| n° 23241 | Fiche technique | 45428 caractères | 45428 7612 Temps de lecture estimé : 31 mn |
11/08/25 |
Résumé: Tranche de vie : un coucher de soleil, une femme à sa fenêtre, un témoin... | ||||
Critères: #rencontre #exhibitionniste f fh | ||||
| Auteur : Claude Pessac Envoi mini-message | ||||
Le coucher de soleil est somptueux : l’or bataille contre le rouge, le jaune est en passe de perdre la manche contre l’écarlate qui déjà tourne au vermillon. Le ciel s’embrase, le feu se propage à la voûte céleste tout entière, décline d’ouest en est toutes les nuances chaudes du crépuscule, du vermeil du ponant jusqu’au bistre du levant déjà obscurci par les voiles de la nuit. Les rares nuages moutonnant dans les nues voient leurs contours rehaussés de rubis fluorescent, leur substance s’illuminer du cramoisi à l’ocre sombre.
À sa fenêtre, Louise admire ce spectacle grandiose et silencieux qui illumine la ville. Les façades bêtement blanches des immeubles tournent à l’ocre, les cimes des plus grands arbres ont l’air de prendre feu, les terrasses s’incendient alors que plus bas, la rue, et les façades des immeubles d’en face se ternissent, s’ombrent, s’embrument dans un gris duveteux.
Louise apprécie la quiétude de ce moment fugitif. Au dernier étage de son immeuble, plantée devant la porte-fenêtre de son appartement, les mains accrochées au fer forgé de la balustrade, elle se penche sans vraiment s’en rendre compte, vers le spectacle. Elle savoure la plénitude de l’instant.
Dans cinq minutes, elle ira prendre sa douche. D’ici là, l’incendie du ciel aura à son tour perdu la bataille contre les équipages galopants tirant derrière eux la couverture noire de la nuit.
Au moment de quitter son observatoire, Louise remarque une fenêtre ouverte, de l’autre côté de la rue, juste en face de la sienne. Toutes les autres sont fermées, opaques déjà. Elle remarque soudain une ombre mouvante dans le trou noir de l’ouverture et cela lui fait prendre conscience de sa tenue : en t-shirt vague et petite culotte de coton, elle n’est certes pas indécente, mais… limite.
Dans l’obscurité qui s’installe, elle distingue mieux l’intérieur du logis d’en face : sur un trépied, un appareil photo ! Étrange, le photographe n’a pas pu saisir les couleurs du coucher, dans son dos. Que photographiait-il alors ? Elle ? Une femme à sa fenêtre ?
Louise sourit : un voyeur ? Bof ! Grand bien lui fasse !
Allez, atterris ma fille, file sous la douche. Louise hésite une seconde sur l’opportunité de faire ou non un signe de la main à son vis-à-vis et referme doucement la fenêtre,
Louise est veilleuse de nuit dans un institut pour majeurs handicapés. Elle commence son travail à dix heures, finit à six heures du mat’. Alors, elle rentre chez elle et va se coucher. Directement. Elle dort jusqu’aux environs de treize heures où elle brunche alors. Brunch plutôt que petit-déjeuner, essentiellement du salé, charcuterie, fromages accompagnés de café. Fort le café, pour bien se réveiller. Puis jus d’orange pour se dynamiser. Petit carré de chocolat pour terminer sur une douceur.
Ce brunch, une façon pour elle de se synchroniser ou, tout au moins, de ne pas trop se désynchroniser. Donner des repères précis à son horloge interne.
Le travail de nuit n’est pas une sinécure et a vite fait de vous désocialiser. Elle l’est, désocialisée, elle en a conscience. Deux années de garde de nuit l’ont poussée peu à peu dans cette frange déserte où les amis d’enfance, les copains des études, se sont volatilisés pour la plupart, évaporés dans le train-train quotidien d’une vie morne. Louise est seule.
Pas franchement triste de cet état : il y a peu encore, un homme a partagé sa vie et son chez-soi. Un veilleur, lui aussi, dans une autre aile du domaine. À force de se croiser pendant leurs rondes, ils s’étaient découverts, appréciés, rapprochés jusqu’à ce qu’un matin, sur un coup de tête, à moins que cela n’ait été qu’une pulsion, un appel irrépressible de ses sens, elle l’avait invité chez elle. Ils avaient fait l’amour sitôt rentrés et Louise avait redécouvert les joies du sexe. Louise s’était offerte aux caresses de ce brave doudou, son corps avait vibré sous ses baisers, sa chatte s’était inondée, dans l’impatience de l’union. Le mandrin qui s’était enfoncé en elle avait réveillé mille et une sensations presque oubliées. Elle avait joui, merveilleusement, croyant alors à un avenir partagé, une existence ensoleillée et cela avait réchauffé son âme.
Il ne lui avait pas fallu longtemps pour déchanter. Leurs baises du petit matin ET d’après dodos s’étaient vite transformées en baises d’avant OU d’après dodos. En baises bi-hebdomadaires, puis hebdomadaires. Puis… Des étreintes ressassées sur le même schéma répétitif, scénarios automatiques, sans grandes envolées, sans passion ni orgasmes faramineux. Ou orgasmes tout court… On baisait quand Monsieur avait envie, c’est-à-dire en fait, pas très souvent : pas vraiment un chaud lapin le bonhomme. Bref, ça arrivait quand il devait se décharger d’un encombrant paquetage et Louise avait commencé à se dire qu’elle n’était décidément pas un vide-couilles !
N’était plus resté très vite donc que le ronron du quotidien, avec ses toutes petites joies et ses tonnes de travers plus ou moins supportables. Vite insupportables : les chaussettes qui traînent, le cendrier qui se remplit à ras bord sans qu’IL prenne le temps de le vider, la vaisselle qu’IL laisse simplement sécher et qu’IL oublie de ranger, le canapé sur lequel IL se vautre toute l’après-midi…
Alors, un beau jour (façon de parler, car c’était en réalité un jour de merde, froid et pluvieux), elle l’avait viré. Sans cri, sans heurt. Il avait remballé ses petites affaires sans rien dire… and so long – hasta la vista Baby.
