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Temps de lecture estimé : 26 mn
09/09/25
Résumé:  La fièvre de l’or, tout le monde sait ce que c’est, mais bien rares sont ceux qui l’ont vécue. Cela rend fou ? Si ce n’était que cela...
Critères:  #aventure amour
Auteur : Someone Else  (On va essayer de vous faire rêver...)            Envoi mini-message
Garimpeiros

À l’époque, j’étais chercheur d’or. Cela vous intrigue ? Rien de surprenant, dès qu’il s’agit de métal jaune, les yeux se mettent à briller et les oreilles à s’ouvrir. Mais prenez donc une chaise et servez-vous un café, je vais vous raconter.


L’histoire commence banalement… J’ai vingt ans, j’ai un boulot peinard dans un petit garage que le patron aimerait bien me voir reprendre, j’ai un petit appart tranquille dans un quartier tranquille, je sors depuis un petit moment avec une jeune et jolie demoiselle, Anaïs, qui a comme principale particularité d’avoir, au paddock et ailleurs, quelque chose qui ressemble fort à un appétit féroce, ce qui n’est pas pour me déplaire. Elle ne m’est pas et ne me sera sans doute jamais fidèle ? En vérité, je m’en fous un peu vu que vous connaissez le dicton, il paraît qu’il vaut mieux être à plusieurs sur un bon coup que tout seul sur un mauvais.


Bref, la vie est belle, tout va presque bien dans le presque meilleur des mondes.


Le problème, c’est qu’au fil du temps et à mon corps défendant, je me rends compte qu’Anaïs commence à m’entrer dans le cœur et que moi, j’en ai un peu assez de la voir régulièrement revenir « dans les parfums d’un autre ». Lorsque j’essaie de lui en parler, elle esquive généralement le sujet en me faisant remarquer qu’elle vient malencontreusement de traverser la moitié de Bordeaux les fesses à l’air ou en se ruant sur ma braguette et en m’administrant ce qui, aujourd’hui encore, reste – et de loin – quelques-unes des plus belles pipes de ma vie.


Mais cela, naturellement, ne dure qu’un temps et c’est ainsi qu’un soir et peut-être un peu maladroitement, je la somme de choisir entre ses gugusses et moi. Rétrospectivement, je me dis que sa réaction immédiate était finalement assez prévisible – surtout de sa part – elle m’envoie bouler dans les grandes largeurs et, en un mot comme en cent, notre histoire s’arrête là.


À ma grande surprise, je ne souffre pas vraiment de cette « séparation » … Peut-être parce que dès le début, je savais que cela ne pourrait finir qu’en eau de boudin et que je devrais m’y préparer. Oui, rien que du banal, en sorte.


Mais, à peu près deux ans plus tard, quelques zigotos bien intentionnés ont eu l’idée géniale de me piquer ma bagnole et de s’en servir pour aller commettre un braquage. Bien évidemment, convocation au commissariat et, de l’avis même des deux flics qui prennent ma déposition, il est évident que je n’ai rien à voir dans cette affaire, mais je dois rencontrer le juge, question de procédure, mais il n’a aucune raison pour que je sois inquiété. Sauf que…


Avec le recul, je me dis que rien que le nom de famille – Legrand – du juge en question aurait dû me mettre la puce à l’oreille parce que oui, vous l’avez deviné, il s’agit ni plus ni moins que du père d’Anaïs… À l’entendre, il paraît que sa fille chérie a très mal supporté cette rupture, qu’elle en parle encore aujourd’hui avec les larmes aux yeux et tout le toutim… Mon œil ! Je sais de source sûre que ce soir-là, elle s’en est allée rejoindre deux de ses chevaliers servants qui se sont fait un plaisir de la tromboner de toutes les façons possibles et de préférence à deux en même temps. Quand je vous dis qu’elle avait une sacrée santé !


Je vous passe les détails, mais, avec les combines de ce cher juge, je me farcis quand même un mois et demi de préventive ! Par chance, il suffit que j’évoque le nom de Legrand pour aussitôt m’attirer une relative sympathie de mes collègues de cellule – peut-être un peu moins innocents que moi, mais là n’est pas la question – qui me foutent une paix royale, ce qui est loin d’être gagné dans ce milieu où il vaut mieux savoir cogner fort – et de préférence le premier – si tu veux avoir une chance d’être peinard.


