Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 23296Fiche technique38668 caractères38668
6517
Temps de lecture estimé : 27 mn
19/09/25
Résumé:  David est journaliste à Maestro, magazine de musique classique. Il doit critiquer le disque d’une jeune pianiste mais celle-ci mérite t-elle la récompense mensuelle ?
Critères:  #initiatique #fellation #travail fh collègues facial fellation anulingus pénétratio hdanus
Auteur : Romain Dufour      Envoi mini-message
Donner le La

Chaque jour nous suivions la même routine. Nous traversions la petite cour, échangions les banalités d’usage avec madame Quémy, l’hôtesse de l’accueil, retirions notre écharpe ou nos lunettes de soleil, parfois les deux, puis nous nous installions à notre bureau. Après avoir fait couler un café, nous prenions une, deux, trois enveloppes dans une grande corbeille où nous attendait le courrier adressé à la rédaction et avec nos écouteurs, nous nous rendions dans l’auditorium. En fait d’auditorium, il s’agissait d’une simple pièce avec quelques fauteuils défraîchis et des lecteurs de CD pas plus frais. Il était d’ailleurs recommandé d’être matinal, car il ne restait que peu de machines encore en état de marche. Une fois confortablement installés, nous branchions le casque, glissions le disque dans le lecteur et nous laissions submerger par la musique.


Je repense à cette époque avec des sentiments partagés. Certes, j’étais jeune, 23 ou 24 ans, encore mince et athlétique, j’avais terminé mes études, j’étais devenu indépendant et j’avais la sensation de pouvoir enfin vivre comme je l’entendais. Mais, oh combien je m’ennuyais dans ce premier emploi !


Critique de disques dans un journal de musique classique : voilà où m’avait conduit mes études d’histoire et mes années passées au conservatoire. J’étais jeune, certes, mais dans un monde de vieux. Si les compositeurs avaient été eux-mêmes jeunes (et pour certains rien d’autre), je n’arrivais pas à imaginer que mes collègues le furent un jour. Tout chez eux respirait le grand âge. Les préoccupations, les goûts, les habitudes, les garde-robes, les opinions politiques. Nous étions en 2007, 2008 et le CD était déjà un objet démodé en train de disparaître des ordinateurs, des appartements, des voitures. Bref, à l’heure où mes amis commençaient leur carrière en vivant la révolution numérique en 2.0, je remplissais des lignes dans un magazine dont les ventes chutaient, sur une musique qui n’intéressait qu’une part infime de la population. Bien entendu, mes collègues ne l’entendaient pas ainsi. Pour eux, la musique dite savante était la seule digne d’intérêt, celle de l’élite et pas la musique grossière du peuple. Car ils étaient snobs et se targuaient d’érudition et de bon goût.


Pourtant, leur soi-disant culture s’arrêtait à la musique, car lorsque l’on parlait cinéma, ils répondaient par le dernier film de François Ozon, lorsqu’ils racontaient une exposition ils récitaient la brochure distribuée à l’entrée et quand venait le moment littérature, ils avouaient, faussement provocateurs, ne plus lire que des romans policiers nordiques, chacun valant mieux que l’intégralité de la production française.


Oui, je me revois dans l’auditorium et je voudrais pouvoir remonter le temps pour me donner un gros coup de pied au cul et me crier de me barrer de là ! Malheureusement, une telle machine n’existe pas et ce matin-là je m’installais en saluant mes deux collègues déjà présents : Camille et Bernard. Camille portait sa quarantaine comme d’autres portent leur décoration : avec nonchalance et sans ostentation. Comme le reste de l’équipe, je fantasmais sur ses seins dont nous avions tous entrevu la naissance, car quelle que soit la saison, elle ne portait que des chemisiers largement ouverts, accompagnés de colliers dont elle semblait posséder une collection infinie. Il n’était pas rare que durant ces séances d’écoutes, gagné par l’ennui qui accompagne généralement un quatuor de Haydn, je me laissais aller à l’imaginer se lever, s’approcher de moi en se déshabillant et venir se mettre à califourchon sur mon sexe dur. Tout cela devant le regard choqué, éberlué et jaloux de Bernard. Bernard, lui, ne me faisait pas du tout fantasmer. Petit, chauve et voûté, il était incapable de faire des blagues qui ne portaient pas sur un compositeur baroque. Camille était très chaleureuse, elle donnait l’impression d’être votre meilleure amie et, si jamais vous aviez la chance de faire un mot qui la faisait rire, elle pouvait vous gratifier d’une main posée sur le bras, geste innocent pour elle, mais qui excitait au plus haut point la gent masculine, Bernard en tête, qui espérait depuis des années que Camille réalise enfin qu’elle avait devant elle l’homme parfait, à la fois sensible, cultivé et surtout incollable sur la viole de gambe.


