Une nouvelle histoire gentillette de vacances, mais qui ne se déroule pas en été. Bonne lecture :)
SunCenter
Ravie, Nadège (une petite rousse assez flamboyante) pose son sac à dos sur le sol du salon-salle à manger de la villa :
- — J’aurais jamais cru qu’on serait tous ensemble dans un SunCenter pour la semaine durant les fêtes de fin d’année !
Juste derrière elle, sa grande copine Octavie (une blonde de type scandinave) lui répond :
- — Moi aussi… quand j’ai lancé l’idée, il y a quinze jours, je ne pensais pas vraiment que ça se concrétiserait si vite. Je songeais plutôt à l’année prochaine, genre les vacances de février ou durant le mois de mai.
Puis elle se tourne vers son frère (aussi blond que sa sœur) :
- — Merci, Hadrien ! T’as su négocier comme un chef !
- — Pas de quoi. C’est le nombre de personnes qui a réussi à faire la différence. Cinq villas pour vingt-deux personnes. J’espère que vous avez bien choisi vos colocataires, car la Direction n’aime pas les fauteurs de troubles.
- — T’inquiète, frangin ! Moi aussi, j’ai une réputation à justifier. On a fait le tri, et sérieusement.
- — Je te fais confiance.
Puis, sortant un marqueur de sa poche, Hadrien se tourne vers la copine de sa sœur :
- — Nadège, donne-moi ton poignet que j’écrive ton numéro de villa dessus.
- — Sur mon poignet ?
- — Non, sur le bracelet en plastique qui te servira de « pass » dans tout le parc.
La rousse regarde le bracelet en plastique qui lui a été posé à l’accueil :
- — Ça ne va pas s’effacer dans l’eau ?
- — C’est prévu pour. Comme il paraît, d’après ma frangine, que ta mémoire des chiffres est assez nulle, tu sauras toujours où tu habites.
Sans laisser le temps de répondre à Nadège, Octavie s’amuse :
- — Mon frangin a de bonnes idées, t’as pas de mémoire pour les nombres !
- — Halala, la réputation que tu me fais !
Peu après, le jeune homme a fini d’écrire soigneusement le numéro de la villa sur le plastique du bracelet de Nadège. Tout le monde s’installe dans les cinq villas plus ou moins mitoyennes, Hadrien contrôlant chaque endroit. Pour éviter certains soucis, une villa est réservée aux couples déjà formés, deux habitations sont féminines et deux autres sont masculines, mais il y a fort à parier qu’une petite mixité verra vite le jour.
Puis, la vérification faite, toute la petite troupe se dirige vers la grande bulle centrale pour faire connaissance des installations et s’ébattre dans l’eau.
Découverte des lieux
Le principal souci a été de faire venir vingt-deux personnes en même temps, ce samedi pour quatorze heures, sachant que tout le monde n’a pas forcément son permis de conduire ou un véhicule, la plupart étant des étudiants. Parcourir deux cents kilomètres ne se fait pas à pied ou en vélo, d’autant que la première gare est très éloignée du SunCenter.
La location d’un minibus pour transporter tout le monde aurait fait flamber les tarifs. De ce fait, Hadrien a emprunté un véhicule multiplace (un Odyssey), afin de déplacer huit personnes, ce qui représente un peu plus d’un tiers du groupe. Trois autres véhicules ont participé au transport.
Évoquant le trajet, Octavie dit à son frère :
- — C’est pas mal, ce véhicule ! Tu peux souvent l’avoir à prêter ?
- — Je te vois venir, sœurette ! J’ai pu mettre la main dessus parce que ceux qui l’utilisent d’habitude sont en voyage d’affaires aux States.
- — Si t’as des sous à dépenser, achète-toi ce modèle, Hadrien.
Réajustant ses lunettes qui glissent sur l’arête de son nez, Hadrien ricane doucement :
- — Ben voyons ! Je vais m’acheter un véhicule de huit places alors que je suis seul, quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps ? Je te croyais plus écolo que ça ! Pourtant, tu nous bassines sans arrêt avec tes « sauvons la planète ».
- — Pour aller en boîte, c’est pas mal…
- — C’est bien ce que j’avais compris.
Le SunCenter est composé d’environ trois cents villas (bungalows légèrement améliorés) de diverses tailles, comprenant chacune une cuisine, un séjour, une salle de bain ainsi qu’une ou plusieurs chambres. Ces habitations encerclent la Bulle, un centre aquatique logé sous un large dôme dans lequel la température reste estivale, même en plein cœur de l’hiver. On y trouve divers bassins, des toboggans, des activités et autres. Jouxtant le dôme, une sorte de galerie marchande comprenant l’accueil, avec divers points de restauration, ainsi qu’un mini-market. Sur le côté, d’autres activités comme gym, sauna, hammam, squash, ping-pong, jokari, etc.
Le séjour a été négocié avec deux repas par jour, petit déjeuner et dîner, les participants faisant ce qu’ils veulent à midi. Souvent en pareil cas, certaines personnes s’amusent à fabriquer des sandwiches lors du copieux petit-déj.