Vient le jour où je suis libéré et innocenté, mais c’est là qu’un autre lascar entre en scène : le frangin du juge qui est, comme par hasard, commissaire. Là, j’ai régulièrement droit à des contrôles de papiers – sur le principe je m’en fous, mais ça finit par gonfler – et surtout, deux flics s’empressent d’aller prêcher la bonne parole auprès de mes voisins et, bien plus grave, auprès de mes potentiels employeurs, vu que, après un mois et demi d’absence, j’ai naturellement perdu mon boulot !


Là encore je vous passe les détails, mais, à force d’à force, je finis par allonger deux condés qui ont un peu trop dépassé la dose prescrite, puis deux autres quelques jours plus tard. Là, ce n’est plus la peine de tergir ni de verser, j’ai encore un peu de fric en banque, deux potes qui se sont établis au Brésil depuis un moment et qui me mettront le pied à l’étrier, je baragouine pas trop mal le portugais, il est temps pour moi d’aller me faire oublier quelque temps à l’ombre du Corcovado.


À l’époque, Rio est l’une des villes les plus dangereuses au monde, où l’on a plus de chance de se prendre un coup de couteau ou une balle pas perdue pour le monde que de gagner à la loterie… Mais en attendant, j’ai quand même bien l’impression dès les premiers jours d’être suivi par deux guignols pas tibulaires mais presque, comme disait le regretté Coluche.

Paranoïa ou pas ? De toute façon, si j’allais voir les flics pour leur dire que deux blaireaux me filent le train, à partir du moment où il ne se passe pas une journée sans qu’ils ramassent au minimum deux ou trois macchabées dans la rue, ils m’enverraient bouler dans les grandes largeurs.


Je vous passe là encore les détails, mais, un soir que je reviens de mon taf – je répare d’antiques scooters à longueur de journée – c’est miraculeusement que j’échappe à un traquenard mis en place par les deux types que j’avais remarqués depuis un moment et qui, à défaut de me refroidir, avaient de toute évidence l’intention de me ravager le portrait et le reste. Et quand on connaît la qualité de soins du système médical brésilien si tu n’as pas les moyens de casquer…


Coïncidence ? Les gaziers m’auraient pris pour un autre ? J’en doute ! Et vu que je n’ai pas fait tout ce chemin pour me retrouver à l’improviste avec un porte-manteau au détour d’une rue, je ramasse mes cliques et mes claques, je saute dans le premier bus pourri direction Manaus, je prends bien garde de ne pas attendre le terminus pour en reprendre un autre encore plus pourri et c’est comme ça que je me retrouve en pleine forêt amazonienne dans un petit village d’orpailleurs où, faute de mieux, j’espère que mes deux loustics auront beaucoup de mal à retrouver ma trace.


Là-bas, c’est génial : tu te pointes dans un truc qui ressemble vaguement à un garage, tu demandes s’ils ont du taf pour toi et un quart d’heure plus tard, tu te retrouves à essayer de ressusciter la pompe à eau d’un camion antédiluvien avec ta bite et ton couteau… Mais y a au moins un truc qui est bien : pour autant que tu fasses le boulot correctement, c’est tous les soirs qu’on te file quelques billets verts ou, à l’occasion, une pincée d’or pur : bref, en avant la musique.


Et quand les clients sont contents, ils t’invitent bien souvent à venir boire une bière au bistrot local – plutôt un tas de planches bancal qui peine à ne pas prendre l’eau de toutes parts quand il pleut, et je vous prie de croire qu’il pleut souvent en Amazonie, et c’est pas pour rire – et c’est comme ça qu’un soir, j’assiste à une vente de concessions. Alors, évidemment, au début, il y a les plus grandes et plus prometteuses des parcelles qui s’arrachent à prix d’or, puis celles qui ont de moins en moins d’intérêt… Jusqu’à ce que les derniers terrains soient l’objet d’une tombola où, je ne sais pourquoi, je participe.


