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Temps de lecture estimé : 40 mn
15/09/25
Présentation:  Chloé Maurecourt, alias Mangouste, l’ex-tueuse à gages éthique est de retour. Plusieurs de ses aventures ont été publiées ici. Pour ceux découvrant Mangouste, je conseille de lire les précédents épisodes, même si cette histoire peut se lire indépendamment
Résumé:  Chloé Maurecourt, alias Mangouste, arrive en Colombie pour des vacances. Mais elle se trouve rapidement prise entre cartels, groupes paramilitaires et trafiquants de reliques précolombiennes. La routine quoi. Tant pis pour les vacances.
Critères:  #humour #pastiche #aventure #personnages
Auteur : Laetitia            Envoi mini-message

Collection : Les aventures de Mangouste

Numéro 04
Tango avec les vautours à Bogotá

Prélude


Le réveil sur la table de nuit marquait vingt-trois heures.

Chloé et Charade1 étaient au lit depuis vingt heures. Charade venait de s’endormir. Sa longue chevelure rose vif s’étalait sur les oreillers. Elle était allongée sur le côté et tournait le dos à Chloé.


Son souffle léger soulevait sa petite poitrine. Un léger rictus (un sourire ?) déformait le coin de ses lèvres.

Rêvait-elle à leurs ébats qui s’étaient terminés quelques minutes auparavant et qui les avaient laissées repues, leurs sens assouvis, gavées et rassasiées de luxure et de plaisir ?


Le corps de la jeune fille était un véritable terrain de jeu. Chloé laissa glisser le bout de son index sur la hanche de Charade. Elle suivait les contours du tatouage qui recouvrait tout le flanc de la belle. Il représentait une magnifique fleur tropicale, avec un dégradé de nuances de bleu pour la fleur, bleu azur, aigue-marine, céruléen, outremer, saphir… et un dégradé de verts pour le feuillage. Une fleur luxuriante et exotique, qui colonisait sa peau.

Son doigt continua, survolant les longues volutes en spirale de lianes et de charmilles qui poussaient à même la peau de la jeune femme et couraient en hélices, envahissant l’épiderme.


Chloé posa sa bouche et son nez près d’une fleur, pour embrasser les pétales turquoise et aussi pour humer le parfum de cette fleur originaire d’un endroit du monde extraordinaire, séduisant et chaud toute l’année. Il y a fort à parier que celle représentée sur la peau de Charade soit originaire de l’Amazonie ou bien du fin fond de l’Indonésie. À coup sûr !


Faute de l’odeur de la vraie fleur, qu’elle devinait poivrée ou capiteuse, certainement enivrante et ensorcelante à souhait, elle se délecta de l’odeur plus grisante, mais tout aussi entêtante et ensorcelante de la peau de la jeune femme, avec ses relents de transpiration laissée par l’excitation passée. La peau sécrète quelques odeurs très érotiques notamment au moment de l’orgasme que l’on néglige trop souvent. Pas Chloé ! Elle aimait s’enivrer de cela. Au même titre que les autres sens, l’odorat faisait partie intégrante et apportait une dimension supplémentaire à son plaisir.


Passer ses narines et ses lèvres le long des lianes et fleurs sur la peau de Charade l’émoustilla légèrement.

Cette fleur, s’agissait-il d’un oiseau du paradis, image d’un volatile aux couleurs vives en vol ? De l’anthurium des tropiques, fleur ouverte en forme de cœur et symbole de l’hospitalité ? Ou d’un hibiscus délicat, exotique et gracieux ? Toutes les fleurs tropicales ont la même qualité unique, un esprit rare et frappant qui donne un sentiment d’aventure et d’éclat singulier.

Chloé penchait pour un végétal hybride, composé d’un mélange de toutes ces fleurs et nuances.


C’était un tatouage complexe. À force de le survoler du bout du doigt, de le regarder, elle en était certaine maintenant, il s’agissait de la plus convoitée de toutes les fleurs tropicales, la sublime orchidée, symbole de l’amour, du luxe et de la beauté, mais aussi de la fragilité. Tout Charade en une image, en quelque sorte.

C’était le tatouage le plus impressionnant dessiné sur le corps de Charade assurément. Les autres à côté de celui-là paraissaient fades. Une œuvre d’art à lui tout seul, non sans rappeler les tableaux du Douanier Rousseau, que Chloé aimait par-dessus tout. Elle laissa son index sur la peau et son regard errer sur les autres tatouages sur le corps de la jeune fille. Son bras gauche était couvert de l’épaule au poignet. Dragons, serpents stylisés, papillons multicolores et symboles divers, s’y croisaient, s’y succédaient, s’y superposaient. D’autres plus petits ornaient son corps, bras droit, ventre, dos, cuisses, chevilles…


Elle les délaissa pour revenir à la jolie jungle tropicale. Le dessin couvrait la hanche, s’égarait sur le ventre, jusqu’au piercing planté dans le nombril de la jeune fille puis s’égarait jusqu’au pubis presque, devant, et sur les reins, jusqu’à la naissance des fesses de l’autre côté. Les volutes progressaient sur le haut de la cuisse et disparaissaient sous la jarretelle que portait Charade, comme si elles s’enroulaient autour, avant de coloniser la peau et passaient sous le bas résille, pour y disparaître.

