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n° 23244Fiche technique9952 caractères9952
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13/08/25
Présentation:  J’avais commencé ce texte dans le cadre de la collection "Clichés" mais ne l’avais pas terminé à temps. Je me questionnais sur les "comptables"...
Résumé:  Un comptable tombe sous le charme d’une auditrice et fantasme leur fusion dans les cellules Excel : open space, open cœur, formule torride.
Critères:  #exercice #délire #coupdefoudre #travail fh collègues
Auteur : Samir Erwan            Envoi mini-message
=FUSIONNER.CELLULES(MOI;ELLE)

J’étais arrivé à 08:12 au cabinet comptable, comme chaque matin le premier dans l’open space. Le néon met toujours quelques secondes à clignoter avant de se stabiliser. C’est le seul moment chaotique de la journée. Ensuite, tout s’aligne.


Je commence par mes stylos : bleu, noir, rouge, vert, toujours dans cet ordre. Puis je vérifie mes onglets Excel ouverts la veille, et je relance mon outil de planification prévisionnelle. Silence. Tapis gris. Cloisons semi-hautes. Odeur tiède de la moquette et du plastique des fauteuils. Je connais le nombre de dalles au plafond. 64. Je les recompte parfois pour m’apaiser.


Elle est entrée à 09:47. Pile à l’heure. =SI(ARRIVÉE<=09:50 ; "Professionnelle" ; "Imprévisible")


Je n’aime pas l’imprévisible. Mais il y avait un désordre dans sa précision qui m’a… déséquilibré. Son badge disait Sophie. #NOM ? Je l’ai lu trois fois, trois fois de trop. #DIV/0 ! Je n’ai pas vu à quoi elle ressemblait. Si j’avais levé les yeux, j’aurais vu une silhouette maîtrisée dans un tailleur anthracite, plus cintré que la norme interne ne l’autorise. Une chemise blanche, boutonnée presque jusqu’en haut, sauf un bouton négligemment oublié ou choisi. Des cheveux tirés, attachés en une queue basse, stricte, mais traversée d’un fil rebelle, une mèche tombée sur la tempe. Des escarpins sobres, aucun bruit superflu, chaque pas résonnait dans mon crâne comme un ding de notification. Elle portait des lunettes noires à monture fine, devant un regard qui trie les gens par catégorie.


Si j’avais levé les yeux, j’aurais peut-être reconnu l’architecture de son visage, une symétrie imparfaite, juste assez pour intriguer, mais je suis resté rivé au badge. Sophie. =NB.SI(BADGES ; "Sophie") = 1. Une occurrence suffisante pour déclencher une boucle infinie dans mon esprit, une entrée qui contenait un million de lignes.


Elle a posé un classeur sur mon bureau. Classique, format A4, dos de 8 cm, plastifié brillant. La couverture était légèrement rayée, comme si elle avait été traînée sur une surface rugueuse, négligence rare dans ce genre de dossier. Il portait une étiquette blanche, écrite à la main, une écriture penchée à droite, décidée, presque autoritaire, en lettres majuscules : AUDIT INTERNE – CONFIDENTIEL.


J’ai regardé sa main. Elle avait les ongles courts, sans vernis, avec juste une bague en argent sur l’index gauche. C’était inhabituel, c’est le genre de détail que je note dans un coin de ma mémoire tampon.


Mais ce n’est pas cela qui m’a figé. Il y avait un post-it, un post-it rose collé sur la couverture, en biais, pas centré. In n’y avait pas eu de tentative d’alignement avec les bords du classeur ou de l’étiquette. Il était juste collé là, insolent et rose, une couleur qui n’avait rien à faire dans mon environnement. Ici, tout est blanc, gris, bleu. Ce rose, c’était une anomalie, un bug visuel. =SI(COULEUR="Rose" ; ALERTE ; "")


Je suis resté silencieux, mais, à l’intérieur, j’avais déjà créé une variable pour ce post-it, une cellule mentale réservée à son analyse comptabilisant sa texture, son angle, sa position. Le post-it portait un mot, une consigne. Mais je n’ai pas osé le lire tout de suite. Je voulais que la tension dure un peu plus longtemps. Je voulais différer l’exécution de la commande.



