « Je freine pour les licornes ».


Clara a souri.



Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. On en avait parlé, vite fait. Une fille « intense », plus jeune, plus libre, un peu « à part ». Clara l’adorait autant qu’elle la jugeait « ingérable ». Et quand Lou est sortie sur le perron, pieds nus, clope au bec, short militaire et débardeur noir sans soutien-gorge, j’ai tout de suite compris pourquoi.


Ses yeux étaient d’un vert presque doré, ses cheveux étaient coupés courts, mais pas coiffés, son sourire faisait penser à un chat qui aurait trouvé un nid. Elle m’a regardé comme si elle me connaissait déjà, et comme si ça l’ennuyait.



Je n’ai rien dit et ai souri comme un con en essayant de ne pas trop fixer ses tétons sous le tissu.



*



Le dîner s’est fait sur la terrasse, sous une guirlande solaire qui clignotait par intermittence. Clara avait sorti du vin blanc et des chips au vinaigre. Lou grignotait en silence, les pieds sur une autre chaise, un carnet posé sur ses genoux qu’elle remplissait de petits croquis nerveux à l’encre noire. J’ai demandé :



Elle se mordit l’intérieur de la joue.



J’étais pas inquiet. Plutôt… un agacement curieux, un mélange de « fuis » et de « reste encore un peu, pour voir. »


Après le dîner, on a allumé un feu dans le brasero du jardin. Clara s’est blottie contre moi, un verre à la main. Lou, elle, était de l’autre côté, jambes croisées en tailleur, mâchonnant une brindille. Les flammes dansaient sur sa peau pâle.



Clara a raconté Tinder, une rando foireuse, et un sandwich partagé. Moi, j’écoutais Lou. Son silence, ses yeux, le fait qu’elle me fixait quand Clara parlait, et qu’elle souriait à moitié. On aurait cru qu’elle savait un truc que moi, j’ignorais.


Puis elle s’est levée, juste comme ça. Elle a dit « Bonne nuit » et a disparu dans la maison.


Clara a soupiré.



J’ai haussé les épaules.



Ses doigts ont accroché ma gorge. Un appui bref pile sur la veine, comme on prend un pouls. J’ai cru à de la tendresse.



Elle a retiré sa main.




*



La chambre d’amis sentait le linge propre et la lavande fanée. On s’est glissés sous le drap, nus, moites.


Clara m’a regardé longtemps, sans un mot, puis a saisi d’une main mon sexe encore assoupi. Pas d’hésitation, juste ce geste précis d’une femme qui décide, et d’un homme qui suit parce qu’il n’a plus rien à dire. La caresse n’était pas désagréable, la chair s’est raffermie sous ses doigts. Un coup de langue, puis ses hanches ont trouvé leur place, naturellement.


Paumes en appui sur mes épaules, genoux serrés contre mes flancs, son bassin ondulait doucement. Cheveux collés à ses tempes, peau chaude, satinée, seins lourds, pointes dures dans la lumière vacillante. J’ai mordillé un téton, elle a gémi. Mais quelque chose restait froid en moi. Mon corps, docile, répondait timidement.


Clara a baissé les yeux.



Par réflexe, j’ai hoché la tête. Elle s’est penchée, sa bouche effleurant mon oreille.



Un temps suspendu.



Mon ventre s’est d’un coup contracté. Je ne savais plus ce qui me tendait : elle ou ses mots. Sentant la vigueur nouvelle, Clara a planté son bassin plus fort contre le mien. Un coup sec.



Aucune jalousie dans sa voix, au contraire, elle était douce, presque joueuse. Presque… étudiée. Sa main a glissé un peu trop posément sur mon torse.



Je me suis mordu la langue. Clara a poursuivi entre deux soupirs.



Elle a accéléré, son bassin claquant plus fermement contre le mien, puis s’est cambrée, la tête rejetée en arrière. Un spasme sec, automatique.


Et elle s’est avachie contre moi, paisible, et s’est vite endormie. Moi, j’ai mis plus de temps. J’entendais Lou marcher pieds nus dans le couloir. Elle s’est arrêtée devant notre porte, puis est repartie.


Là, j’ai bandé. Vraiment, cette fois.


Sans comprendre pourquoi.



