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Temps de lecture estimé : 34 mn
16/08/25
Présentation:  Cette petite histoire se déroule aux États Unis d’Amérique, au début des années 60.
Résumé:  Bonjour à tous, je m’appelle Timothy, prénom qu’on abrège souvent en Tim. Il y a à peine un an, je suis arrivé dans ce quartier banlieusard d’une ville perdue nichée au cœur du continent américain.
Critères:  #nonérotique #romantisme jeunes #USA
Auteur : Patrik  (Carpe diem diemque)            Envoi mini-message
Une chipie inintéressante

Cette petite histoire se déroule aux États-Unis d’Amérique, au début des années 60. J’ai testé avec ce texte une nouvelle façon de mettre en place un récit. Bonne lecture :)




Nouveau quartier



Bonjour à tous, je m’appelle Timothy, prénom qu’on abrège souvent en Tim. Il y a à peine un an, je suis arrivé dans ce quartier banlieusard d’une ville perdue nichée au cœur du continent américain, à la suite de la double promotion de mes parents, des universitaires qui avaient besoin de calme.


Entre Washington DC et ici, c’est… comment dire… pas du tout la même chose !


Cependant, la rue est animée par les chamailleries de Suzie Anderson et Kevin Lovell (qui ont tous les deux mon âge, et qui habitent en face de chez moi, l’un à côté de l’autre), et ce (les chamailleries), presque depuis le berceau. Comme on le dit plus vulgairement, ils se cherchent mutuellement des poux sur la tête, mais pas de la même façon. Kevin agit souvent comme un véritable gamin qu’il n’est plus depuis pas mal d’années, il en est resté au stade du pipi-caca-prout. Suzie est plus sophistiquée dans ses vacheries, ayant pour habitude de rendre au triple ce qu’on lui a fait en mal.


Il ne se passe pas un jour (ou quasiment) sans qu’il y ait une altercation dans l’air. On va dire que ça met de l’animation.


Les Anderson sont une famille très classique avec trois enfants : Peter, Suzie et Deborah, dans l’ordre croissant d’âge. Suzie est une jeune fille, Deborah est une jeune femme, c’est la grosse nuance entre ces deux sœurs qui se ressemblent beaucoup. Quant à Peter, c’est encore un gamin.


Chez les Lovell, c’est un peu plus simple : deux garçons, Andrew et Kevin, toujours dans l’ordre croissant d’âge. Mais les deux garçons sont très différents, le premier ressemble à sa mère et l’autre à son père. Le couple Lovell est assez… comment dire… curieux, bizarre, mais il est finalement l’un des plus stables du quartier.


Tandis que je suis venu rendre en face un presse-purée à manivelle (le dernier summum technologique du coin), la mère de Kevin est en train de m’expliquer à sa façon la situation :



Ma voisine d’en face se met à rire :



Elle devient soupçonneuse :



Et parfois un peu plus que doctrinale, mais je préfère me taire afin de ne pas être pris pour un pervers qui en sait trop à son âge. La mère de Kevin hoche la tête :



Elle s’exclame :



C’est bien la première fois que la mère de Kevin se confie de la sorte au jeune homme que je suis. Son couple fonctionne plutôt bien, même si j’ai parfois l’impression que c’est l’alliance de la carpe et du lapin… Mais s’ils sont heureux ainsi…




Suzie



Ce matin, je pars relever le courrier dans la boîte aux lettres, le petit drapeau m’indiquant qu’il y a quelque chose pour nous. Me voyant sortir de chez moi, Suzie traverse posément la rue dans ma direction. Je discute souvent avec elle. Une fois de plus, elle est en rogne envers son voisin (Kevin, bien sûr) :



Elle me regarde curieusement :



Lettres en main, je réplique pragmatiquement :



Elle me scrute :



Non, je ne suis pas vraiment direct, sinon j’aurais sans doute dit autre chose. Suzie m’évite de répondre en reprenant aussitôt la parole :



Tout en regardant qui nous a envoyé du courrier, je confirme :



J’entends distinctement les rouages de mon cerveau se mettre en action afin de proposer une solution à cette question. D’un ton que j’essaye d’être le plus neutre possible, je propose placidement à ma voisine :



Suzie pose son index contre son menton, sous sa lèvre :



Puis elle se ravise partiellement en me regardant fixement :



Je réponds de façon ambiguë :



Elle se met à rire :



Je me défausse en proposant :



C’est à mon tour de regarder fixement cette jeune fille qui me plaît, mais que je ne savais pas comment aborder, vu sa fixette sur son voisin :



L’adage latin dit « audaces fortuna juvat » (la fortune sourit aux audacieux), comme le disent doctement mes parents qui connaissent par cœur la liste de tous les Papes et de tous les empereurs romains, mais qui sont incapables de citer un tiers des États des USA !