Chloé décida d’arrêter là son exploration, de peur de réveiller la jeune femme. Elle dormait d’un sommeil profond après les joutes amoureuses, les combats presque, qui s’étaient succédés toute la soirée. Elle déposa tout de même un baiser sur la peau à la limite du liseré du bas, tout près de l’attache de la jarretelle. La peau de Charade frissonna et elle grogna légèrement dans son rêve avant de se retourner et de s’allonger sur le ventre, la tête tournée vers Chloé, un vague sourire sur la bouche. Un sourire qui brillait, la lueur de la lampe de chevet se reflétait sur l’anneau planté dans la lèvre inférieure.


Chloé se redressa sur le lit, cala son dos avec un oreiller et se saisit de la petite culotte de Charade qui s’était retrouvée coincée entre le mur et le haut de la tête de lit lors de leurs ébats.

Elle joua un moment avec la fine dentelle noire, puis la reposa et se leva pour se diriger nue vers le salon, après avoir enjambé les vêtements, chaussures et le reste de la lingerie qui jonchaient les alentours immédiats du lit.

Elle avait envie d’un thé. Elle hésita un moment entre sa dernière trouvaille, un thé du Malawi, petit pays qui se distingue par l’émergence de ses thés rares de grands crus, produits en petite quantité ou un thé du Ceylan, aux goûts et saveurs authentiques, mais plus classique. Ses doigts se posèrent sur la petite dizaine de boîtes à thé alignées sur le meuble de la cuisine, passant de l’un à l’autre. Elle opta finalement pour un thé japonais Gyokuro, ou perles de rosée, considéré comme le meilleur thé vert du monde, récolté uniquement au printemps.


Le téléphone de Chloé bipa. Un SMS venait d’arriver. Il émanait de Miguel Valencia, qu’elle avait rencontré, en Colombie, à l’occasion de son ancienne activité de tueuse à gages. Il était devenu un ami. Miguel a fait fortune dans la culture et l’exportation de la banane, il y a deux décennies. Il a eu, à l’époque, un petit souci, avec une mafia locale qui voulait le rançonner. Chloé avait accepté le contrat qui lui était proposé à l’époque et avait débarrassé la région de la bande de racketteurs.


Miguel Valencia, bel homme, était devenu un ami, et même avouons-le un amant.


Il invitait Chloé à passer quelques jours dans sa villa près de Bogotá.

Il n’y avait plus aucune ambiguïté sur les relations qui unissaient Chloé et Miguel. Celui-ci s’était marié il y a quelques années avec Juliana Costa de la Cruz, la riche héritière d’un magnat du pétrole Vénézuélien. Il s’agissait bien d’une invitation à un séjour de villégiature, rien de plus.


Chloé avait passé il y a deux ans, d’agréables vacances dans une autre villa de Miguel, sur l’île de Curaçao, un endroit paradisiaque au large du Venezuela. Elle s’était très bien entendue avec Juliana, qu’elle rencontrait alors pour la première fois.


Elle avait donc prévu de s’envoler le lendemain pour la Colombie, après avoir juré à Charade, toujours aussi exclusive, qu’il ne s’agissait pas de rejoindre une fille, ni un homme d’ailleurs, mais bien d’une visite amicale. La jalousie de la jeune fille amusait Chloé. Un jour, en revanche, il faudra qu’elle se calme.


Un voyage éreintant de plus de 12 heures l’attendait.




Le lendemain matin, rue de Médicis – Paris.



Chloé descendit de chez elle un sac à dos kaki pour seul bagage. Elle aimait voyager léger.


On l’attendait sur le trottoir d’en face. Un type qu’elle avait rossé quelques jours plus tôt, dans un bar, parce qu’il avait rudoyé sa copine devant elle. S’il y a un truc que Chloé n’aimait pas, c’est qu’on s’attaque à plus faible que soi, surtout à une frêle jeune femme. Pour être certaine qu’il ne recommence pas, Chloé avait appelé la copine le lendemain, avec qui elle avait échangé son numéro, pour savoir si le type était calmé. Apparemment non, donc elle avait appelé le sale type à son tour pour le menacer. Il n’avait pas aimé a priori.

Il était encadré de deux macaques, dont un qui avait une batte de base-ball à la main.



Chloé lâcha un soupir.



Elle pointa le doigt vers le haut de l’immeuble qui lui faisait face. Lorsque les deux macaques se retournèrent et levèrent la tête, elle gratifia Macaque-à-la-batte d’un coup de pied dans l’entrejambe et lui arracha son bout de bois avant que le dit macaque ne se plie en deux, comme un transat qu’on range.


Elle regarda Macaque-sans-batte-mais-avec-une-matraque. Ce dernier dut se dire que le moment était bien choisi pour quitter les lieux ventre à terre. Il fut suivi de Macaque-à-la-batte, sans batte maintenant.


Le type restait donc seul sur le trottoir. Chloé s’approcha de lui, avant qu’il n’eût l’idée de reculer.



Le type déguerpit à son tour.





Aéroport El Dorado, Bogotá



L’air était plus frais qu’elle ne l’imaginait. À peine sortie de l’avion, Chloé « Mangouste » Maurecourt sentit l’altitude lui serrer la poitrine. Elle inspira profondément, sortit ses lunettes de soleil et balaya du regard le hall bondé.