Alors donc que je saluais mes collègues, j’ouvris la première enveloppe dont le contenu tomba sur mes genoux. Je compris alors pourquoi son poids m’avait paru inhabituel : en plus de la traditionnelle galette irisée et de la lettre de l’éditeur, une liasse de billets y était glissée. Je jetais un œil sur mes voisins mais aucun n’avait fait attention à ma découverte. Toute à son audition, Camille fermait les yeux avec un léger sourire aux lèvres et Bernard serrait des dents en la dévorant des yeux à son insu. Je fus pris de nervosité. Que devais-je faire ? En référer à Jean-Christophe le rédacteur en chef ? Demander à mes collègues si cela relevait d’une pratique courante ? Ne rien dire et prendre l’argent ? Quelle maison de disque pouvait avoir cette idée saugrenue de corrompre un journal pour obtenir la récompense suprême : la baguette d’or du mois ? Sans réfléchir, je remis l’argent dans l’enveloppe que j’enfouis dans ma veste. Il s’agissait d’une forte somme pour un jeune employé comme moi et je ne pus résister à la tentation. Effrayé à l’idée d’être découvert, je m’empressais de mettre le disque dans la machine et d’appuyer sur la touche de lecture. La déontologie du journal imposait que l’écoute se fasse à l’aveugle, sans connaître le nom de l’interprète. Je n’avais pas fait attention au contenu du CD, mais je reconnus Schubert dès les premiers accords. Ces Impromptus ont été enregistrés des centaines de fois et pourtant il y avait toujours des pianistes pour vouloir rivaliser avec Philippe Cassard, Radu Lupu ou Alfred Brendel.


Cette version m’apparut très vite catastrophique. Pas étonnant qu’un pot-de-vin accompagne cet enregistrement ! Mais ce n’est pas quelques centaines d’euros qui auraient été nécessaires pour convaincre la rédaction que le disque valait quelque chose, il aurait fallu faire couler des millions. Trop excité, je brisais le protocole et n’attendis pas la fin du récital pour regarder la brochure accompagnant le disque. Le pianiste était, en fait, une pianiste. Une femme au visage splendide et aux yeux d’un vert irréel, encadré par de longs cheveux blonds. Son regard vague évoquait une pensée retenue et l’ensemble de son physique et de son allure exprimait un avertissement à mon égard : n’y pense même pas garçon, nous ne jouons pas dans la même division !


La musique continuait pendant que j’observais la photo de couverture et je commençais à revoir mon jugement. Hélène Grimaldi, l’interprète, abordait certains passages avec une audace qui évoquait la lumière trouant la canopée. Ce que j’avais pris au départ pour de l’amateurisme, ou un manque cruel de talent et de technique, ne serait-il pas, en fait, une révolution dans l’interprétation de ces sommets de la musique occidentale ? Il y avait là un mystère à percer et je ne voulais pas passer à côté d’une découverte. Pour être honnête avec vous (à défaut de l’avoir été alors avec moi-même) j’étais ferré par l’argent, charmé par son regard, transporté par Schubert et trop excité à l’idée qu’il se passe enfin quelque chose dans ma vie.

Je revenais à mes collègues. Ah, Camille, pardonne-moi mais d’un coup tu me parus banale, trop âgée et sans mystère. Tu me souriais et moi je m’envolais vers un monde de corruption, de drogues, de sexe, d’intrigues et de passions tragiques. Enfin, c’est ce que je me figurais…


Dès l’après-midi, je me rendis à l’adresse indiquée sur l’enveloppe. Les éditions de la Clepsydre avaient leurs locaux dans un immeuble très chic du 16e arrondissement. Une vitrine bien luxueuse pour une maison de disque qui ne comptait à son catalogue qu’une référence. Je me présentais et l’on m’introduisit dans le bureau du maître des lieux, Stéphane Neville. On sentait que les moyens avaient manqué pour que la décoration coïncide avec le quartier et l’immeuble.



