| n° 23234 | Fiche technique | 27029 caractères | 27029 4520 Temps de lecture estimé : 19 mn |
08/08/25 |
Résumé: Un homme en voyage au Japon découvre un monde entre onirisme et réalité... | ||||
Critères: #fantastique #merveilleux #initiatique couleurs asie bain forêt campagne cérébral revede massage caresses pénétratio jeu bondage bougie | ||||
| Auteur : sylmrillon73 Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Hisui Chapitre 01 / 02 | Épisode suivant |
Le souffle de l’hiver s’était apaisé sur les rizières vides et les forêts figées de Honshū. Lorsque Syl/ posa le pied au Japon, c’était comme s’il entrait dans un rêve ancien. Professeur à Lyon, passionné par la période Kamakura1 et le Bushidō2, il avait toujours nourri un amour silencieux pour l’archipel. Un amour discret, comme une promesse faite à un pays jamais touché, mais déjà ancré dans son cœur.
À Kyoto, il erra des heures dans les ruelles de Gion, effleurant les portes en bois des machiya3, admirant les femmes en kimono glisser sur les pavés mouillés comme des ombres. À Nara, il salua les daims sacrés avant de se recueillir au Tōdai-ji, impressionné par la solennité millénaire du Bouddha de bronze. Puis il partit vers Kamakura, où l’esprit des samouraïs semblait encore murmurer entre les pins tordus par le vent marin. Enfin, au bord du lac Shinji à Matsue, il relut les récits, happé par les légendes qui tissaient le Japon dans une trame de brumes et de désirs voilés.
C’est là qu’un ami japonais, ancien collègue de faculté devenu prêtre shintō4, lui parla du temple perdu dans les hauteurs d’Hakone : Kōmyō-ji no Onnayu, le Temple de la Lumière Féminine. Il n’était sur aucune carte, n’apparaissait dans aucun guide. Pourtant, disait-on, ceux qui y accédaient trouvaient plus qu’un simple bain de source chaude. On murmurait qu’une déesse apparaissait parfois, aux âmes bienveillantes, à ceux qui ne cherchaient rien, mais portaient le désir du monde entier dans le silence de leur cœur. Syl/ n’hésita pas.
Il prit un train jusqu’à Hakone, puis marcha deux jours sur un sentier de montagne oublié, un bâton de bambou à la main, son sac au dos, le vent dans la nuque. Les nuits étaient froides, les arbres bruissaient de souvenirs oubliés. Le troisième soir, alors que le soleil s’éteignait derrière les collines, il découvrit enfin le torii vermillon dressé à l’entrée d’une vallée cachée. Le temple reposait là, immobile, comme s’il attendait depuis toujours.
Construit en bois de cyprès noirci par le temps, il se dressait dans une clairière baignée de vapeur. À l’arrière, le murmure d’un bassin minéral invitait au silence. Le sol était tiède sous ses pieds nus. Syl/ suivit un sentier de pierres plates jusqu’au bain sacré, creusé à même la roche, encerclé de bambous noueux. Une légère vapeur dansait à la surface de l’eau laiteuse.
Il se déshabilla lentement, comme s’il retirait les couches d’homme pour entrer dans un rêve. Puis il descendit dans l’eau.
La chaleur l’enveloppa aussitôt. Une torpeur délicieuse s’insinua dans ses muscles, sa nuque, son ventre. Il ferma les yeux, respirant lentement. Les sons s’éloignèrent. Tout devint ouaté, suspendu.
Et dans cette paix brûlante, quelque chose bascula.
Une présence. Une vibration.
Un souffle qui n’était pas le sien.
Une voix, peut-être. Une caresse.
Une lumière verte, pâle, juste sous ses paupières closes.
Syl/ ne savait plus s’il rêvait. Mais il était certain d’une chose : quelqu’un l’observait.
Il ouvrit les yeux.
La vapeur flottait doucement sur l’eau, diaphane et dorée. Le crépuscule avait cédé sa place à une clarté étrange, ni lune, ni étoile, mais une lumière douce, intérieure, presque vivante. Le silence était absolu, mais chargé, comme s’il retenait son souffle.