Elle passa la douane sans encombre, malgré l’air suspicieux du douanier, récupéra son sac militaire, discret, mais usé, ajusta les sangles sur ses épaules et remonta la fermeture de son blouson. Elle s’avança vers la sortie. Sa démarche restait souple, féline. Ses yeux balayaient l’espace tout sur 360 degrés, avec l’habitude de quelqu’un qui avait vu trop de zones de guerre. Mangouste n’oubliait jamais où étaient les sorties, ni qui pouvait l’observer.

Le hall d’arrivées, n’était qu’un brouhaha constant. Des haut-parleurs grésillaient, annonçant des vols vers Medellín, Carthagène ou Cali, tandis que les chariots de bagages s’entrechoquaient. Des gens attendaient derrière la barrière, brandissant des pancartes. Un vendeur ambulant passait entre les rangs, criant :



Des familles attendaient avec des bouquets de fleurs, des hommes d’affaires pianotaient sur leurs téléphones. Sur un mur, une fresque monumentale et colorée montrait un ciel constellé, un jaguar et une femme indienne, symbole de la résilience colombienne. Les couleurs saturées semblaient presque vibrer sous les néons.


Dans le hall, une femme à la chevelure noire et au sourire franc la dévisagea un instant. Juste assez pour que Chloé croise son regard et sente un frisson la traverser. Ce n’était rien, juste un hasard, mais cela lui rappela que son cœur, sous les cicatrices, pouvait encore réagir.

Un klaxon retentit lorsqu’elle sortit de l’aérogare.



Elle tourna la tête. Sur le trottoir, son ami Miguel agitait la main. Grand, les cheveux poivre et sel, sa chemise fleurie tranchait avec son activité d’homme d’affaires, magnat de la banane.




Sur le chemin, la ville commença à se dévoiler. Des graffitis couvraient les murs, slogans politiques, visages de figures révolutionnaires, œuvres surréalistes. Bogotá était vivante, nerveuse, imprévisible. Et Chloé aimait ça.

Ils roulèrent vers le centre. Bogotá se déployait sous leurs yeux, une immense vallée parsemée de gratte-ciels modernes, bordée par les collines verdoyantes de Monserrate et Guadalupe. Sur les artères principales, les TransMilenio, ces bus rouges articulés, filaient sur leurs voies réservées.


Les embouteillages étaient omniprésents. Les trottoirs étaient envahis de vendeurs de café tinto, d’empanadas fumantes, d’arepas grillées, de fruits exotiques coupés à la minute. L’air était un mélange de gaz d’échappement, de coriandre fraîche et de café noir. Des musiciens de rue jouaient des airs de cumbia près des feux rouges.


La Candelaria apparut enfin, avec ses rues pavées, ses maisons coloniales peintes de couleurs vives, ses balcons en bois sculpté. Là aussi, des graffitis couvraient les murs, pas de simples tags, mais de véritables fresques, des portraits de leaders indigènes, des scènes oniriques, des critiques sociales.



Quand ils arrivèrent devant la maison-atelier de Miguel, un sentiment étrange saisit Chloé.

Une ombre filait sur le trottoir opposé, un motard qui ralentit, observant la scène puis repartit dans un grondement. Trop discret, trop attentif.


La porte s’ouvrit sur un espace envahi par l’odeur d’huile de lin et de térébenthine. Des toiles s’entassaient contre les murs, des scènes de guérilla, des visages de femmes, des silhouettes de jaguars. La lumière entrait par une verrière, découpant des carrés de soleil sur le sol en briques rouges. Au centre, un chevalet portait un portrait en cours, représentant une jeune femme au regard fier. Chloé devina que c’était Sara, la fille de Miguel, issue d’un premier mariage.



Un silence lourd tomba. Dehors, une moto passa lentement, son moteur résonnant contre les murs étroits. Chloé s’approcha de la fenêtre. Le même motard que tout à l’heure jeta un coup d’œil à l’intérieur avant d’accélérer.



Miguel eut un sourire crispé.



Mangouste desserra la sangle de son sac. Elle savait déjà que ces vacances ne seraient pas des vacances.


L’atelier baignait dans une lumière dorée. Chloé se déplaça lentement, effleurant du regard les toiles éparpillées. Sur une table, un carnet à spirale était ouvert, couvert d’esquisses au fusain. Les traits étaient rapides, nerveux : silhouettes de soldats, de ruelles, de visages masqués.



Miguel hocha la tête.



Miguel tritura son téléphone, le porta à son oreille. Il raccrocha.



Chloé feuilleta les pages. Certaines représentaient des statues précolombiennes, des urnes funéraires, des masques en or. Sur la dernière page, une inscription griffonnée en espagnol attira son attention :


No dejes que se lo lleven.

M.



La chambre était plutôt bien rangée. Sur un meuble, Mangouste vit un téléphone cassé. Elle l’alluma. L’écran était fissuré, mais fonctionnait encore. Dans la galerie, la dernière photo montrait une grande place pavée, blanche sous le soleil, avec une église à façade coloniale.



Chloé observa les détails. Au second plan, deux hommes en chemise sombre semblaient surveiller la scène. L’un portait une casquette, l’autre avait un tatouage visible sur l’avant-bras, une tête de vautour rouge.

Elle agrandit l’image.



Miguel blêmit.



Un grondement de moto résonna de nouveau dehors, plus proche cette fois. Chloé s’approcha de la fenêtre. La même silhouette que tout à l’heure, le casque baissé, observant l’atelier.




