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Temps de lecture estimé : 22 mn
18/09/25
Résumé:  Après une infidélité, quelle est la plus grande preuve d’amour ?
Critères:  #drame #policier #regret #vengeance #adultère fête
Auteur : Patrick Paris            Envoi mini-message
Un amour absolu

C’est le 31 décembre, la nuit va être longue. Pour fêter la nouvelle année, Ariane et Damien vont retrouver tous leurs amis, ils ne se coucheront pas très tôt.


Ensemble depuis plusieurs années, ils se sont connus il y a quatre ans. Pourquoi elle ? Pourquoi lui ? Ni l’un ni l’autre ne saurait le dire. Une évidence, aussi bien pour Ariane que pour Damien.


Arrivé à la trentaine, Damien avait eu de nombreuses aventures féminines, sans jamais vouloir s’attacher, six mois, c’était bien le maximum. Il n’avait pas éprouvé le besoin d’entrer dans tous les détails quand Ariane lui avait posé des questions.


Ariane n’était pas en reste, Damien n’était pas le premier. Elle avait même vécu en couple pendant plus de deux ans. Ayant découvert ses infidélités, c’est elle qui, un jour, lui a tourné le dos définitivement, sans aucun regret.


C’est le passé. Ariane et Damien ne se posent plus de questions. Amoureux, ils préfèrent goûter le temps présent.


Au lit, leurs expériences personnelles leur permirent d’atteindre le nirvana dès la première nuit, chacun s’accordant à merveille au désir de l’autre… Ce ne pouvait être que l’amour qui les unissait. Mais ça, il ne le savait pas, pas encore.


Au fil des années, leurs amis avaient pris l’habitude de les voir ensemble, on n’invitait jamais Damien sans inviter Ariane ni Ariane sans penser à Damien. Ils s’étaient juré fidélité dans une petite auberge que Damien avait choisie pour un week-end en amoureux.

Dès la semaine suivante, ils se pacsèrent, et évoquèrent même l’envie de fonder une famille. Enfin pas tout de suite.


C’est tout naturellement que ce vendredi-là, veille de l’année nouvelle, ils s’apprêtent à aller passer le réveillon chez leurs amis Michèle et Patrick.



---oOo---



DAMIEN



Nous arrivons les bras chargés de petits présents pour nos hôtes, le traditionnel bouquet de fleurs pour madame, et une bouteille pour monsieur. Ils nous accueillent avec le non moins traditionnel « Oh non ! Fallait pas ».


Le sous-sol a été aménagé pour l’apéritif, un verre à la main, nous retrouvons des couples connus, d’autres moins. Tout en saluant nos amis, je jette un regard autour de moi. Mais ? Là, c’est bien Ludovic, l’ex d’Ariane, enfin un de ses ex. Que fait-il là ? Ariane savait-elle qu’il était invité ? Elle ne m’en a rien dit.


Je n’ose le lui demander, c’est le passé, son passé. Je le reconnais, pour l’avoir aperçu un jour en allant au cinéma. Ariane lui avait fait un petit signe. Sans le lui avoir demandé, elle m’avait dit avoir flirté un été avec lui. Flirté ? J’ai vite compris un peu plus, beaucoup plus bien sûr. Un amour de vacances qui a duré quelques mois.


« À table ». La maîtresse de maison décide de séparer les couples, avec un savant calcul, un homme, une femme, un homme, une femme. Ça ne me plaît pas beaucoup, mais, comme tout le monde, je suis les consignes. Avec un brin d’inquiétude, je vois Ludovic s’asseoir à côté de ma belle. Tout au long du repas, je délaisse un peu mes voisines, le regard attiré par Ariane qui rit trop souvent aux blagues de son voisin, elle semble passionnée par sa conversation. De temps à autre, nos yeux se croisent, elle me fait un beau sourire ou un petit geste de la main.


Repas de réveillon classique, huîtres, foie gras, volaille, et bons vins, comme toujours nos amis savent recevoir.


Minuit, tout le monde se lève, festival de bises.


Tout en posant mes lèvres sur les joues de mes voisines, je ne peux m’empêcher de regarder Ariane qui s’est attardée un peu trop à mon goût dans les bras de son voisin. Ou n’est-ce qu’une illusion de ma part ?