Et elle apparut.
Pas en marchant, pas en surgissant, non. Elle était simplement là, debout au bord du bassin, comme si elle avait toujours été là, invisible, attendant le bon moment pour être vue.
Hisui Onnayu.
Son corps semblait fait de nacre, comme s’il avait été poli par l’eau et le vent. Elle était fine, presque frêle, et pourtant, chaque mouvement de sa silhouette dégageait une densité presque hypnotique. Ses cheveux, longs et souples comme des filets d’encre havane et rouge, coulaient sur ses épaules et descendaient en cascade le long de dos. Ils brillaient par endroits, comme si des reflets d’émeraude y avaient été tissés.
Sa poitrine, petite et ferme, semblait s’éveiller sous la fraîcheur de l’air. Ses seins pointaient, non dans une provocation, mais dans une vérité de chair offerte. Ses hanches, fines, mais bien dessinées, s’ouvraient vers des fesses rondes et hautes, pommées comme un fruit juste mûr ne demandant qu’à être dégusté. Elle marchait avec une lenteur sacrée, les pieds nus effleurant la pierre humide sans bruit.
Son visage… Syl/ en fût frappé comme par un éclair doux. Il était délicat, merveilleusement dessiné. Le nez droit, les pommettes hautes, la bouche pleine, légèrement ourlée, presque toujours entrouverte, comme prête à parler, à soupirer ou comme dans un perpétuel sourire. Ses yeux, légèrement en amande, évoquaient l’Orient sans y appartenir ; leur regard profond, liquide, oscillait entre gravité ancienne et une joie mutine et juvénile.
Une énigme vivante.
Mais ce qui le troubla le plus, ce fut cette étrange concavité au niveau de son plexus solaire. Juste entre ses deux magnifiques petits seins, sa cage thoracique semblait s’enfoncer assez profondément, comme si un morceau d’elle-même avait été retiré. Non une blessure, mais un vide : une absence creusée dans sa cage thoracique. Et pourtant, de cet endroit émanait une lumière pâle, fragile, comme celle d’une lanterne de papier.
Elle entra dans l’eau sans bruit. L’onde s’écarta devant elle avec respect.
Syl/, fasciné, subjugué, hypnotisé ne bougea pas.
Elle vint à lui, et sa voix, lorsqu’elle parla, sembla résonner dans sa tête plus que dans ses oreilles.
Il sentit ce mot comme une caresse sur la nuque. Un nom ancien, murmuré pour lui seul.
Il ouvrit la bouche pour parler, mais elle posa doucement un doigt sur ses lèvres. Il se tut. Elle poursuivit :
Ses yeux se voilèrent un instant, puis elle plongea les doigts dans l’eau, traçant des cercles lents.
Elle se pencha, tout près, sa bouche effleurant presque l’oreille de Syl/.
Elle se redressa alors, les gouttelettes courant sur sa peau comme des perles vives. Un souffle d’encens sembla traverser l’air.
Et sans attendre sa réponse, elle ferma les yeux.
Le bassin disparut.
Le temple s’effaça.
Syl/ bascula.
Dans un autre monde.
Syl/ tomba.
Pas dans le vide, non. Il tomba dans la nuit.
Un monde sans ciel, sans sol, sans contours. Une nuit profonde et mouvante, striée de formes troubles. Il flottait dans une brume lourde, aux reflets d’encre. À ses pieds, un sol se matérialisa peu à peu : une forêt ancienne, étouffée de mousse noire, d’arbres noueux aux branches contorsionnées. Une odeur de terre humide et de bois pourri lui emplit les narines.
Il n’était plus nu. Il portait un yukata6 sombre, ceint d’un obi noir. À sa taille, un katana7 d’une finesse étrange, presque irréelle. L’arme semblait vivante, son fourreau pulsait au rythme de son souffle.
Une voix résonna, basse, grinçante, tissée de mille autres.
La forêt se plia, gronda.