Il s’agissait de ma première rencontre avec un homme tel que Neville : hâbleur, charmeur et menteur. Il devait avoir quelques années de plus que moi mais paraissait beaucoup plus homme. Il s’habillait avec recherche et élégance, son visage évoquait un Maurice Ronet juvénile à la chevelure sombre. Son charme naturel s’accompagnait d’une voix et d’une diction telles que l’on se laissait prendre sans regrets à ses artifices. De toute façon, je voulais arriver à mes fins et rencontrer la belle Hélène, j’étais prêt à coopérer.



Je posais la liasse de billets sur son bureau. Il y jeta un regard amusé.



Il me tendit l’argent que je pris. J’avais, par ce geste, accepté implicitement le pot-de-vin, sans que rien ne soit clairement dit.



Le soir même, je me présentais devant le guichet où m’attendait mon invitation. Je jetais un œil alentour, mais sans traces de Neville, je m’installais à ma place. La lumière baissa et elle entra. Tout en elle correspondait à mon fantasme né le matin même. Son allure physique bien entendu mais aussi son port, ses gestes, la robe qu’elle habitait. Je sentis mon obsession devenir impérieuse, balayant toutes mes réticences concernant son talent. Pourtant c’est avec une certaine anxiété que j’attendis que les premières notes résonnent dans la salle Alfred Cortot, et pour être parfaitement honnête, j’ai douté jusqu’à la fin de la justesse de cette lecture de Schubert.


Lorsque la lumière revint, un petit groupe de jeunes hommes, dont l’allure générale ne cadrait pas avec le public habituel des concerts classiques, se leva et fit un triomphe à l’interprète, frappant des mains à s’en faire saigner et lançant des bravos tonitruants. J’entendis d’autres spectateurs à l’avis diamétralement opposé. Ces derniers étaient sans aucun doute des habitués des salles de répertoire. Assistais-je en direct à une nouvelle guerre de générations ? Moi-même je ne savais pas où me situer. Allais-je rater le train de la modernité ?


En sortant, je trouvais Neville en discussion avec le groupe des jeunes apaches. Ai-je rêvé ou leur a-t-il tendu une enveloppe ? Était-ce une nouvelle tentative de corruption pour créer la légende autour de sa protégée ? Leur enthousiasme n’était-il qu’une mise en scène ? En m’apercevant, il me héla et m’entraîna dans les coulisses. Je sentis mon estomac se nouer au fur et à mesure que nous nous approchions de la loge. Lorsque la porte s’ouvrit, j’eus la vision fugitive de sa beauté, alors qu’elle revêtait une tenue plus appropriée pour la vie civile. Neville fit les présentations. Elle me tendit la main sans sourire. Il semblait qu’elle gardait un visage impassible en toutes circonstances. Ma qualité de critique donnant le la, ne semblait pas l’impressionner outre mesure. Je fus soulagé lorsque Neville proposa de nous rendre dans un restaurant, car le mutisme de la pianiste augmentait mon trac, et je ne trouvais rien à lui dire, ni compliments, ni questions qu’un journaliste pose en de telles circonstances.


Neville anima le dîner. L’une de ses fixations portait sur la transformation du monde à l’aune du numérique et d’internet.



Il y avait du vrai dans ces propos et j’avais du mal à le contredire. Néanmoins, je ne voulais pas me laisser entraîner dans une vision pessimiste du futur. Il est trop facile de céder au « c’était mieux avant ». Par ailleurs, je voyais ma voisine enchaîner les verres de vin blanc, certainement désireuse d’anesthésier son cerveau et d’échapper au discours passéiste de son impresario. J’essayais de relancer la conversation vers des notes plus lumineuses :



Il fut pris d’un instant d’hésitation et dans un grand sourire :



J’eus soudain l’impression désagréable de participer à une transaction commerciale et non plus à un échange artistique. Mon intégrité et ma candeur juvénile se trouvaient confrontées pour la première fois à la réalité de la vie. Un artiste ne devenait pas une star à cause de son talent, mais grâce à une succession de tractations, de hasards et d’intrigues. Ils étaient peu nombreux à jouir du succès mérité par leur génie créatif. Je le savais, tout le monde le sait et pourtant, ce n’est qu’à ce moment précis que je m’en suis vraiment rendu compte. Alors, devant ce constat amer, je décidais de rejoindre la ronde et si je devais me faire corrompre, que ce fut totalement. Je cherchais le pied de ma voisine sous la table et lançais :



Je jetais un œil à Hélène qui garda son air impénétrable. Impossible de lire en elle. Mais je ne me démontais pas et lui sourit en tendant mon verre :



En sortant du restaurant, Neville me pria de raccompagner Hélène à son hôtel. Il avait encore à faire et nous ne pouvions laisser une jeune femme rentrer seule dans les rues de Paris. Neville continuait-il ses manigances ? Peu m’importait, j’allais enfin être seul avec Hélène et peut-être lui décrocher quelques mots. Nous montâmes dans le taxi et prîmes le chemin de son hôtel.