Le mot interne a vibré un peu trop dans l’air sec du bureau que je garde toujours à 21 degrés, c’est la température optimale selon plusieurs études. Mais là, soudain, quelque chose chauffait, peut-être le chauffage central, peut-être non.


J’ai dégluti. Une opération simple, mécanique, mais ma gorge semblait avoir réduit sa bande passante. Ma chemise, repassée le matin même, commençait à coller légèrement dans mon dos. Transpiration de surface, rien d’alarmant, mais inhabituelle. =SI(TRANSPI=OUI ; "Analyser l’origine" ; "Ignorer")


J’ai tendu la main vers le classeur et l’ai ouvert avec la solennité d’un grand prêtre en train de consulter une archive sacrée. Les pages intérieures étaient impeccables, tableaux soigneusement imprimés, bordures fines, lignes alignées, un dégradé de gris élégants, parfois une touche de bleu, des graphiques à secteurs, des histogrammes, des tableaux croisés dynamiques.


Et là, au milieu, un nouvel élément parasite glissé exprès dans une réunion trop sérieuse : un autre post-it rose. « Page 6. Privé. » à l’écriture fine, à l’encre. Le « P » de Page légèrement bouclé, le « 6 » souligné d’un trait discret. Ce n’était pas un ajout fonctionnel. C’était un message codé en clair.


Je n’ai pas tourné la page immédiatement. J’ai refermé le classeur lentement. J’ai enfin relevé les yeux vers elle. Elle me regardait déjà comme si elle avait prévu mon rythme, comme si tout ceci n’était qu’une suite de fonctions qu’elle avait écrites d’avance.


=SI(OBÉIR="OUI" ; ALLER_À(Page6) ; ATTENDRE)


J’ai cliqué sur moi-même intérieurement, réflexe automatique, comme lorsqu’on appuie sur « Enregistrer sous » sans vraiment savoir ce qui a changé. Une vieille macro s’est déclenchée. Je croyais l’avoir désactivée il y a des années. Elle ne portait pas de nom, juste une séquence oubliée, tapée un soir de solitude.


Des fragments sont remontés. Une sensation dans la cage thoracique, une tension derrière les yeux, quelque chose qui ne passait pas par le langage ni par les chiffres. =SI(ÉMOTION>0 ; "Ignorer" ; "Traiter plus tard")


Mais cette fois, ça ne passait pas.


=SOMME(DÉSIR : INCONTRÔLABLE)


#VALEUR !


Erreur de type. Incompatibilité de données. J’ai voulu la corriger, mais la cellule était verrouillée. Impossible de modifier. Impossible de revenir à la version précédente.


Je suis resté là, à écran ouvert, classeur fermé, cœur mal trié.


Elle s’est approchée de mon écran. Trop près pour que je continue à faire semblant de lire. Son parfum était discret, sec et boisé, comme une archive ancienne qu’on ouvre après des années. J’ai senti son souffle effleurer ma nuque. Mes poils se sont dressés, un à un, comme des cellules en surbrillance.


Pas d’erreur système. Pas de surcharge. Juste une mise à jour.


=AJUSTER.COLONNE(PULSATIONS)


Impossible. Il y en avait trop. Les battements débordaient la grille. Inclassables.



Sa voix, si proche que je pouvais presque en sentir la vibration à travers mon col de chemise. Je crois que j’ai souri, une expression mal formatée, une tentative de réponse humaine dans un contexte non prévu.


=SI(AFFICHER.ÉMOTION=VRAI ; "Sourire" ; "Erreur de syntaxe")


Ma mâchoire a voulu dire quelque chose, mais aucun mot ne s’est validé, juste un tap-tap-tap discret dans ma poitrine. Et une formule apparue sans que je la tape :


=SOMME.SI(REGARD="Intense" ; DÉSIR ; "Croissant")


Elle a ouvert le classeur à la page 6. Un tableau de dépenses. Je me suis penché par réflexe. La lumière artificielle du plafonnier faisait briller légèrement le papier glacé. Colonnes bien droites. Lignes régulières. Tout semblait normal. Mais non.