Mais c’est bien la première fois de ma brève existence pourtant assez mouvementée que je décroche un rendez-vous avec une jeune fille de cette façon !




Au ciné



Comme convenu, assez fébrile, je viens chercher Suzie chez elle à l’heure convenue hier. J’ai droit à une petite surprise quand la porte s’ouvre :



Suzie rosit légèrement. Spontanément, elle capture mon bras (je n’en demandais pas tant) :



Puis elle ajoute à voix basse :



Empruntant la voiture de ma mère qui est l’une des rares femmes du coin à posséder son permis (ce qui peut paraître paradoxal, sachant son enfermement dans les siècles lointains), nous arrivons bien vite sur le parking du cinéma local, celui-ci disposant de plusieurs salles.


En regardant les affiches, Suzie s’exclame :



Je montre du doigt une partie de l’affiche écrite en tout petit :



Elle est perplexe, je développe :



Elle reste momentanément interdite, mais ça ne dure pas bien longtemps. Un peu embrouillée, elle rétorque en faisant de grands gestes :



Elle se contente de rire. Au guichet, j’achète deux billets, puis un peu plus loin, un pot de pop-corn avec deux boissons. Ensuite, les mains assez occupées, nous nous installons dans la bonne salle de spectacle.




Au Wimpy



Soyons honnêtes, durant la projection, il ne s’est pas passé grand-chose entre Suzie et moi. De plus, malgré sa longueur, le film était prenant. Lors de certains passages assez épiques, par deux fois, Suzie a pris spontanément ma main pour la serrer bien fort en fonction des péripéties qui se jouaient sur le grand écran. La seconde fois, j’avoue que j’ai gardé sa main un peu plus longtemps que nécessaire…


Mais elle n’a rien dit.


Une fois dehors, au soleil, je propose qu’on aille à pied jusqu’au Wimpy.



Ce que nous faisons peu après, tout en discutant du film que nous venons de voir. Chemin faisant, j’ai l’impression d’être surveillé, d’être espionné. Mais je ne vois personne qui serait susceptible de le faire. Dans le fast-food, nous nous installons un peu sur le côté, puis nous parlons du film que nous venons de voir. Comme d’habitude dans ce genre d’enseigne, la commande arrive vite.


Tout en continuant à discuter, nous mangeons. Visiblement, Suzie est animée, la sortie lui plaît vraiment, et elle ne s’en cache pas. De plus, elle est vraiment mignonne dans sa robe légère. Je sais que Suzie n’est pas moche, mais je sais aussi qu’elle n’est pas une spécialiste pour se mettre en valeur. Mais à quoi est due cette métamorphose ?


Peut-être a-t-elle demandé de l’aide à sa grande sœur Deborah, celle qui se mariera dans quelques mois. À bien y regarder, Suzie possède un très léger maquillage, pas grand-chose, mais bien appliqué. Je me demande alors combien de garçons ont pu sortir avec elle. Peu importe, c’est avec moi qu’elle est aujourd’hui !


Notre conversation est en train de prendre une tournure assez particulière : je suis en train de comparer l’épouse idéale à une abeille, une idée un peu saugrenue qui m’est venue à l’esprit, il y a quelques semaines.



Je n’avoue pas à Suzie le côté industrieux de cet insecte. Je ne suis pas un adepte de la femme au foyer en train d’élever la marmaille, mais je ne suis pas non plus partisan des princesses qui se la coulent douce, croyant que tout leur est dû. Non, les tâches doivent être équitablement réparties, même si certaines ne sont pas gratifiantes, comme faire la vaisselle. Ce n’est pas ça qui va tuer ma virilité. Mais je sais que pas mal d’hommes pensent le contraire.


Soudain Suzie s’exclame :



Ça, c’est le cri du cœur ! Je préfère orienter la conversation autrement :



Sans lâcher son hamburger, ma fausse petite amie me regarde droit dans les yeux :



Nous continuons à discuter, le courant passe vraiment bien entre nous, comme si tout était évident. Mais je sais au fond de moi que les bases sont spécieuses, faussées. Je ne fais que jouer un petit rôle dans le long antagonisme entre Suzie et Kevin.