Par chance, les cinq villas ne sont pas très éloignées de la Bulle, le temps n’étant pas au beau fixe en cette fin décembre…
Le soir venu, tout le monde s’endort, après un après-midi très aquatique, un repas assez abondant et quelques palabres. Les participants estiment avoir fait une bonne affaire en acceptant de venir.
Il en est de même le dimanche, la première journée complète sur place.
Au bar
Lundi en fin de matinée, installées au bar sous le dôme, en bikini, trois copines (Dorothée, Octavie et Nadège) discutent autour d’un cocktail :
- — T’as eu une bonne idée, Octavie !
- — Remercie surtout mon grand frère, c’est lui qui a négocié un tarif de groupe.
La brune Dorothée lève son verre, ce qui dévoile mieux ses courbes assez plantureuses :
- — Merci aussi à ton frangin ! Il est toujours dans l’import-export, c’est ça ?
- — Oui, c’est son métier de savoir négocier. En tout cas, il m’a surprise, je ne pensais pas qu’il arriverait à casser ainsi les prix !
Dorothée affiche un large sourire béat :
- — Tant mieux pour nous ! C’est bien la première fois que je pars une semaine en vacances en demi-pension à si faible tarif ! De plus, sans prendre l’avion ! Au fait, pourquoi ton frère est resté avec nous ? Il a pourtant une copine…
- — Tu retardes de quelques mois, Doro ! Il a enfin ouvert les yeux sur le fait que c’était une profiteuse. Mieux vaut tard que jamais. Quelque part, ce fut son cadeau de Noël en avance, car cette fille n’était pas un cadeau !
La brune devient songeuse :
- — Ah oui ! Le plus amusant est que nous allons fêter Noël ici, en fin de semaine…
- — À ce propos, tes parents n’ont pas trop râlé ?
- — Quand je leur ai annoncé mon séjour, oui, ils ont râlé. Quand ils ont vu combien je payais, ils n’ont plus rien dit.
Octavie glousse, se faisant une joie d’imaginer le tableau dans sa tête. Nadège annonce :
- — En tout cas, Patricia est bien contente d’être venue avec son nouveau petit copain.
- — Ah oui, le barbu avec des lunettes…
- — Il s’appelle Frédéric, ça fait déjà quelques mois que ces deux-là sont ensemble. En tout cas, elle m’a bien lâchée depuis qu’elle sort avec lui !
Jouant avec sa paille, Dorothée module :
- — Je me rappelle qu’elle a toujours été là pour toi, quand t’as eu des problèmes de cœur !
- — C’est vrai, mais avec elle, c’est tout ou rien !
- — Patricia vivait des histoires de cœur par procuration. Pour une fois que c’est elle qui vit ce genre de chose. Bah, ce sera à notre tour de la consoler quand ça tournera mal…
- — Hmmm, je ne sais pas si ça va mal se terminer entre ces deux-là. On dirait qu’elle a mis la main sur le bon du premier coup !
Dorothée fait remarquer :
- — En parlant de bons coups, c’est pas tellement le cas avec Bertrand, Bernard et Benoist !
- — Le gang des triples B ? Des morts de faim, ceux-là ! Antoine leur a demandé de se tenir tranquille !
- — Un sacré athlète, cet Antoine ! J’en ferais bien mon quatre-heures !
- — Eh bien, ma Doro, vas-y, lance-toi !
- — T’as vu la concurrence ? Elles bavent toutes devant lui !
Ayant fini son verre, Octavie change de sujet :
- — Ce soir, je vous rappelle qu’il y a un blind date, les filles.
- — C’est quoi exactement ?
- — Tu réunis autant de garçons que de filles dans une pièce totalement plongée dans le noir.
- — Eh ! Ça va dégénérer en orgie, ton truc !
- — C’est limité dans le temps. C’est plutôt pour faire des câlins… mais t’es pas obligée de participer.
Nadège repose son verre :
- — Hmmm… perso, je ne sais pas ce que je dois en penser. Les garçons ont tellement les mains baladeuses, mais en même temps, je suis curieuse.
- — Je te rassure : même si tu es dans le noir, quand tu dis non, c’est non.
- — Ah oui ? Tu crois encore au Père Noël ?
Octavie assène :
- — Pas de souci, car Antoine et mon frère joueront les gendarmes.
- — Ah oui, Antoine, notre Mister Muscle, redresseur de torts et preux chevalier de ces Damoiselles !
- — Ne sous-estime pas mon frère. Il fait du jiu-jitsu depuis ses sept ans !
Nadège revient sur les conditions :
- — Ton frère fait quand même moins épais qu’Antoine ! Revenons à ton blind date, une salle plongée dans le noir… et ensuite ?
- — Je t’explique : il y aura des tapis de gym au sol. Ce n’est pas aussi agréable qu’un canapé ou un lit, mais ça va.
