| n° 23245 | Fiche technique | 8081 caractères | 8081 1400 Temps de lecture estimé : 6 mn |
13/08/25 |
Résumé: Un défi : utiliser quatre mots tabous – cyprine, foutre, mouille, sperme – à tire-la-rigole… Suis-je crédible ? Ai-je un avenir ici ? | ||||
Critères: #humour #chronique | ||||
| Auteur : Maryse Envoi mini-message | ||||
Une petite histoire rigolote, inspirée d’un échange un brin loufoque sur mon incapacité à manier les mots c…, f…, m… et s….
Un exercice d’autodérision – peut-être même une auto-thérapie, pour reprendre le terme que l’on m’a suggéré.
Capable ou incapable ? Telle est la question.
À vous d’en juger.
Prise de conscience
Je crois que j’ai compris que j’avais un problème le jour où, à la boulangerie, j’ai demandé d’une voix timide :
Dans les yeux du boulanger, j’ai vu quelque chose monter… puis jaillir. Pas un simple rire, pas du sarcasme. Non : un geyser, intarissable, qui m’a submergée. Et hop, tout a disjoncté. Black-out. Je me suis retrouvée dans la rue. Sans pain. Depuis, je n’en mange plus et je prétends être cœliaque.
Mais ce n’était qu’un début.
Au travail, pendant une réunion, le chef a lancé :
Et moi, rouge comme une pivoine, baissant les yeux sur mon écran, comme si j’avais été surprise en train de me… enfin, vous savez… allongée sur mon lit, chemise de nuit remontée à la taille.
Une autre fois, battant des blancs en neige, une amie me dit :
Et là, mon cerveau a buggé. Plus de copine, plus de cuisine, juste moi recouverte de… cette chose… translucide et gluante… produite par un truc long et dur qui… bref. La noyade. L’asphyxie. Et le glas qui sonnait. Un mot inconnu qui me traversait : beurkkake1… Paix à ma pudeur.
Puis au yoga, la prof parlait de « fluidité, laisser couler l’énergie », et moi, de surenchérir sans même m’en rendre compte :
Silence. Hoquets. Regards éberlués. Je suis rentrée en courant chez moi pour chercher la signification exacte de ce mot, « cyprine », totalement inédit. Le dictionnaire m’en est tombé des mains et m’a écrasé l’orteil. Ce qui en coulait… ce n’en était pas.
Bref, ma vie sociale était devenue un champ de mines lexicales. C’est ce qui m’a conduite chez le psy.
La thérapie
Le psy m’a tendu une feuille et un stylo avec un sourire inspiré, raide comme… – ah non, ça ne va pas recommencer, pas ici – comme un i.
J’ai cru qu’il plaisantait. Mais non ! C’était du sérieux. Pas de la cruauté professionnelle.
Selon lui : me guérir du mal par le bien.
J’ai pris le stylo, les mains moites, le cœur tambourinant.
« Bon, allons-y », me dis-je.
J’écrivis lentement, bafouillant dans ma tête : La… la cyprine… c’est un liquide… enfin, féminin… qui… mouille.
Pause. Respiration. Tentative de refroidir mes joues en fusion.
Puis, le sperme, c’est… un fluide… produit… par le corps masculin, pour… foutre la femme enceinte.
À chaque mot, je sentais qu’un volcan me poussait sur la peau, et qu’un cratère, béant comme une bouche goulue prête à… – signe de croix précipité – m’engloutisse sur-le-champ. Je m’attendais à ce que la terre s’ouvre sous mes pieds.
Le psy hochait la tête, impassible, notant sur son carnet je-ne-sais-quoi.
Alors, j’ajoutai, tremblante, en nage : Parfois, la mouille… enfin, l’humidité… peut être embarrassante… surtout quand on ne sait pas quoi en faire.
Je lui tendis ma feuille sans oser croiser son regard.
il la lut, puis m’offrit un sourire satisfait :
Oui. Mais je me jurai de ne plus jamais écrire un texte avec ces mots. Même sous la torture.
La libération
Quelques jours après la séance, je sentais que quelque chose avait changé.
Miracle de la thérapie.
Je pouvais presque prononcer ces mots sans m’étouffer. Enfin, presque.
