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n° 23235Fiche technique7511 caractères7511
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Temps de lecture estimé : 5 mn
08/08/25
Résumé:  Le banc de vérité de Saint-Fondu-en-Bouse échappe à son inventeur. Il ne soupçonnait pas l’étendue de ses pouvoirs.
Critères:  #exercice #humour #délire #érotisme #sorcellerie #coupdefoudre odeurs
Auteur : Leo Aristys      Envoi mini-message

Projet de groupe : Confessions assises
Le banc des effluves éperdus

L’histoire qui suit, comme toutes celles de la collection « Confessions assises », est un écho au texte Cul posé, secrets lâchés qu’il est recommandé de lire en premier.



En imaginant ce banc, le diable d’artiste sorcier qui l’avait conçu exultait à l’idée de faire suer la vérité des secrets intimes par le séant de ceux qui s’y poseraient. Il avait sélectionné avec le plus grand soin les bois de mémoire qu’il avait ensuite ensorcelés avant de les assembler.

Le plan était machiavélique, les secrets lâchés par les culs posés viendraient alimenter une rumeur qui ne cesserait d’enfler, de se répandre, une légende qui attiserait des curiosités irrépressibles qui feraient succomber à la tentation de la confession fessière, de l’expiation par le fion, gonflant à leur tour rumeur et légende façon réaction en chaîne.


Il ne s’était pas écoulé plus de quinze jours après son installation, à l’ombre des frondaisons qui bordaient la place du village de Saint-Fondu-en-Bouse, pour que sa création lui échappe – au-delà de toutes ses espérances. Le monde s’en était emparé et le banc révélait des pouvoirs que jamais il n’avait imaginés.


Ce soir-là, le banc verni, poli par les culs qui s’y étaient posés, attendait. Il luisait sous la lumière de la lune, une invitation à s’y prélasser, à la fraîche, après la touffeur d’une belle journée d’été. Il en avait vu passer des confidences croustillantes, des pleurs lamentables et des aveux salés. Et ce soir encore, le banc allait déployer ses pouvoirs.


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Deux âmes solitaires approchaient, inconscientes des pouvoirs du siège lascif, elles partageaient, sans le savoir, le même secret qui gâchait leur existence.


Berthe était une grande et séduisante brune, dont le regard trahissait une indicible tristesse. À la fin de la trentaine, elle n’avait pas encore rencontré le prince charmant, elle commençait à désespérer de le rencontrer et endurait une solitude qui l’oppressait chaque jour davantage. Berthe souffrait d’un fléau olfactif, son haleine empestait, elle refoulait du goulot, les mauvaises langues disaient qu’elle avait les toilettes derrière la salle à manger, un festival d’émanations putrides capables de déchausser les pavés.


Jean était lui un charmant garçon qui, comme Berthe, souffrait d’une infirmité olfactive, il chlinguait des pieds, une pestilence chronique dégagée pas après pas qui suffisait à déclencher un confinement sanitaire dans n’importe espace clos.


Si leur embarrassant handicap leur garantissait un large périmètre d’intimité que personne ne violait jamais, cette forteresse méphitique les condamnait à une solitude étouffante, à l’écart du monde, des câlins et des caresses, sans même un regard langoureux dans un miroir.


Au désespoir de Berthe et Jean, aucun traitement n’avait pu venir à bout de leur souci puant. Ils avaient tout essayé. Dentifrice miracle, sprays, gargarismes, poudres de sorciers, bains de pieds consacrés par un moine tibétain, rien n’y faisait. Chaque traitement échouait et entraînait la fuite précipitée du thérapeute en apnée. Même un chaman réputé avait déclaré forfait, impuissant devant « des chakras qui schmoutaient trop fort ».


Dans une ultime tentative désespérée, ils s’inscrivirent sur un site de rencontre et ils s’y croisèrent. Une rencontre fulgurante : messages enflammés, échanges nocturnes, escalade de désirs torrides. Une complicité grandissante, un appétit réciproque, mais une hantise commune : la vraie rencontre, le face-à-face olfactif. Un coup de foudre numérique dans un nuage de miasmes virtuels.