Lorsque je tentais de la faire parler de son approche de l’œuvre de Schubert, elle se contenta d’un :



Je n’ai pas réussi à obtenir plus de confidences sur sa démarche artistique. Nous arrivâmes à l’hôtel et au moment de la quitter elle lâcha un simple :



Je l’accompagnais dans sa chambre. Il n’y avait plus de doutes sur la façon dont se terminerait la soirée et mon cœur se mit à battre. La lumière s’alluma lorsqu’elle glissa la carte de sa chambre dans la fente, mais elle s’empressa d’éteindre les lampes, nous laissant dans la pénombre créée par l’éclairage de la rue. Sans me regarder, Hélène commença à se déshabiller. Elle retira son jean en se tortillant, découvrant ses hanches. Sans rien enlever d’autre, elle se laissa tomber sur le lit, les jambes pendant sur le bord. Je m’approchais et m’allongeais sur elle et nous nous sommes embrassés. J’eus l’impression qu’elle se laissait faire sans y prendre de plaisir, froide comme une symphonie dodécaphonique.


Abandonnant ses lèvres, je m’agenouillais et retirais sa culotte découvrant son sexe. Sa blondeur et sa faible pilosité rendaient sa chatte presqu’indécente. Je posais quelques tendres baisers sur ses lèvres et elle écarta un peu plus les jambes. Puis, de la pointe de la langue, je me faufilais au creux de son sexe, remontant lentement vers son petit bouton. Elle commença à donner des signes de plaisir sous la forme de quelques soupirs et prit ma tête entre ses mains. Ses jambes, à présent écartées en grand, elle appuya sur ma tête comme pour me faire rentrer en elle. Elle ne mit pas longtemps à jouir, secouée de soubresauts et de gémissements sotto voce. Elle resta un moment sans bouger, les yeux fermés, au point que je me demandais si elle ne s’était pas endormie.


Ne sachant quelle attitude adopter, je pris mon courage à deux mains et commençai à me dévêtir. Elle sortit de sa léthargie et me regarda un instant alors que je me présentais devant elle en caleçon, attendant un signe de sa part. Elle se redressa et tira sur l’élastique de mon sous-vêtement pour m’attirer vers elle. Puis elle baissa mon boxer et libéra ma queue qui se dressa devant elle. Je m’attendais à ce qu’elle la prenne en bouche, la proximité de mon gland suggérant cette combinaison évidente. Mais elle se mit à me branler avec la précision rythmique que l’on pouvait attendre d’une personne qui exerce un métier manuel. Entendons-nous bien, ce n’était pas désagréable, mais on ne sentait pas qu’elle prenait du plaisir à pratiquer cette masturbation. Je me laissais quand même aller, je n’allais pas bouder mon plaisir alors qu’une jolie jeune femme, encore inconnue la veille, était en train de me branler. Mon sperme tomba en pluie sur son visage, sur le chemisier qu’elle n’avait pas retiré et sur les draps. Elle relâcha sa poigne, regardant autour d’elle si elle trouvait un mouchoir pour essuyer mes épanchements. Elle finit par se rendre dans la salle de bains et je tombais repus sur le lit. Alors que j’analysais ces dernières minutes, je me demandais si elle allait m’inviter à rester ou à rentrer chez moi. Mais le sommeil post-coïtal eut raison de moi et je m’endormis avant de la voir sortir de la douche.