Dans le vieux 4 × 4 de Miguel, ils quittèrent Bogotá à l’aube. Le ciel se teintait de rose sur les montagnes environnantes. En sortant de la ville, les rues pavées laissèrent rapidement place à la campagne. Le paysage se composait de champs de maïs, de vaches paissant près des clôtures, de petits villages aux murs blanchis à la chaux.

Miguel conduisait, le regard sombre.



La route serpentait à travers les Andes, offrant des vues vertigineuses sur les vallées en contrebas. Des bus colorés, les chivas, transportaient des paysans et leurs marchandises. À chaque virage, l’air devenait plus sec, plus chaud.


En fin de matinée, ils atteignirent la vaste Plaza Mayor, place principale de Villa de Leyva, pavée de pierres irrégulières. L’endroit semblait hors du temps, façades blanches, balcons en bois, église imposante d’où s’échappaient des chants. Des touristes prenaient des photos, des enfants couraient après les pigeons.

Mais Mangouste, elle, scannait la place.



Elle repéra une caméra de surveillance sur un toit. Peut-être qu’un enregistrement était encore disponible. Mais avant qu’ils ne puissent se diriger vers le poste de police, un vieil homme s’approcha d’eux, tenant un carnet identique à celui de la fille de Miguel.



Chloé sentit son cœur accélérer.



Le vieil homme leur indiqua une petite ruelle qui s’éloignait de la place principale. Les pavés y étaient disjoints, l’ombre fraîche, et des portes en bois massif s’alignaient de chaque côté.



La taverne était sombre et sentait le rhum, le tabac et la terre humide. Quelques hommes jouaient aux cartes. Derrière le comptoir, une femme servait des verres d’Aguila, la bière locale, en silence.

Chloé repéra immédiatement deux hommes assis au fond, la chemise froissée, les mains calleuses, le regard de rapace. Sur la table, à moitié recouverte par un journal, elle vit un objet en pierre polie, une figurine représentant un jaguar.

Elle s’avança, posant ses mains sur la table.



Les hommes se figèrent. L’un d’eux parla d’une voix rauque :



Chloé esquissa un sourire froid.



Miguel lui lança un regard inquiet. Elle jouait un jeu dangereux, mais il savait que Mangouste ne provoquait jamais sans raison.



L’autre homme tira de sa poche une chaîne sur laquelle pendait une petite amulette ancienne en or. Les symboles gravés dessus étaient typiques de la culture muisca, le peuple qui avait jadis habité la région.

Chloé posa un billet sur la table.



Un silence pesant suivit. Puis l’homme à l’amulette se pencha vers elle.



Il jeta un coup d’œil vers la porte.



Au même instant, un bruit de moteur résonna dehors. Des pas lourds approchèrent de l’entrée. Chloé saisit Miguel par le bras.



Chloé et Miguel passèrent par l’arrière de la taverne, débouchant dans une ruelle étroite qui longeait un vieux mur en pisé. Le soleil déclinait, teintant les façades de jaune et de rose.



Ils n’avaient pas fait vingt mètres qu’une moto, celle qu’elle avait repérée à Bogotá, surgit à l’autre bout, bloquant la sortie. Deux hommes étaient dessus, fusils à pompe en main.

Chloé se retourna. Derrière eux, un pick-up s’était arrêté, trois silhouettes en descendaient. Ils portaient des chemises sombres et des casquettes de base-ball.



Miguel serra les dents.



Chloé sourit.



Elle tira son Glock, qu’elle portait en holster discret sous son blouson.



Les premiers coups de feu claquèrent, résonnant contre les murs de pierre. Chloé se plaqua contre une porte, visa calmement et toucha le pneu avant de la moto, puis celui de la voiture.



L’un des motards riposta, le plomb arrachant des éclats de bois au-dessus de sa tête. Chloé roula au sol, tira deux fois. L’un des assaillants s’effondra, l’arme glissant sur le bitume. L’autre tomba à genoux, puis la face dans la poussière quelques secondes plus tard.

Miguel ramassa un pavé et le lança sur ceux du pick-up.



Les trois du pick-up s’approchaient. Chloé bondit derrière un tonneau.



Elle tira trois coups précis, méthodiques, comme si le temps s’était ralenti. Les assaillants se dispersèrent, ripostant à l’aveuglette. Un resta au sol, manifestement, il venait de se prendre une balle dans la tête.

Un silence bref. Puis un homme hurla :



Chloé éclata de rire.



Miguel lui lança un regard incrédule.



D’un geste vif, elle lança une bouteille vide vers le pick-up. L’un des hommes tira dessus par réflexe. Le bruit de verre brisé résonna dans la ruelle.



En deux mouvements précis, elle neutralisa les deux derniers hommes. Le silence retomba, seulement troublé par l’aboiement lointain d’un chien.

Chloé se redressa, essuyant la poussière sur son blouson.




La nuit était tombée sur Villa de Leyva. Après la fusillade, Chloé et Miguel avaient quitté discrètement la ruelle et suivi un réseau d’arrière-cours, jusqu’à une petite maison à la lisière du village.


Miguel frappa et attendit. La porte s’ouvrit sur un homme de petite taille, la cinquantaine, la peau tannée par le soleil. Ses yeux brillaient d’une lueur amusée.



L’intérieur était simple. Des murs blanchis à la chaux, la pièce principale était meublée d’une table, d’un buffet et d’un hamac suspendu. Une odeur de maïs grillé flottait dans l’air depuis la cuisine. Des masques précolombiens, des lances et des photos de paysages tapissaient les murs.



