| n° 23263 | Fiche technique | 9373 caractères | 9373 1548 Temps de lecture estimé : 7 mn |
01/09/25 |
| Présentation: Une petite brochure sur une activité peu réputée et souvent mal aimée. | ||||
Résumé: Certaines personnes regardent vers le haut, vers le ciel et la lumière, d’autres regardent plus bas, vers la terre et ses entrailles, armées de pioches, de pelles et de barres à mine. | ||||
Critères: #article | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
Une petite brochure sur une activité peu réputée et souvent mal aimée. Bonne lecture :)
Certaines personnes regardent vers le haut, vers le ciel et la lumière, d’autres regardent plus bas, vers la terre et ses entrailles, armées de pioches, de pelles et de barres à mine.
Des tunnels, il y en a des tas de variétés, des courts, des longs, des étroits, des larges, des clairs, des sombres, des mous, des durs… on pourrait continuer longtemps cette énumération. Bien sûr, nous les Tunneliers, nous avons parfois nos préférences. Certains collègues adorent patauger dans la boue, d’autres sont des maniaques hygiéniques du clair et net, à tel point qu’on pourrait manger sur le sol. Et bien sûr, entre ces deux extrémités, il existe bien des nuances et des variantes.
Rien n’est totalement noir ou blanc.
Un tunnelier n’est pas un mineur. Un mineur pioche pour accaparer les richesses de la terre. Un tunnelier visite les entrailles de la terre. Son plaisir réside dans la visite, l’exploration, pas dans les pépites d’or qu’il peut éventuellement trouver. S’il en trouve…
Mais l’un n’empêche pas l’autre…
Au tout début, les Tunneliers agissaient chacun dans leur coin, puis un beau jour, un Tunnelier parmi tant d’autres décida de confédérer tout ce petit monde (du moins, une partie) afin de faciliter la diffusion de l’information et de l’expérience. Car souvent, il faut de nombreuses années pour qu’un Tunnelier soit réellement efficace. Avant, il apprenait sur le tas, ou plutôt dans le tas, avec malheureusement divers ratages, dont certains peuvent être fatals (ou fataux, terme assez vieilli).
Apprendre par soi-même, c’est très bien.
Être guidé par des personnes expérimentées, c’est mieux.
Très vite, a été mis en place un système de compagnonnage dans lequel les Anciens guident les Néophytes, à condition que tous respectent les règles du jeu. Les manquements délibérés peuvent être sévèrement châtiés, dont la pire reste l’ostracisme avec oubli délibéré de la personne délictueuse : elle n’existe plus aux yeux des autres, une sorte de damnation éternelle comme antan quand on supprimait le nom des fautifs, y compris ceux gravés dans la pierre.
L’Égypte des Pharaons pratiquait beaucoup la damnation éternelle, et les Romains aussi, y compris envers certains de leur Empereurs, mais ça n’a pas toujours bien fonctionné puisqu’on connaît quand même leurs noms et ce qu’ils ont pu faire.
En général, le compagnonnage fonctionne par binôme avec un Tunnelier qui sait et l’autre qui sait moins. Dans certaines contrées, par manque de personnes ayant de l’expérience, il n’est pas rare que le ratio soit de un pour cinq, voire de un pour dix, ce qui oblige à une certaine collégialité et un partage parfois intense des ressources.
En préambule, nous avons parlé de ceux qui sont armés de pioches et de barres à mine. Mais il existe bien d’autres outils, du petit piolet en passant par le marteau-piqueur. Des masochistes évoquent la petite cuillère…
Certains, plus rares, utilisent des explosifs, ce qui demande un énorme doigté, car si les substances détonantes permettent souvent d’avancer vite, la grosse contrepartie reste l’éboulement qui peut s’avérer problématique, voire mortel.
Et à être trop pressé, on devient définitivement compressé…
La barre à mine et la pioche sont de loin les outils les plus utilisés. Efficaces, souvent rapides quand on sait les manier convenablement. Tous les Tunneliers sont initiés à leur maniement, et n’ont leur agrément que s’ils démontrent le bon usage de ces deux outils de base, un peu comme la règle et le compas chers aux géomètres de l’Antiquité et aux loges maçonniques qui n’ont pourtant rien à voir avec ceux qui montent des murs brique après brique.
Il existe bien d’autres outils, la liste ressemble à un inventaire à la Prévert, ou une auberge espagnole, car on y trouve de tout, y compris des instruments auxquels on n’aurait jamais pensé en pareil cas. Parfois, l’imagination des utilisateurs est débordante, ce qui fait partie du charme des Tunneliers.
Comme déjà mentionné, des tunnels, il en existe bien des variétés (tous comme des outils).