Depuis, Louise savourait sa solitude. Le droit de passer l’aspirateur quand elle voulait, de ne pas faire la vaisselle, de shampouiner le canapé sans avoir à négocier une plage horaire. Le droit de traînailler en culotte de coton et t-shirt dépenaillé.
Comme ce soir, devant sa fenêtre ouverte.
Avec, en prime, la mini-excitation de sa pseudo exhib…
Ooo00ooO
Le lendemain, à son réveil vers treize heures, Louise a totalement oublié le voyeur d’en face. Elle a des courses à faire. Elle enfile sur son corps nu, une robe légère, tout de même assez longue, car elle ne met pas de slip ! Ça l’excite la gisquette de se promener chatte à l’air dans les rayons du supermarché. On prend son plaisir comme on peut et Louise sait déjà qu’en rentrant, elle posera ses emplettes sur la table, sans les ranger tout de suite. Bon, il y aura des surgelés, elle prendra le temps de les fourrer au congélo. Mais ensuite, elle filera… euh… oh ben tiens, sur la plaque de cuisson ! Elle troussera sa robe et, cuisses toutes écartées, elle se branlera consciencieusement. Avec… le gros pilon en marbre ! Rien que d’y penser, elle en est toute chose. Toute chaude surtout ! Pour un peu…
Mais non, ce sera bien meilleur tout à l’heure !
Guillerette, Louise prend l’ascenseur, déboule dans l’entrée. Ben tiens, c’est quoi ce papier roulé qui dépasse de sa boîte aux lettres. Elle l’attrape, le déroule.
« Oh merde, c’est beau ! Magnifique, ce dessin ! »
Son immeuble, rez-de-chaussée et étages suivants, gris dans l’ombre de l’immeuble d’en face, les deux derniers, inondés par la lumière rougeoyante du coucher ! Toutes les fenêtres sont fermées, à l’exception d’une, double battant grand ouvert. La sienne. Et elle. Une femme à sa fenêtre ! En t-shirt dépenaillé et petite culotte de coton !
Superbe ! Une aquarelle, tout en douceur, petites touches précieuses, elle adore !
Louise reste un instant à admirer le dessin, une émotion indéfinissable l’étreint. Étrange sentiment qui lui ferait mouiller sa culotte… si elle en portait une !
Elle va pour glisser l’aquarelle dans son sac à provisions, mais se reprend.
Louise reprend l’ascenseur, remonte chez elle, étale le dessin à l’envers sur le meuble bas du salon, pose deux livres dessus.
« Pour qu’il s’aplanisse. »
Ooo00ooO
Dans le supermarché, Louise se dépêche de remplir son caddy, pas le temps ni l’envie de jouer à cache-cache, elle ne remontera pas sa robe pour exposer fugitivement son biscuit. Elle s’impatiente en caisse, se balance d’une jambe à l’autre, ce qui ne fait que lui exciter son écoutille. Elle remonte sa rue aussi vite qu’elle peut, arrive dans son immeuble. Chez elle, elle dépose son cabas sur le plan de travail et file dans son débarras.
Douze secondes, les plats préparés sont dans le congélo, elle retourne dans le cagibi. Elle sait ce qu’elle cherche : les cinq ou six tableaux « Pierres et galets ».
Elle avait acheté ses « œuvres » chez FoirFouillette un jour, les ayant trouvées jolies. Zen. Zénitude absolue à… quat’ sous.
Mais elle les avait vus ensuite, ces galets, dans le secrétariat de l’Institut, chez son dentiste, chez son teinturier et chez une collègue qu’elle n’appréciait que très moyennement. Du coup, elle les avait décrochés pour les stocker, si un jour elle trouvait moyen de réutiliser les cadres…
« Yes, c’est exactement la taille qu’il faut ! »
Le passe-partout gris souris s’accorde plutôt bien avec le dessin, l’encadrement bordeaux est parfait !
Debout devant le bahut, Louise détaille le chef-d’œuvre. Étonnée, subjuguée, elle scrute l’aquarelle, apprécie les flous des premiers étages, s’étonne de la précision des deux derniers. Et son attention se fixe sur la femme. Elle. La femme à sa fenêtre. En t-shirt dépenaillé et petite culotte blanche.
Et les sentiments diffus éprouvés à l’instant de la découverte lui reviennent. Elle ne saurait dire pourquoi, mais elle trouve l’image puissamment, extraordinairement érotique ! Elle se sent chaude, rouge aux joues et aussi, chaude, beaucoup plus bas, dans un certain triangle. Lui revient alors son projet de se chahuter le bouton sitôt qu’elle serait rentrée chez elle.
Elle avait oublié !
Sa robe vole. Debout, nue, face au dessin, Louise laisse ses mains glisser sur son corps, l’une s’arrêtant sur un de ses seins pour en câliner le téton, l’autre plongeant directement dans son delta incendié. Ses doigts folâtrent sur ses lèvres, en déplient les festons sensibles, les étalent sur sa chatte pour bien dégager la ravine écarlate où coule une rivière ô combien tumultueuse.
Louise brûle, Louise se consume devant ce dessin pourtant si anodin. Louise s’affaisse un peu, plie ses genoux pour mieux écarter ses cuisses, révéler son sexe impatient. Dans le miroir de fond de la vitrine, elle se voit, ouverte, formidablement obscène. Elle fait coulisser la vitrine, repousse sur le côté les verres qui lui gâchent le spectacle de sa conque entrebâillée. Son regard passe sans arrêt du miroir au dessin, de l’aquarelle à sa taupinière si honteusement exposée. Elle n’aura pas besoin du pilon en marbre ni d’aucun de ses sex-toys, ses doigts y suffiront ! Sa main gauche martyrise tour à tour ses nichons et leurs rosettes grenues, sa dextre enfile trois doigts dans son dédale.
Elle se branle Louise, elle se démonte les culbuteurs avec entrain, elle se chahute la guitoune. Ses doigts caressent, griffent, massent chaque parcelle sensible de sa moule, du Vieux-Port jusqu’au fond de la calanque. Elle ahane, souffle, sa respiration s’accélère, elle ne fixe plus désormais que les jambes de la femme, le petit bout de slip blanc qui apparaît et, sous le t-shirt du dessin, elle devine ses seins tendus sous l’étoffe.