Bref, pour un truc genre deux dollars, me voilà propriétaire d’un morceau de terrain en pleine jungle dont la particularité est d’être traversé en plein milieu par un petit ruisseau. Chance : c’est en général là que se trouve l’or, enfin, à condition qu’il y en ait eu un jour et qu’il en reste encore…


Après avoir creusé sans fin le lit de la rivière et, à gauche, la partie en contrebas de celle-ci – et n’avoir vraisemblablement trouvé que des clopinettes – l’ancien proprio a tout laissé sur place : la cabane en planches qui s’avère être presque confortable, l’indispensable pompe à eau, la pelleteuse que je m’empresse de réparer et quelques outils. Vous vous en doutez, quand je n’ai pas les mains dans le cambouis, la tentation est grande d’aller grattouiller et tamiser moi-même dans tout ce fatras… Où, sans surprise, je ne trouve rien.


L’or est un métal lourd, c’est donc toujours dans les points bas qu’on le trouve… Sauf qu’à y regarder à deux fois, j’ai bien l’impression que la flotte n’a pas toujours coulé là où elle se trouve aujourd’hui, mais, à une époque, un peu plus haut. C’est ainsi que, sous le regard effaré des autres orpailleurs toujours prompts à te donner de bons conseils, je m’attaque au côté droit où, devinez quoi, subitement et sans même avoir creusé profondément, je passe du statut de chercheur d’or à celui, particulièrement envié, de trouveur d’or ! C’est bien simple, il ne se passe pas une semaine sans que je ne trouve deux ou trois pépites de quelques grammes. Ben oui, quand même, faut pas rêver…


Mais, dans ce milieu, il y a un certain nombre de règles à suivre : d’abord, quand bien même tu en aurais plein les poches, tu dois toujours te balader avec des fringues dont, en France, ton mécano ne voudrait pas même pour torcher une jauge à huile. Ensuite, et assez logiquement, prétendre que t’es tout le temps raide comme une barre, quand bien même tu ne l’es pas. Et puis encore, quand tu vas quand même boire un coup avec les « copains », tu ne dis jamais que t’as trouvé quelque chose, sans quoi le flingue que tu portes à la ceinture (et l’on m’a vivement conseillé de me procurer lorsque je suis arrivé) pourrait bien ne plus être que décoratif. Et, pour plus de vraisemblance, tu dois aussi laisser des ardoises partout : quand tu vas chercher une boîte de haricots ou un manche de pioche au drugstore local, tu dois toujours sortir un grand numéro de flûte pour n’en payer qu’une partie vu que le reste, promis, tu le régleras la semaine prochaine…


À côté de ça, il faut savoir que si tu creuses comme un forcené pendant trop longtemps tout en prétendant que tu ne trouves rien, ça risque fort d’éveiller les curiosités : du coup, de temps en temps, vaut mieux se rendre à la ville pour revendre, dans mon cas, une toute petite partie de l’or que tu as trouvé à Miguel – une sorte de banquier à la mode de là-bas – qui se trouve être l’un des seuls types véritablement fiables à cent bornes à la ronde.

Ensuite, tu vas régler tes ardoises et, pour finir, tu te retrouves à l’Eldorado, une espèce de truc qui fait hôtel, café, essence et bordel (merci Bernard) et c’est là que j’assiste à une scène, comment dire… Surprenante.


Imaginez une fille d’une vingtaine d’années aux longs cheveux crépus tout juste vêtue d’un jean moulant et d’un débardeur qui a sans doute été blanc dans une autre vie aux prises avec cinq mecs pourtant bien plus gaulés qu’elle… Mais il n’empêche que, sous le regard amusé des autres clients, elle vient déjà d’en allonger trois, le quatrième est dans un coin à recompter ses dents et le cinquième ne va manifestement pas tarder à rejoindre les autres.


Et le meilleur, c’est que quelques minutes plus tard, et alors qu’elle n’a que vaguement pris le temps de se recoiffer, elle est simplement de retour au travail. Et oui, d’après les autres types qui viennent d’assister à la scène, Claudia – c’est son nom – est, selon les heures et ses humeurs, serveuse, entraîneuse, strip-teaseuse et même un peu pute à ses heures pour autant que le type lui plaise. Et dans le cas contraire, ben… Faut demander à l’un des cinq types qui sont allongés dans la rue.


N’écoutant que mon courage – ou mon inconscience, c’est selon – je me risque à aller la voir.



La bière est, dans ce coin paumé et à défaut d’être particulièrement bonne, le seul truc qui ne soit pas trop frelaté et qui, a priori, ne veuille pas tout de suite votre peau. Parce que j’ai voulu une fois goûter à une espèce d’alcool de pied de chaise local qui, alors que je n’en avais bu que deux verres, m’a valu huit jours d’une invraisemblable gueule de bois avec dégueulage à tous les étages que je ne suis pas près d’oublier.



