| n° 23223 | Fiche technique | 16086 caractères | 16086 2733 Temps de lecture estimé : 11 mn |
01/08/25 |
| Présentation: Ce texte est trop long de 1000 caractères pour participer aux confessions assises, je propose donc ce délire en marge de cette collection. | ||||
Résumé: Un banc, des fesses, et tout un village qui se libère. | ||||
Critères: #exercice #humour #délire #société #ruralité #érotisme #fantastique #volupté #regret #confession #nostalgie #personnages #libertinage #groupe #voyeur #exhibitionniste #masturbation #lieupublic | ||||
| Auteur : L'artiste (L’artiste) Envoi mini-message | ||||
| Collection : Confessions assises |
L’histoire qui suit, comme toutes celles de la collection « Confessions assises », est un écho au texte Cul posé, secrets lâchés qu’il est recommandé de lire en premier.
Il y a des endroits qui sentent le pain chaud, d’autres la nostalgie. Et puis y a ce banc. Il sent la sueur sèche, le secret tiède, et un fond d’éjaculation refoulée. Quand on s’en approche… y a comme une montée dans le caleçon de l’âme.
Mathieu revient au village après sept ans d’absence, trois burnouts, une tentative de roman érotique autoédité sur Amazon, et un divorce qu’on pourrait résumer par une boîte à chaussures pleine de sex-toys et de papiers de notaire. Il pensait trouver un patelin mort, rural et pépère, où les gens jouent à la belote et s’éteignent doucement. Mais non. L’endroit est… vibrant. Les regards sont humides, les rumeurs trempent, et sur la place centrale, trône LE BANC.
Pas un banc ordinaire. Pas maudit non plus. Lubrique, diront certains. Thérapeute, diront d’autres. Un banc… qui sait trop de choses. On raconte qu’il a été sculpté dans un bois « sensitif », planté par un ermite libidineux pendant la guerre. Qu’il a absorbé les secrets de tous les culs posés dessus. Et qu’un jour, il a commencé à les recracher.
Mathieu n’y croyait pas. Jusqu’à ce qu’il la voie.
Élise.
Toujours ce regard mi-désabusé, mi– « viens-moi en rêvant ». Toujours cette bouche faite pour dire des conneries, des poèmes, ou des trucs qu’on dit les doigts dans la bouche. Elle est là. Elle le voit. Elle l’ignore – donc, elle le voit très bien.
Il hésite. Se dit : « Fuyons. » Puis : « Restons dignes. » Puis : « Merde alors. » Et il s’approche.
Elle s’assoit. Le banc gémit. Un son sensuel. Pas humain. Pas tout à fait inhumain non plus. Mathieu s’arrête net. Elle tourne la tête.
Deux mots. Et tout ce qui bandait dans sa mémoire se redresse. Il prend place à ses côtés. Le banc chauffe. Comme une main sous la fesse.
Il reste silencieux. Et puis… une odeur. Une réminiscence, en fait : sueur, shampooing à la noix de coco, et cet instant suspendu où on sait que le slip va tomber, mais pas encore comment.
Mathieu avale sa salive. Il a le goût d’un baiser ancien.
Elle le regarde. Une larme, mais une main sur la cuisse. Et là, le banc brille. Une fine vapeur s’élève. Presque imperceptible. Sauf pour eux. Et peut-être pour le chien du voisin, qui se met à couiner doucement.
Mathieu ferme les yeux. Un souvenir explose derrière ses paupières : Élise à quatre pattes sur la vieille table de camping, l’été de leurs vingt-quatre ans, le short autour de la cheville et la voix cassée par l’envie. Mais ce n’est pas SON souvenir. C’est le leur. Amplifié. Nettement trop précis.
Il ouvre les yeux. Élise le regarde, elle a vu la même chose.