Louise a le vent en poupe, un alizé de folie, chaud et doux, souffle entre ses cuisses. C’est branle-bas de combat, branle du bonbon surtout ! Louise s’explore de la cale à la dunette arrière, borde l’artimon, louvoie entre pistil et canal profond, se renverse le bateau, naufrage la jonque, pour finalement abaisser le pavillon : elle se rend, abdique.
Louise jouit, les doigts désormais immobiles dans son fourneau. Elle jouit, longuement, merveilleusement, interminablement.
Et ses jambes cèdent, elle tombe sur ses fesses, s’étale sur le tapis. Trois doigts toujours dans la boutique, phalanges indiscrètes qu’elle n’ose retirer de sa gangue sensible, chaque mouvement provoquant des ressacs fabuleux.
Quand enfin, ou déjà, les répliques orgasmiques finissent par s’évaporer, Louise pleure, pleure de bonheur et d’incompréhension. Totale incompréhension sur cette folie qu’a provoquée l’innocent dessin. À croire que la pauvrette avait accumulé tant de pressions, de tensions nerveuses, de refoulements qu’une simple et banale aquarelle avait suffi pour les libérer.
Louise s’interroge : retournera-t-elle ce soir à sa fenêtre ? Elle en a bien envie !
Mais l’orage éclate, très violent, des trombes d’eau s’abattent sur la ville. Non, il y a peu de chances qu’elle puisse tout à l’heure ouvrir les deux battants de sa porte-fenêtre.
Ooo00ooO
Le lendemain, après son brunch, en jogging informe et savates, Louise descend pour relever son courrier. Surprise, encore un rouleau de papier enfiché dans sa boîte. Coup de cœur, émotion, et c’est tremblante, que la jeune femme déroule le papier.
Ce n’est pas une aquarelle, mais un dessin au crayon à papier, rehaussé par des contours à l’encre de Chine.
Toujours l’immeuble, son immeuble, mais focalisé sur une seule fenêtre. La sienne. Avec elle en vedette. Dans la même pose que dans l’aquarelle, jambes peut-être juste à peine plus écartées. À vérifier !
Le dessin est fouillé, précis.
Louise s’assied sur deux marches, jambes coupées. Elle voit tout : l’ombre légère, à peine perceptible, du téton dressé de son sein droit, l’ourlet vague de son t-shirt, le gaufrage du tissu de sa petite culotte blanche et la légère dépression qui suggère sa fente entre ses grandes lèvres écartées.
Elle voit tout ça, tout ça et surtout, sa bouche pulpeuse, entrouverte, son nez retroussé pour humer l’air du soir, ses cheveux, la boucle rebelle qui tombe toujours sur son front. Et ses yeux aussi. Ces yeux rieurs où brille une flamme d’étonnement, d’interrogation, de désir peut-être, de défi sûrement.
À l’adresse du photographe-peintre invisible ?
Alors, Louise se dépêche de remonter chez elle, se déshabille, remet la même petite culotte blanche, le t-shirt de la veille, pour se comparer sans doute au dessin, être en symbiose avec lui.
Elle exhume un cadre du cagibi, le démonte, se saisit de l’image des galets entassés. Elle va pour chiffonner cette photo passe-partout, mais, plutôt que d’en faire une boule, elle décide de la déchiqueter. Pour qu’elle prenne moins de place dans la poubelle carton. Et pour gagner du temps aussi, le temps de se calmer. Illusoire. Peine perdue. Avec des gestes millimétrés, Louise centre le dessin du jour sous le passe-partout gris souris, opération délicate pour quelqu’un qui tremble comme une feuille morte : deux petits millimètres de rab seulement de chaque côté, en haut et en bas. Aucune perte, le dessin ne remplit pas entièrement la feuille. Chance !
Le cadre est posé à côté du précédent et le regard de la jeune femme passe de l’un à l’autre. C’est alors qu’elle remarque, petite ombre, sa tache de naissance sur sa cuisse droite, dans le haut, côté intérieur. Défaut mineur qu’elle s’évertue tout de même à cacher chaque fois qu’elle va à la plage, à la piscine, marchant alors en canard coincé ou laissant retomber négligemment une serviette sur son entrejambe.
Là, cette tache n’est plus un défaut, mais elle affirme, confirme, proclame son identité.
Rien ne lui a échappé, il a tout vu. C’est comme s’il avait volé une partie de son âme. Pour la lui rendre, sublimée. Elle est émue, Louise, le bout des doigts plaqués sur sa bouche, elle respire, calmement, posément. Puis des doigts s’en viennent frôler son téton droit, courent sur l’ourlet de la camisole, frôlent le tissu du slip et en palpent le relief. S’insinuent dans le creux de sa vallée d’amour. Dessinent les contours de sa tache de vin aussi.
Louise prend du recul, s’assied dans le canapé. Tête renversée, elle rêve à ce peintre-dessinateur-voyeur. Il la connaît si bien déjà ! Il, ou Elle, elle préférerait que ce soit lui, mais peu importe, quand quelqu’un parvient à saisir aussi finement chaque détail de votre personnalité, son sexe importe peu. Mais, bon, à tout prendre, elle préférerait que ce soit Lui. Lui, qui la connaît déjà si bien.
Louise se caresse distraitement. Elle n’a pas envie de se branler, pas maintenant. Plus tard peut-être. Sans doute. Quand elle sera retournée à sa fenêtre. Pour une nouvelle exhib. Pour l’instant, elle se caresse avec légèreté, s’amuse des petites piques fulgurantes qui aiguillonnent par instant ses sens, quand un doigt passe par inadvertance sur son bouton secret, sous la courbe d’un sein, ou dans cette zone sensible tout en haut de ses cuisses, là où la peau est plus fine, si douce, juste avant son sexe qu’elle sent s’éveiller à peine.
Non, elle ne veut pas se rouler dans l’excès d’attouchements trop précis, trop vulgaires. Tendresse, calme et volupté.
Mais elle n’est pas sotte, elle sait que la limite pourrait être franchie sous peu.