Je la vois sourire de ce que je sais être la ritournelle qu’elle va me servir comme elle l’a sans doute déjà fait à des dizaines d’autres types qui ont croisé son chemin.



(Pour ceux qui n’auraient pas la référence, je redis « merci Bernard »)


Ce n’est un secret pour personne – et encore un peu moins là-bas que chez nous – en 1946/47 l’Argentine et le Brésil ont vu débouler tout un tas de grands blonds aux yeux bleus avec, en plus de l’accent allemand, un méchant balai dans le cul et sans doute pas mal de sang sur les mains. Mais comme ils se pointaient également les poches pleines, certains et surtout certaines n’ont pas fait la fine bouche avec, à la clé, quelques mélanges un peu contre nature, mais plutôt piquants comme Claudia.


On discute un peu de tout et de rien… Du temps, de machin qui vient de se faire dessouder, de truc qui en aurait trouvé une assez grosse pour repartir chez lui et, bien sûr, de l’or que je ne trouve pas, vu que bien évidemment, je lui sers la même salade que je sors aux autres, je ne vois pas du tout pourquoi elle serait plus fiable que tous ceux qui m’entourent.

Bref, d’elle ou de moi, je ne sais pas qui déblatère le plus grand nombre de conneries, mais, en vérité, je m’en tamponne le coquillard avec une patte d’alligator femelle.


(merci San-A, cette fois)



Inutile de vous dire que je suis cueilli. Maintenant, je n’ai strictement aucune expérience avec ce qu’il faut bien appeler les putes et encore un peu moins avec celles de ce patelin… Traquenard ou arnaque ? De toute façon, il doit me rester royalement six ou sept dollars dans ma poche, celui qui aurait l’idée saugrenue de me braquer n’irait pas loin avec cela. Quant à l’or que j’ai trouvé, il est chez Miguel, mais personne ne le sait d’autant que pour donner le change, je dis que je lui emprunte régulièrement un peu de flouze pour payer le gazole… Résultat, je suis Claudia dans l’escalier même si c’est un peu en me demandant si c’est du lard ou du cochon.


Sa piaule, sans surprise, est grande comme un placard avec, en plein milieu, un matelas recouvert de skaï rouge juste fait pour tringler à la sauvette et qui a vu des jours meilleurs. Par ailleurs, je remarque que les planches qui constituent les murs sont plutôt du genre disjointes, quelque chose me dit que notre amie doit avoir trouvé un moyen facile d’arrondir ses fins de mois sans multiplier les passes… Mais figurez-vous que de cela aussi, je n’en ai rien à battre.


Seule chose qui sort de l’ordinaire – enfin, de ce que m’en a raconté, vu qu’encore une fois mon expérience dans le putanat est inexistante – c’est la petite douche à droite de la porte.



Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Au point où j’en suis… L’eau est vaguement tiède, ce qui n’a pas véritablement d’importance vu la température ambiante, et tandis que je frotte l’engin, je la vois se déloquer. Ça, qu’elle n’avait pas de soutif, je le savais déjà depuis longtemps, mais au vu de l’importance de sa poitrine… Par contre, alors qu’elle passe au-dessus de son froc, je remarque qu’elle le porte à cru, ça doit être joyeux là-dedans !


C’est d’ailleurs peut-être pour cela que lorsqu’elle se glisse auprès de moi, son premier soin est de soigneusement se récurer la boîte à ouvrage à l’aide d’un savon qui, comme le reste, a dû voyager dans les cales de Pizarro ou de je ne sais quel conquistador à la noix.


Ensuite, c’est à mon ustensile qu’elle s’attaque en prenant bien soin de l’ausculter dans les moindres détails… Je ne le sais pas encore, mais elle travaille généralement sans capote, autant dire qu’elle prend ses précautions.