Enfin, faisant le tour de la table pour n’oublier personne, j’enlace Ariane « Bonne année, ma chérie », « Bonne année, mon chéri », un long baiser nous unit. J’ai envie de lui demander ce que son voisin lui racontait de si drôle, mais j’ai peur d’entamer une discussion qui risque de déraper inutilement.


Le champagne remplace les bouteilles de vin. Les tables sont poussées. Sur le « Ahhh ! » de Claude François, la soirée dansante démarre au son d’Alexandrie-Alexandra. Il n’y a que Cloclo pour faire l’unanimité et décider les invités les plus récalcitrants à envahir la piste de danse. Tout le monde se trémousse au son du disco, sans s’occuper de ses voisins.


Comme toujours, Ariane s’éclate sur la piste, c’est la fête. La tête nous tourne un peu. Nous nous croisons au hasard des danses.


Enfin un slow. Je cherche ma belle des yeux pour la prendre dans mes bras, trop tard, elle est déjà dans ceux de Ludovic. Nos yeux se croisent, Ariane me fait un petit signe d’impuissance, je lis « je t’aime » sur ses lèvres. Compréhensif, je vais me resservir un verre et attendre… Je l’observe de loin, attendant mon tour. Je trouve qu’il la serre d’un peu trop près, mais c’est un slow.


Comme dans toutes les soirées, il y a un rigolo qui organise d’inévitables petits jeux qui n’amusent plus personne. Une série de danses de salon fait retomber l’ambiance, mais la danse des canards permet à tous les invités de se trémousser en cadence.


Après une alternance de rock, de slow et de disco, la fatigue commence à se faire sentir, quelques invités sont déjà partis, d’autres somnolent sur les canapés. Les bouteilles d’eau pétillante remplacent le champagne pour ceux qui doivent reprendre leur voiture.


Je discute avec un couple d’amis plus vu depuis l’année dernière. Nous décidons de nous revoir. Pourquoi ne pas venir avec leurs enfants tirer les rois chez nous dans quelques jours, ça fera plaisir à Ariane.


Tiens au fait, où est-elle ? Prenant deux flûtes, je la cherche pour trinquer une dernière fois avant de prendre congé à notre tour. Pris dans ma discussion, je l’ai perdu de vue. Je fais le tour de la maison, le salon, la cuisine, les toilettes, sans succès. Le sous-sol, ou le jardin ? On ne sait jamais, plusieurs invités sont déjà sortis fumer une cigarette ou prendre un peu l’air. Personne.


Je refais un tour, pourvu qu’elle ne soit pas malade. Le cœur battant, je monte à l’étage voir si elle n’est pas dans une des chambres, ou dans une salle de bain. Elle a peut-être besoin d’aide. Des bruits, Jacques et Richard me rejoignent, ils viennent chercher le manteau de leurs épouses parmi ceux entassés sur le lit de la chambre qui sert de vestiaire.


Jacques pose sa main sur mon bras :



Plus un mot. Des soupirs viennent d’une des chambres. Richard réagit le premier :



Les bruits viennent de la chambre du fond, nous nous approchons, pas de doute, un couple prend du bon temps :



Une voix retentit, la femme de Jacques :



Le silence est juste perturbé par quelques râles caractéristiques. La femme de Jacques prend alors conscience de ce qui se passe derrière la porte, elle ouvre de grands yeux :



La lumière s’éteint, l’obscurité envahit le couloir. Seule nous parvient la musique diffusée au rez-de-chaussée, mêlée aux râles venant de la chambre… Un cri à peine étouffé, la femme a joui, certainement en se mordant les lèvres pour ne pas attirer l’attention… Quelques minutes, l’eau de la douche coule. Nous nous regardons un peu gênés, sans oser bouger.


Et si… non, ce n’est pas possible. Je n’ai pas le temps de me poser trop de questions, la porte s’ouvre sur deux ombres furtives. Sous nos yeux incrédules, Ariane lisse sa robe en sortant.



La prenant par la taille, Ludovic essaie de l’embrasser, elle tourne la tête :



Ariane semble paniquée :



Dans le noir, ils ne nous ont pas vus. Nos amis n’osent pas me regarder. C’est plus que je ne peux le supporter, de rage, j’allume la lumière.


Ariane est frappée de stupeur en nous voyant, plus personne ne rit. Je la fusille du regard. Le rouge lui monte aux joues.