Julián servit trois tasses d’aguapanela fumante.



Chloé posa le carnet de Sara sur la table, ouvert à la page où était écrit « No dejes que se lo lleven ».



Julián haussa un sourcil.



Il se leva et décrocha une vieille carte accrochée au mur.



Chloé fronça les sourcils.



Julián soupira.



Chloé se leva, prête à partir.



Le guide sourit.



Miguel secoua la tête.




À l’aube, le village était encore plongé dans la brume. Des chiens errants fouillaient les poubelles, un coq chantait dans une cour voisine. Julián chargea les sacs dans un vieux pick-up bariolé qui leur servirait de transport.



Chloé vérifia son Glock et son poignard de combat avant de monter à bord.



Le pick-up gravit les chemins escarpés en grinçant. La brume se levait peu à peu, révélant les montagnes verdoyantes qui entouraient Villa de Leyva. Des champs de quinoa et de pommes de terre s’étendaient sur les pentes, ponctués de vaches au pelage clair.


Des enfants jouaient au ballon dans les ruelles des petits hameaux traversés, et des femmes âgées les observaient depuis les seuils de leurs maisons blanchies à la chaux. Les habitants saluaient Julián d’un signe de tête respectueux.



Chloé, pensive, observait le paysage avec attention.

Après plusieurs heures, ils laissèrent le véhicule et poursuivirent à pied sur un chemin étroit et pierreux. Le sentier était raide, glissant, bordé de fleurs jaunes et de broméliacées. Plus haut, les arbres se firent plus rares et le páramo, cette sorte de steppe d’altitude typique des Andes, apparut. Ce paysage unique de haut plateau était couvert de frailejones, ces plantes à grandes feuilles veloutées, endémiques de la région, qui ressemblaient à des silhouettes de soldats immobiles.



Miguel regarda Chloé en souriant.




Ils montèrent un camp de fortune près d’un ruisseau, allumant un petit feu avec précaution. Le froid mordait malgré la saison, et Chloé resserra sa veste en cuir.

Julián racontait d’autres histoires de sites sacrés pillés, d’urnes funéraires vendues à Bogotá ou à l’étranger, au Mexique, en Chine, aux États-Unis. Chloé écoutait en silence, les yeux fixés sur les flammes.



Elle resta un instant immobile, puis ajouta :



Elle posa une main sur l’épaule de Miguel.



Elle se leva et jeta le reste de son café dans le feu.




La lune s’était levée, ronde et pâle, projetant des ombres longues sur le páramo. Le vent sifflait à travers la végétation, donnant l’impression que les plantes chuchotaient entre elles.

Chloé s’était éloignée un instant du camp pour reconnaître le terrain. Ses yeux aguerris repérèrent quelque chose au pied d’un rocher. Un morceau de tissu arraché d’une chemise à carreau, coincé dans une racine. Elle s’accroupit. Manifestement, c’était la même chemise que portait Sara au moment de sa disparition.



Le tissu portait une tache de sang séché, pas très grande mais suffisante pour faire accélérer son cœur. À côté, une empreinte de chaussure fraîche.


Elle revint au camp, le visage fermé.



Julián fronça les sourcils.



Chloé leva la tête. Un craquement à peine audible se fit entendre à la lisière du camp. Puis un autre, derrière. Des ombres se déplacèrent entre les frailejones.



Chloé eut un sourire froid, en le retenant par le bras.



Elle attrapa son Glock et se coucha derrière un rocher.



Une voix rugueuse cria en espagnol :



Chloé répondit en criant :



Un premier coup de feu claqua. Chloé riposta aussitôt, touchant la lampe torche de l’assaillant. La lumière éclata, en tombant au sol. Manifestement, elle avait touché la lampe et la balle avait continué son chemin comme si de rien n’était vers le buste de celui qui la portait. Les ténèbres reprirent le dessus.



Les hommes se mirent à tirer en rafales. Des balles s’écrasèrent sur les rochers, soulevant des éclats. Julián se plaqua au sol, Miguel arma le vieux fusil de chasse qu’il avait récupéré au village.


Chloé rampa silencieusement sur le côté, se positionnant derrière un autre rocher. Deux silhouettes approchaient. Elle attendit qu’elles soient assez proches et tira deux coups précis.



Un silence inquiet tomba, puis un homme s’avança, machette en main.



Chloé se redressa, son arme braquée.



Elle tira. L’homme tomba, la machette glissa dans l’herbe. Les autres battirent en retraite dans la nuit. Deux ou trois apparemment selon, les bruits qu’ils faisaient et les paroles qu’ils échangeaient. Chloé souffla, son cœur battant vite, mais son sourire était toujours là.



Miguel secoua la tête, moitié admiratif, moitié inquiet.



Au matin, ils fouillèrent les corps laissés sur place. L’un d’eux portait un insigne d’un ancien groupe paramilitaire. Dans sa poche, une carte grossière dessinait un chemin menant plus profondément dans la montagne, marqué d’un X.



Elle jeta un dernier regard vers le morceau de tissu taché de sang.




La nuit était noire, sans lune. Le vent froid de la montagne faisait bruire les herbes hautes. Chloé était allongée sur le ventre, jumelles plaquées contre ses yeux.