La suite, elle est assez conforme à ce à quoi vous vous attendez : petite pipe vite fait, histoire de faire monter la pression – ce qui n’est pas vraiment indispensable vu que cela fait quasiment un an que ma seule activité sexuelle se résume à de furieux cinq contre un – suivi d’une petite séance d’embroquage tout ce qu’il y a de plus classique. C’est moi qui délire ou elle ne semble pas indifférente à mes coups de reins ? Pourtant, d’après ce que j’en sais, dans ce genre de plan, la fille a tendance à prendre la pose et attendre que cela se passe… Quoi qu’il en soit et, malgré mes efforts pour faire durer l’instant, la moutarde me monte bien vite au nez et je la gratifie d’une giclée de foutre à lui flanquer des quadruplés. Quelques instants se passent, elle retourne se nettoyer la boîte à outils avant, le plus naturellement du monde, d’enfiler ma chemise et, sans rien me demander, de piocher dans mon portefeuille.



Tandis que j’entends l’escalier craquer sous ses pas, en bas, c’est comme qui dirait la bronca avec force sifflets et autres joyeusetés… Même si je n’en vois rien, je devine assez bien le tableau, avec elle qui, tout juste vêtue de ma chemise qui, même si trois fois trop grande pour elle, ne lui arrive néanmoins qu’à quelques centimètres de son pôle sud. Bref, tous ceux qui se trouvent en contrebas doivent avoir un panorama assez sympathique sur son anatomie.


Quelques minutes plus tard, la voilà qui revient, deux bibines à la main. De nouveau, nous parlons de tout et de rien, entre autres de son grand-père au passé louche, mais dont il ne parlait jamais, mais qui conservait toujours avec lui une certaine croix gammée à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Quant au carré d’as qu’elle a de tatoué sur son épaule et qui est encadré par deux cicatrices qui ne peuvent avoir été provoquées que par des coups de couteau, elle ne veut en entendre parler.


(et encore une fois, merci Bernard)



Et vlan, on remet le couvert. Cette fois, c’est elle qui, dès le début, dirige les opérations en me chevauchant comme une forcenée, mais il me semble bien qu’elle cherche tout de même à faire durer le plaisir, ce qui me permet de varier les positions, cuillère, levrette et j’en passe. Cependant, tout cela ne dure pas non plus des heures et, malgré tous mes efforts pour ne pas craquer, j’envoie de nouveau la purée, ce qui lui donne l’occasion de se savonner l’entrejambe une troisième fois.

Le temps de remettre mon froc, la porte se referme derrière elle sans avoir échangé un mot de plus.


Les jours et les semaines passent et mon filon ne se tarit pas. Par contre, pas question de retourner trop souvent là où bosse Claudia, vu que je suis toujours censé ne pas avoir un caramel devant moi. Et puis, quand j’y vais, elle n’y est pas toujours ou alors, elle est tout simplement en main. Bon, quelque part, cela m’arrange un peu puisque cela me permet, même si ce ne sont que quelques dollars, de ne pas avoir à allonger mon fric et attirer l’attention.


Cependant, je parviens à la voir trois ou quatre fois où elle me reconnaît, mais où je n’ai droit qu’à une prestation standard où elle ne fait que regarder le plafond et où tout est réglé en cinq minutes chrono. Bah, me dis-je, j’ai peut-être oublié qu’elle est d’abord et surtout une pute et qu’à ce titre, il n’y a rien à attendre d’elle.


En attendant, je creuse, je creuse et je creuse encore et je n’en reviens toujours pas de ce que je remonte… C’est en revenant de la ville où je viens de déposer ma récolte de la quinzaine que je croise Claudia.



Surtout, ne jamais perdre le nord.



Je souris.



En guise de réponse, elle me colle une beigne à me décoller la pulpe du fond.



Il y a des moments comme ça où l’on se dit qu’on aurait mieux fait de fermer sa gueule. Elle reprend.



Bien évidemment, il y a des propositions que l’on se voudrait de refuser. En même temps, j’inspecte les environs, des fois que les Legrand et compagnie aient retrouvé ma trace et soient derrière cette nouvelle combine, mais je ne vois personne.


On baise, on baise et on re-baise et j’arrive quasiment à chaque fois à la faire grimper aux rideaux, plus souvent d’ailleurs à force de doigté, de cajoleries et autres fantaisies du genre qu’à grands coups de queue… Un mal pour un bien, j’y mets une telle énergie que ce serait un coup à ébranler le fragile édifice qui me sert d’abri pour la nuit. Puis, une fois la séance de tagazou terminée, elle se rhabille et m’embrasse distraitement sur la joue.