Le lendemain, je ne pris même pas la peine de repasser chez moi pour enfiler des vêtements propres. Je ne voulais pas perdre une minute pour mettre mon plan à exécution et faire des Impromptus le disque du mois. Il ne serait pas aisé de convaincre mes collègues : Bernard ne m’appréciait guère et Camille avait un goût infaillible et faisait autorité au sein de la rédaction. Quant à Jean-Christophe, en tant que rédacteur en chef, il avait le dernier mot et usait de son pouvoir pour imposer ses choix. Bernard arriva et nous nous sommes salués, mais j’y mis trop d’empressement et il me regarda d’un air méfiant. La partie n’était pas gagnée. Camille fit son entrée. Quelle sensualité émanait de son corps, de sa démarche, de son regard ! Elle nous dit bonjour avec ce sourire qui faisait retentir l’hymne à la joie. Je m’aperçus que Bernard se trouvait au bord du malaise et réalisais qu’il me suffirait de convaincre Camille pour que Bernard et Jean-Christophe la suivent. Mais comment m’y prendre ? Jusqu’à présent, je n’avais pas noué de relation avec elle. Il fallait pourtant plonger, j’étais en mission, j’étais un autre !


Je proposais à Camille de prendre un café, ce qu’elle accepta à condition : de nous installer à une terrasse, où nous pourrions profiter du soleil qui refaisait son apparition, en ce début de printemps. Je sautais sur cette occasion pour nous éloigner de nos collègues. Elle s’assit au soleil, relevant la tête vers le ciel et fermant les yeux. Un grand sourire illuminait son visage. Elle sortit de sa rêverie quand le serveur posa deux cafés sur la table. Était-ce moi ou elle regardait ses fesses alors qu’il s’éloignait ? Puis, en se retournant vers moi :



Elle sourit et referma de nouveau les yeux pour profiter de son bain de soleil.



Il était curieux de parler avec elle alors qu’elle gardait les yeux fermés. Bizarrement, cela créait à la fois une distance et une intimité.



Elle rouvrit les yeux et se redressa.



Camille était directe. Je crois que si je lui avais proposé de venir chez moi, elle aurait accepté. Et l’idée me tiraillait, le soleil, son décolleté, son sourire et ses sous-entendus. Au diable Hélène et sa carrière internationale ! Mais je me retins. Même si Camille semblait avancer sans respecter les conventions, je pense qu’elle appréciait un certain raffinement et devait éconduire ceux qui venaient vers elle avec une approche un peu trop directe.



Je ne trouvais aucune répartie spirituelle à lui faire. Oui, j’étais flatté et plus encore. Plutôt que des mots, nous échangeâmes ce regard où deux personnes baissent la garde pour la première fois. Je payais et nous avons rejoint le journal. Alors que je marchais devant elle, je me retournais et surprit ses yeux qui, je l’aurais juré, mataient mon cul. Le serveur, maintenant moi. Ainsi donc moi aussi je pouvais être un objet de désir.


La journée passa à toute allure. Je contactais Neville pour obtenir deux places au concert et j’expliquais à Hélène que je ne pourrais peut-être pas la rejoindre avant une certaine heure. Avait-elle seulement prévu de me revoir ? Peut-être étais-je présomptueux ? La nuit dernière avec Hélène et le café pris avec Camille avaient gonflé ma confiance en moi. Attention néanmoins à ce que cette nouvelle estime de soi ne se transforme pas en de la présomption.


Sur mon lit de mort, lorsque je pousserai mon dernier souffle, je repenserai sans aucun doute à ce moment où Camille fit son entrée dans la salle Alfred Cortot en traversant le hall pour me rejoindre. Comme si une poursuite l’éclairait, tous les regards se tournèrent vers elle et toutes les conversations s’interrompirent sur son passage. Je n’étais pas seulement fier d’être l’homme vers qui elle se dirigeait, j’étais comme le reste des êtres humains présents dans la salle, subjugué par sa présence. Elle était magique. J’aurais voulu l’embrasser, mais je dus me contenter d’un salut de tête. Elle prit mon bras et je pus donc parader en gravissant les marches des escaliers. Je remarquais les jeunes gens enthousiastes de la veille que je soupçonnais d’être rémunérés par Neville pour faire la claque. D’où celui-ci tirait-il des fonds lui permettant de les payer tous les soirs pour taper des pieds et des mains ? À supposer qu’Hélène devienne célèbre, est-ce qu’une pianiste au firmament générait un tel revenu qui justifierait cet investissement ?

Nous avons pris place et Hélène entra sur scène.