Mais j’essaye de ne pas trop y penser, je préfère de profiter du moment…


« Carpe diem », diraient mes érudits de parents.




De retour



Il commence à se faire un peu tard. Il ne faudrait pas que ma fausse petite amie ait des soucis avec sa famille, même si je m’entends assez bien avec ses parents. Sur le chemin du retour, dans la voiture, je demande :



Elle me jette un petit regard en coin :



Je raccompagne Suzie jusqu’au seuil de sa porte. Sa maison est un peu plus renfoncée que celle de Kevin, juste à côté, séparée par une palissade en bois blanc et deux bandes de terrain. À ce propos, toutes les maisons du voisinage semblent avoir été faites selon le même moule, y compris la mienne.


Tandis que nous sommes debout, face à face, sous l’auvent, Suzie demande en catimini :



Intrigué par cette dernière phrase, je demande :



Suzie a un petit geste de dédain :



Elle sourit :



À la suite de cette proposition de ma part, Suzie est un peu fébrile :



Puis, affichant un large sourire, j’ajoute :



Je présente mon dos à la fenêtre d’où nous observe son voisin d’enfance, puis, avec une lenteur calculée, je me penche sur ma fausse petite amie qui tremble un peu. Elle est rassurée quand mes lèvres viennent se poser sur son menton. Pour Kevin, l’illusion doit être parfaite.


Dommage que je n’aie pas pu viser un peu plus haut, mais je m’en contenterai. Nous avons pu aller au ciné, puis au Wimpy, nous avons bien discuté, c’est déjà pas mal.


Brisant le charme, Suzie dit soudain :



Avec regret, je me redresse :



Elle me regarde durant quelques secondes, puis elle rompt le silence :



Je me penche sur elle, pour l’embrasser furtivement et délicatement sur ses lèvres rosées. Quand je me redresse, je lui dis :



Momentanément, elle ne sait plus quoi dire. Momentanément, car ensuite, elle lâche d’une voix qu’elle essaye d’être ferme et amusée :



Sans rien dire, elle ouvre la porte, elle entre à l’intérieur, mais quand elle referme, je constate qu’elle me regarde à travers l’entrebâillement durant quelques secondes avant de refermer. Je crois avoir distingué un petit sourire sur ses lèvres que j’ai embrassées.


Pour ma part, tandis que je traverse lentement la rue, je me demande franchement si j’en ai fait trop ou pas assez. J’espère simplement que ça ne va pas m’empêcher de dormir.




Kevin



Le lendemain, ça ne loupe pas, Kevin m’aborde directement :



On dirait que je viens de marquer un gros point, car il a du mal à trouver une riposte :



Kevin n’a jamais été très fortiche en logique pure et dure. À moitié amusé, je rétorque :



Je reconnais avoir volontairement formulé ma réponse ainsi. Assez hésitant quant à la suite à donner, il s’étonne :



Je me moque ouvertement :



Mains dans les poches, il ricane :



Grammaticalement, je lui fais remarquer un point de détail important :



Il se récria aussitôt, peut-être un peu trop vite et trop ostensiblement pour être honnête :



En ce qui concerne les filles, c’est chacun pour soi, et ce, depuis la nuit des temps. Si j’ai une chance, je ne vais certainement pas la laisser passer. Sa réponse me convient très bien, même si je pense qu’il me ment. Je souris :



Puis nous nous quittons, chacun allant dans sa direction.




Un midi sur le fil



À l’heure du midi, je croise Suzie. Je lui explique que son voisin d’enfance a voulu avoir des explications. Je lui relate notre conversation, mais de façon plus soft. Quand j’en ai terminé, Suzie fronce des sourcils :



Faisant une furtive grimace, elle dit :



Ça ressemble à un lapsus, cette réponse ! Suzie soupire longuement. Quand elle en a fini, je demande :



Je m’étonne :



Je rectifie le tir :



Afin d’éviter un silence gênant entre nous, je rassemble mon courage :



Elle reste muette et figée durant quelques secondes. Un peu inquiet, je demande au bout d’un certain temps qui m’a paru longuet :



Indifférente aux gens qui nous croisent et dépassent, elle me regarde :



Je sens qu’il va falloir que je me mouille un peu plus :



On dirait qu’on avance dans la bonne direction. Je fais remarquer :



Une ombre d’étonnement s’affiche fugacement sur son mignon visage :



C’est sorti tout seul, sans effort. Elle ouvre des grands yeux :



Ma fausse petite amie et peut-être future vraie petite amie reprend contenance :



Je soupire abondamment :



Effarée, elle semble tomber des nues :



Elle ne répond rien, elle se contente de grimacer. Je continue sur ma lancée :



Je déballe mon ressenti :



Suzie s’exclame :



Dans la vie, il faut savoir faire un grand pas en avant de temps à autre :



Elle s’abîme dans ses pensées, puis elle lève la tête :



Ah zut, j’aurais dû demander un peu plus, mais commençons avec ce que je viens d’obtenir.




