| n° 23273 | Fiche technique | 8063 caractères | 8063 1486 Temps de lecture estimé : 6 mn |
08/09/25 |
Résumé: Une nuit, un fantôme, une tentative pour oublier ? | ||||
Critères: #nonérotique #regret | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
Un rire ! Monté de la rue sous mon balcon, ou de chez le voisin de l’étage du dessous ? Un rire qui sonne clair dans le silence de la nuit et me voici plongée dans une autre situation improbable. Je te parle ! Tu te souviens ? Le canapé clic-clac de nos débuts, ouvert pour faire l’amour qui se referme en V, t’envoyant balader sur le parquet alors que moi je reste coincée entre le dossier et l’assise. Il est là notre rire énorme, qui devient fou rire… qui se fracasse contre les murs, alors que mon dos en compote me fait pourtant bougrement mal. Et la gueulante surgie d’une voix masculine dans l’immeuble, qui râle parce qu’on fait trop de boucan ! Pourquoi cet éclat de joie revenu d’ailleurs me fait-il d’un coup songer à cela ?
Tu me manques…
Je tire la porte, comme si je ne voulais pas t’éveiller, quelle idiote ! La rue… en pleine nuit, avec ses fantômes, ses ombres grises sous la lumière pisseuse des lampadaires, je m’y faufile à la recherche de je ne sais quoi. J’ai besoin de voir des gens bouger, de savourer des odeurs, totalement attirée tel un papillon, par les derniers néons encore illuminés. Un bar, oasis urbaine où les derniers clients sifflent leur verre avant la fermeture, et le serveur qui ne tient pas à me servir de peur que je joue les incruste ! Mais je dois boire une bibine, tremper mes lèvres dans ce qui me raccroche encore à toi. La mousse onctueuse sur le liquide qui pétille, un moment de communion entre nous. Elle n’a cependant plus la même saveur… bue seule.
Tu me manques…
Une seconde ? Non ! Le barman nous chasse, les trois pelés et le tondu qui avec moi l’empêchons d’aller pioncer. Le froid m’envahit alors que la nuit dont les étoiles sont invisibles ne me laisse que des frissons. Bruit de mes pas sur le bitume des trottoirs, j’erre dans ce Paris trop vide, si triste. Pas de but précis, marcher pour vider ma tête de toi. Oui… je longe la Seine, vieille folle qui roule sa flotte noire et pas très propre. Je croise des passants, des hommes des femmes pressés. Peut-être que certains songent un instant, à mon allure, que je vais engloutir ma solitude dans ces eaux sales ! Mais non ! Le zouave du pont de l’Alma… monte la garde et veille sur les deux rives. Je me perds dans le Quartier latin…
Tu me manques…
Une peau, j’ai besoin de gouter une peau. Me sentir vivante, frémir encore une fois, en passant près de la Sorbonne. Qu’est-ce que je cherche en fait ? Toi sans nul doute, oui, c’est cela. Le sel de ces instants si précieux qui me restent, enfermés dans les tiroirs profonds de ma mémoire. Poser ma main dans une autre patte, y dénicher un peu de chaleur, c’est juste de cela que j’ai envie. Un sourire, une risette, un tout petit supplément d’âme pour recommencer à vivre. Mais seuls mes talons résonnent sur les mêmes pavés de ce faubourg Saint-Michel où… nous nous sommes rencontrés… Hélas ! Ton ombre est partout qui me donne la chair de poule.
Tu me manques…
Au hasard d’une ruelle, je ramasse un type, jeune, sans doute un étudiant tout heureux de sa bonne aubaine. Il marche à mes côtés, me parle et le son de sa voix n’a pas la musique idéale, mais il est là. Nous faisons une halte, et c’est moi qui instrumentalise un rapprochement de nos bouilles. Sentir deux lèvres qui frôlent les miennes, un mal nécessaire pour te chasser de ma mémoire, pour t’éloigner de moi. Est-ce possible ? Si les gestes sont identiques, le ressenti est tellement différent. Pas de transport, pas de vertige de mes sens dans ce baiser que le brave futur docteur apprécie plus que moi. Il me faut aller plus loin. Démystifier cet amour qui nous lie et dont le lien est rompu. Ça passe donc par ma couche ou celle de ce garçon !