Devant lui, une ombre se forma. Massive. Humaine, mais disloquée. Un corps difforme, mi-homme, mi-bête, vêtu de loques flottantes comme des algues. Deux cornes noires sortaient de son crâne, et ses yeux, rouges et luisants, brûlaient comme deux charbons. Une langue noire pendait de sa bouche fendue. Sur son torse battait un cœur emprisonné dans une sphère de verre, rouge et sombre, palpitant lentement, presque épuisé.
Syl/ sentit la peur monter… mais aussi une force. Une certitude. Il n’était pas seul. La présence de Hisui brûlait dans son dos, comme un feu sacré.
Il dégaina le katana.
Le démon hurla.
Le combat fut fulgurant.
Le yokai bondit d’un seul coup, ses griffes ouvertes comme des faucilles. Syl/ esquiva de justesse, roulant sur le sol avant de se redresser d’un mouvement fluide. Le katana décrivit un arc de lumière, effleurant l’épaule du monstre. Une écume noire jaillit, acide, brûlant la mousse.
Sans savoir ni comment ni pourquoi, il déclara :
À ces mots, des runes dorées apparurent sur la lame. Son souffle s’accordait à la vibration du sabre, à la pulsation du monde autour de lui. Il se souvenait : les gestes vus dans les films, les écrits anciens, les secrets cachés dans les haïkus guerriers.
Syl/ frappa. Une, deux, trois fois.
À chaque coup, le monstre reculait, hurlait, perdait forme.
Mais le yokai était vieux. Rusé. Il se fondit dans les ombres, réapparut dans les arbres. L’air se tordait autour de lui. Syl/ fut projeté contre une souche, le souffle coupé. Il se releva en haletant, une entaille au flanc.
Alors, une lumière apparut.
Hisui, ou son souvenir, se tenait là. Nue, sereine, tenant dans ses paumes une perle d’eau fumante.
Il but. Le feu de l’onsen coula en lui. Son katana s’illumina d’un vert profond, comme la pierre jade elle-même.
Syl/ sauta. Il vola presque. Un cri ancestral jaillit de sa gorge. Il trancha.
Le cœur jaillit de la poitrine du démon dans une gerbe de lumière rouge. Le yokai hurla une dernière fois, se dissolvant en cendres gargouillis et murmures infâmes.
Le cœur était là. Vivant. Battant. Fragile.
Syl/ le prit dans ses mains avec délicatesse et presque vénération. Il était chaud, doux, presque soyeux.
Et alors, la forêt se mit à disparaître.
Il tomba à nouveau. Vers la lumière. Vers l’eau. Vers elle.
Syl/ émergea de l’eau dans un souffle, comme un noyé ramené à la vie. Le ciel au-dessus du bain était noir, mais piqueté d’étoiles, aussi nettes que des grains de riz sur du papier washi8. Tout était calme, mais l’air avait changé, chargé d’une énergie douce, d’une attente silencieuse.
Elle était là, assise sur la margelle du bassin, les jambes croisées sous elle, les cheveux encore mouillés tombant sur ses épaules nues.
Hisui Onnayu.
Ses yeux luisants, à demi-clos, fixaient Syl/ avec une intensité nouvelle. Non plus cette mélancolie distante, ce regard suspendu entre le monde et le vide, mais une vie retrouvée avec une chaleur, apaisante et bienfaisante.
Il tendit les mains.
Dans ses paumes, battait toujours le cœur.
Pas ensanglanté, pas monstrueux – un objet de lumière douce, presque liquide, translucide, comme un fruit interdit ou un secret qu’on n’ose confier.
Elle le reçut sans un mot.
Ses doigts, si fins, se refermèrent sur le précieux trésor.
Et alors, doucement, elle le ramena à sa poitrine. À ce creux mystérieux, cet espace d’absence entre ses deux seins. Lorsqu’elle y glissa le cœur, la lumière fusionna, s’absorba en elle, dans un frisson visible. Elle ferma les yeux. Une larme roula sur sa joue.
Puis elle rouvrit les paupières.
Syl/ sut, à cet instant précis, que plus rien ne serait jamais comme avant.
Elle se leva lentement, nue, superbe, entière.
Sa voix était plus grave, plus pleine. Elle vibrait d’une féminité profonde, souveraine.