En contrebas, le campement s’étendait dans une clairière, quatre tentes, un feu de camp presque éteint, deux pick-ups garés près d’une cabane en bois.



Miguel, tapi à côté d’elle, hocha la tête.



Elle lui lança un sourire en coin.



Chloé descendit lentement la pente, chaque pas calculé. Elle s’arrêta derrière un arbre pour observer la première sentinelle, un homme appuyé sur son fusil, la tête lourde de fatigue.

Elle sortit son couteau, une lame noire sans reflet et avança dans son dos. D’un mouvement rapide et précis, la gorge fut tranchée sans un son et le corps retenu avant de toucher le sol.



Elle le traîna derrière un rocher, essuya la lame et se coula vers le cœur du camp.


Chaque pas était une danse. Chloé se déplaçait d’ombre en ombre, s’arrêtant dès qu’un bruit suspect se faisait entendre. Le garde près du camion mâchait quelque chose, dos tourné. Un caillou lancé à droite fit bouger sa tête. Chloé surgit de l’autre côté, frappa à la tempe avec la crosse de son pistolet. L’homme s’écroula sans un cri. Pour faire bonne mesure, sa gorge fut tranchée à lui aussi.

Elle s’approcha de la cabane. Des voix assourdies provenaient de l’intérieur, deux hommes, peut-être trois, jouant aux cartes. Elle se glissa vers la fenêtre et vit l’intérieur. Sur une table, se trouvait un sac en toile débordant d’objets en or et en céramique. Des reliques précolombiennes assurément. Et sur une chaise, la veste de Sara… mais pas Sara.

Chloé serra la mâchoire.



Elle nota rapidement l’emblème peint sur un mur : un vautour stylisé avec une croix rouge sur le crâne.

Puis elle recula doucement et rejoignit la lisière de la clairière.

Alors qu’elle atteignait la pente, un chien se mit à aboyer.



Personne ne bougea dans le camp. Chloé bondit dans les buissons, glissa sur le sol et rejoignit Miguel et Julián qui l’attendaient plus haut.



Elle remit son couteau dans son fourreau et sourit.




Le jour commençait à poindre, un ciel gris teinté d’orange se dessinait au-dessus de la montagne. Chloé, Miguel et Julián avaient à peine levé le camp. L’air était froid, humide, et les oiseaux du páramo commençaient leur concert.



Un sifflement sec coupa sa phrase. La balle frappa un tronc à quelques centimètres de sa tête.



Ils plongèrent derrière les rochers, juste avant qu’une rafale n’éclate depuis la crête au-dessus d’eux. Des silhouettes apparaissaient entre les buissons, au moins six hommes, certains armés de fusils d’assaut, d’autres de machettes.



Chloé sortit son Glock, l’œil froid.



Elle visa calmement, tira trois fois. L’un des assaillants tomba en arrière.



Julián rechargeait le fusil de chasse, le souffle court.



Elle se redressa, tira plusieurs coups de manière contrôlée, forçant les hommes à se mettre à couvert et en touchant un de plus au passage qui s’écroula. Miguel et Julián rampèrent jusqu’à un amas de rochers plus bas.

Un homme surgit sur le flanc gauche, machette à la main. Chloé le faucha d’un coup de genou, lui arracha l’arme et la lança dans le ruisseau. Mauvaise idée de venir sans carton d’invitation. C’est la meilleure solution pour se faire refouler.

Elle l’assomma d’un coup de pied dans les gencives, avant même qu’il tente de se relever. Après réflexion, elle en profita pour le faire rouler dans la pente, inconscient vers le ravin.



Cela avait calmé les autres qui s’étaient tapis dans un coin. Ils se demandaient certainement quoi faire. Chloé fit signe de se replier vers la vallée, en utilisant les rochers et les buissons comme abris. Les tirs reprirent derrière eux, sifflant dans l’air froid.



Elle fit signe de s’arrêter, sortit deux grenades fumigènes de son sac, trouvées chez Julián.



Elle tira les goupilles et lança les grenades en amont. Une épaisse fumée blanche recouvrit la pente.

Des cris résonnèrent, les tirs devinrent confus.



Ils dévalèrent la pente à toute vitesse, les chaussures glissant dans la boue, jusqu’à atteindre un petit canyon où un ruisseau serpentait. Haletants, couverts de poussière et de sueur, ils s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle.



Miguel la regarda, encore sous le choc.



Elle remit une balle dans la chambre de son Glock.



Le soleil était haut lorsque Chloé, Miguel et Julián descendirent de la piste de montagne. Un village se dévoila. Une place centrale bordée de maisons aux toits de tuiles rouges, un petit clocher, quelques motos poussiéreuses garées devant le bar, qui semblait être la seule attraction locale.

Des regards se tournèrent aussitôt vers eux. Les conversations se turent. Une vieille femme fit un signe discret et entra chez elle.



Chloé sourit légèrement.



Ils traversèrent la place et entrèrent dans le café. L’intérieur était sombre, l’odeur de café fort et d’aguardiente, un alcool fort, distillé à partir de la canne à sucre, qui est la boisson nationale colombienne, imprégnait l’air. Trois hommes jouaient au billard, un autre lisait le journal au comptoir. Derrière, le barman les observa sans un mot.



Le barman haussa un sourcil et désigna d’un signe de tête une table dans le fond.