Alors Louise se relève, vaque à ses occupations comme ranger, enfin, ses emplettes dans le placard et le frigo. Toute l’après-midi, elle tourne en rond, bouquine un peu, s’agace sur son puzzle 1500 pièces, re-bouquine, re-puzzle… Ou ne fait rien, rien que penser à sa prochaine exhibition.
Il fait beau, chaud sans excès, quelques moutons blancs dans le ciel, aucun gris. Pas de risque d’orage ce soir et peut-être même un beau coucher de soleil. Au minimum, une belle lumière.
Elle réfléchit. Comment s’habiller pour se présenter devant la fenêtre ? Même tenue qu’avant-hier ? Bof ! Elle voudrait quelque chose d’autre, plus épicée, plus provocant. Provocateur. Elle fouille dans ses tiroirs, sa penderie. Une chemise d’homme, trop large, longue jusqu’à couvrir ses fesses et a fortiori son berlingot. Ce petit slip, fishnet couleur chair qui apparaîtra si elle oublie de boutonner la chemise jusqu’en bas.
Elle enfile slip et chemise, se plante devant son miroir en pied, essaye différentes poses. Non, trop appuyées, artificielles, trop lascives, pas naturelles. Elle se met simplement debout, jambes légèrement ouvertes, un pan de la chemise juste assez ramené sur le côté pour que se dessine la courbe d’un sein, le tiers d’un mamelon et rase son pubis et son sexe.
Non, franchement, réalise-t-elle, le fishnet, c’est vulgaire, indécent. Elle enlève le slip. Nature, elle restera ainsi, nature ! Comme si elle sortait de sa douche, indolente et boudeuse. Boire un verre, c’est une idée ça ! Elle s’approchera de la fenêtre, chemise déboutonnée, mais quasi fermée, juste entrebâillée. Son grand verre d’eau à main gauche, elle lèvera le bras pour boire. Le pan gauche de la liquette s’ouvrira dans ce mouvement, laissant voir son sein, la moitié à peine de son aréole dardée. Car elle sera dardée l’aréole, téton dressé. Elle n’en doute pas une seconde ! Une belle partie de son ventre sera dénudé à gauche, mais le pan droit couvrira son nombril.
Une petite portion de son buisson sera visible, peut-être même sa grande lèvre gauche, en partie, épilée, totalement.
Elle boira une gorgée, son bras redescendra, la chemise se refermera à peine. Une autre gorgée, puis une autre plus tard. Cache-cache minou, j’te vois, j’te vois pas.
Louise valide la séquence. Oui, c’est ainsi qu’elle s’exhibera ! Attention les yeux !
En attendant, salle de bain : tailler le buisson, épiler parfaitement son abricot !
Ooo00ooO
Louise est satisfaite : son exhib a parfaitement réussi. Comme au premier soir, la fenêtre d’en face était ouverte, l’appareil photo sur son trépied. Elle a bien aperçu une ombre, mais sans pouvoir l’identifier. La définir. A priori, le photographe était bien là.
Elle a parfaitement montré et caché son corps, son sein et sa chatte partiellement, sa cuisse gauche, totalement. Elle a mouillé, Louise, une vraie fontaine tant elle a été excitée par la saynète. Sitôt sa double fenêtre refermée, elle s’est chahutée la dragée, défrisé la scarole et elle s’est expédié au septième ciel avec le plus gros de ses godes vibrants et un assez imposant plug dans le cul, pour faire bonne mesure. Bonne mesure pour décoller sans tarder, car elle devait encore manger et se doucher avant de partir au boulot.
La prochaine fois, elle mangera avant son spectacle !
Enfin, s’il y a un autre spectacle, car enfin, désormais, à part se présenter toute nue, elle ne voit pas trop ! Complètement à oilpé, c’est tout de même un peu too much. Bon, elle va y réfléchir…
Chaque chose en son temps ! Ce qui l’intéresse d’abord, avant tout et par-dessus tout, c’est le prochain dessin. Vivement demain !
Ooo00ooO
Le lendemain, midi dix-huit. Elle s’est réveillée tôt Louise. À croire que quelque chose la turlupinait ! Elle enfile une robe (c’est plus rapide qu’enfiler un pantalon de jogging et un t-shirt, au moins quatre secondes huit dixièmes de gagnés !) et elle se précipite vers l’ascenseur.
Merde, il est long à venir le con. Quand enfin il arrive, un type à l’intérieur. Le vicieux mate ses seins. Demain, elle mettra une robe fleurie, ses tétons seront moins visibles que dans cette robe chaussette unie rose fuchsia qui lui colle à la peau. Bon, le type descend au quatrième.
« Allez – bouge Dugland »
L’ascenseur redémarre. Au rez-de-chaussée, Louise gicle dans l’entrée. Boîtes aux lettres… et rien, bernicle, nada. Pas de rouleau de papier. Elle ouvre la boîte pour vérifier. Rien, ni facture EDF, ni lettre d’amour ( !), ni… Rien !
Rien de rien.
Elle a les jambes coupées Louise. Déçue ! Elle remonte péniblement vers chez elle. L’ascenseur stoppe au quatrième, le même connard que tout à l’heure rentre dans la cabine. Au regard noir qu’elle lui lance, le type comprend qu’il a intérêt à visser son regard sur ses pompes. Ou au plafond. À la moindre œillade suspecte, Louise lui enverra un sérieux coup de genou dans les roubignoles ! Il a intérêt à bien se tenir le cornard !
Tu parles ! 13 heures douze, elle n’y tient plus. Redescente, fébrile.
Déception.
14 heures dix-huit. Même résultat.
Louise comprend. Il n’y aura pas de dessin aujourd’hui. Ni demain peut-être, ni les jours suivants sans doute. Elle est allée trop loin !
« Trop trash ton expo, idiote ! Salope que tu es ! »
Ooo00ooO
Le lendemain, peu d’espoir, mais elle descend tout de même. Rien !
Le surlendemain… Des fois que…
Pas de papier roulé, mais au-dessus des boîtes aux lettres, un carton. Plat, un mètre vingt par soixante-quinze centimètres. À vue de nez.