Ludovic réagit le premier :



Je ne lui laisse pas le temps d’en rajouter, sans attendre, je lui envoie mon poing dans la figure. Sous l’effet du choc et de la surprise, il tombe au sol. Son nez et sa lèvre saignent, rageur, je rajoute :



La femme de Jacques se précipite pour aider Ludovic tandis que Richard et Jacques s’éloignent rapidement.


Ariane est pétrifiée, elle n’a pas bougé, se contentant de dire « mon chéri… mon chéri » entre ses lèvres, tandis qu’alertés par le bruit, plusieurs invités découvrent Ludovic, la figure en sang, sans comprendre ce qui vient de se passer.


Je redescends tel un automate, sans un regard vers Ariane qui se réfugie dans la chambre.



---oOo---



Ariane se décide enfin à se montrer, ne sachant quelle attitude adopter. Tous ses amis la regardent quand elle descend. En arrivant au salon, elle cherche Damien :



Ariane baisse la tête, elle voudrait se réfugier dans les bras de son mari, lui expliquer, lui demander pardon. Mais Damien a disparu. Dehors, sa voiture n’est plus là. Il est parti sans elle ? Il l’a abandonné.


Elle doit attendre que quelqu’un la raccompagne, pas Ludovic, non lui, elle ne veut plus le voir. Quand elle arrive, Damien est couché. Sur la table du salon, bien en vue, leur pacs déchiré en quatre. « Noon ! ».


Rapidement, elle se glisse dans son lit en tremblant, et se colle à lui, lui demande pardon. Il la repousse sans un mot.


Le lendemain, Damien ne dit rien, le café, la douche, il fait comme si elle n’était pas là. Elle essaie de lui parler, il ne l’écoute pas.


Ne pouvant retenir ses larmes, elle s’écroule sur le canapé… prostrée… Elle ne sait plus quoi penser :



Elle voudrait se jeter dans ses bras, lui dire qu’elle l’aime, qu’elle regrette. Il est trop tard. Damien l’évite, il ne lui adresse pas la parole de toute la journée.


Le soir, assis dans son fauteuil, Damien parle comme s’il était seul, sans la regarder :



Ariane peut enfin s’expliquer, elle parle vite, s’embrouille un peu en voulant bien faire :



Ses larmes ne le font pas fléchir. Lui tournant le dos, Damien porte ses affaires dans la chambre d’amis.



---oOo---



ARIANE



Damien, mon Damien, je n’ai jamais voulu te tromper. Je m’en veux de t’avoir fait souffrir. Comment ai-je pu te donner l’impression que je flirtais avec lui ? J’étais juste heureuse de le revoir, de nous remémorer nos souvenirs, mais il m’en avait trop fait pour que je le regrette.


Je dois le reconnaître, avec Ludovic, on s’éclatait vraiment au lit, toujours attentif à mon plaisir. Nous avons passé des week-ends en amoureux au bord de la mer, une semaine de vacances à la Réunion.


Son seul défaut, il jouait au poker, trop, des soirées entières à l’attendre. Il me laissait seule certains soirs et rentrait un peu éméché. Je me doutais où, et avec qui, il devait terminer ses soirées. Amoureuse, je préférais fermer les yeux, mais j’ai interdit que ses potes viennent jouer chez nous. J’espérais toujours le faire changer, jusqu’au jour où j’ai constaté qu’il m’avait volé de l’argent pour jouer ou payer ses dettes. La première fois dans mon sac, j’ai cru m’être trompée, mais il a recommencé en utilisant ma carte bancaire, je ne l’ai pas supporté. Mon amour pour lui s’est éteint d’un coup. Il n’a pas essayé de nier, il est parti. Nous ne nous sommes plus jamais revus. C’était il y a six ans, je m’en souviens comme si c’était hier.


Enfin, c’est de l’histoire ancienne, je ne pensais plus à lui.


À table, il s’est assis à côté de moi, j’ai pris plaisir à discuter avec lui, à nous rappeler nos bons souvenirs. Il a été charmant, drôle, je ne faisais rien de mal. Je voyais bien que mon Damien était soucieux, je lui faisais des petits signes pour le rassurer, pas une seconde je n’ai pensé le tromper, pas une seconde. D’ailleurs, je parlais autant avec mon autre voisin, tout aussi sympa.