Heureusement, l’obscurité de la salle masqua mon embarras et les premières notes me dispensèrent de répondre. Lorsque les applaudissements pour le premier Impromptu en ut mineur s’estompèrent, je jouais le tout pour le tout et posais ma main sur le genou de Camille. Son visage resta tourné vers la scène, sans réaction. Je restais ainsi, attendant la fin du deuxième morceau pour retirer ma main afin d’applaudir. Ma tentative avait échoué. Je me perdais dans des conjonctures pour savoir si j’avais mal interprété les signes qu’elle avait envoyés ce matin, quand je sentis sa main se poser sur ma cuisse. À nouveau, elle faisait preuve de beaucoup plus d’audace que moi, son petit doigt tendu effleurait mon sexe à travers le pantalon.



Camille m’interrogeait en dévorant un magret de canard.



Son analyse trouvait malheureusement un écho en moi. Je jouais malgré tout mon rôle d’avocat.



Je bus une gorgée de vin pour réfléchir au prochain argument de ma plaidoirie, mais je n’eus pas le temps, Camille renchérit :



Elle avait raison. Elle ne voulait pas participer à une collusion où médias, maison de disques et artistes se mettent d’accord pour bâtir une carrière comme s’il s’agissait du dernier bien de consommation à la mode. Le voulais-je moi-même semblait me demander Camille ?



En un instant, elle se retrouva entièrement nue. Ses seins lourds, ses hanches larges qu’assombrissait une toison fournie et sauvage, ces quelques signes d’âge qui la rendaient plus désirable, tout en elle me chavirait. Tout en m’embrassant, elle défit mon pantalon et glissant les mains dans mon boxer agrippa mes fesses. Elle s’agenouilla et disons que je m’en souviens encore. Non pas comme un souvenir lointain, mais physiquement, dans la peau. Les sensations étaient telles que de penser aux agios sur mon compte en banque ne servirent à rien. Peut-être aurais-je dû évoquer le souvenir de ma pauvre grand-mère, décédée l’année précédente pour refluer mon orgasme ? Au lieu de ça, Camille me retint par les hanches et mon extase explosa dans sa bouche.



Je tombais sur le lit alors qu’elle cherchait un mouchoir pour s’essuyer et qu’elle se dirigeait vers la salle de bains. Elle revint s’allonger à mes côtés.



Je roulais sur le ventre pour me placer devant sa chatte humide et odorante. Elle était communicative et partageait sans fausse pudeur la montée de son plaisir. Son cri fut long, brutal, mais ô combien expressif et doux à mes oreilles. Après quelques instants, je remontais les courbes de son corps, posant un dernier baiser sur son sexe, ce qui la fit frissonner. Notre premier baiser mêla symboliquement mon sperme et sa cyprine sur nos lèvres. Je sentis un petit rictus sur son visage et demandais :



Je m’allongeais à ses côtés et nous sommes restés de longues minutes silencieux, nous tenant simplement par la main. Elle prit de nouveau l’initiative :



Je rêvais ! Elle allait me masser à présent ! Je m’attendais à ce qu’elle se pose à califourchon pour s’attaquer à mes épaules, mais en guise de massage, je sentis deux mains se poser sur mes fesses et les écarter. Sa langue passa sur les plis de mon anus, éveillant des sensations que je n’avais jamais ressenties. Personne, en effet, ne m’avait jamais gratifié d’une feuille de rose. J’étais parfaitement détendu, entièrement à sa merci et sans défense, dans un état second. Si elle ne s’était pas arrêtée, j’aurais joui sans qu’il eût été besoin de toucher mon sexe. Bandant à nouveau, je voulus me retourner pour qu’elle vienne sur moi, mais elle me retint en m’indiquant d’un simple geste qu’elle n’avait pas terminé. Ce furent ses doigts qui prirent la suite de sa langue. Je sentis son index s’introduire lentement, avec précaution en moi. Un peu honteux, je goûtais ce nouveau plaisir. Elle changea de doigt pour le majeur, pénétrant plus loin dans mon cul.



La tête enfouie dans l’oreiller, je poussais un grognement de satisfaction.


Elle arrêta de me doigter et s’empala sur ma queue. Ses hanches sur mes hanches, ses seins se balançant en rythme sous mes yeux, sa caverne si chaude et si coulissante. Heureusement que j’avais joui peu de temps auparavant, car je n’aurais guère tenu plus que quelques coups de reins. Notre orgasme fut concomitant et furieux. Elle s’écroula sur moi et j’enroulais mes bras autour d’elle. Mon sexe perdit lentement sa rigidité, se libérant de lui-même. Nous n’eûmes que la force de ramener les draps sur nous avant de nous endormir.