Elle se retourna. Un pas, deux pas, puis elle glissa dans l’ombre d’un petit pavillon annexe à demi-ouvert sur les jardins. Syl/, encore nu, la suivit, comme dans un rêve tiède.
À l’intérieur, tout était silence. Tatamis impeccables. Paravent peint de pivoines et de grues. Une pierre tiède sous ses pieds. Le parfum du thé vert en préparation flottait déjà dans l’air, dense et profond.
Elle s’était vêtue d’un kimono de soie ivoire, noué d’un obi grenat. Ses gestes, précis, lents, étaient une danse à eux seuls. Elle agença les ustensiles : le chawan9, le chasen10, la cuillère de bambou, la boîte de thé. Chaque geste, chaque frottement, chaque souffle semblait destiné à éveiller en lui un désir paisible. Un érotisme subtil, ancré dans la tradition, presque sacré.
Syl/ était assis en seiza, les mains sur les genoux, hypnotisé.
Elle s’agenouilla en face de lui, sans un mot, et commença la cérémonie.
Le bruit du fouet dans le bol. La vapeur lente s’élevant. Le regard qu’elle posait sur lui, comme si chaque mouvement était destiné à le préparer ; non à boire, mais à recevoir.
Elle lui tendit le bol. Il le prit avec respect.
Lorsqu’il but, le goût fut amer et rond à la fois. Comme sa voix. Comme sa peau.
Elle sourit, doucement.
Elle se leva, et d’un geste, laissa tomber le kimono à ses pieds.
Nue, offerte, lumineuse.
Syl/ se redressa, le souffle court. Elle lui tendit la main.
Syl/ crut un instant rêver encore.
Le pavillon avait été transformé. Des lanternes de papier tremblaient dans la pénombre, diffusant une lumière dorée et intime. Un parfum entêtant de saké chaud, de riz vinaigré, de peau et de fleurs de prunier flottait dans l’air.
Au centre de la pièce, une longue table basse, laquée d’un noir profond, avait été dressée. Et là, posée sur un fin tatami de lin blanc, elle reposait.
Hisui Onnayu.
Nue, allongée de tout son long sur le dos, les yeux clos, les bras délicatement le long du corps. Son visage était serein, presque religieux. Ses cheveux s’étaient répandus autour d’elle comme une encre vivante, encadrant son corps couleur de perle comme une calligraphie.
Autour d’elle, quatre geishas s’affairaient avec une grâce toute en retenue. Leurs gestes, précis, élégants, semblaient répétés depuis des siècles. Leurs kimonos rouges et or bruissaient doucement à chacun de leurs déplacements.
Elles déposaient les bouchées.
Des makis légers, des sashimis translucides, de fines tranches de saumon marinées, des œufs de poisson délicatement posés sur son ventre, ses cuisses, l’arête douce de ses clavicules. Sur ses seins, elles placèrent deux petits morceaux de gingembre confit. À l’intérieur de ses cuisses, si près du secret de son corps, une huître crue, irisée, frémissante, semblait respirer avec elle.
Hisui ne bougeait pas. Chaque centimètre de sa peau devenait offrande. Elle était à la fois temple et tabou, autel et mystère.
Syl/ s’assit au bout de la table, son souffle retenu.
Une geisha s’agenouilla près de lui, lui tendit un petit pot de saké brûlant. Il but, à petites gorgées. Son regard était rivé au corps nu et sacré d’Hisui.
Une autre geisha murmura à son oreille :
Elle s’éloigna ensuite en silence.
Alors, Syl/ se pencha.
Il approcha sa bouche de la clavicule de la déesse, là où reposait une fine tranche de daurade. Il la prit entre les lèvres, effleurant à peine sa peau. Elle frissonna sous lui, mais ne bougea pas.
Il continua. Du bout des doigts, parfois des lèvres, il saisissait les morceaux, cueillant, savourant, effleurant. Le riz sur sa hanche, le thon rouge sur son bas-ventre, la petite feuille de shiso juste au-dessus de son nombril.