Emballage artisanal, carton et scotch large. Au centre, « Louise » écrit au marqueur !
Elle se dépêche de remonter. Couteau ? Cutter ! Louise dépiaute l’emballage, en prenant soin de ne pas trop enfoncer la lame du cutter. Un cadre de bois. Un tableau !
Vite, ouvrir !
Quand le tableau est enfin déballé, Louise retient son souffle avant de le retourner.
Une huile !
Elle, dans un décor qui n’est pas sa chambre : disparu le cadre de la fenêtre, disparue la rambarde, un décor flou, des aplats de couleurs, sombres sur le bord, plus clairs ensuite, irisés, luminescents tout autour de son corps.
Aussi transparente que le verre porté à sa bouche, sa chemise, dans l’exacte position de son exposition, sa chemise est devenue voile diaphane qui révèle ses deux seins et leurs cabochons rosés dressés, son ventre et son nombril, son buisson, moitié net et précis, le reste, à peine voilé par le tissu, mais chaque poil, chaque frisottis délicatement peint.
Et son sexe ! Ses grandes lèvres, marbrées, lisses de tout poil. Plus surprenant, car non visible a priori, le gentil fouillis de ses nymphes carmines, humides, couvertes de rosée, gonflées aussi.
Comment a-t-il pu savoir, deviner, la folle exubérance de ses babines délicates ? Aurait-elle, à un moment ou un autre, dévoilé l’entièreté de son sexe, exposé fugitivement à l’objectif son bijou tout entier ?
Sûrement !
Évidemment, car sinon, comment il aurait pu peindre ce sillon pourpre à peine enserré dans de minuscules feuilletés roses, cet amalgame de chairs gonflées, ce bonbon dodu. De même qu’il n’aurait pu reproduire la gangue lisse de son clitoris surmontant le moutonnement obscène de ses petites lèvres foisonnantes. Ni plus bas, entre ses grandes lèvres gonflées, écartées entre ses cuisses, l’entrebâillement de sa caverne, déjà excitée, suintante de miel.
Il aurait extrapolé le peintre ? Deviné la géographie merveilleusement indécente de son corps, de son sexe, coquillage délicat. Surchauffé, mouillé, impatient ? Non, il a vu ce qu’elle lui a montré, fugitivement sans doute. Inconsciemment. Ou pas…
Et puis, et puis surtout, oui, surtout, il y a son visage, lisse, apaisé, tranquille dans le triomphe de sa pose lascive. Son sourire, sourire narquois, moqueur, tentateur. Et son regard : Louise se souvient s’être obstinée à fixer un point nettement au-dessus de la fenêtre d’en face pendant toute la séance. Mais elle n’avait pu s’empêcher, au dernier moment, de fixer l’ouverture, le carré noir qui avait avalé son regard.
C’est ce regard que le peintre a saisi, ce regard espiègle, charmeur et malicieux. Égrillard peut-être même.
Il y a cela dans ses yeux, l’appel des sens, la tentation ultime et orgueilleuse.
Louise en a le souffle coupé, les jambes en coton. Et ce n’est pas juste son sexe qui brûle, c’est son corps tout entier qui est embrasé, ravagé par les flammes du désir, incendie monstrueux et tentaculaire qui lance ses flammèches dans toutes directions pour les concentrer ensuite vers le temple béni de son sexe irradié.
Louise se lève brusquement. Non, elle ne se branlera pas, elle ne s’avilira dans des caresses honteuses. Elle se détaille dans sa psyché : sa robe, fleurie, est plutôt jolie, fraîche. Suffisamment bariolée pour effacer les tétons érigés de ses seins libres. On oublie donc le soutif.
Elle est courte sa robe, juste assez pour magnifier ses cuisses nerveuses, mais n’est ni choquante ni provocatrice. Louise soulève l’ourlet, son Petit-Bateau est quand même un peu trop passe-partout. De toute façon, il est trempé, autant le changer. Bon, elle ne s’illusionne pas, il n’est pas certain que le mini-slip blanc qu’elle vient d’enfiler reste sec bien longtemps !
Louise fait bouffer ses cheveux, étale ses bouclettes blondes, puis lisse consciencieusement l’ensemble, bouclettes canalisées. Parfait. Maquillage ? Rouge à lèvres ? Non, inutile ! Chaussures ? Des escarpins rouges, talons sages.
Au moment de quitter l’appartement, elle attrape son sac à main qui ne lui servira à rien d’autre que se donner un début de contenance.
Elle traverse la rue d’un pas décidé, presque rageur. Entre dans l’immeuble d’en face, appelle l’ascenseur. À l’instant d’appuyer sur le bouton du huitième, sa détermination faiblit. Et si…
« Et si quoi, idiote ? S’il est moche, difforme. Pire, s’il est handicapé ! Eh ben, tu le remercies poliment et… tu-te-casses, car bon, des handicapés, t’en vois toutes les nuits, merci-bonjour chez vous ! … Et s’il vieux, vieux crouton ratatiné, désagréable, misanthrope ? Mais non, arrête, un misanthrope qui te peint si merveilleusement ! Franchement, tu délires.
Et… s’il est jeune, passablement beau, souriant, bien de sa personne ?
Eh bien… tu lui sautes dessus, tu lui descends son froc, tu le suces comme une damnée et tu t’envoies direct son sauciflard dans la gare de triage ! Qu’il t’atomise le clapotard, te calcine le flambadou ! Qu’il te satellise dans les nues ! MER-DE !
…
Bon, ça y est là, on y va ? »
Pas si simple : l’ascenseur la jette dans un couloir minuscule, face à deux portes distantes de trois mètres. Laquelle ? Celle de droite : odeur de friture persistante et de poisson. Non, on oublie, pas possible. Celle de gauche alors. Louise renifle : parfums étranges, huile, mais pas de friture. Acidulée, fraîche, fleurie teinté de relents de… thérében/ !
« Oh oui : peinture ! »
Louise se positionne devant la porte, lisse sa robe et… ébouriffe ses boucles blondes qu’elle avait si bien arrangées précédemment !
Toc-toc. Rien, pas de réaction. Re-toc-toc, plus fort. Toujours rien : nobody at home ?