Je me réveillais seul. Elle avait laissé un mot :


« Cher David, je pars tôt, car je dois repasser chez moi avant d’aller au journal. Cela fait partie de nos conventions avec l’homme qui partage ma vie. Merci pour le dîner, je ne suis pas près de l’oublier.

En ce qui concerne le travail, ne compte pas sur moi pour soutenir ton coup de cœur. Je me suis bâtie une certaine légitimité dans ce milieu en refusant les compromissions et je garderai cette ligne de conduite malgré ton joli cul ! D’ailleurs, je te conseille d’oublier cette pianiste, tu pourras facilement la séduire sans avoir à te vendre. Enfin, je te demanderai de ne pas faire allusion à notre soirée d’hier, dans le contrat que j’ai avec l’homme que j’aime, il est stipulé que nous n’avons droit qu’à une fois. Sinon, je t’aurais à nouveau grimpé dessus, sois rassuré.

A tout à l’heure. Je t’embrasse, Camille. »



Bien entendu, ce qui m’attristait le plus dans sa lettre était son refus de refaire l’amour avec moi. En ce qui concernait Hélène, j’étais content qu’elle refusât. D’ailleurs, je ne pensais plus à œuvrer pour la baguette d’or et, si Hélène ne voulait plus me voir, eh bien tant pis ! Ou tant mieux.


Quelques heures plus tard, toute la rédaction était rassemblée, avec un Jean-Christophe particulièrement volubile et particulièrement directif. Après avoir discuté des dossiers du mois et des rubriques récurrentes, il aborda la distinction mensuelle :



Et il sortit une photo de presse d’Hélène, plus séduisante que jamais. Il brossa son portrait et je ne pus m’empêcher de parader intérieurement : si tu savais que je lui ai prodigué un cunnilingus !



Je jetais un coup d’œil à Camille qui avait un petit sourire aux lèvres. Elle attendait de voir quelle serait ma réponse, si j’allais suivre ou non ses conseils.



Camille vint à ma rescousse :



Je regardais Camille qui arborait un sourire splendide. Bernard, lui, était plongé dans les affres de la jalousie.



Camille avait perdu son sourire. Je crois qu’elle détestait ce genre de conflits et personne n’aime quand un supérieur vous rappelle qu’il a un ascendant sur vous. En quittant la réunion, je prévenais Hélène de ma venue accompagnée et lui recommandais de feindre de ne pas me connaître. Rétrospectivement, je me dis que j’ai été bien lâche d’user d’un tel subterfuge. Elle a dû penser que j’avais honte de ma relation avec elle. Pourtant je cherchais à la favoriser en cachant des relations intimes à mon chef, afin que mon avis n’en paraisse que plus crédible.


Le reste de la journée, j’évitais de croiser Camille pour satisfaire à son vœu de silence. Elle semblait soucieuse, certainement contrariée par les propos de notre rédacteur en chef.


Sans surprise, je retrouvais le soir même les jeunes gens engagés par Neville. Les sourires de Jean-Christophe, que je devinais dans la pénombre, me confortèrent dans mon idée que ses motivations n’étaient pas différentes des miennes quand je vins pour la première fois. J’étais un peu en colère : de quel droit venait-il poser des regards concupiscents sur ma copine ? Certes, elle ne l’était pas officiellement, mais je l’avais vu le premier, merde ! Je sentais poindre aussi une certaine tristesse. Je repensais à Camille qui était assise auprès de moi la veille, à notre nuit et au mot qu’elle m’avait écrit.


Hélène joua parfaitement son rôle lorsque nous la rejoignîmes dans sa loge, elle fit ma connaissance sans se trahir. Malheureusement je n’avais pas pensé à Neville qui me gratifia d’une poignée de main vigoureuse, ravi que j’amène avec moi le vrai décideur. Jean-Christophe me jeta un regard mais ne dit rien. Mon malaise était perceptible mais Hélène, elle, ne montra aucun embarras. Que pouvait-il bien se passer dans sa tête ? Je crois que Jean-Christophe détesta immédiatement Neville : ils étaient trop semblables. Mais ce dernier était professionnel et ce premier n’oubliait pas pourquoi il se trouvait là, alors ils furent assez intelligents pour s’allier. Lorsque le départ pour le restaurant fut donné, je prétextais un mal de tête et déclinais l’invitation. Neville fit semblant de me plaindre mais était visiblement ravi de se retrouver seul avec le chef et sa protégée. Quant à Jean-Christophe :



Des menaces à peine voilées, voilà qui concluait parfaitement la journée. Hélène s’éloigna en me saluant à peine et je compris alors que j’étais déjà hors-jeu.