Assis là, un homme massif, la quarantaine, barbe épaisse, chemise ouverte sur un torse couvert de tatouages. Son regard était fixe, lourd.

Chloé s’avança, posa ses mains gantées sur la table.



L’homme sourit sans chaleur.



Derrière lui, ses hommes, qui s’étaient rassemblés, se mirent à rire. Chloé sortit son Glock, engagea une balle dans le canon, très calmement, et tendit l’arme à bout de bras sous le nez de Pablo.



Il se mit à pâlir. Il avait voulu faire le malin devant ses potes et venait de se rendre compte qu’il n’aurait peut-être pas dû. Un murmure passa dans la salle. Miguel et Julián se tendirent. Pablo ne bougeait pas, mais deux hommes se levèrent derrière lui.



Elle s’adressa à un des hommes derrière lui, qui il y a encore trente secondes, ricanait comme un idiot.



Le type devint tout pâle.



Un silence pesant s’installa. Puis Pablo dit :



Chloé s’assit, mais garda sa main sur son Glock sur la table.



Pablo but une gorgée avant de répondre.



Chloé fronça les sourcils.



Pablo acquiesça.



Chloé sourit froidement.



Un des hommes de Pablo se pencha vers lui et murmura quelque chose. Pablo soupira :



Chloé se leva lentement.



Elle se pencha, ses yeux plantés dans ceux de Pablo :



Un silence glacé suivit ses mots. Pablo soutint son regard, puis hocha la tête.



En sortant, Julián souffla :



Chloé remit ses lunettes de soleil et haussa les épaules.



Miguel esquissa un sourire malgré la tension.




La route qui descendait de la montagne vers la rivière était étroite, bordée de buissons et d’arbres tordus. La brume du matin donnait aux collines un air irréel, presque fantomatique. Les oiseaux se faisaient discrets, et même le vent semblait retenir son souffle.



Chloé scruta les alentours depuis le sommet d’un talus. Son instinct laissait deviner chaque mouvement suspect, chaque ombre qui ne devait pas être là.



Miguel leva la tête vers le ciel.



Ils passèrent par deux villages presque fantômes. Les maisons étaient fermées à clé, les volets claquaient au vent. Des croix de bois étaient plantées aux carrefours, certaines marquées de peinture rouge, l’avertissement était clair, c’est le territoire des Garras Rojas.



Chloé avança silencieuse, repérant les traces dans la terre humide, des pneus de moto récents, des traces de pas fraîches, quelques empreintes de bottes militaires. Tout concordait, quelqu’un les attendait plus bas.


La rivière apparut enfin, serpentant entre les collines et les rochers. Sur la rive opposée, une cabane en bois et quelques tentes bordaient un petit pont de corde. Deux sentinelles patrouillaient lentement, l’arme en main.



Elle se coucha derrière un rocher, scrutant la scène. Son regard précis calculait les distances, les angles de tir et les points d’entrée possibles.



Miguel la regarda, inquiet.



Julián hocha la tête :



Le soleil commençait à disparaître derrière les collines, et la nuit tombante enveloppait le camp dans un voile d’oppression. Le bruit de l’eau masquait les mouvements furtifs de Mangouste. Chaque souffle, chaque craquement de branche était amplifié par l’adrénaline.



La rivière grondait faiblement, l’air était chargé de terre humide et de végétation. Le territoire des Garras Rojas se rapprochait, et avec lui, la promesse d’une confrontation imminente.


La nuit était maintenant profonde, enveloppant le camp dans un silence inquiétant. Le courant de la rivière masquait le bruit de leurs pas. Chloé, allongée sur le sol humide, observait les deux sentinelles près du pont de corde. Chaque respiration était contrôlée, chaque mouvement calculé.



Les hommes hochèrent la tête. Chloé sortit son couteau à lame noire et son pistolet, ajusta ses gants et fit un signe :



Elle s’avança jusqu’au premier garde, immobile comme un prédateur. Un souffle, un mouvement, et le couteau fit son œuvre. La gorge tranchée, le corps s’effondra sans un bruit.



Elle se glissa derrière le pont, éliminant la deuxième sentinelle avec un coup sec de crosse, puis disparut dans l’ombre des tentes. Les flammes du feu de camp projetaient des silhouettes grotesques, mais Mangouste restait invisible.

Dans une des tentes, elle repéra un sac contenant des affaires personnelles appartenant a priori à Sara. Chloé fronça les sourcils, sa proie était proche.



Elle progressa vers la cabane principale, un bâtiment de bois sombre, gardé par deux hommes à moitié endormis. Un mouvement discret, un coup sec et silencieux, un autre aussitôt, et deux corps s’effondrent.

À l’intérieur, elle entendit un murmure, Sara était attachée sur un lit, les yeux rougis, mais vivante.



Sara leva les yeux, incrédule :



Alors que Miguel commençait à dénouer les liens de Sara, la porte s’ouvrit brusquement. Deux hommes entrèrent, armes à la main. Chloé sourit.



Elle assomma le premier avec la crosse de son pistolet et poignarda le second au cœur. Les hommes s’effondrèrent. Sara, stupéfaite, murmura :



Le groupe s’élança hors de la cabane. Chloé ne vit personne dans le camp. Elle visita les tentes et poignarda discrètement les quelques hommes qui y étaient endormis. Les ronflements sonores qui émanaient d’une des tentes couvraient les quelques tout petits bruits qu’elle émettait.