Après de longues hésitations, surmontant leur complexe nauséabond, rendez-vous fut fixé, place du village de Saint-Fondu-en-Bouse. Le jour était arrivé.


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Avec force dentifrice, bains de bouche, gargarismes, Berthe s’apprêta, aussi excitée que fébrile à la perspective de cette rencontre imminente et redoutée.


Jean, de son côté, multiplia les soins de ses pieds. Il les baigna, les brossa, les talqua. Avec chaussettes et chaussures neuves, il était tout aussi angoissé que Berthe alors que le temps passait et que s’approchait l’heure du rendez-vous.


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La nuit était tombée lorsqu’ils arrivent sur la place, la boule au ventre, là où le banc trône comme un vieux satyre de bois, prêt à vibrer sous les passions humaines.


L’air de cette nuit d’été est tiède et embaume le chèvrefeuille.


Leurs yeux brillent dans la pénombre. Premières secondes timides, regards émus plongés l’un dans l’autre, mains moites qui se joignent puis, dans un élan fou, ils s’élancent vers le banc alors que leurs lèvres se perdent dans un baiser passionné et affamé.

Le bois gronde sous leur poids, émet un long soupir satisfait, conscient de sa mission sacrée : révéler, libérer, exalter. Sous ces assauts affectueux, le banc grince et se cambre, il se laisse martyriser dans la joie, vieux complice ressuscité par l’amour improbable de deux exclus du nez humain.


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Berthe et Jean ne sont plus que deux êtres en fusion, transcendés par la magie du banc et de l’amour brut, corps enlacés qui s’explorent, se découvrent, se goûtent, s’engorgent et se visitent alors que le banc vibre, exalté, fier d’assister à ce miracle charnel, ce triomphe de la passion sur l’odorat. Les soupirs du bois rivalisent avec les gémissements des amoureux, la place résonne comme un vieux grenier qu’on dépoussière à coups de fougue et de transpiration.


Le banc complice grince à chaque mouvement, il en redemande, s’imprégnant de leur fièvre, de leur sueur, de leurs désirs débridés. Il accueille leurs effusions si longtemps contenues en couinant d’aise sous ces corps enlacés qui s’explorent, se découvrent, se goûtent, s’engorgent et se visitent. Il jubile jusqu’au bout de la nuit de ces extases répétées, toujours plus intenses et embrasées qu’il attise encore et encore jusqu’à la béatitude amoureuse de ces deux culs consentants bien alignés. Il caresse et gémit telle une zone érogène d’intérêt public.


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Au petit matin, cheveux en bataille, chairs tuméfiées par le stupre, les yeux noyés d’amour, Jean et Berthe se regardent en silence jusqu’à ce que l’impertinent banc déclenche l’irrépressible besoin de vérité. Une poussée dans les reins, un frisson remontant dans l’échine : une confession se prépare.



Jean la coupa net, avec un sourire béat aux lèvres :



Berthe éclata de rire, libérée, détendue, soulagée. Le banc soupira d’aise sous ce happy end pestilentiel, ravi d’avoir transformé deux âmes en naufrage en victoire amoureuse.


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Au matin, Gertrude, la chroniqueuse des secrets lâchés, passe devant le banc, fronçant le nez en humant l’air vicié et lâche :



Son cabas bringuebalant, elle s’éloigne les narines en alerte, mais le cœur attendri malgré elle.


Ce fut le début d’un changement radical à Saint-Fondu-en-Bouse. Le banc, ragaillardi, devint le théâtre d’un véritable festival de rencontres. Les exclus de la séduction y affluèrent. On organisait des soirées « Love & Odeurs », des tournois de « Cache-toi et pète », des concours de « Baiser en apnée ».


Et depuis ce jour, plus personne ne regarde de travers Berthe et Jean, car à Saint-Fondu-en-Bouse, l’amour a désormais une odeur. Une odeur forte, musquée, délirante… Et il paraît que le banc en redemande, et parfois… les habitants aussi.