À chaque bouchée, il découvrait un peu plus le mystère de sa peau, sa chaleur, sa douceur. Il sentait les frémissements subtils de son ventre, le souffle lent de son excitation contenue. Ce n’était plus seulement un rituel : c’était un jeu d’équilibre, entre retenue et désir.
Quand il atteignit ses cuisses, il s’arrêta.
L’huître, vivante et nacrée, semblait l’attendre comme une énigme à résoudre.
Il la saisit délicatement, du bout de la langue. Son goût iodé éclata sur son palais en même temps qu’il sentit la chaleur du sexe d’Hisui rayonner à travers l’air. Sa peau vibrait. Son souffle s’était accéléré.
Ses paupières s’ouvrirent à demi.
Elle murmura :
Elle se redressa. Lentement. Ses yeux étaient braisés.
Elle fit un geste.
Les geishas revinrent. Sans un mot, elles déroulèrent des cordes de soie rouge et ivoire.
Le shibari allait commencer.
Le pavillon s’était tu. Il n’y avait plus de musique, plus de mots. Seuls les souffles, les frottements de corde, les soupirs et les battements sourds des cœurs.
Les geishas s’étaient effacées, laissant derrière elles des bobines de corde de chanvre teintée de rouge sombre, de soie tressée ivoire, et quelques chandeliers à la lumière vacillante. Le sol avait été recouvert d’un futon épais, moelleux, recouvert d’un tissu noir.
Hisui était debout, nue, le dos à Syl/.
Elle prit une corde et la fit lentement glisser entre ses doigts, la caressant presque. Puis, elle se retourna vers lui :
Syl/ hocha la tête. Il n’avait jamais pratiqué. Mais quelque chose en lui – ou en elle – guidait ses gestes.
Elle l’invita à s’asseoir. Puis à s’agenouiller.
Doucement, Hisui se plaça derrière lui. Il sentit son souffle contre sa nuque, la douceur de ses seins contre son dos, et bientôt… la tension des cordes. Elles vinrent enrouler son torse, lentement, patiemment, dessinant autour de son corps une cage légère, presque sensuelle. Elle lia ses bras derrière lui, non pour l’immobiliser, mais pour l’ouvrir. À chaque nœud, elle s’arrêtait, effleurait sa peau du bout des lèvres. Des baisers minuscules, placés sur les omoplates, sur le cou, à la lisière de la colonne vertébrale. Parfois juste un battement de ses cils sur un endroit sensible déclenchait un frisson de plaisir amplifiant son désir…
Le frottement de la corde était d’une douceur rude. Elle passait entre ses côtes, encerclait ses hanches. Syl/ sentait sa peau réagir, tendre, frissonner. Il ne pensait plus. Il ressentait.
Lorsqu’elle eut fini, il était là, lié, offert, mais pas prisonnier.
Elle se plaça alors devant lui. Et lui tendit une corde blanche.
Ses mains tremblaient à peine. Mais elles trouvèrent le chemin.
Syl/ la lia, lentement. Il commença par ses bras, ses poignets fins, qu’il croisa derrière elle dans une torsion délicate. Puis il encadra sa poitrine, faisant passer les cordes juste sous ses seins ; ses adorables petits seins pointus, impertinents, légers, comme des fruits tendus au soleil. Il sentit leur fermeté sous la corde, mais aussi le tremblement subtil de sa respiration.
Il traça un motif autour de son ventre, sculptant son nombril, embrassant ses flancs. Puis il descendit vers ses hanches, ses cuisses fines, qu’il lia en entrecroisant les cordes avec une lenteur sacrée.
Elle gémissait doucement, mais ne disait rien.
Quand elle fut entièrement ceinte de liens, elle releva les yeux vers lui :
Et d’un souffle magique, elle alluma l’une des bougies. La cire était épaisse, couleur ivoire.
Syl/ la prit. S’approcha. Elle écarta les jambes lentement, s’offrant à la coulée.
Il inclina la main.
Une goutte. Une seule
Sur le haut de sa poitrine.
Hisui haleta, mais ne bougea pas.
Une autre goutte, sur son ventre.
Une troisième, à l’intérieur de sa cuisse.