À minuit, quand Ludovic m’a prise dans ses bras pour me faire la bise, j’ai été troublée. Il a cherché mes lèvres, je me suis esquivée en riant, heureusement que Damien n’a rien vu, il l’aurait mal pris. Ce n’était pas bien grave, mais j’aurais dû me méfier, je suis certaine que Ludovic avait déjà autre chose en tête.


Lors de la soirée, j’ai beaucoup dansé, passant de bras en bras avec nos amis. Comme par hasard, Ludovic était toujours là pour les slows. Je me retrouvais dans ses bras, trop souvent. J’ai un peu oublié mon Damien, je m’en rends compte maintenant. En dansant, je me suis laissé aller la tête sur son épaule, sans penser à mal, j’étais bien. Faut dire que le champagne me tournait un peu la tête. Mais qu’est-ce que je risquais ? Il n’allait pas me violer devant tout le monde.


Damien ne m’a fait aucune réflexion, il aurait pu, mais il me faisait tellement confiance, et moi j’ai trahi cette confiance.


Pourtant, quand je suis montée chercher mon mouchoir, je n’imaginais pas… Ses baisers m’ont enflammée. Je me suis retrouvée des années en arrière, sa tendresse, son odeur, ses caresses. J’ai pris du plaisir, je dois avouer que j’en avais vraiment envie. C’est en jouissant que je suis redescendue sur terre, que faisais-je là ? J’espérais que Damien ne le saurait jamais. Je m’en veux.


Mais j’en veux surtout à Ludovic, il a foutu en l’air mon couple. Lui, il s’en fout, juste un coup de poing, pas bien grave, il s’en remettra. Mais moi, mais nous. Damien me pardonnera-t-il ? … Sûrement, s’il m’aime comme je l’aime.


Le lendemain, j’ai appelé Michèle pour m’excuser, l’accueil a été froid… J’ai soi-disant gâché sa soirée. Elle m’a dit que Ludovic a dû aller aux urgences, heureusement son nez n’est pas cassé. D’un côté, ça me rassure, mais il s’en tire trop bien. J’ai des torts, mais c’est lui le fautif, maintenant, j’aimerais qu’il paye pour tout le mal qu’il nous a fait.


J’ai pris une semaine de congé, enfin un reste de RTT, je n’avais pas la force de revoir mes collègues, de sourire, de souhaiter la bonne année. J’aurais éclaté en sanglots, s’ils savaient.



---oOo---



DAMIEN



Ariane m’a demandé si je l’aime encore… Je ne sais plus où j’en suis, nous étions si heureux. Notre confiance était totale, je n’aurais jamais cru ça d’elle. Trahi, humilié, ma première réaction a été d’aller voir un avocat. Comment accepter d’être cocu devant tous nos amis ? Divorcer est la seule façon de garder ma dignité, notre dignité. Pourtant, j’hésite, au fond de moi, je ne veux pas la perdre.


Pour ne plus la voir, dès le lundi, je suis parti tôt au bureau. En rentrant, je l’ai retrouvée en pyjama, elle ne s’était même pas habillée, elle n’était pas sortie. Sans un mot, sans un regard, je suis ressorti. Marcher sans but, changer d’air, un McDo, et finir dans un bar devant une bière.


Tous les soirs, je rentre de plus en plus tard. Le plus souvent, Ariane m’attend sur le canapé, devant la télé qu’elle n’a pas eu la force d’allumer. Elle me regarde passer, je vais m’enfermer dans ma chambre sans même un bonsoir.


Je m’en veux de la laisser comme ça, je n’arrive pas à lui parler. Je crois que je ne pourrais jamais lui pardonner. Mais Ludovic, il doit payer. Même pas un nez cassé, je perds la main… Ce salaud, sachant que j’étais à côté, il n’a pas hésité. J’ai envie de lui pourrir la vie, de le foutre en l’air.



---oOo---



Ariane et Damien vivent ainsi côte à côte comme deux étrangers depuis cette soirée maudite, quand, un matin, on frappe à la porte. Il est 7 heures, qui cela peut-il être ? Nouveau coup un peu plus fort.



Ariane sursaute, tandis que Damien s’apprête à ouvrir.



Pour la première fois depuis un mois, Ariane et Damien se regardent interrogatif, la peur se lit sur leurs visages.