Les jours et les semaines s’écoulent, rythmées par mon taf au garage – si on peut appeler ce tas de planches comme ça – ma prospection et ses quelques rares visites qu’elle me rend toujours à l’improviste, parfois avec du rab de bouffe qu’elle a récupéré dans les cuisines de son gourbi et que l’on partage tout près de la cascade où elle se fait un plaisir de se baigner nue sans se soucier de tous ceux qui pourraient l’observer. Moi, par contre, quand je décide de lui en coller un petit coup dans les coursives avec la jungle en fond sonore, j’essaie d’être un poil plus discret, vestige peut-être de mon ancienne vie qui, je dois bien l’avouer, me manque terriblement.


Un après-midi, alors que j’attends une livraison dans un petit rade de la ville où je suis seul, je demande au patron si je peux essayer d’avoir une chaîne européenne via le satellite sur l’espèce de tromblon rafistolé qui lui sert de télé. Curieusement, le décodeur fonctionne… C’est ainsi que je pêche quelques infos en français sur TV Monde et notamment l’arrestation d’un certain juge Legrand et de son frère, commissaire de son état, coupable d’avoir un peu trop mélangé les torchons et les serviettes. Paraît que quand un peu trop de monde commence à ne plus trop savoir si l’on est du côté de la justice ou de celui des truands, cela finit par faire désordre.


Pendant un moment, je n’y crois pas… Je vais enfin pouvoir retourner en France, profiter de vrais repas et d’un lit moelleux. Vous n’avez pas idée de ce que, des fois, on a envie de se lever et de se geler les glaouis tout en se prenant une petite pluie froide sur le museau.


Ah, ce foutu joint de culasse vient d’arriver, je vais enfin pouvoir réparer la pompe d’Alberto.


Le soir même, je me prends à rêver : avec ce que j’ai déposé chez Miguel, j’ai largement de quoi recommencer une nouvelle vie du côté d’Avignon ou d’ailleurs. Mais ici, rien n’est simple : se casser de ce trou à rats, c’est assez facile, sauf que personne ne doit savoir que tu ne reviendras pas. Quant au pognon que tu trimbales pendant ton voyage, entre les bandes armées et les flics corrompus, t’as intérêt à serrer les fesses et invoquer une protection divine. Manque de chance, il semblerait que, dans le coin, Dieu ait d’autres chats à fouetter. En attendant, rendez-vous à la presque banque.



Il sourit.



La mallette en question, qui, accessoirement, semble avoir passablement roulé sa bosse, fait à peu près la moitié de la taille d’une classique et n’a rien de particulier. Par contre, à l’intérieur, c’est du genre surprenant.



Dans ce genre de patelin, il ne faut s’étonner de rien.



La méthode est assez simple : les mallettes sont toutes fermées par un code, et s’ouvrent en fait avec n’importe lequel… Sauf que si ce n’est pas le bon, l’ensemble te pète à la gueule, le potentiel pognon part en fumée et merci d’être venu. Et quand il s’agit d’un chargement d’or, il y a également une quantité équivalente de mercure et, même motif, même punition, sauf que l’or est vaporisé et irrécupérable. Bref, si quelqu’un s’essaie à jouer au con, il est certain de l’avoir dans le cul, turlututu, chapeau pointu.



Bref, je ressors de là-dedans plutôt rassuré… D’autant qu’une autre idée me trotte dans la tête : et si j’emmenais Claudia ? Il ne faut pas croire, lorsque nous nous voyons, nous ne faisons pas que nous envoyer en l’air et je crois que je commence à cerner sa personnalité, et celle-ci me plaît bien. Certes, je n’irais sûrement pas jusqu’à l’épouser ou lui confier les clés du coffre, mais je crois que je ne serais pas contre passer quelques années à ses côtés.



Elle sourit.



Elle se marre puis semble songeuse un instant.



Elle marque une pause :



Tandis qu’encore une fois le temps passe, les choses se décantent. J’ai pris le bus pour me rendre à Manaus et j’y ai ouvert un compte en banque comme on le ferait chez nous. Miguel s’est servi de son petit service de livraison personnel et, au final, a fait transférer quelque chose comme l’équivalent de trente ou quarante mille euros actuels, soit à peu près le tiers de ce que j’ai dans ses coffres et que j’ai réussi à amasser. Le reste suivra, mais je préfère suivre ses conseils : si je passe un peu trop ma vie chez lui, cela va sans doute donner quelques idées à certains qui auront peut-être, entre autres, envie de me suivre jusqu’à la ville pour savoir ce que j’y fabrique.