La cire chaude dessinait des perles opalines sur sa peau tendue. Elle frémissait, ses yeux brillants, sa bouche entrouverte.
Syl/ obéit. Il traça des lignes. Des chemins brûlants. Chaque cri qu’elle poussait n’était pas douleur, mais abandon. Une transe à la limite de l’épectase.
Lorsqu’elle fut marquée, sculptée, liée… elle rampa jusqu’à lui.
Ses liens tombaient un à un, comme des feuilles en fin d’automne. Syl/ dénouait les cordes avec des gestes lents, précis, emplis de tendresse. La cire avait durci sur sa peau en éclats nacrés, comme autant de traces de leur passage. Il les effaçait du bout des doigts, les léchait parfois, comme on goûte à la mémoire d’un fruit défendu.
Lorsqu’elle fut libre, nue à nouveau, mais marquée, offerte et prête, elle se glissa contre lui, dans un frôlement de velours.
Leurs peaux se touchèrent.
Ce fut d’abord une rencontre de souffles. Le sien, rapide, court, presque tremblant ; celui de Syl/, plus profond, enraciné dans un désir qu’il n’avait jamais connu. Leurs visages se cherchèrent. Et puis leurs bouches. Lentement.
Elle l’embrassa avec une langue douce, inquisitrice, dans un baiser qui n’avait rien de pressé. Il ne s’agissait pas de conquérir, mais de goûter. Comme si elle cherchait à reconnaître en lui les échos d’un millénaire oublié.
Leurs mains partirent à l’exploration, avec la délicatesse d’un aveugle caressant une sculpture ancienne. Les doigts de Syl/ glissèrent entre les omoplates d’Hisui, descendirent le long de son dos comme un poème silencieux. Il s’attarda sur ses fesses, rondes, fermes, ciselées comme deux fruits jumeaux. Il y enfouit son visage, respira son odeur, et y laissa un baiser profond, presque religieux.
Elle s’agenouilla alors au-dessus de lui, les cuisses écartées. La lumière vacillante des bougies dessinait des ombres dans le sillon de son sexe, luisant, prêt tel un temple attendant l’entrée de ces adeptes.
Syl/ la contempla comme un adepte en adoration devant son idole.
Puis elle descendit.
Sa vulve, gonflée, chaude, suintante du nectar de son désir, s’ouvrit lentement contre sa bouche. Il la reçut avec la lenteur d’un prêtre buvant au calice avec vénération. Sa langue glissa entre ses lèvres humides, en longues caresses ascendantes. Il sentait sa chair pulser contre lui, douce, salée, gorgée. Elle gémissait sans retenue, sa nuque renversée, ses mains dans ses cheveux.
Syl/ la buvait, la léchait, la respirait. Il n’y avait plus de pensée, seulement elle.
Puis elle se retira, haletante, les cuisses tremblantes.
Elle s’assit sur lui. Lentement. Ses mains sur sa poitrine, elle guida son sexe au creux du sien.
Et lorsque leurs corps se scellèrent, ce fut comme une vibration cosmique. Il la sentit l’engloutir, le dévorer, le contenir tout entier. Elle le montait, doucement d’abord, avec des ondulations de bassin d’une fluidité surnaturelle. Chaque va-et-vient était un chant muet, un vers supplémentaire de leur liturgie charnelle.
Il glissa ses mains sur son ventre, caressa la ligne fine qui reliait son nombril à son sexe. Elle le regardait, bouche entrouverte, yeux dilatés, le regard ourlé de désir et du plaisir montant.
Le rythme s’accéléra. Ses hanches frappaient les siennes avec la puissance douce d’une vague contre une roche polie. Les gémissements d’Hisui devinrent plus rauques, plus profonds. Elle roulait ses épaules, s’abandonnait, se tendait vers l’extase avec l’élan d’une prière.
Syl/, en elle, sentait ses parois l’étreindre, le masser, comme une bouche sacrée autour de son sexe tendu. Il était au bord de la déflagration, mais ne voulait pas finir.
Elle l’invita à changer.