- — Notre participation est obligatoire ?
- — Tu fais comme tu veux…
- — Et c’est ton frère qui organise ce genre de truc ?
- — C’est lui qui organise, mais devine qui en a eu l’idée…
Aussitôt, Dorothée se met à rire :
- — Ah, ça ne m’étonne pas de toi !
- — Oh, je ne suis pas la seule à avoir eu ce genre d’idée chez les filles : Audrey et Madeleine, par exemple.
- — Ça ne m’étonne pas d’elles ! Il y a un dress code ?
Octavie dévisage Dorothée :
- — Toi, t’as pas bien lu la petite brochure qui présentait notre séjour ici !
- — Oh, je t’ai fait confiance, Vivi. J’ignorais qu’il y avait une partouze dans l’air en début de semaine !
- — Pour simplifier : plus t’es habillée léger, mieux c’est, mais pas de simple maillot de bain.
- — OK, je vois le genre…
Leurs verres vidés, les trois copines retournent dans l’eau.
Bind date #1
Ce lundi soir, après le repas, tout le monde est debout contre les murs d’une pièce réservée. Il y a là les vingt-deux éléments du groupe, plus quelques personnes supplémentaires. Avant de couper la lumière, Antoine (appelé parfois Tony les beaux biscotos) prend la parole :
- — Je rappelle une règle simple de base : le consentement est obligatoire. Non, c’est non. S’il y a un os, vous criez, on intervient, Hadrien et moi, et le contrevenant passe un sale quart d’heure. Pigé ?
Tout le monde répond « oui ». Antoine continue :
- — Bon, vous avez trois minutes devant vous. Au bout de chaque minute écoulée, je donnerai un coup de sifflet par minute accomplie, donc deux minutes, deux coups de sifflet. Au bout de trois minutes et trois coups de sifflet, vous avez vingt secondes pour revenir contre les murs avant que je rallume, je compterai à voix haute. OK ? Il y aura ainsi trois séances de trois minutes.
Denis, un grand brun, demande :
- — Pourquoi toute cette complication ?
- — Tu as trois minutes devant toi, c’est la règle du jeu. Quant au retour contre le mur, ça fait aussi partie de la règle du jeu.
- — Trois minutes, c’est court.
Antoine répond :
- — Tu as trois fois trois minutes.
- — Et ceux qui ne reviennent pas contre les murs ?
- — Ils seront éjectés.
- — Donc, on n’est pas obligé de revenir contre le mur à la fin de la troisième séance.
- — C’est pas faux. Ça dépend de ce que tu veux faire après le blind date.
Denis sourit :
- — Et plus si affinité ?
- — Par exemple… Bon, je compte jusqu’à dix et je coupe la lumière.
De l’autre côté de la pièce, face à Antoine, bras croisés, Hadrien joue les surveillants. Puis la pièce est plongée dans le noir. On entend ci et là des mouvements, et même des fugaces cris de surprise étouffés quand deux personnes se télescopent.
Très vite, Octavie a de la compagnie, son allure scandinave ne passant pas inaperçue. Idem pour Dorothée, dont les courbes crèvent souvent les yeux. De son côté, Nadège attend un peu plus. Elle est abordée par un garçon aux mains assez moites qui réalise assez vite qu’il s’est trompé de cible. Alors, sans aucun remords, il s’éloigne dans le noir tant bien que mal.
Nadège murmure pour elle-même :
- — Bah, vaut mieux ça qu’un pot de colle !
Quelques instants plus tard, un autre garçon tente sa chance, mais en pure perte, son haleine ne plaide pas du tout pour lui. Les trois coups de sifflet résonnent comme une délivrance pour la jeune femme. Elle regagne sa place initiale tandis qu’Antoine compte.
Puis la lumière revient.
Visiblement deux couples non prévus se sont formés, en témoignent celles et ceux qui se tiennent par la main, le long du mur. L’un d’eux semble naturel à Nadège :
- — Depuis le temps que ces deux-là se tournaient autour !
L’autre couple est plus imprévu, mais la fille comme le garçon semble très satisfaite de ce hasard. La voix d’Antoine résonne :
- — Vous avez la possibilité de changer de place, je compte jusqu’à vingt avant de couper la lumière.
Pour la seconde fois, la pièce est plongée dans le noir. Assez fébrile, Nadège entend comme un remue-ménage à côté d’elle. Bien qu’elle ne voie rien, elle est prête à jurer que quelqu’un a éjecté la personne qui s’approchait d’elle. Curieusement, quand elle sent cette nouvelle présence à côté d’elle, elle est presque rassurée.
L’inconnu la salue à voix basse :
- — Bonsoir, belle demoiselle.
- — Bonsoir, bel inconnu. Au fait, comment peux-tu savoir que je suis une belle demoiselle ?
- — Je te retourne la question : comment peux-tu savoir que je suis un bel inconnu ?
- — Tu marques un point… mais tu dois baratiner ce genre de choses à toutes les demoiselles du coin !