Le mardi


La maison était déjà en nage à neuf heures. L’air sentait le vieux pin et le thé à la menthe. Clara faisait griller des tartines, en culotte et T-shirt, encore à moitié endormie. Lou, elle, était assise sur la margelle de la piscine, les pieds dans l’eau, un casque sur les oreilles. Elle portait un haut de bikini noir, triangulaire, minuscule, et un short en jean coupé au couteau. Ses cuisses luisaient au soleil.


Je me suis détourné. Elle a vu.


La journée a filé. Déjeuner dehors, sieste, lectures aussitôt évaporées. À un moment, Clara a dit qu’elle devait aller en ville – une course urgente. J’ai proposé de l’accompagner, elle a refusé tout de suite.



Elle m’a embrassé sur le front, a glissé un mot à l’oreille de Lou qui m’a regardé, un yaourt à boire à la main, et est partie.



Elle a souri.



Elle s’est dirigée vers la piscine, a laissé tomber son short et a plongé. Quand elle est remontée, le haut du bikini avait glissé. L’un de ses seins était à moitié visible, elle ne l’a pas recouvert.



J’ai hésité. Puis j’ai dit non.



Cinq minutes plus tard, elle a détaché le nœud du haut de son bikini, jeté la culotte, et plongé à nouveau. J’étais dans le transat, un stylo à la main, mon carnet dans l’autre, incapable de pondre la moindre ligne.


L’eau clapotait. Sa voix a retenti.



Elle a ri. Un vrai rire, pas un sarcasme.



Avant que je ne puisse répondre, elle s’est hissée sur le bord, nue, ruisselante, les seins dressés, le ventre tendu. Elle s’est assise sur sa serviette, sans chercher à cacher quoi que ce soit. J’ai détourné les yeux, mais trop tard. Ça montait, sourd, violent, coupable.



J’ai réfléchi. Pas longtemps.



Elle s’est étendue sur le ventre, le menton posé sur les bras. Ses fesses, douces, sublimes, étaient exposées sans aucune pudeur. Je n’arrivais plus à penser à autre chose.


Et elle a ajouté, sans me regarder :




*



La nuit venue, j’ai rêvé d’elle. D’abord floue, une silhouette dans la brume. Puis plus nettement. Sa bouche entrouverte sur ma peau, ses dents qui frôlent, sa langue qui joue sur mon sexe, ses cuisses qui s’enroulent autour de moi. En me regardant, elle murmurait doucement :



Je me suis réveillé en sueur, le drap collé à mon ventre. Clara dormait à côté, paisible. Une jambe repliée, un bras sur l’oreiller. Loin. Tellement loin de ce qui brûlait en moi.


J’ai fermé les yeux, mais les images sont revenues. J’imaginais mes doigts qui s’enfoncent, mes paumes qui caressent.


La pulsation cognait, douloureuse. J’ai essayé de penser à autre chose. À Clara. Mais non.


Je me suis tourné. Ma main est descendue sous le drap. Une urgence pour éteindre l’incendie. Chaque image de Lou me faisait serrer plus fort. Ses gémissements fantasmés, ses griffures sur mes épaules, sa langue qui me susurrait des horreurs.


J’ai joui en silence, un râle étouffé dans la gorge.


Clara dormait encore, paisible, loin de tout ça.



Le mercredi


Le matin, j’avais le ventre lourd et la tête vide. J’avais dormi peu, mal, avec cette impression d’avoir laissé une trace quelque part – sur elle, dans moi. Clara s’était levée tôt, et chantonnait en préparant le café. Lou, elle, avait les yeux clairs, trop, comme si elle savait quelque chose. J’aurais voulu qu’il pleuve. Juste pour que tout se calme un peu.


Plus tard, Clara a proposé d’aller chercher du bois avec Lou pour le barbecue du soir. J’ai dit que je viendrais. Mauvaise idée.


On s’est promenés en forêt derrière la maison. L’ombre des arbres ne rafraîchissait rien. Lou marchait devant moi, fesses qui balançaient sous un short en lin, un débardeur blanc si fin qu’il révélait tout. Elle parlait peu, mais quand elle le faisait, c’était pour jeter une bombe.



Puis, sans prévenir, elle s’est arrêtée, s’est retournée, l’air soudain sérieuse.