Les ombres de la forêt devinrent leurs alliées, la rivière leur guide. Chloé gardait un œil sur les alentours, prête à éliminer quiconque les suivrait.



La traque des Garras Rojas n’était pas terminée. Ils devaient, maintenant, rejoindre leur aérodrome, qui ne devait pas se trouver très loin.



La forêt était dense, humide, et les rayons de lune à peine filtrés par le feuillage donnaient au paysage un aspect irréel. Mangouste avançait silencieusement, Sara à ses côtés, Julián et Miguel juste derrière. Les bruits de la jungle masquaient presque leurs pas, mais chaque craquement de branche pouvait signifier une embuscade. Au moment où le jour se levait, ils émergèrent de la forêt et prirent un chemin caillouteux grimpant vers le plateau dont avait parlé Julián.



Chloé hocha la tête, les yeux perçants.



Ils s’arrêtèrent près d’un affleurement rocheux dominant une clairière où des hommes armés étaient en train de s’activer autour d’un hangar et de pick-ups. Des reliques précolombiennes, soigneusement emballées, étaient empilées sur des caisses.



Elle tendit deux grenades fumigènes, prises au camp plus bas, à Julián.



Chloé lança la première grenade dans le camp, un épais nuage de fumée blanche se répandit. Les hommes se mirent à crier et à tirer dans toutes les directions.



Elle se glissa dans la clairière, éliminant deux vautours qui sortaient du nuage de fumée d’un coup sec, un couteau dans la gorge pour l’une, un tir précis pour l’autre.



Julián et Miguel utilisaient la confusion pour guider Sara à l’arrière, mais Chloé continuait sa progression, chaque mouvement calculé, chaque tir ciblé, trois autres types tombèrent.



Puis :



Enfin :



Le chef des Garras Rojas surgit du bâtiment principal. C’était un homme massif avec une tête de vautour rouge tatoué sur le torse. Il brandit son fusil et cria :



Chloé se redressa derrière un rocher, pistolet braqué, sourire carnassier.



L’homme épaula son fusil, mais avec la fumée, il ne put trouver sa cible et tirer. Surtout qu’elle sortait de la brume :



Avant d’y disparaître à nouveau, puis d’en ressortir.



Il se rua vers Mangouste en hurlant comme un putois. Elle esquiva, le coup qu’il tenta de lui porter.



Il cria à nouveau et s’apprêta à porter un autre coup. Elle ne lui en laissa pas le temps et lui asséna un coup de tête au menton, qui le fit tomber à la renverse. En un mouvement fluide, elle lui posa le couteau sur la gorge et l’immobilisa au sol.



Avec le chef neutralisé et le reste du camp sous contrôle, Sara libérée, la bataille était terminée. Les reliques furent récupérées par Julián, qui connaissait des contacts sûrs pour les remettre aux autorités compétentes.



Miguel soupira, moitié soulagé, moitié amusé.




Ils quittèrent le camp une heure plus tard. Le soleil commençait à monter dans le ciel. La jungle était encore silencieuse, les oiseaux reprenaient leur chant. Sara à l’abri, les reliques sauvées, et les Garras Rojas neutralisés ou en fuite, Mangouste se permit enfin un sourire plus léger.


La police colombienne avait été prévenue grâce à un émetteur radio trouvé dans le hangar. Ils devaient arriver en hélicoptère rapidement. Le chef mafieux avait été ligoté soigneusement et surtout bâillonné (Mangouste n’en pouvait plus de ses jérémiades), puis laissé à la disposition des policiers.



Au bout d’une heure, la jungle s’ouvrit devant eux, comme un symbole de liberté retrouvée et de justice rendue.

Le soleil baignait la vallée d’une lumière douce et dorée. La jungle, silencieuse après la bataille, semblait respirer à nouveau. Le groupe redescendait vers la vallée. Sara et Miguel marchaient côte à côte sur le sentier, leurs visages marqués par la fatigue, mais soulagés. Ils avaient entendu deux hélicoptères passer alors qu’ils s’apprêtaient à quitter la forêt. Julián les guida jusqu’à un petit village sûr, où les habitants leur offrirent un abri et de la nourriture. Les villageois organisèrent même une fête en apprenant que les vautours, qui terrorisaient et rackettaient la région, n’étaient plus. Les reliques précolombiennes allaient être confiées à un contact de confiance par Julián, loin du marché noir, préservant ainsi l’histoire et le patrimoine de la région.


Chloé, elle, resta à la lisière de la forêt, observant la vallée depuis un promontoire. Son regard parcourait l’horizon, toujours vigilant. Les cadavres qu’elle laissait derrière elle sonnaient comme un avertissement silencieux, « la jungle est vaste, mais les prédatrices savent toujours retrouver leurs proies ».



Sans un bruit, Mangouste s’effaça dans l’ombre des arbres, disparaissant comme elle était venue, prête à surgir à nouveau là où l’injustice se tapissait dans l’ombre. Le monde pouvait dormir un peu plus tranquille dans cette partie du monde, mais certains savaient que là où les vautours rouges rôdaient, elle serait toujours là, prête à frapper et à délivrer ses répliques glaciales. La jungle, intacte mais marquée par le combat, reprenait son souffle. Mais une chose était certaine : tant que Mangouste rôdait, les méchants n’avaient aucune chance.


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1. Charade apparaît dans un précédent épisode, Lundi Linceul à Venise.