C’est là qu’elle avise le bristol, sous la sonnette, car il y a bien une sonnette : « Merci de sonner deux fois »
« Ah-ah, le facteur sonne toujours deux fois ! »
Elle sonne, deux fois, mais n’entend pas le carillon… carillonner à l’intérieur !
Faux contact, kaput la bobinette ? La chevillette ne cherre pas ?
Elle va retenter sa chance, mais dans la seconde, la porte s’ouvre.
Il est là, devant elle ! Plutôt… moyen beau gosse, jeune, ça c’est sûr, sans doute à peu près le même âge qu’elle. Grand sans être mastard, bien proportionné. Et souriant. Un drôle de sourire tout de même. Mi-figue, mi-raisin. Et pas plus étonné que ça visiblement. Il ne l’a pas reconnue ? Ou alors, il s’attendait à sa visite…
Il est mignon et elle se sent si ordinaire à côté de lui, avec ses cheveux en boucles folles, son nez trop grand genre Lady Gaga, ses dents de devant écartées et ses seins trop petits à la Vanessa Paradis.
Il s’écarte, lui ouvre le passage, l’invite d’un geste à entrer.
Putain, la pièce est tapissée du sol au plafond. Des toiles, des toiles, encore des toiles. Partout, aux murs, sur les meubles, par terre, des dizaines de toiles. Un chevalet, vide, un appareil photo sur un trépied devant la fenêtre ouverte.
Les toiles ? Des paysages, les toits de la ville, un même immeuble aussi, peint plusieurs fois. Sous le même angle, mais ambiances différentes : soleil, pluie, bourrasques, neige… et puis, des natures mortes. Beaucoup.
Louise est dubitative. Elles sont toutes belles ces peintures, vraiment belles, mais… mais pas un seul portait. Comme elle se tourne vers Cyril (c’est le prénom qu’elle a lu sur la sonnette), le gars lui fait signe de poursuivre sa visite. Elle passe le seuil et entre dans la pièce suivante : de toute évidence, une salle à manger au mobilier vieillot, un peu lourd. Rebelote, des toiles partout. Face à elle, des portraits. Que des portraits cette fois, portraits en pieds, en buste, en tête juste, odalisques allongées, sylphide gambadant dans un pré post-apocalyptique, gorgones inquiétantes dans un décor néo-réaliste, petite gamine attendrissante, il y a de tout !
Louise stationne au milieu de la pièce. Quand son regard glisse du mur en face d’elle pour se tourner derrière, elle découvre, un décor différent : petits croquis crayonnés, certains à peine plus grands qu’un post-it, gribouillis raturés, esquisses au fusain, dessins à l’encre de Chine.
Et des photos. Des tonnes de photos. Une série d’une cinquantaine de clichés quasiment identiques au premier coup d’œil. Imprimés A5. Dessous, une deuxième série : pas loin sans doute de deux cents, peut-être trois cents photos, peut-être plus encore, réparties sur cinq lignes. Des clichés pris en rafale. Des photos d’elle bien sûr, elle comme sur tous les dessins. Tous.
Les photos ? Sa première expo et la deuxième pose.
Cyril est près d’elle désormais, toujours le même sourire tristounet. Il n’a toujours pas prononcé le moindre mot.
Comme elle se tourne vers lui, elle affiche un air interrogatif.
Le jeune homme, visiblement gêné, lui tend un calepin dont il a affiché la première page.
Désolé, je vous entends à peu près, mais je ne peux pas vous répondre. Je suis muet de naissance »
Cyril s’est écarté, comme s’il voulait lui laisser le passage si elle décidait de s’enfuir.
« Non, mais Louise, t’avais dit quoi : si c’est un handicapé, tu-te-casses-direct ! Oui-mais-non ! D’abord, c’est pas grave ! C’est pas vraiment un handicap ! Bon, si, c’en est un… mais merde, pour une fois que je vais pouvoir… »
Elle ne s’enfuit pas, Louise, elle reste là Louise. Son visage se détend. Elle sourit, Louise, quelque part, elle est heureuse Louise.
Elle signe, sans parler :
+ Ce n’est pas grave, je parle la langue des signes
(La première et unique fois où elle a pu « parler » la langue des signes, c’était le jour de son embauche à l’Institut. Elle attendait dans le vestibule, un couple est arrivé avec un gamin. Souriant, le gosse l’avait salué en signant : la main levée à plat, glissant vers la bouche, bouche en cul de poule lorsque la main était retombée. Elle avait répondu de la même façon, ajoutant ses deux mains levées, poings fermés, index s’agitant : « Ça va ? ». Sous le regard étonné et ravi de ses parents, le gamin avait engagé la conversation.
Elle avait été embauchée, mais, malheureusement, elle n’avait jamais revu le gosse : trop jeune pour intégrer cet établissement destiné aux adultes.)
Le visage de Cyril s’empourpre, son sourire embarrassé disparaît, laissant place à un grand, un magnifique sourire ! Il se passe la main dans les cheveux, se masse la nuque et sautille même de joie. Il est scié, ahuri et heureux, Cyril !
S’ensuit alors un dialogue échevelé, signé par lui, parlé et signé par elle. Il explique. Tout y passe, son émotion lorsqu’il avait vu la jolie blonde à sa fenêtre. Douce, abandonné dans sa contemplation du ciel rougeoyant. Sereine. Magnifique.
+ Une fille que j’aurais voulu prendre dans mes bras !
Il le dit, ça, sans détour, spontanément. À croire que ses paroles, pardon, ses gestes ont dépassé sa pensée, enfin, se sont emballés. La gêne lui vient juste après, quand il réalise. Il tente alors de se rattraper, mais le sourire attendri de Louise le désarme. Il rougit.
Il raconte la passion avec laquelle il a dessiné, aquarellé la scène. Ses recherches ensuite. Il la connaît, la fille d’en face, il sait qu’elle travaille de nuit, rentre à six heures. Il l’a vu revenir chez elle une fois ou deux dans son uniforme vert, il sait qu’elle n’est pas une pute (ça aussi, il le dit, sans biaiser), mais une honnête travailleuse. Il sait qu’elle dort jusqu’à treize heures.