Juste un répit



Au début, je plane sur mon petit nuage. Mais lentement mais sûrement, la gravité reprend ses droits et mes pieds retouchent la terre ferme au bout de quelques jours. Car si Suzie joue assez bien le jeu, je sens qu’elle est souvent ailleurs.


De temps à autre, elle regarde furtivement si un certain Kevin ne serait pas dans le coin. Quand il est absent, elle reste sage. Quand il est présent, elle l’est un peu moins, ce qui me permet de l’embrasser et de la serrer dans mes bras, mais je sens bien qu’elle reste absente.


Et croyez-moi, c’est frustrant, même si j’en profite quand même un peu.


Je multiplie les sorties, les endroits, les attentions. Elle reconnaît elle-même que je suis gentil, adorable (d’après ses dires), mais elle est toujours absente, l’impression d’être avec un fantôme qui est là à côté de moi sans être là.


Ce qui n’arrange rien est la quasi-omniprésence de Kevin. Il n’est pas toujours en train de nous surveiller, il y a des exceptions, mais il rôde très souvent dans les parages. Et même quand il n’est pas là, je ressens sa présence virtuelle. Quelquefois, je me demande comment il fait pour réussir à nous retrouver. J’en viens à me demander si ce n’est pas Suzie qui le renseigne.



Une seule fois ? J’ai des doutes, car, par deux fois, j’avais dit à Suzie qu’on irait à l’endroit A, et à la dernière minute, j’ai opté pour le B. Et là, curieusement, pas de Kevin dans les parages !


Néanmoins, j’offre le bénéfice du doute à Suzie, car je sais que Kevin ne déteste pas tout ce qui a trait à l’espionnage. En témoigne un gros entonnoir enfoncé à l’extrémité d’un tuyau d’arrosage placé dans un arbre proche de la chambre de ma fausse petite amie. Le tout de couleur verte pour que ça ne se remarque pas. Par amusement, j’ai hurlé un bon coup dans l’entonnoir avant de démonter le tout.


Depuis, je vérifie s’il n’y a rien d’étrange dans cet arbre ou ailleurs, car je pense que Kevin n’est pas du genre à baisser très rapidement les bras.


Tout n’est pas négatif dans l’histoire, puisque j’ai la bénédiction de la famille Anderson. Souhaitant me donner un coup de pouce, Deborah me conseille de temps à autre, me donnant diverses infos sur sa sœur :



Puis elle me tapote dans le dos :



Mais finalement, jour après jour, la situation reste bloquée : Suzie apprécie ma compagnie, mais sans plus…




Dans un petit parc



Un peu déprimé, je suis dehors, dans le petit parc, assis sur un banc face au petit lac en forme de fève, en train de songer à ma relation bancale avec Suzie. Bon, je ne suis pas trop resté sur ma faim puisque j’ai pu l’embrasser plusieurs fois, j’ai pu aussi la caresser, la peloter, et même glisser une main sous son pull.


Mais j’aurais aimé un peu plus, beaucoup plus…


Soudain, je vois apparaître dans mon champ de vision Deborah qui revient sans doute de son boulot. Me voyant, elle se dirige droit sur moi. La grande sœur de l’élue de mon cœur s’assied posément à côté de moi, et sans prévenir ni dire « bonjour », elle balance hardiment :



Se calmant un peu, elle sourit :



Elle me regarde d’un air assez attristé :



Toujours assise à côté de moi, elle regarde le petit lac qui scintille sous le soleil :



Sans trop réfléchir, je réponds :



Elle se met à rire :



Ses paumes sur le rebord du banc, Deborah soupire :



Sans avertir, elle change de sujet :



J’incline le buste vers ma voisine :



Je pivote posément vers Deborah :



Elle hausse les sourcils :



Intriguée, Deborah penche un peu sa tête vers moi :



Elle respire un grand coup :



La grande sœur se met à sourire :



Je dévisage posément ma voisine de banc :



Elle rit doucement :



La voix de Deborah devient un peu plus dure :



Je respire un grand coup, puis j’enchaîne tout en la regardant :



Puis nous devenons silencieux tous les deux.