La réponse fuse aussitôt, un tantinet moqueuse :
- — Mais je sais très bien qui tu es, petite écureuillette !
- — Comment tu peux savoir ça ?
Nadège a souvent entendu la légende que les rousses avaient une odeur particulière, elle se demande si ce n’est pas ainsi qu’elle a été repérée. La réponse arrive :
- — Je sais que tu es une mignonne petite écureuillette. Une très mignonne petite écureuillette, et ne me dis pas que je raconte la même chose à toutes les demoiselles du coin. Je peux même te dire que ton bikini tout vert te va très bien !
Alors qu’elle allait répondre, l’inconnu la touche, elle ressent comme une décharge électrique. Celui-ci s’exclame :
- — Tu es dangereuse, dis-moi !
- — Oh, ça doit être l’électricité statique…
- — Vérifions, si tu le veux bien…
L’instant d’après, il cherche visiblement ses lèvres pour y déposer un petit baiser. Elle et lui ressentent à nouveau quelque chose, mais l’inconnu persiste et continue de l’embrasser, d’abord gentiment, puis de plus en plus fiévreusement.
Trii, trii, triii !
L’instant d’après, à sa grande déception, assez étourdie par ce qui vient de lui arriver, Nadège brasse du vent devant elle.
La lumière revient, mais l’inconnu a disparu.
Un peu déboussolée, Nadège regarde vivement autour d’elle. Elle est perplexe, elle ne découvre pas quel garçon a bien pu venir la voir dans le noir, personne ne semble correspondre. Quelques secondes plus tard, Antoine clame :
- — Mettez-vous en place pour la troisième et dernière fois !
Après quelques secondes d’attente, la pièce est plongée dans le noir. Nadège entend très vite à côté d’elle :
- — Re-bonsoir, petit écureuillette…
- — Re-bonsoir. J’ai pas réussi à savoir qui tu étais, quand la lumière s’est rallumée.
- — C’était le but du jeu.
- — Tu tiens vraiment à jouer les mystérieux inconnus ?
Pas de réponse orale, mais l’inconnu la capture carrément dans ses bras. il lui confie à voix basse :
- — J’adore te tenir dans mes bras…
- — Je vois ça…
- — J’adore t’embrasser…
- — J’ai vu ça…
Il propose :
- — Nous pouvons recommencer…
- — Tu ne m’as pas demandé la permission, tout à l’heure !
- — Je m’en excuse, mais qui ne dit mot consent !
L’instant d’après, assis au sol, ils sont en train de s’embrasser et aussi de s’embraser.
« Je suis folle ! Je ne sais même pas qui c’est ! » songe Nadège tout en répondant aux baisers de son séducteur sans visage. Trop vite, les trois coups de sifflet retentissent. Surprise par ce triple son qui a cassé le charme, Nadège ne réagit pas assez vite pour retenir son inconnu qui lui murmure :
- — Désolé, le temps imparti est écoulé.
- — Ah non ! Reste !
- — Dans ce cas, essaye de deviner qui je suis.
Et avant qu’elle ait pu répondre, un nouveau baiser fiévreux la fait taire. À nouveau surprise, elle ne songe pas à mettre ses bras autour du cou de l’inconnu. Mais hélas, quelques brèves secondes plus tard, leurs lèvres se séparent, et quand la lumière revient, Nadège ne sait toujours pas qui est son séducteur caché.
Réunion de combat
Le lendemain matin, celui du mardi, un peu avant midi, Nadège tient un conseil de guerre avec ses meilleures amies. La jeune fille a passé une partie de la matinée à tenter de remettre la main sur son inconnu, mais sans résultat probant. Elle espère que ce n’est quand même pas un membre des BBB !
Patricia, Dorothée, Octavie sont présentes autour de la table. La sœur a demandé à son frère d’être présent afin qu’avoir un avis masculin, ce qu’il fait en restant debout sur le côté.
À moitié en rogne, Nadège s’exclame :
- — Je veux retrouver ce garçon !
- — Garçon ou homme ?
- — Peu importe ! J’ai quelques indices pour le retrouver.
Patricia demande :
- — Lesquels ?
- — Il est grand.
Dorothée pousse un petit soupir :
- — Ce n’est pas difficile d’être plus grand que toi, Nadège… mais bon, ça élimine sans doute Éric et Olivier. Quoique, Olivier n’est pas si petit que ça… Et c’est pas Antoine puisqu’il jouait les chronomètres. Dommage, il aurait pu me rendre une petite visite…
La jeune fille rousse énonce alors un autre indice :
- — Il sentait un certain après-shampoing…
- — Nous sommes dans une gigantesque piscine… donc douche et tout le tralala des gels, shampoings, etc.
- — Un parfum assez citronné…
Se mêlant à la conversation, le frère d’Octavie tend son bras sous le nez de Nadège :
- — Ce parfum-là ?
- — Ah oui, celui-là ! Oui, c’est bien celui-là !