Pour Claudia, rien ne change : je lui ai simplement dit que si d’aventure je trouvais cette foutue pépite, il n’est pas impossible qu’elle ne trouve qu’un mot dans le genre « adieu » à la cabane, mais qu’elle devra comprendre que ce ne sera pour elle que le signal qu’elle doit me rejoindre discrètement à Manaus dans un hôtel où je l’attendrais pendant une semaine. Passé ce délai, je m’envolerai direction la France, avec ou sans elle, ce sera à elle de décider.


Mais, dans cette histoire, il a été dit quelque part qu’il devait forcément y avoir un os – ou plutôt deux, en fait – dans la moulinette, et le premier de ces os, il a la forme d’une petite dizaine de pépites de belle taille, certaines plus grosses que toutes celles que j’ai pu remonter jusque-là. Et après celles-là, il y en a d’autres… Et puis d’autres encore…


L’autre, c’est Claudia qui se pointe, visiblement préoccupée – ce qui ne lui arrive jamais, quoi qu’il arrive – en tirant la tronche. Elle est même à deux doigts de pleurer dans mes bras.



Je mens alors éhontément.



Parce que c’est une évidence, il serait temps de partir, aussi bien pour elle que pour moi, les coups de flingue commencent à voler bas – et c’est d’ailleurs ce que font bon nombre de chercheurs d’or moins chanceux que moi. Mais qu’en même temps, je n’ai pas envie de m’asseoir sur les trente ou quarante grammes de métal précieux que je remonte quasi quotidiennement… Il y a des milliers de malheureux qui, malgré un travail de titan, n’ont jamais rien remonté, alors que, pour moi, c’est le jackpot ! Être prêt à prendre tous les risques – et à en faire prendre à tous ceux qui vous entourent – on a beau rétrospectivement ne pas en être fier, c’est l’une des caractéristiques de la fièvre de l’or.



Quelques semaines s’écoulent… Mais le principe d’un filon, c’est que ça a un début, mais aussi une fin… Et à un moment, il est temps de me rendre à l’évidence, quand il n’y en a plus, ben y en a plus.


Je me rends alors à l’Eldorado, juste pour y rencontrer Claudia qui, d’après ce que l’on me dit, multiplie les passes comme elle ne l’a jamais fait, à tel point que je suis obligé d’attendre presque une heure pour enfin pouvoir monter avec elle. Entre deux coups de reins pour donner le change aux probables voyeurs qui, entre les planches disjointes, trouveraient ça louche que je me la foute sur l’oreille, je lui glisse quelques mots.



À Manaus, je l’ai attendue toute la semaine… Mais elle n’est jamais venue. J’aurais dû m’en douter, elle m’avait toujours dit qu’elle ne savait pas si elle me rejoindrait, qu’elle préférait peut-être partir toute seule – l’indépendance est un état d’esprit tout ce qu’il y a de plus respectable – et qu’elle avait peur que, finalement, et aussi merdique soit-elle, cette vie ne finisse par lui manquer.


Alors, je suis parti tout seul en me disant qu’après tout, elle avait fait son choix et que je devais m’y plier. Finalement, elle serait peut-être plus heureuse dans cette vie qu’elle n’avait pourtant a priori pas choisie.


En France, j’ai refait ma vie : plus de Legrand dans les pattes, du pognon plein les fouilles et un avenir potentiellement tranquille… Cependant, un beau jour, j’ai voulu absolument savoir ce qu’il en était advenu de Claudia, et j’ai donc payé un détective privé pour essayer de retrouver sa trace. Il est revenu un peu plus de deux mois plus tard.



Évidemment, une potentielle gagneuse qui se fait la malle, c’est un sacré manque à gagner.



Purée… Jusqu’au bout j’ai cru que ce n’était que par choix qu’elle n’était pas venue me rejoindre, mais la réalité a été toute autre.


Aujourd’hui, quand on me dit que la vue de mon balcon sur la Méditerranée est splendide, je me dis que si je ne m’étais pas acharné à chercher ces foutues pépites jusqu’à la fin, la vue aurait sans doute été moins belle… Mais Claudia, elle, serait peut-être à mes côtés.