Quelque chose clochait. Les intitulés n’étaient pas conformes. Déplacement, Restauration, Prestations spéciales, Heures non facturées… mais avec des montants incohérents, des chiffres ronds, trop ronds.


69,00€


69,69 €


7,77 €


0,00 €


Certains champs semblaient vides, mais en les fixant, je distinguais des micro-traits, comme si une écriture fantôme avait été effacée. Je sentais qu’un message était là, derrière les chiffres, un lexique privé, un langage intime.


Une cellule contenait simplement le mot : Suite 406 – 18 : 15


Et en bas, dans une note de bas de page, en police 8, italique : « Toutes les données sensibles sont cryptées. »


Mon œil droit a cligné tout seul, réflexe nerveux. Je ne l’avais pas eu depuis le stage de fiscalité en 2014.


Des lignes. Des chiffres. Du papier. Mais ce n’était plus un document. C’était une invitation, une énigme. Un jeu de pistes pour celui qui savait lire entre les colonnes.


=RECHERCHEV(FANTASME ; TABLEAU6 ; 2 ; FAUX)


Je n’ai pas quitté le tableau des yeux.


Les chiffres dansaient. Les zéros devenaient des bouches entrouvertes. Les pourcentages, des promesses. Les colonnes s’inclinaient doucement, comme des hanches. Et les cellules… oh, les cellules… elles vibraient, elles étaient vivantes.


J’ai fermé les yeux un instant. J’ai vu la suite 406. Une pièce silencieuse, moquettée, à la lumière tamisée. Un lit large comme un tableau croisé dynamique. Elle, debout contre la fenêtre, retirant lentement ses lunettes. Elle me dirait :



Je répondrais :


=OUI()


Elle laisserait tomber son chemisier, bouton par bouton. Je voudrais fusionner. Toutes les cellules. Tous les fichiers. Toutes les versions. Moi, elle, le monde.


=FUSIONNER.CELLULES(TOUS ; ENSEMBLE)


Et au moment précis où nos formats seraient compatibles, au moment où je l’indexerais ligne par ligne, où j’écrirais la formule parfaite pour contenir l’infini…


… quelqu’un a toussé dans l’open space. Un éternuement réel et brutal.


Je suis revenu dans mon corps. Sophie était déjà repartie. Le classeur fermé. Le post-it disparu. Il était 18:01.


Je suis resté un moment sans rien faire. J’ai rangé mes stylos. Bleu. Noir. Rouge. Vert. Il y en a un cinquième, un rose. J’ai compté les dalles au plafond. 64. Pourtant, j’aurais juré qu’il y en avait 65.


=SI(ROSE=VRAI ; "Quelque chose cloche…" ; "Routine assurée")


Je me suis levé, ma mallette au bout du bras et j’ai gagné l’ascenseur. Elle était là, Sophie. Elle m’attendait.


=SI(RECHERCHEV("Sophie" ; MÉMOIRE_TAMPON ; 2 ; FAUX) = "RDV" ; "Confirmer" ; "Erreur#N/A")


Elle s’est retournée, m’a souri, m’a dit :



=SI(ENVIE="Torride" ; CONCATENER("Entrée des données en cours…", CHAR(10), "Fusion imminente…") ; "Recalcul nécessaire")


J’ai osé mettre une main à sa taille lorsque les portes se sont ouvertes pour nous laisser entrer dans l’ascenseur. En route vers la suite 406, j’ai fermé mon classeur intérieur.


=FERMER.FICHIER("ÉMOTION", SAUVEGARDE=OUI)



Et ce sourire qu’elle m’a fait…


=FERMER.FICHIER("ROUTINE") : EXECUTER.MACRO("AventureInconnue")