Les quatre filles regardent Hadrien avec étonnement. Repoussant d’un doigt ses lunettes qui étaient en train de glisser sur le bout de son nez, celui-ci répond flegmatiquement :
- — C’est celui qui est proposé en échantillon dans les douches.
- — Ah zut !! Ah si, il n’avait pas de lunettes…
Le contre-argument d’Octavie tombe :
- — Dans une blind date, tu n’en as pas besoin, donc tu les enlèves avant.
- — J’y pense : il n’avait pas de gourmette, de montre, de bague, de collier… rien de tout ça…
- — Ça s’enlève…
- — Ah si, il avait le fameux bracelet plastique qui nous donne libre accès.
- — Tout le monde le possède… il le portait à droite ou à gauche ?
- — Euh… je ne sais pas…
- — Dommage, on aurait pu savoir s’il était droitier ou gaucher, c’était un bon critère de sélection, surtout s’il était gaucher !
Un bref silence. Nadège s’exclame :
- — Il avait des poils sur les avant-bras !
- — Ah, en effet, ça réduit un peu le nombre de candidats, mais pas tant que ça. Il déguisait vraiment sa voix ?
- — Il murmurait, ça fausse pas mal, mais il avait une voix grave.
- — Grave ou très grave ?
La jeune fille se souvient très bien de cette voix qui l’a fait frémir :
- — Très grave, mais tu vas me dire que ça peut se truquer, c’est ça ?
- — Oui, tu peux facilement descendre d’une octave ou deux. Pas de barbe ou de moustache, sinon tu l’aurais déjà mentionné. Cheveux longs ou courts ?
- — Plutôt courts…
- — Comme pas mal de garçons… En clair, avec ce que tu viens de nous fournir comme indices, les trois-quarts des garçons matchent.
Devant ce constat, Nadège s’énerve un peu :
- — Ah merde ! Je vais comment pour le retrouver ?
- — Mets carrément une annonce.
- — Une annonce ? Comment ça ?
Octavie explique :
- — Il t’a bien dit quelque chose de particulier qui peut servir de phrase de reconnaissance ?
Nadège songe illico à « petite écureuillette », mais elle objecte :
- — Et s’il ne veut pas que je le reconnaisse ?
- — Dans ce cas, c’est qu’il ne souhaite pas te revoir, et donc, tu tournes la page et tu passes à autre chose.
À moitié boudeuse, Nadège soupire :
- — Ah non ! Pour une fois que j’étais tombé sur un homme qui me fait frémir !
Hadrien s’invite à nouveau dans la conversation :
- — Il y a peut-être une solution…
- — Laquelle ?
- — On organise un nouveau blind date dans les mêmes conditions.
Saisissant la balle au bond, Nadège s’enthousiasme :
- — Oui, bonne idée, et on rallume la lumière en plein beau milieu !
- — Ah non ! Ce ne serait pas fair-play ! Mais en organisant une autre blind date, il y a une certaine proba pour que tu le revoies.
- — Et s’il ne vient pas ?
- — Tu trouveras peut-être quelqu’un d’autre de plus intéressant.
La jeune rousse s’accroche à ce mince espoir :
- — C’est lui que je veux, pas un autre ! Tu peux l’organiser quand, ce nouveau blind date ?
- — Pas aujourd’hui, mais il y a moyen pour demain soir, ou mieux après-demain.
- — Pourquoi si tard ?
- — Le temps que les participants s’organisent.
Octavie intervient :
- — Mon frère a raison : ce soir, c’est trop court. Demain soir, c’est limite. Après-demain soir, c’est mieux.
- — Pfff, attendre tout ce temps !
Sans transition, Nadège annonce :
- — Je pense à un truc : il savait qui j’étais. Il m’a parfaitement décrite. Je pense que c’est quelqu’un du groupe. Il est venu droit vers moi, à la seconde coupure, il avait été devancé la première fois.
- — Droit vers toi ? Il avait des lunettes infrarouges, ultra-violettes, rayons X ou quoi ? Ah oui, c’est vrai, tu nous as dit qu’il n’avait pas de lunettes.
- — Il m’avait bien repérée avant la blind date, il m’a parlé de mon bikini vert. Mais comment il a fait pour me reconnaître parmi toutes les autres filles et dans le noir ?
- — Il a peut-être calculé l’endroit où tu serais… En général, dans le noir, on ne va pas loin.
Nadège se tourne vers le grand frère d’Octavie :
- — Nous sommes déjà mardi, Hadrien. Si tu organises ce deuxième blind date après-demain, ça nous reporte à jeudi soir, et on plie bagage samedi matin.
- — Samedi, tu peux bénéficier des installations jusqu’à la fermeture.
- — Tant pis si on ne réunit pas tout le monde, mais je préférerais que tu organises ça demain soir. Comme ça, si j’arrive à lui mettre la main dessus, je pourrais passer plus de temps avec lui les jours suivants, tu comprends ?
La regardant par-dessus ses lunettes, le jeune homme s’étonne :
- — T’es accro comme ça ?