Alors, il est allé dans son immeuble, vers midi, pour observer les boîtes aux lettres. Découvert ces boîtes rangées deux par deux, par étages. Nommées, numérotées : Louise Merchandot – 8G. Trop facile, il a su où glisser son dessin.
Elle, elle lui raconte son émotion en découvrant ce dessin. Son attendrissement, sa surprise, sa joie et ose même lui parler de l’érotisme torride qu’elle y a décelé. Elle garde pour elle bien sûr ce qui s’en est suivi, ses errements libidineux, son formidable orgasme qui l’avait alors si magnifiquement transportée.
À ce souvenir, sa main file distraitement et, très fugitivement dans son entrejambe, son bassin se tortille.
Des gestes qui ont dû être suffisamment explicites : Cyril sourit franchement, une petite lueur coquine dans le regard. Louise rougit, puis hausse les épaules et lance un regard de défi silencieux : « Oui bon, et alors ? C’est de ta faute… ».
Elle tente néanmoins de masquer son trouble en se massant l’arrière de la cuisse.
+ Un problème Louise ?
Aussitôt, il tombe à genoux, saisit la cuisse à deux mains et masse. Bien sûr, elle n’a pas mal, bien sûr qu’elle n’a pas de crampe, mais ces mains qui glissent sur la peau satinée de sa cuisse, c’est tellement bon ! Satinée, sa peau ? Horripilée surtout : la chair de poule a envahi sa jambe. Et pas que ! Les phalanges appuyées qui tracent de fortes lignes verticales sur son épiderme sensibilisé, les paumes qui se promènent, légères et caressantes, ces mains qui glissent sous sa robe, haut, très haut, tout cela l’émoustille. Et le mot est faible ! Il ne peut pas parler Cyril, mais ses mains parlent pour lui, racontent des histoires torrides. Oh mon dieu, ces doigts sous sa robe, doigts qui frôlent l’élastique de son slip, elle aimerait qu’ils poussent l’aventure plus avant : qu’ils s’immiscent sous la barrière de coton et, que sur son atoll, ils débusquent son corail, vivant, brûlant, incandescent.
Les mains abandonnent la cuisse pour signer :
+ Ca va Louise ?
Mais Cyril s’est relevé. Louise reprend ses esprits, serre ses cuisses pour tenter de calmer ses sens, endiguer le flot de cyprine qu’elle a senti jaillir, fontaine brûlante, surprenant geyser.
Retrouvant une contenance, elle se livre concernant sa deuxième exhibition. Elle ne lui parle pas de ses atermoiements, et encore moins de ses motivations pour cette deuxième séance, mais s’en tire par une pirouette :
Cyril se défend, agite ses mains en signe de dénégation avant de laisser retomber ses bras un instant.
+ Ni pervers, ni horrible. Mais voyeur, oui, un petit peu. J’avoue, cela fait plusieurs mois que je t’observe.
+ Excuse-moi, mais je suis tombé sous le charme de cette jolie blonde que je voyais s’activer chez elle. En journée, si tu gardes tes fenêtres fermées, je ne vois rien. Mais quand tu les ouvres ou bien le soir, quand tu allumes la lumière, alors je te vois s’affairer. Je peux être franc
+ Je t’ai vue pas mal de fois, faire ton ménage en slip et t-shirt. Voire…
Il marque un temps le maraud !
+ juste en slip, seins nus et même un jour, passer l’aspirateur… toute nue
Comme Louise marque sa surprise, il enchaîne très vite.
+ Des visions lointaines, très imprécises, je te rassure, mais…
Cyril agite ses mains comme pour marquer les points de suspension de son hésitation.
+… Très excitantes
« Puisqu’on en est là, autant… »
Elle n’en dit pas plus.
Lui par contre ne lui cache rien et raconte son émotion quand il l’avait vue si offerte à ses regards, si naturellement décontractée. Si prodigieusement excitante. Il déclare, un peu contrit, n’avoir d’ailleurs pas tout perçu sur l’instant. Ce n’est qu’en imprimant les clichés qu’il a découvert la nudité quasi totale, fugitivement exposée, de son corps et de son sexe. Pendant deux secondes : près de dix-huit photos nettes prises en rafale.
Lui non plus, à ce souvenir, ne peut empêcher sa main de se diriger vers son entrejambe. À son tour de rougir en constatant que Louise a bien vu son geste. Elle se rapproche de lui et lui glisse à nouveau un bisou sur la joue.
Il avoue :
+ J’ai même fait des agrandissements de certaines. Juste pour pouvoir dessiner parfaitement !
Louise se dirige vers les photos, trouve les agrandissements dont il parle. Son sexe en gros plan !
Elle lance une œillade courroucée à son compagnon, rit juste après !
Elle se lâche alors, passe doucement son majeur sur ce sexe dévoilé, du haut en bas, de bas en haut, dans sa fente révélée. Puis, elle suce ce doigt, doucement, lascivement, faisant tourner sa main, de côté, d’avant en arrière, son majeur enfoncé dans sa bouche. Puis, elle présente ce doigt mouillé de sa salive à la bouche du jeune homme. Le doigt s’enfonce doucement entre les lèvres, plonge dans la bouche, ressort, revient, tournicote dans un sens, puis dans l’autre.
Louise pousse le peintre contre le mur tout en continuant de lui baiser la bouche, car c’est bien ça qu’elle fait : elle baise la bouche du jeune homme, qui la laisse faire, ferme les yeux, s’abandonne à ce voluptueux simulacre de pénétration. Le doigt entre et sort, s’enfonce et ressort, à cadence accélérée.
Gagné par l’excitation, Cyril rouvre les yeux, plante son regard dans celui de Louise, et, alors qu’elle continue ses inconvenantes pénétrations buccales, le bienheureux saisit les seins de la coquine, à pleines mains. Des seins qu’il sent dressés, durs, tendus vers ses paumes. Louise a sursauté au moment de l’attaque, mais calmée, elle se presse contre les doux envahisseurs qui ont pris le pouvoir sur ses petits nichons. C’est elle qui fait glisser les fronces de son décolleté, fait jaillir ses seins blancs et leurs fraises grenues.