Sept ans



Sept ans se sont écoulés, sept ans de réflexion diront certaines personnes influencées par un certain film. Après cette discussion avec sa grande sœur, j’ai très vite laissé tomber, pour Suzie, c’était une voie sans issue, ou pour parler comme les prédicateurs qui pullulent dans le coin : « une voix dans le désert ».


Moins d’un mois après ma conversation avec Deborah, j’ai changé d’endroit pour mieux continuer ma vie ailleurs. Je suis parti sur la côte Ouest, pas loin de Los Angeles, bénéficiant d’une opportunité pour travailler dans un secteur prometteur : les machines automatiques, avec des tas de cadrans à aiguilles et de boutons qui clignotent.


Malgré mon éloignement, je reviens assez souvent voir dans la ville où habitent toujours mes parents, Suzie, Kevin et leurs familles. Merci les avions. Et quand je reviens, je suis accompagné par ma femme. Eh oui, je me suis rangé. Nous n’avons pas encore d’enfant, mais nous commençons à y songer sérieusement. Même si on nous le reproche en termes voilés, nous avons préféré profiter de la vie avant.


Je reviens en arrière, sept ans en arrière.


Quatre jours après l’épisode du parc, je rencontre à nouveau Deborah. Pour être honnête, je me suis arrangé à croiser son chemin :



Je me jette à l’eau :



Bien qu’un peu surprise, elle se met à rire :



Nous avons pris le bus. Peu après, nous sommes attablés au Wimpy, un endroit que j’ai assez souvent fréquenté avec Suzie ces derniers temps.



Elle ôte la paille de sa bouche pour s’exclamer :



J’affiche un sourire :



Nous avons ensuite parlé de tout et de rien. Elle m’a confié quelques-uns de ses rêves et autres envies. Elle a envie de vivre, mais sans que ce soit fatalement des folies, juste être heureuse, sans caresser l’espoir souvent vain d’être actrice ou chanteuse, contrairement à bien des jeunes femmes de son âge. De mon côté, je lui explique ce que serait ma vie là-bas, à l’autre bout des USA, version Pacifique.


Une semaine plus tard, je croise à nouveau la grande sœur de Suzie. Elle devine tout de suite la raison qui m’amène vers elle :



Elle est visiblement contente pour moi :



Deux minutes plus tard, nous sommes assis sur le même banc du petit parc. Elle me demande fébrilement :



Haussant les sourcils, la grande sœur s’étonne :



Assez intriguée, elle me demande :



La regardant dans les yeux, je me rejette à l’eau :



Complètement muette, elle me contemple avec des grands yeux ronds. Je précise :



Elle est abasourdie :



Je reconnais que je fais fort. Mais avant de me lancer, j’ai pesé le pour et le contre maintes fois avant de me décider. Et puis, comme je vais partir très loin, trop loin, autant essayer ce genre de folie. On ne vit qu’une seule fois, il me semble, et les bonnes opportunités sont finalement assez rares.


Ce moment très spécial sera sans doute gravé définitivement dans ma mémoire. Je sais que je me souviendrai aussi très bien du regard que me lance actuellement Deborah, un étrange mélange de sentiments, de sensations, mais je n’y lis pas de la peur ou de la crainte.


Et attendre sa réponse est une longue torture pour moi, même si ce ne sont que quelques secondes d’attente…


Une attente infernale !


Rien qu’un simple mot : oui ou non.


Sept ans, c’est à la fois si proche et si lointain.


Ah oui, j’oubliais : bien que sept années se soient écoulées, bien que Kevin ait pu croiser le chemin de diverses femmes (enfin) intéressantes, que Suzie en ait fait de même avec des hommes plutôt bien, ces deux-là continuent toujours à se tourner l’un autour de l’autre, tel un mouvement perpétuel, une ronde sans fin !


Une petite idée de la notion de grand gaspillage à cause d’une raison pas raisonnable…


Ou dit autrement de façon plus géométrique, deux droites parallèles s’aimaient, mais, hélas, jamais elles ne se rencontrèrent. Néanmoins, « jamais » est un bien grand mot, puisque je ne contemple la chose que sur une durée de sept ans.


Mais moi, entretemps, j’avais trouvé ma petite abeille, ma femme parfaite. Au fait, chez les anciens Hébreux, devinez comment on dit « abeille » …