Son sourire est revenu trop vite. Elle s’est approchée, tout près, et a ajouté :



Ses lèvres se sont posées dessus, juste un effleurement, puis se sont reculées. Tout l’après-midi, j’ai porté sa bouche comme une tache d’encre.


On est rentrés sans parler. Le sac de bûches cognait contre ma cuisse, mes doigts sentaient le pin, ma gorge, Lou.



*



Le soir, Clara dormait sur mes genoux, dans le canapé. L’air était plus frais, pas mon cou. Lou dessinait sur son carnet. Elle a levé les yeux, m’a fixé longuement, puis a glissé un petit papier sur la table basse. Plié en deux. Je l’ai ouvert plus tard ; il y avait juste trois mots, griffonnés à l’encre noire :


« Elle ne saura pas. »


J’ai jeté le papier dans la poubelle. Une minute plus tard, je l’ai repêché, lissé du pouce, rangé dans mon portefeuille.



Le jeudi


Au réveil, le papier brûlait encore dans ma tête comme un secret mal recopié. Au fond, ce n’était pas Lou que je craignais, mais ce qu’elle remuait.


Le café semblait trop chaud, le pain trop mou, Clara trop gentille. Lou, elle, portait une robe en lin froissée, sans rien dessous. Je le savais. Je l’ai deviné en un coup d’œil, et ça m’a foutu un frisson le long de la colonne vertébrale. J’ai déplacé ma chaise pour lui tourner le dos, puis l’ai remise face à elle. Deux gestes idiots, deux votes contradictoires.


La journée a traîné en lenteur estivale. On a rangé un peu. On a parlé de rien. Clara a proposé une partie de cartes, mais Lou a décliné.



Et elle s’est enfermée dans sa chambre.



*



Dans l’après-midi, Clara était assoupie sur le transat, un sein presque sorti de son maillot, un chapeau couvrant à moitié son visage. J’aurais dû l’embrasser. La caresser. Mais j’étais vidé – ou rempli – d’autre chose.


Je me suis levé. Et comme un con, comme un homme, je suis allé vers la chambre de Lou.


La porte était entrebâillée. Je l’ai trouvée allongée sur le lit, sur le dos, les jambes croisées en l’air. Elle ne s’est pas retournée.



Elle s’est redressée et s’est tournée vers moi, la robe entrouverte sur ses seins nus.



Elle s’est levée, s’est approchée, a posé une main sur ma poitrine, puis l’a glissée plus bas sur mon short.



J’ai attrapé son poignet.



Puis elle s’est hissée sur la pointe des pieds et a effleuré ma bouche de la sienne. Un souffle. J’ai reculé.




*



La soirée est tombée d’un bloc. Clara avait préparé des bruschettas, Lou avait sorti du rhum arrangé. On s’est installés sur la terrasse, la lune accrochée au-dessus des cyprès. Clara riait, Lou souriait. Moi, je survivais.



Lou a pris son carnet, un crayon gris.



Le brasero cliquetait. Je sentais la nuit me creuser la peau.



Lou a noté d’un « parfait » qui n’était pas pour moi.



Clara n’avait pas l’air surprise ni contrariée.


Lou a ajouté un trait, puis a refermé le carnet. Clara est restée silencieuse, mais dans ses yeux, j’ai cru voir, juste une seconde, une flamme étrange.



Le vendredi


Au réveil, Clara était déjà partie en ville. Un mot griffonné sur le comptoir :


« Je reviens en fin d’après-midi. Tu peux bronzer ou cramer avec Lou. »


Une tache de café sur le coin du papier. Une écriture arrondie. Une innocence qui m’a foutu la nausée.


Lou était dans la cuisine. T-shirt ample. Rien dessous. Je l’ai su au moment précis où elle s’est dressée sur la pointe des pieds pour attraper les couverts dans le placard du haut. Le tissu est remonté sur ses hanches, s’est tendu contre son dos, et là… ses fesses. Nues. Parfaites.


Mon sternum a fait un bruit de chaise.


Elle a baissé les yeux.



Ça cognait déjà sous la ceinture… Mon corps, toujours chaud de la nuit, réagissait.



Le téléphone vibra sur le comptoir. Elle le retourna. J’ai serré la mâchoire.


On a mangé. Moi dans une tension poisseuse ; elle, presque joyeuse. Le monde entier réduit à la table, à deux chaises, et à ce « non » qui s’érodait à chaque minute.