Tu me manques…
Nous refaisons à deux le pèlerinage que j’ai fait solitaire. Il continue de saupoudrer de mots notre voyage vers l’immeuble où mes rêves sont incrustés dans chaque meuble, chaque objet. Tous transpirent de ta présence. Là… je l’entraine sur les lieux de tant de batailles, de guerres qui nous ont rapprochés. Son nom pas plus que son prénom je ne les connais, quelle importance de toute façon. Il n’est là que pour me redonner le sentiment que tu n’as pas tout pris en partant. Sur sa peau… je trace des mots, de ceux que déjà j’écrivais sur la tienne. Je caresse ce torse qui ne ressemble pas au tien. Il y manque l’essentiel… sous la pelisse brune d’une toison, bien sûr qu’un cœur bat aussi.
Tu me manques…
Mais il n’a rien de commun avec celui qui palpitait sous la paume de ma menotte. Non ! Lui, là, a le souffle plus court et sursaute à mes attouchements. Il sourit et imagine déjà une suite favorable, mais c’est faux… c’est une erreur. Pas de tache de vin sous le sein gauche, celui dont mes doigts pincent le téton. Je réalise que c’est impossible. Que malgré toute la meilleure volonté du monde, je ne peux pas… Non ! Nus comme deux vers sur ce lit qui a vu toutes nos victoires et autant de défaites, un autre guerrier ne saurait remplacer celui qui n’est plus là. Je stoppe la main qui quémande sa part du gâteau. Il n’insiste pas !
Tu me manques…
Il est gentil ! Il me relève le menton, sent, sait que son rêve de gloire nocturne tombe à l’eau. Il me traite de folle en riant, me parle « d’allumeuse », dépose un bisou sur ma joue. Je ne peux pas ! C’est ma seule défense, mon unique leitmotiv. Je ne tiens pas à expliquer, à lui raconter notre histoire. Il n’est pas toi, bien que quelques secondes j’ai voulu y croire. Ce n’est pas une question de douceur, il en a à revendre. C’est seulement que sa peau n’est pas, ne sera jamais celle que mon corps attend. La saveur la texture, tout est différent. Il me questionne, j’évite les pièges et réponds sans me découvrir. Le drap est tiré sur nous deux, et bien qu’il me garde dans ses bras, l’envie s’est enfuie… de chez moi.
Tu me manques…
Un sommeil, entrecoupé de réveils qui me ramènent toujours à toi. L’autre, l’intrus lui ne bronche pas. Il se contente de rêvasser sans doute à ce qu’il n’a pas obtenu. Oh ! Il est beau, traits calmes et sereins, dans un sommeil paisible. Son seul défaut ? Il n’est pas toi ! Mon lever est une nouvelle fuite. Pas question d’aller plus loin, ce jeune homme ne sera pas ton remplaçant. Trop tôt ? Trop toujours quelque chose, je remets à plus tard chaque fois. Combien sont passés là sur cette couche où… un café ! J’ai envie d’un café et les effluves de celui-là font sortir mon hôte de sa torpeur. Il est habillé lorsqu’il se présente à la cuisine. Rien à nous dire sauf des banalités. Un café et il me sourit. Lui dire, le rassurer. Il n’est pas fautif de ce raté, non, c’est moi… à cause de toi !
Tu me manques…
Je ne sais pas expliquer. Pourtant, à mon invité je dois bien lui lâcher quelques brides de vérité. Aucune envie de le mettre mal à l’aise, et refuse de me laisser embrasser. À la lumière crue du jour tout neuf, Paris grouille de vie et nous sommes là à nous regarder… Comment exprimer l’impossible à dire ? Peut-être… Notre petit déjeuner pris, il m’accompagne. Nous remontons dans ces faubourgs que toi et moi arpentions… presque tous les jours, en nous amusant comme des fous… des amoureux quoi ? Celui qui me suit est silencieux, et espère peut-être toujours que je vais le ramener avec moi… après notre périple d’un petit samedi matin. Mais nous sommes trois à marcher de concert ! Lui… moi et… ton ombre.
Tu me manques…
Étrange flânerie qui nous entraine, sur les quelques kilomètres qui vont de L’Alma à Montparnasse. Mon compagnon de route a quelque chose de toi ? J’ai voulu y croire lors de ma rencontre avec cet homme dans le cœur de la Sorbonne. Là, à la lumière plus crue de cette matinée, alors que nous remontons le boulevard Montparnasse, je lui laisse reprendre ma main. Où va-t-on ? Oh ! La promenade se termine dans les allées ombragées d’un lieu trop paisible. Lui ne saisit pas ce que nous fichons là. Mais… je stoppe ma progression devant la plaque d’un marbre rose où sont gravés un nom et deux dates… Mon accompagnant me regarde avec insistance. Alors… je baisse les yeux pour ne pas lui montrer mes larmes… et laisse juste tomber…
Il me manque trop…