Il la bascula, doucement, sur le dos. Ses jambes s’ouvrirent comme des ailes de papillon. Il entra à nouveau en elle, d’un seul geste lent et profond. Leurs regards se croisèrent en fusion totale. Et il commença à la prendre, entièrement.
Chaque coup de reins était une offrande. Il entrait profondément, tirait presque jusqu’à sortir, puis replongeait avec force et tendresse. Elle s’accrochait à lui, le griffait, haletait des mots anciens dans une langue qu’il ne comprenait pas.
Le plaisir montait, immense. Un raz-de-marée sensuel, un tsunami d’extase en préparation.
Quand elle jouit, ce fut une explosion silencieuse. Son corps se cambra, son ventre se contracta, ses jambes l’enlacèrent comme des racines. Sa bouche ouverte sans cri, yeux révulsés, seins tendus vers lui comme des flèches de lumière. Une jouissance longue, liquide, qui pulsa contre lui comme une marée intérieure, cherchant à éteindre l’incendie d’exaltation qui la consumait.
Syl/ la suivit. Son orgasme fut animal, surnaturel, vibrant de toutes ses fibres. Il se vida en elle comme on s’abandonne au vide, dans une extase nue, sans barrière, sans retour.
Le silence retomba.
Ils restèrent là, noués, l’un dans l’autre, respirant ensemble de longues minutes enlacés, leur souffle s’unifiant en un rythme lent et apaisé ; puis elle murmura :
Et dans cette dernière phrase, il comprit : le temple, le démon, le cœur volé, le thé, les cordes, la cire et l’amour ; tout cela n’était pas une épreuve.
C’était une initiation, les brumes s’évanouirent.
Le jour pointait à travers les arbres. L’eau était tiède. Syl/ était dans le même bain.
Seul.
Avait-il rêvé ? Fantasmé ? Vécu l’invisible ?
Il se releva lentement. Et c’est alors qu’il vit, posé sur le rebord de pierre, une petite pièce de 50 yens. Percée en son centre. Passée dans un ruban de soie rouge.
Il la prit. La serra dans sa paume. Et le noua à son poignet ; il sourit, ces pensées s’envolant vers sa délicieuse, désirée et vénérée Hisui.
o-o-o-o-o-o-o
L’explication des différents termes a été récupérée dans Wikipédia.
1. ↑ L’époque de Kamakura est l’une des 14 subdivisions traditionnelles de l’histoire du Japon. Cette période, qui commence en 1185 et s’achève en 1333, est placée sous l’autorité politique du shogunat de Kamakura. ref
2. ↑ Le Bushidō est le code des principes moraux que les guerriers japonais, samouraïs et bushi (brave guerrier), étaient tenus d’observer. ref
3. ↑ Les machiya sont des maisons en bois typique des centres-villes japonais, qui ont servi de logement et d’ateliers aux habitants pendant des siècles, notamment à Kyoto. ref
4. ↑ Le shinto ou shintoïsme est un ensemble de croyances datant de l’histoire ancienne du Japon, parfois reconnu comme religion. Il mêle des éléments polythéistes et animistes. Il s’agit de la plus ancienne religion connue du Japon. ref
5. ↑ Le terme yōkai ( « apparition étrange », « spectre », « monstre ») désigne tout ce qui se rapporte à des phénomènes étranges ou anormaux, dont l’existence dépasse la compréhension humaine, dans les croyances populaires transmises par l’intermédiaire de la littérature ou la culture orale au Japon. ref
6. ↑ Yukata (littéralement « vêtement de bain ») est un terme japonais désignant un kimono léger porté en été à la fois par les hommes et par les femmes. ref
7. ↑ Le katana est un sabre (arme blanche courbe à un seul tranchant) dont la lame fait plus de 60,6 cm. ref
8. ↑ Le washi est le papier fabriqué artisanalement au Japon depuis le VIIe siècle. Composé de longues fibres de bois entrelacées extraites de l’écorce du mûrier à papier (kōzo), il est léger, flexible et solide. ref
9. ↑ Le chawan est un bol utilisé pour la préparation et la consommation du thé. ref
10. ↑ Le chasen est un fouet à thé. ref