Le déclic vint lors d’un déjeuner de famille. Mon cousin racontait ses exploits de pêche, en gesticulant avec force détails épiques : la canne longue et flexible, se courbant puis se redressant, le filament translucide et enfin le poisson gobant en frétillant.
Il n’en fallait pas plus pour déclencher une impulsion soudaine, aussi courageuse qu’incertaine.
Me voilà à déclamer, en butant sur certains mots :
Mes joues brûlaient, ma gorge se nouait, et la sueur perlait de mon front.
Silence. Un silence lourd, chargé d’ahurissement et de confusion.
Mon oncle laissa tomber sa fourchette dans l’assiette avec un cliquetis sec, comme s’il venait de perdre son sabre dans un duel… ou, disons-le franchement, autre chose après un bon coup de foutre.
Ma tante ouvrit de grands yeux, comme si elle venait de voir un fantôme… ou son amant tout nu, un bouquet de fleurs à la main et une cravate bien trop courte pour seul vêtement.
Mon père déglutit si fort qu’on aurait cru qu’il s’étouffait… ou qu’il retenait un souvenir trop indécent pour le laisser s’échapper.
La cousine en face baissa la tête, le regard plongé dans son assiette… ou peut-être se rappelait-elle un dessert recouvert d’un jaillissement de chantilly un peu trop généreux.
Et là, dans ce silence saturé de gêne, mon petit neveu lâcha, la bouche pleine de purée :
Déflagration. Rire en cascade. Un verre renversé, ma sœur qui pleurait de rire. Mon gendre qui toussait comme si tout lui remontait par le nez. Puis se redressant, sourire fier aux lèvres :
Je souris timidement, les joues encore rouges, mais avec, dans le regard, un éclat de victoire.
Je venais de faire un pas vers la libération. Peut-être même qu’un jour j’oserais écrire un texte qui jonglerait avec les mots cyprine, foutre, mouille et sperme. Et pourquoi pas un poème en alexandrin. Qui sait ?
____________________
NDLR : La narratrice n’a jamais écrit d’histoire où ces quatre mots dégoulinaient à flots. Elle ne s’est pas lancée dans la poésie pour les déclamer en vers… On l’a simplement surprise à hurler à tue-tête, sous l’emprise de l’ivresse (ah, ces fluides enivrants !) une chanson paillarde intitulée : À boire, c’est les boire qu’il lui faut !
Vous pouvez découvrir les paroles en cliquant sur le bouton ci-dessous. Attention, en le faisant, vous certifiez être majeur. e.
À boire, c’est les boire qu’il lui faut !
Refrain :
Cyprine, foutre, mouille et sperme,
Quatre mots qui m’mettent en émoi,
J’les fuis, dans mon lit, j’́m’enferme,
Faut qu’j’soigne ma pudeur, et moi !
Couplet 1 :
J’suis maudite, ils me tourmentent,
Ces quatre mots crus, pas très pieux,
J’peux pas, à ça non, être amante,
Alors j’fuis les dieux… dans les pieux.
(Refrain)
Couplet 2 :
Le psy m’a dit : « Allez, vas-y ! »
J’griffe le papier, stylo-zizi,
Chaque mot m’met tout’en transe,
Et j’pleure ma triste défaillance.
(Refrain)
Couplet 3 :
J’me dis : « Faut bien qu’j’m’y habitue, »
Mais chaque mot m’brûle, me tue,
J’rougis comme une tomate mûre,
Et j’me planque derrière les murs.
(Refrain)
Couplet 4 :
À la taverne, on m’harangue :
« Pour les chanter, sors bien ta langue ! »
Alors j’tremble, le nez dans l’verre,
Et tout l’monde rigole… par terre.
(Refrain)
Couplet 5 :
On m’dit : « t’es pire qu’les’mormons,
Ces mots-là, c’est mieux qu’les sermons ! »
Depuis, j’bois sperme et foutre en cadence,
J’mouille, toute de cyprine en abondance !
Refrain final :
Cyprine, foutre, mouille et sperme,
Quatre mots, mieux que des feux grégeois,
J’les célèbre, main sûre, cul ferme,
Et j’baptise ma pudeur… de joie !
1. ↑ Pour bukkake bien évidemment. Notre narratrice, trop bouleversée pour bien l’entendre, le retint sous une forme toute personnelle.