- — Je ne sais pas comment expliquer ce que je ressens ! Le simple fait qu’il me touche, ça m’a mise dans tous mes états ! Le pire est que je ne sais même pas qui c’est ! Si ça se trouve, c’est carrément un inconnu !
Levant la tête, Hadrien consulte l’horloge qui est accrochée contre un mur du séjour :
- — Si je m’y prends maintenant, je peux peut-être réserver une salle pour demain soir… mais je ne garantis rien !
- — Et pas pour ce soir ?
Dévisageant Nadège, le jeune homme s’exclame :
- — Ce soir ? Tu sais qu’il est déjà presque midi ? Je peux tenter le coup pour ce soir, mais n’y crois pas de trop. Et si ce n’est pas possible, ce sera pour demain soir, OK ?
- — Merci, merci, merci ! Je te payerais toutes tes pizzas jusqu’à la fin du séjour !
Le grand frère se met à rire :
- — Hahaha ! Méfie-toi, je ne me contente pas du petit modèle ! À ce propos, rendez-vous à la pizzeria vers midi et demi !
Puis sans attendre de réponse, il quitte la villa en direction de l’accueil.
Bind date #2
Personne ne sachant bien comment, les rejoignant à la pizzeria où les filles viennent juste d’arriver, Hadrien annonce qu’il a réussi à obtenir une autre salle pour ce soir, avec des horaires un peu différents. Excitée comme une puce qui découvre un chien après plusieurs mois d’abstinence, Nadège le remercie trente-six fois. Il répond en rigolant :
- — N’oublie pas mes pizzas ! Ça commence dès maintenant !
Puis, montrant la carte, il s’adresse à tout le monde :
- — Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais si vous prenez un modèle moyen ou grand, vous pouvez combiner deux types de pizza, genre une Royale avec une Quatre-Fromages. Je sens que je vais tester ça tout de suite.
Assez gourmande, Dorothée répond :
- — Oui j’avais vu ça. Moi aussi, je vais tester !
Après le repas, Hadrien s’occupe aussi du reste en diffusant l’information d’un blind date vers vingt et une heures. Nadège flotte sur son petit nuage jusqu’au repas du soir. Lors de l’apéritif, levant son verre, Octavie porte un toast :
- — Au mystérieux inconnu de Nadège ! Puissent le ciel et tous les dieux l’aider dans sa quête !
Après le dîner, presque tout le monde est à nouveau présent pour une seconde blind date. Nadège retrouve sensiblement les mêmes têtes qu’hier. Une fois de plus, Antoine explique les règles en vigueur :
- — Petite modification : deux séances de cinq minutes. Sinon, même topo qu’hier soir. C’est bon pour tout le monde ?
- — Cinq minutes, c’est mieux que trois.
Puis l’obscurité prend place dans la pièce, entraînant tout de suite des mouvements. Nadège est fébrile, elle attend, mais rien ne vient. Après quelques secondes, impatiente, elle soupire. C’est alors qu’une voix feutrée retentit près d’elle :
- — Bonsoir, petite écureuillette !
- — Toi ? Comment t’as réussi à me retrouver dans le noir ?
- — Comme la dernière fois.
- — Tu dois être un chat !
- — Peut-être…
Sans complexe, Nadège s’agrippe au jeune homme :
- — Maintenant que je t’ai mis la main dessus, je ne te lâche plus !
- — Pour quelle raison ?
Interloquée, la jeune fille ne s’attendait pas à cette question :
- — Ben… parce que… euh…
- — Te ferais-je frémir ?
- — T’es étudiant en psy ou quoi ?
- — Peut-être que oui, peut-être que non. Mais assez parlé, toi aussi, tu me fais frémir.
Entre espérer et vivre, il y a une nuance. Nadège n’aurait jamais songé que son bel inconnu prenne l’initiative à ce point, en la capturant dans ses bras et en l’embrassant illico ! Elle a déjà été embrassée, et plus d’une fois, mais ce soir, c’est autre chose, c’est même encore mieux que la veille !
Elle a peut-être perdu quelques secondes à l’attendre ce soir, mais l’inconnu rattrape allégrement le temps perdu. Les secondes, les minutes filent.
- — Eh bé ! réussit-elle à dire quand leurs lèvres se décollent.
Tandis qu’elle est toujours dans les bras de cet homme, elle entend :
- — J’allai dire la même chose… c’est assez surprenant, toi et moi !
- — Ah oui… et étonnant !
Cette fois-ci, c’est elle qui prend l’initiative. Son inconnu ne proteste aucunement. Nadège se retrouve allongée sur le sol fait de mousse, complètement offerte, se laissant embrasser et caresser avec ferveur. Ravie, elle flotte par-delà les nuages, sans entrave, libre…
Alanguie, Nadège ne réalise pas que le temps est presque écoulé. Quand résonnent cinq coups de sifflet, elle constate que son inconnu a disparu. Dépitée, reprenant péniblement ses esprits, elle regagne tant bien que mal l’un des murs.