Le lendemain, j’évitais de croiser Jean-Christophe, redoutant l’explication promise. Mais celui-ci était d’une excellente humeur et ne me fit aucune remarque. Je n’osais imaginer la raison de ce sourire sur son visage. Camille évitait tout le monde. Elle, d’habitude si souriante, ne parlait à personne et je n’osais rompre son silence. Je commençais à me dire que ni elle ni moi n’étions faits pour ce monde impitoyable qu’était celui de la presse spécialisée.


Le magazine parut avec une magnifique photo d’Hélène en couverture et un édito laudatif de Jean-Christophe. Le tirage fut un peu plus important que d’habitude mais ce ne fut pas le raz de marée prédit par notre rédacteur en chef. En revanche, l’effet fut complet pour Hélène. Grandes salles, tournées internationales, signature avec une grande maison de disque, télévisions : elle fut lancée.


Je fus touché malgré moi de recevoir quelques mois plus tard une invitation de Neville à la voir jouer pour son retour à Paris. Il ne m’avait pas oublié et devait certainement penser que j’avais joué un rôle, certes modeste mais néanmoins essentiel, dans leur succès. Ou bien était-ce Hélène qui avait pensé à moi ? Je ne pus m’empêcher de nourrir quelques espérances. Peut-être lui avais-je manqué ?


J’aperçus Jean-Christophe dans le public et n’eus aucun mal à l’éviter, car il trônait dans le carré or, alors que mon invitation me donnait accès à une place en catégorie deux. Ainsi la hiérarchie était respectée. Le sort réservé à Beethoven fut un triomphe et je continuais à m’interroger sur le talent d’Hélène. Qui de Camille ou de Jean-Christophe avait raison ? J’étais curieux de découvrir ce que disait la presse étrangère. Était-elle aussi enthousiaste ?


La représentation terminée, j’attendis devant la sortie des artistes, un peu en retrait, ne sachant pas si j’aurais le courage de l’aborder. Elle surgit, encore plus radieuse que dans mon souvenir. Le succès lui allait bien et la rendait encore plus désirable. Après quelques autographes et sourires, elle s’engouffra dans le taxi avec, au bout de sa laisse, Jean-Christophe qui la suivait en savourant chaque regard tourné vers elle et par ricochet, vers lui. Il fallait être naïf comme je l’étais pour s’étonner de ce que j’aurais dû facilement deviner. Je rentrais plus morose que jamais, décidé à donner ma démission le lendemain à la première heure et à changer de vie.


À la place, j’assistais à une nouvelle réunion de rédaction où Jean-Christophe nous annonça que Camille était partie pour « de nouvelles aventures » comme les idiots disent en de telles circonstances. De drôles d’aventures, vraiment… Camille n’avait prévenu personne de son départ et je soupçonnais que les réunions houleuses, où elle s’était opposée à ce que Hélène obtienne la baguette d’or, avaient précipité la fin de son « aventure » dans le journal. Je repensais à notre soirée ensemble, partagé entre la reconnaissance pour l’ivresse physique partagée et une certaine rancune qu’elle m’ait ramené dans le droit chemin. Si je m’étais laissé corrompre, j’aurais été celui tenant la main d’Hélène dans le taxi. Au lieu de ça, j’étais célibataire et celui qui n’avait pas vu le talent quand il s’était présenté devant lui.


Plus tard dans la journée, Bernard tenta de partager son chagrin avec moi, mais je ne voulais pas parler du départ de Camille. Que savait-il de ce que représentait cette femme à mes yeux ? J’essayais d’ailleurs de la joindre, mais sans succès, son téléphone était sur messagerie. Je n’insistais pas, elle m’avait clairement fait comprendre qu’elle ne souhaitait pas d’un amant. Peut-être aurions-nous pu être des amis ? Bien plus tard, je fus amené à recroiser Camille dans des circonstances inhabituelles. Mais c’est une longue histoire et il se fait tard. Peut-être une autre fois ?