Le banc grince. Ou rigole. Difficile à dire. En tout cas il s’emballe. Pas façon « tempête de merde » – ça, c’était l’an dernier avec le barbecue de la mairie et les saucisses véganes. Non. Là, c’est subtil, presque sensuel. Un frémissement dans le bois. Une vibration intérieure pour ceux qui s’y posent.
Mathieu et Élise, toujours assis, ressentent maintenant exactement la même chose. Le même frisson entre les omoplates. Le même échauffement sous les reins. La même envie de se lécher le passé.
C’est à cet instant précis que le banc déclenche la fusion. Une superposition de souvenirs lubriques. Un torrent d’archives sensuelles balancé dans leurs cerveaux respectifs, sans avertissement, sans filtre parental.
Elle, en 2009, en train de se caresser en pensant à lui pendant une réunion Zoom qui n’existait pas encore.
Lui, recevant une sextape d’une ex… et pensant à Élise pendant le visionnage.
Eux deux, nus, riants, transpirants, oubliés sur le canapé familial, avec le chat qui les jugeait depuis l’accoudoir.
Mais ces souvenirs-là… ne sont pas seulement les leurs. Il y a d’autres images. D’autres corps. D’autres culs posés.
Des centaines de fragments. Des confessions suintantes. Des désirs planqués dans des poches de jeans. Des fantasmes de comptables et de veuves en résille. Le banc fait défiler tout ce qu’il a absorbé. Et soudain, leurs souffles s’accordent. Leurs bassins se calent. Leur mémoire devient commune. Ils ne sont plus deux ex sur un banc. Ils sont une interface charnelle branchée sur la libido collective d’un village entier.
Élise gémit. Mais ce n’est pas elle. C’est Lucette, la coiffeuse de 72 ans qui s’imaginait en cuir noir avec le facteur. Puis c’est Kevin, l’ado timide, amoureux de son prof d’EPS, qui rêve qu’on lui parle sale en allemand. Puis René, qui regrette de ne pas avoir essayé le pegging pendant son premier mariage.
Ils sont tous là. Ils jouissent par procuration à travers Mathieu et Élise par l’intermédiaire du banc, devenu collecteur émotionnel orgasmique.
Une larme coule sur la joue d’Élise. Elle ne sait plus si elle pleure de plaisir, de mémoire, ou de surcharge de données érotiques non consenties.
Le banc brille. Pas une lumière divine. Une moiteur phosphorescente. Le bois est trempé. Mais il ne sèche pas. Il s’imprègne. Et puis, soudain… Tout s’arrête. Ils sont deux. Épuisés. Essorés. Comme après une partouze astrale supervisée par un meuble IKEA ensorcelé.
Élise tremble.
Mathieu lève les yeux. Et voit la pancarte, clouée dans le dos du banc. Elle n’y était pas avant. Elle vient d’apparaître. Gravée comme un avertissement (ou une promesse) :
Mémoires actives. Veuillez déposer vos fluides.
Il éclate de rire.
Et juste derrière eux, une vieille dame s’approche en souriant. Et dit :
Elle s’appelait Odette, 81 ans, perruque rose, dentier brillant et un regard qui disait : « J’ai vu des choses que ton slip ne peut même pas concevoir. » Mathieu s’est tourné. Il aurait dû dire non. L’alerter. La prévenir. Crier « Fuis, Odette, ce banc suce l’âme par le périnée ! »
Mais il n’a rien dit.
Parce que le banc parlait déjà. Pas à haute voix. Pas avec des mots. Mais dans leurs têtes.
« Celle-là, elle a des souvenirs très… tactiles. »
Élise a sursauté.
Le banc ricane. Pas dans le bois. Dans leurs os.
« Vous m’avez nourri. Vous m’avez offert vos regrets, vos fantasmes, vos fluides… et maintenant je veux… les partager. »
Odette s’assoit. Et tout bascule. La Place s’éveille. Ils arrivent. Tous. Comme attirés par une odeur que seul l’âme peut sentir. Pierrot, l’ancien garagiste qui rêve de partouzes en camping-car. Justine, la bibliothécaire dominatrice qui fouette avec des marque-pages. Kevin, encore lui, en short trop court et courage en bandoulière. Et même Gertrude, en tailleur cuir, prête à noter chaque orgasme comme une fonction publique du plaisir.