Quand la lumière revient, Dorothée la questionne du regard, elle répond par une mimique comique du genre « oui et non », ce qui est exactement le cas. Elle est enchantée d’avoir retrouvé son inconnu, mais déçue qu’il ne soit plus auprès d’elle.
Assis sur le sol pas très loin de Nadège, ayant surpris sa mimique, Hadrien s’adresse à elle :
- — Ah, vu ton sourire, ton inconnu s’est manifesté ! Mais curieusement, on dirait que t’es mi-figue mi-raisin !
- — Tu ne crois pas si bien dire ! Je ne comprends pas pourquoi il me fuit ! Pourtant j’ai la nette impression que lui et moi, ça colle parfaitement !
- — Attends la seconde séance, tu verras bien.
Tandis que le frère d’Octavie l’encourage d’un petit signe de la main, la jeune fille gronde entre ses dents :
- — Je te jure que s’il se manifeste à nouveau, je m’accroche à lui comme une pieuvre gluante. Il m’a encore eue par traîtrise, je ne me ferai plus avoir, cette fois !
- — Hahaha, je te reconnais bien là ! Allez, bonne chance !
- — Merci, je vais en avoir besoin !
Peu après, la lumière s’éteint à nouveau. Nadège n’attend pas bien longtemps. L’inconnu est à nouveau près d’elle. L’agrippant fermement, la jeune fille le gronde :
- — Pourquoi tu t’es enfui ? Je ne te plais pas ?
- — Tu me plais énormément.
- — Très bonne nouvelle !
- — Et toi, je te plais ?
Un peu gênée, elle s’en sort par une petite pirouette :
- — Tu poses des questions idiotes !
- — Les hommes sont souvent idiots, ils aiment les choses explicites.
- — Pas ici, c’est gênant…
À tâtons, l’inconnu lui capture fermement la main :
- — Suis-moi !
- — Où ça ?
- — Dans la pièce d’à côté. Nous serons plus au calme pour discuter, toi et moi.
- — D’accord…
À quatre pattes, son séducteur l’entraîne avec lui dans le noir. Puis il s’arrête, puis il manipule quelque chose. La jeune femme devine maintenant devant elle une petite ouverture d’où vient une faible lumière. L’inconnu annonce :
- — Je passe le premier.
- — Ah non, tu vas en profiter pour te barrer !
- — Promis, juré, je reste avec toi, Nadège.
- — Tu connais mon prénom ?
- — J’en connais même plus. Je t’explique : c’est une trappe basse qui fait passer du matériel d’une pièce à l’autre, donc baisse quand même un peu la tête, même si tu n’es pas très grande. Ou glisse-toi à plat ventre comme moi.
Docile, elle obéit. Peu après, les deux jeunes gens se retrouvent dans la pièce voisine, elle aussi plongée dans le noir, où ils se mettent debout. Nadège soupire, son inconnu ne s’est pas évaporé. Ayant allumé une toute petite lampe-torche, le garçon continue de l’entraîner par la main, derrière lui. Elle demande :
- — On va où comme ça ?
- — Dans un endroit plus… romantique. Ici, c’est une réserve.
Ils passent ensuite dans une autre salle dotée qu’une grande fenêtre qui donne à l’extérieur sur quelques arbres, mais l’obscurité domine, d’autant que la lampe-torche est à présent éteinte. Lui lâchant la main, puis la saisissant par les épaules, l’inconnu fait passer Nadège devant lui, face à la fenêtre :
- — Ce sera mieux que rien… J’aurais préféré une vue sur un lac ou une vraie forêt.
- — Serais-tu un romantique ?
Nadège amorce un commencement de demi-tour. Se plaquant aussitôt dans son dos, il l’enlace, ses larges mains sur son ventre. Il murmure à son oreille :
- — Regarde devant toi, s’il te plaît.
- — Pourquoi tu ne veux pas que je sache qui tu es ?
- — Tu pourrais être déçue. Mais tu sauras bientôt qui je suis. Profitons du moment présent, si tu veux bien…
Elle frémit, elle ne pensait pas être embarquée dans une telle aventure en venant passer la semaine dans un SunCenter !
Révélation
Elle se laisse aller contre son inconnu. Ça fait du bien de se sentir désirée ainsi, car elle n’a aucun doute sur ce fait : cet homme en pince pour elle. Mi-sérieuse, mi-amusée, Nadège lui pose néanmoins la question :
- — Ça t’arrive souvent d’enlever des jeunes filles ?
- — Je dois t’avouer que c’est la première fois… mais à la réflexion, j’aurais dû le faire avec toi depuis longtemps.
Elle s’étonne :
- — Depuis longtemps ? On se connaît depuis longtemps, toi et moi ?
- — Je peux reprendre ma voix normale, si tu veux.
- — Je te reconnaîtrais, rien qu’au son de ta voix ?
- — Je suppose que oui, Nadège…
La voix de l’inconnu est redevenue normale durant la dernière phrase. Stupéfaite, Nadège se retourne vivement aussitôt :
- — Hadrien !? C’est toi ?