Puis elle s’est levée, a ramassé les bols et m’a regardé en coin.



Et elle a disparu dans la salle de bain. J’ai attendu. Une minute. Cinq. Dix.


Puis je l’ai rejointe.


La pièce était remplie de buée. Elle était sous le jet, dos à moi, l’eau serpentait sur sa peau nue.



Je l’ai fermée. Mon cœur battait fort, mon souffle était ailleurs. Je me suis déshabillé et approché, elle s’est tournée. Les yeux clos, j’ai posé mes mains sur ses hanches, brûlantes. Elle m’a embrassé sans douceur, sans question. Sa langue fouillait.


Je l’ai plaquée contre le carrelage, la peau heurtant les joints, et ai plongé d’un coup sec.



Je l’ai baisée court, sans tendresse. Son dos râpait le mur, j’empoignais fermement ses fesses. Elle mordait, gémissait bas.



Mon regard s’est durci, ses ongles se sont plantés dans ma chair.


Elle a joui, m’a repoussé, s’est agenouillée et a pris ma queue en bouche. Profondément. Un frôlement de dent. J’étais sur le point de céder. Elle a reculé et m’a terminé à la main. Ça éclabousse sa peau, le carrelage.



Et elle est partie.


Je suis resté là, tremblant de honte, l’excitation collée à mes côtes.



*



Je suis sorti une demi-heure plus tard, Lou dessinait au salon, l’air de rien, enroulée dans un plaid.


Quand Clara est rentrée, les bras chargés de sacs, Lou l’a accueillie avec un sourire radieux.



Clara m’a embrassé. Sa bouche était douce, un peu plus distante. Ou c’était moi qui délirais. Sa main est restée une seconde sur ma gorge, pile sur la veine.


Le soir, elle m’a dit qu’elle était fatiguée, qu’elle dormirait seule. Elle savait, j’en étais certain. Mais comment ? Je n’ai pas insisté et suis resté sur le canapé, nu sous un drap. L’odeur de Lou sur ma peau. La gorge serrée, le cœur flou.


À trois heures du matin, quelqu’un a glissé un mot sous la porte. Je l’ai ramassé.


Tu crois que t’as choisi ? Tu m’as juste laissé gagner.




Épilogue



Clara n’a rien dit le lendemain matin. Elle a bu son café en lisant un article sur son téléphone, et a répondu à mes questions par des mots trop nets. Des « oui », des « peut-être », des « tu peux charger la voiture ? »


Lou n’était plus là. Elle était « partie tôt pour rejoindre des potes ». Une phrase balancée la veille comme une chaussette oubliée sous un lit.


On a pris la route. Moi au volant, Clara à moitié endormie à côté. Le silence pesait, lourd de tout ce qu’on taisait.


Quand on est arrivés chez elle, elle m’a demandé de ne pas monter. Elle avait « besoin de se poser seule ». Elle m’a embrassé du bout des lèvres.


Je suis reparti chez moi.


Et j’ai attendu.



*



Un message est arrivé deux jours plus tard. Un numéro inconnu. Pas signé, mais ça ne pouvait être qu’elle. Lou.


« Le trait était posé avant moi. J’ai juste passé l’encre. »


J’ai appelé Clara. Messagerie.



*



Une semaine plus tard, un mail. Objet : « Lucas ». Rien dans le corps. Une pièce jointe : un dessin.


C’était moi.


Assis, nu, le sexe mou entre les cuisses, une main sur le cœur, l’autre sur la bouche. Et dans mes yeux, un feu minuscule. Presque éteint.


J’ai voulu le jeter, le broyer, mais je l’ai conservé.



*



Je ne sais pas ce qu’elles se sont dit, après. Si elles se sont détestées, rapprochées, ou si tout ça avait été manigancé. Ce que je sais, c’est que, chaque fois que j’écris une scène de sexe, il y a quelque part une sœur invisible dans le décor.



*



Le dernier message de Lou est arrivé trois mois plus tard.


« T’as fini ton histoire ? »


J’ai répondu :


« Pas encore. »

« Si. »


Et c’est là que j’ai compris. Cette histoire, ce n’était pas moi qui l’écrivais.


Je croyais être l’auteur, je n’étais que le papier.


L’encre, c’était elles.





FIN