Ils s’assoient. En file. À tour de rôle. Le banc tremble, puis pulse. Il transmet. Chaque confession est ressentie par tous. En même temps. Un orgasme communautaire. Une orgasme-démie. Quelqu’un gémit. Quelqu’un pleure. Quelqu’un se touche la tempe en criant « C’est ma femme qui m’étrangle, bordel, et j’aime ça ! »
Le Banc Parle. Pour de bon, cette fois. Avec sa propre voix. Un mélange de Barry White, Simone Signoret, et Siri en pleine montée de chaleur.
Un silence.
Quelqu’un s’évanouit de plaisir. Mathieu recule.
Le banc, lui, continue :
Et tout le village s’illumine. Vraiment. Des lueurs charnelles courent sur les pavés. Des frissons collectifs traversent les vitrines. Les confessions jaillissent sans qu’on ait besoin de parler.
« J’ai simulé pendant 40 ans… »
« Je veux qu’on m’appelle le souffleur de vérité… »
« Je me suis branlé sur un discours politique… »
Tout sort. Les corps bougent. Se cherchent. Mais ce n’est pas une orgie. C’est une libération rythmée. Une rave mystique à base de culs dénoués.
Le banc rappelle Mathieu et Élise : les Fessiers Fondateurs. Ils reviennent s’y asseoir. Et cette fois… il s’ouvre. Littéralement. Une trappe au centre. Une lueur. Une invitation.
Ils hésitent. Puis sautent. Plongée dans l’inconscient collectif sexuel de tout un village. Un labyrinthe de fantasmes, regrets et souvenirs collants. Un rêve éveillé où le plaisir devient vérité. Et pendant ce temps, sur la place, le reste du village gémit doucement au soleil. En paix. En fente. En chaleur.
Ils tombent. Pas une chute brutale. Plutôt une descente molle, comme glisser dans un vagin cosmique fait de souvenirs, d’émois flasques et de moquettes charnelles. Ils atterrissent sur un sol qui ressemble à de la peau de velours. Ça sent le savon intime, la lettre d’amour chiffonnée et… l’humidité concentrée.
Une voix résonne autour d’eux.
« Bienvenue dans la Mémoire du Banc. »
Des étagères. À perte de vue. Remplies de boîtes transparentes. Dedans : des scènes. Des fragments de fesses. Des épisodes de baise non assumés. Des souvenirs masturbatoires millésimés.
Élise s’approche d’une boîte. L’étiquette dit :
Été 1984 – Josiane/la confiture/le jardin public.
Elle ouvre. Une vision surgit : Josiane. Robe à fleurs. Bocal de fraise. Doigté méthodique sur une nappe provençale. Le banc qui grince d’approbation. Elle qui crie : « C’est meilleur que le clafoutis ! »
Élise referme en hurlant.
Ils avancent. Des confessions sont là, en liberté conditionnelle : Un mec qui s’est masturbé en imitant un lama. Une femme qui a pris son orgasme pour une attaque de panique. Un couple qui a baisé sur un banc et sur le maire. Et plus ils s’enfoncent… plus c’est bizarre. Les boîtes deviennent vivantes. L’une d’elles palpite. Une autre suinte.
Ils en trouvent une avec leur propre nom dessus. Mais datée « 2037 ».
Ils hésitent, mais ouvrent.
Élise en robe blanche. Mathieu en slip léopard. Une foule les acclame. Autour d’eux, le banc. Il parle en vers. Il chante. Il préside.
- — Nous sommes rassemblés ici pour l’union de deux culs confessés, liés à jamais par le jus de leur vérité.