Avant tout critère, ceux-ci possèdent un niveau de difficulté allant de 1 à 5, du plus facile au plus ardu, le nombre 3 étant une difficulté moyenne, comme les étoiles qu’on découvre souvent sur les sites du web. Certains adeptes préfèrent augmenter le nombre de niveaux, certains proposant une échelle de 1 à 9 (avec 5 comme nombre moyen), mais la plupart des Tunneliers acceptent l’échelle classique de 1 à 5, quitte à parler parfois d’un niveau 3,5 (c’est-à-dire entre le 3 et le 4).
Les débutants sont conviés à explorer les divers types de tunnels de niveau 1, avant d’accéder au niveau suivant. Il convient d’éviter de mettre la charrue avant les bœufs. Aller trop vite peut réserver de mauvaises surprises dont on n’a pas idée quand on commence.
Une fois le niveau validé, c’est alors que les critères s’invitent au bal, comme Mou/Dur, allant aussi de 1 à 5, 1 étant le mou et 5 le dur avec des consistances intermédiaires.
Certains Tunneliers contestent l’orientation de l’échelle, comme Large/Étroit, préférant parler d’Étroit/Large. En général, l’ordre des deux attributs est le fruit qu’un consensus, sachant que le premier terme est généralement le plus facile et le second le plus difficile. Dans le cas Large/Étroit, il faut reconnaître qu’il est plus facile d’explorer un tunnel qui est large qu’un tunnel qui est étroit.
Voici ci-dessous quelques couples d’attribut :
Il existe d’autres couples, mais trop de critères tuent les critères. C’est surtout dans ce domaine qu’on constate des variations dans les divers groupes ou écoles, chacune y allant de ses petites spécificités pour ne pas ressembler aux autres.
Il n’est pas rare qu’un même tunnel (avec ses critères) soit catalogué dans 3 niveaux différents de difficulté en fonction de l’avis de diverses personnes. Un tunnel Mou-Boueux est-il plus difficile qu’un tunnel Dur-Propre ? Bonne question.
Pour remédier à ce souci, On voit parfois le niveau accolé au critère, comme Mou2 avec un Propre4. C’est souvent le premier terme qui est usité. Parfois, ce sont les deux initiales. Ainsi un Mou/Dur sera requalifié en MD. Ce qui est moins lisible à prime vue pour les Tunneliers qui en sont encore au début. Mais une fois de plus, ceux qui « savent » abusent de ce genre de technolecte afin de rester un tantinet obscur aux yeux des profanes. C’est une tendance qu’on rencontre dans tous les métiers, dans toutes les confréries.
Le degré du niveau est parfois subjectif. Est-ce un trois ou un quatre ? Ne serait-il pas mieux d’évoquer un trois et demi ? Néanmoins, on assiste en général à une convergence des appréciations. Tout comme les films. Un navet ou un nanar sera rarement crédité de cinq étoiles sur cinq.
Quoique parfois, les spectateurs sont tellement écroulés de rire que la note remonte.
Explorer un tunnel est une action très ludique, bénéfique, magnifique. Mais certains tunnels sont difficiles d’accès, voire inexploités, tandis que d’autres bénéficient carrément de panneaux indicateurs et de parkings.
Lesquels sont les mieux ? Bonne question !
C’est un peu comme pour les plages. Un bord de mer balisé n’est pas forcément synonyme de foule qui se marche sur les pieds. Et quand la plage est large et profonde, la proximité est aérée, à l’image des plages de la Côte d’Opale qui proposent des kilomètres de sable, aussi bien en long qu’en large, contrairement à certains endroits du Sud où la zone sableuse est si réduite qu’on arrive à peine à étaler sa serviette.
Quand il y a du sable…
Un Tunnelier averti sait, c’est instinctif chez lui, à la fois que façon acquise et innée. À l’image du choix d’un melon. Certains réussissent à chaque fois, et d’autres se vautrent lamentablement, bien qu’ils appliquent tous les trucs et astuces qu’ils connaissent sur le bout des doigts.
Et puis, il serait indécent de révéler ainsi certains secrets…
Il y aurait encore bien des choses à mentionner, à relater, mais on ne demande pas à une brochure d’être l’équivalent d’une encyclopédie en plusieurs volumes, ou (pour ceux qui se souviennent) du Quid (ouvrage initié par les Frémy à partir des années 1960, qui aurait dû être fourni à l’époque avec une loupe, tant c’était écrit petit).
Néanmoins, ce court texte vous aura donné une petite idée générale.
Maintenant, chers (futurs) Tunneliers, je vous convie à vous lancer dans votre activité favorite. Que la belle Barre à mine vous soit profitable, ainsi que la puissante Pioche !