Ariane est effondrée. Damien a juste le temps de prendre une veste et ses papiers, avant de suivre les deux inspecteurs.


En sortant pour rejoindre la voiture de police qui l’attend, Damien voit une dépanneuse remorquer leur voiture dont l’avant est enfoncé. Quelques journalistes, toujours bien informés, attendent sur le trottoir d’en face, écartés par trois policiers en tenue. Photo et vidéo vont se retrouver sur les chaînes d’info, l’arrestation d’un assassin en direct.


Restée seule, Ariane allume son poste. BFM TV a déjà des images, elle regarde effarée une vidéo montrant Damien monter dans la voiture de police, suit la photo de leur voiture accidentée, et une de Ludovic. Le commentateur explique qu’un véhicule a foncé délibérément sur un client sortant d’une boîte de nuit. Il ne s’est pas arrêté et a pris la fuite. Les caméras de vidéosurveillance ont rapidement permis l’arrestation du chauffard.


Arrivé au commissariat, l’interrogatoire commence. Ludovic est décédé dans l’ambulance qui l’emmenait à l’hôpital, après avoir été heurté par un véhicule qui s’avère être celui de Damien.


Les images des caméras de vidéo-surveillances, sa voiture emboutie, il serait vain de nier. Devant ces preuves accablantes, Damien n’a d’autre choix que d’avouer. Il a espionné Ludovic pendant plusieurs jours. Hier soir, il l’a attendu à la sortie d’une boîte où Ludovic a ses habitudes, quand il a traversé la rue pour monter dans sa voiture, il n’a pas réfléchi, il a foncé sur lui et a pris la fuite, sans savoir qu’il était mort.


Damien a du mal à regretter son geste, mais ça, il n’en parle pas au commissaire qui l’interroge.



Alors, Damien raconte la soirée du réveillon. L’ancien amoureux de sa femme, leur flirt toute la soirée, et la découverte de son infidélité devant leurs amis. Son ego a pris le dessus, il devait laver cet affront pour retrouver sa dignité. Depuis un mois, sa haine de Ludovic n’a fait que croître, jusqu’à hier soir, où il a pu enfin se venger.



Les policiers se regardent en haussant les épaules, tout ça pour ça. Enfin, une affaire rondement menée. Présenté devant le juge d’instruction dans l’après-midi, Damien réitère ses aveux, il est immédiatement mis en examen pour assassinat, et incarcéré.


Les journaux font leurs gros titres de ce fait divers croustillant. Drame de la jalousie, un mari bafoué tue l’amant de sa femme. Suit alors le détail de la soirée du réveillon, et comment le mari a mis son plan à exécution. Ils en rajoutent tous un peu, quand on ne sait pas, il suffit d’un peu d’imagination. Faut bien vendre.


Ariane voudrait voir son mari, lui dire qu’elle l’aime toujours, qu’elle regrette, lui dire tout ce qu’il n’a pas voulu entendre. Mais, l’enquête vient juste de commencer, en préventive, les visites ne sont pas autorisées.



Deux jours après, Ariane se rend au commissariat. Elle demande à rencontrer l’inspecteur qui est venu l’interroger à son domicile. Celui-ci n’en croit pas ses oreilles, en écoutant Ariane avouer le meurtre de Ludovic, son mari est innocent, il doit être libéré.


En détail, elle explique que quand son mari sortait le soir, elle aussi avait besoin d’air. Ce soir-là, son mari n’avait pas pris la voiture, elle est allée là où elle savait qu’elle trouverait Ludovic. Elle l’a attendu, et a appuyé sur l’accélérateur quand il a traversé la rue pour rejoindre son véhicule.



Le commissaire et son adjoint ne savent plus quoi penser, deux coupables, c’est un de trop. Pire que pas de coupable du tout



---oOo---



Enquête, contre-enquêtes, confrontation, interrogatoires, Ariane et Damien ne modifient en rien leur déposition, chacun affirmant être seul responsable de la mort de Ludovic, affirmant que l’autre est innocent.


Les amis d’Ariane et de Damien, présents lors du réveillon, sont interrogés, tous pensent que le couple allait se séparer. Deux reconstitutions sont organisées, elles n’apportent aucun élément tangible permettant de trancher, le mode opératoire ayant été largement commenté dans les médias.