Ils sont debout, nus, et ils disent oui. Au Banc. Et puis… tous s’assoient. Et l’orgie commence. Des générations entières de villageois, enchevêtrés dans un ballet de regrets assumés et d’orifices libérés. Un curé en tutu. Une octogénaire qui utilise un parapluie comme sex-toy. Des jumeaux qui font du bondage avec des chapelets.
Ils referment la boîte. Haletants. Tremblants.
La voix du banc résonne :
Ils se regardent. Ils savent ce que ça implique. S’ils remontent… Ils deviendront les Prophètes du Banc. Les apôtres de l’orgasme collectif, les missionnaires du trou béni. S’ils restent… Ils vivront dans cette archive moite, éternellement lubrifiés, mais isolés.
Élise murmure :
Ils sont remontés. Sortis du Banc comme d’un vagin magique inversé, suants, essoufflés, nés une deuxième fois.
Le soleil est là. Les gens aussi. Mais tout a changé. Autour de la place, les villageois les regardent… différemment. Pas avec jugement. Avec cette lumière dans les yeux qu’ont les fidèles qui attendent une bénédiction – ou un cunnilingus sacré.
Mathieu a une aura. On dirait qu’il transpire de la ferveur érotico-mystique. Élise, elle, ne touche plus le sol. Elle lévite légèrement, portée par la foi et des endorphines collectées dans les rêves humides d’Odette. Le Banc ne parle plus. Il résonne.
Ils commencent local. Des tracts sont distribués :
La Vérité est dans vos Fesses. Posez-les.
Des réunions sont organisées. Des ateliers :
Fessiers et Foi : Comment assumer sa libido en public sans perdre son chapeau.
Postures d’Accueil : Le secret d’un bon aveu commence par l’angle d’assise.
Les enfants jouent à Confesse-Moi Si Tu Peux. Les anciens murmurent des psaumes obscènes. Une messe est improvisée. Gertrude, en soutane courte, lit l’évangile selon Sainte Lubrifica :
Les journaux en parlent.
Étrange phénomène à Saint-Fondu-en-Bouse : les villageois découvrent l’orgasme communautaire grâce à un banc.
Un député vient voir. Il s’assied. Il repart sans pantalon, mais avec un programme de réforme sociale basé sur le consentement anal.
D’autres modèles sont installés. À Paris : il avoue avoir inspiré tous les discours politiques creux depuis 1985. À Bruxelles : il révèle que le fromage est un fétiche diplomatique. À New York : il fait jouir une salle entière au Madison Square Garden avec une confession collective de peur de l’engagement.
Le mouvement grandit. On l’appelle « Le Bancalisme ». Ses fidèles « Les Culminants ». Leur dogme : « Aucun secret ne résiste à une assise sincère. »
Mais… le Banc d’origine, le premier, commence à se fissurer. Trop de confessions. Trop de fluides. Trop de mémoire. Un jour, il pleure. Du jus d’aveu. Du sperme passé. Des souvenirs collants. Mathieu l’écoute, et comprend : le Banc est mourant. Il faut le soulager. Le libérer.
Ils s’assoient une dernière fois. La foule est là. En silence. Comme à un enterrement… ou une masturbation publique très respectueuse. Et ils avouent.
Le Banc gémit. Puis soupire. Puis… explose. Pas une explosion violente. Un souffle doux. Un orgasme du bois. Un soulagement absolu. Les planches volent. Des copeaux dorés. Et une dernière voix, faible, s’élève :
« Merci pour votre charge mentale… et sexuelle. »
Puis plus rien.
Aujourd’hui, Mathieu et Élise vivent dans un bus aménagé. Ils sillonnent les routes avec un banc portatif. Ils l’appellent « Petit Culte. » Ils n’en ont plus vraiment besoin. Ils l’ont en eux.
Ils écoutent. Ils accueillent. Et parfois… ils s’assoient ensemble. Et quand ils le font, quelqu’un, quelque part, confesse enfin un secret qui le libère.