Son partenaire la fait tourner sur place, la plaque à son tour au mur. Arcboutée, seins et bassin tendus vers l’avant, elle apprécie la langue qui encercle peu à peu un de ses mamelons alors que des doigts légers cernent le jumeau. La langue chaude mouille sa peau, laisse des traînées incandescentes sur la cabosse pâle. Les doigts sur l’autre sein, dessinent des arabesques sur la peau veloutée, cerclent la totalité du nichon, glissent dessous, sur la frontière inférieure du balconnet, là où la blancheur immaculée de la pomme d’amour rencontre le doré de la peau du ventre. Avec un bel ensemble, la bouche et les doigts s’emparent tout à coup des boutons rosés. Louise gémit sous l’exquise brutalité de l’attaque, rue et se tortille. En représailles, sa main droite vient se plaquer dans l’entrejambe de Cyril, détecte immédiatement la présence d’une ogive… intéressante.
Mais l’homme se recule, échappe à la patte croche et abandonne les promontoires ivoirins.
Quelques gestes rapidement exécutés :
+ Pas ici ! Viens, suis-moi
Louise le suit, sans remonter son décolleté. Dépoitraillée, nichons en exergue triomphant, elle traverse à sa suite deux pièces encore et arrive dans la chambre. Cyril s’est placé devant le lit, la regarde, subjugué. Comme il semble vouloir s’approcher, elle l’arrête d’un geste et se recule d’un pas. Abaissant les épaulettes, elle fait glisser sa robe doucement sur son corps et ses bras, passe les hanches, laisse la robe s’effondrer sur le parquet. Sourire coquin, la maligne fait descendre son mini-slip, un centimètre à droite, un centimètre à gauche, son triangle frisotté pointe, développe sa bissectrice jusqu’à sa pointe, au-dessus de sa ria ennoyée. La lente descente du slip continue, centimètre par centimètre dévoilant la gangue du clitoris, les petites lèvres moutonnées, les grandes lèvres dodues, l’entrée du sacré con. Le cache-sexe rejoint la robe sur le sol.
Il n’est plus besoin de paroles ni de gestes, la lutine vient se plaquer à son galant, lui vole ses lèvres. Le renverse sur la couche. Baisers étourdissants, asphyxiants. Elle se frotte à lui, heureuse d’être nue, nue sur lui, prodigieusement indécente, offerte, libre. Plus heureuse encore lorsque l’ayant défait de son t-shirt, elle frotte ses seins pointus sur le torse passablement poilu de l’homme. Lui, aussi impatient qu’elle, déboutonne son jean et fait glisser de concert pantalon et slip, s’en débarrasse.
Ils sont nus, l’un contre l’autre, peau contre peau, heureux déjà, comblés de leur proximité, débarrassés de toute entrave. Ils se satisfont de cette nudité mutuelle qui les confond, les unit. Louise se presse contre lui, à vouloir pénétrer sa peau, son triangle bouclé trouve le contact du mandrin dressé, aplati contre son ventre, pressé contre elle. Elle remue ses hanches pour que la queue sinue dans sa fente trempée, excite son pistil, déploie la fleur de ses petites lèvres.
Douceur, longueur et langueur, les deux amants, si prodigieusement excités qu’ils soient, prennent le temps de savourer chaque caresse du gland sur la fente, chaque incursion de la verge dans le fendu submergé de mouille, chaque poussée gourmande de la fauvette sur le monarque, chaque appel de la mortaise au tenon rougeaud.
Ils se cajolent, repoussant l’instant de conclure, s’excitent à l’envi. Mais l’envie devient insupportable et Louise se relève légèrement, laisse le chibre se redresser et elle vient doucement s’empaler. Le gland est à la porte, franchit le seuil inondé de miel, s’enfonce peu à peu. L’épée turgide a trouvé son fourreau, soyeux, brûlant et inondé d’un feu grégeois qui l’exaspère, elle glisse dans le conduit, parcourt les chicanes jusqu’à buter finalement dans le cul-de-sac.
Les deux amants savourent à cet instant l’amalgame de leurs sexes confondus. Ils s’embrassent pour célébrer le moment, l’accomplissement. Baisers délicats, amoureux. La plénitude les enveloppe dans ses voiles moelleux.
Puis, triomphante, mutine et impatiente, Louise imprime le mouvement, déclenche la manœuvre inéluctable. Elle sent si parfaitement la colonne dans son étroit fourneau, la collerette du gland exciter ses muqueuses qu’elle en est subjuguée. La gaule la lime, le manche lui dessoude ses synapses les uns après les autres, dégoupille ses terminaisons sensibles alors que les balloches de l’homme viennent régulièrement buter contre ses fesses, claquer contre son cul. Le va-et-vient est prodigieux, sacs et ressacs bouleversants, la houle enfle, gonfle, les vagues la transcendent.
Cyril, grogne sous l’effort, ahane, sa respiration s’accélère à l’unisson de sa chérie. Ses allers sont tranchants, démolisseurs, dévastateurs, ses retours rapides et furtifs.
Louise s’atomise à l’instant où la queue s’immobilise tout au fond d’elle, lâche sa bordée, expulse sa semence incendiaire qui se mêle à son propre bouillon. Elle explose, Louise, se satellise, dégringole dans les enfers délicieux, fuse dans les éthers acidulés. Elle jouit, elle part, elle jubile, elle prend un hyper pied cosmique. Elle jouit Louise, elle jouit à l’unisson de son bonhomme, dont elle sent les spasmes successifs, en harmonie totale avec ceux qui la bouleversent, elle !
C’est folie, elle en a conscience, d’avouer à cet instant déjà, l’inavouable. Mais c’est plus fort qu’elle : elle ouvre sa main, replie annulaire et majeur, tend au plus loin son petit doigt, son index et son pouce.
Cyril lui sourit, ébahi, complètement attendri, et replie ses doigts dans la même position.
Quand leurs deux mains se joignent, que leurs doigts se touchent, c’est comme une déflagration qui les vaporise :
p’tit doigt : I
index : LOVE
pouce : YOU
Très très librement inspiré d’une aquarelle de pyp
Instagram : cecinestpasunepyp