- — Oui, c’est moi… pas trop déçue ?
Pouvant contempler son visage sous une faible lumière, elle constate que c’est bien le grand frère de sa copine qui est avec elle, mis à part qu’il est sans lunettes. Tout en restant captive dans ses bras, sans chercher à se dégager, elle dit :
- — Je comprends mieux pourquoi tu me connaissais si bien ! Je suis surprise, mais je ne suis pas déçue ! Pourquoi tout ce cinéma ?
- — J’ai eu peur que tu ne prennes pas en considération une demande classique de ma part.
Elle le regarde fixement :
- — J’avoue que… tu n’as peut-être pas eu tort de penser ce genre de chose… Tu es le grand frère de ma copine, presque un grand frère pour moi.
- — Voilà tout le problème : grand frère et petite sœur. Je te rassure, moi aussi, j’ai hésité…
Ils se taisent, se contentant de se regarder dans les yeux. Puis Hadrien prend la parole :
- — Je suis vraiment bien avec toi… Tu… tu es partante pour qu’on fasse un bout de chemin ensemble ?
- — Un petit ou un grand bout ?
- — Je préférerais un grand, Nadège, mais ça dépend aussi de toi.
- — Je veux bien essayer…
La réponse se fait aussitôt sous la forme d’un long baiser. Oui, c’est bien Hadrien qui est en train l’embrasser, songe Nadège. Elle n’aurait jamais cru que… enfin, que c’était possible avec le grand frère de sa copine. La jeune fille se laisse aller, positivement ravie d’avoir trouvé chaussure à son pied, même si ce n’était pas ce qu’elle aurait pu croire.
Comme quoi que la vie réserve de drôles de surprises !
Après de nombreux baisers et caresses, toujours enlacés l’un contre l’autre, Nadège demande à son nouveau petit ami :
- — Comment t’as réussi à m’identifier à chaque fois dans le noir ?
- — Le bracelet plastique autour de ton poignet.
- — Je ne comprends pas…
Posant son front contre celui de la jeune fille, il explique :
- — Le tien a un marquage spécial, presque infrarouge. Le feutre que j’ai utilisé pour noter ton numéro de villa était prévu pour.
- — Tu vois dans l’infrarouge ?
- — Je ne m’appelle pas Superman, mais avec un filtre spécial que j’ai dans ma poche et une lampe torche un peu spéciale, c’est possible.
- — Comment ça ?
Sans lâcher la jeune femme, Hadrien lui donne en main un petit carré de plastique issu de sa poche, un morceau au toucher curieusement granuleux. Puis il annonce :
- — Mets-le devant ton œil, s’il te plaît. Tends ton bras, celui qui a le bracelet et regarde ce qu’il va se passer quand je vais allumer ma torche en mode spécial.
Elle fait comme il lui a demandé. À sa grande surprise, son bracelet s’illumine un peu, surtout les chiffres qui y sont tracés. Lui redonnant le morceau de plastique, orientant son visage autrement, fixant Hadrien, Nadège plisse des yeux :
- — T’avais prévu ton coup depuis belle lurette, c’est ça ?
- — Je savais qu’il y aurait un blind date, puisque c’est moi qui l’ai planifié, un peu aidé par ma chère frangine et certaines de ses copines. Je me suis dit que j’avais peut-être là une opportunité.
- — Ah ça, je ne peux pas dire le contraire !
Hadrien dépose un petit bisou sur le bout de son nez, puis sur ses lèvres, puis il enchaîne :
- — Je ne vais pas te mentir : ça fait quelques mois que tu m’intéresses, mais les conditions n’étaient jamais réunies.
- — Plusieurs mois ? Et pourquoi pas réunies ?
L’explication se déroule :
- — Tu es étudiante, je travaille, nos horaires, nos objectifs, nos quotidiens ne sont pas bien synchrones. De plus, quand je te voyais, c’était toujours en compagnie de ma sœur.
- — Tu pouvais tenter de me rencontrer ailleurs…
- — Et où ? Comment je justifie ma présence sur un campus universitaire ? Et tu as toi-même avoué que, si je m’étais déclaré à toi, tu ne m’aurais peut-être pas dit « oui ».
- — Parce que tu penses que, maintenant, je vais te dire « oui » ?
- — Avec tout ce que tu as pu dire sur ton inconnu…
Elle se met à rougir :
- — T’as bien mijoté ton coup !
- — Je ne pensais pas si bien réussir… Bon, parlons peu, mais parlons bien : Nadège, veux-tu officiellement sortir avec moi ?
Mutine, elle sourit :
- — J’ai le droit de dire « non » ?
Aussitôt, Hadrien la plaque contre lui afin de l’embrasser fiévreusement. Elle répond avec fougue à son baiser. Avant de se laisser complètement aller, amusée, elle se dit : « Je sens que je vais souvent hésiter pour qu’il me convainque de la sorte ! »