Les inspecteurs ne savent plus quoi penser, ne savent plus quoi faire. L’enquête piétine. Si le commissaire pense en toute logique que Damien a tué par jalousie, son adjoint pense au contraire que c’est Ariane, pour se dédouaner de son infidélité auprès de son mari, les femmes sont si perverses. D’ailleurs, argument de poids, elle s’est dénoncée pour ne pas le faire condamner à sa place, un signal envoyé à son mari qu’elle aime toujours.



Depuis plus d’un an, rien n’a pu faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Le Juge d’Instruction, lors d’un entretien avec le commissaire, décide de renvoyer les deux époux devant les assises, aux jurés de décider.


C’était sans compter sur le procureur, seul maître en la matière. Quelques jours plus tard, la réponse revient du parquet. Prudent, le procureur rejette la demande, n’ayant aucune preuve contre l’un des deux époux. Sous la pression des avocats, il pose un ultimatum : si dans six mois le ou la coupable n’a pas été identifié formellement, il devra prononcer un non-lieu pour les deux, au bénéfice du doute, selon l’adage « mieux vaut un coupable en liberté qu’un innocent en prison ». D’autant, qu’il y a peu de risque de récidives dans une telle affaire, mais ça, il ne l’a pas écrit.


C’est ainsi que le dossier, que le commissaire Legrand croyait clos, s’est retrouvé sur son bureau, à son grand désespoir.


Il faut réinterroger tous les témoins. L’enquête reprend sans plus de succès.


Comme à leur habitude, après avoir avalé un sandwich, une bière à la main, le commissaire et son adjoint évoquent le meurtre de Ludovic Janvier. Ils en font une affaire d’honneur, comment arriver à démêler le vrai du faux. Vengeance ou preuve d’amour.


Après une seconde bière, l’inspecteur Delaporte se frappe le front :



Devant le regard étonné de son supérieur, l’inspecteur ouvre des fichiers et affiche à l’écran les premiers interrogatoires de Damien, celui où il reconnaît le meurtre de Ludovic.



Après quelques secondes, le commissaire comprend ce qu’essaie de lui dire son adjoint.



Ne pas s’emballer, pas de conclusions hâtives. Les deux policiers passent la nuit à relire les différents interrogatoires, à confronter les dires de l’un et les dires de l’autre. Au petit matin, la culpabilité de Damien et d’Ariane ne fait plus aucun doute. Trop de coïncidences, ils se sont forcément mis d’accord.


Le Juge d’Instruction est séduit par cette hypothèse, il se fait fort d’en convaincre le procureur. Pourtant, un aveu en ce sens rendrait le dossier plus crédible encore. Il va falloir les réentendre, en espérant que l’un des deux se contredise, ou qu’au contraire, qu’ils vont redire les mêmes mots, appris par cœur.


Déjà, les journaux titrent « le couple diabolique » avec force détails sur le complot des deux époux contre un habitué des tripots clandestins.



---oOo---



Cette fois, le procureur renvoie les deux assassins devant la justice. Ils seront jugés ensemble dans un an, pour le même assassinat, commis avec préméditation. Affaire bouclée.


Les enquêteurs ne vont pas pouvoir souffler, la liste des cambriolages et des viols s’allonge tous les jours. Ce matin, après une nuit de planque, le commissaire et son adjoint tombent de sommeil. Ils espéraient coincer une bande de pillards d’une cité bourgeoise de banlieue, encore une nuit blanche pour rien. Ce sera une prochaine fois, ils savent qu’ils les auront.


Avant de rentrer chez eux après le débriefing traditionnel avec leur équipe, les deux hommes fument une cigarette, perdus dans leurs pensées. La porte du bureau s’ouvre, un collègue de la brigade antigang vient leur rendre visite. Ils se connaissent depuis l’école de police, cette visite va un peu les changer de leur quotidien.


Après avoir échangé sur leurs inévitables souvenirs « d’anciens combattants », le commissaire regarde sa montre en hochant la tête, il est tard, il a envie de dormir quelques heures :



Le commissaire parcourt le dossier que lui tend son collègue, le client en question n’est pas un enfant de chœur :



Tout en lisant, le commissaire écoute d’une oreille attentive, il tend le dossier à son adjoint :



Le commissaire regarde son adjoint, il prend un dossier sur son bureau et en feuillette les pages :