| n° 23213 | Fiche technique | 12242 caractères | 12242 2068 Temps de lecture estimé : 9 mn |
24/07/25 |
Résumé: Texte né d’un commentaire, mais transformé par le plaisir du jeu littéraire. Aucun comité éditorial n’a été molesté dans la réalisation de cette levrette. | ||||
Critères: #revebebe #humour #pastiche #érotisme #enseignant #domination #jeuxérotisés #lieudeloisir | ||||
| Auteur : L'artiste (L’artiste) Envoi mini-message | ||||
Texte né d’un commentaire, mais transformé par le plaisir du jeu littéraire. Aucun comité éditorial n’a été molesté dans la réalisation de cette levrette.
PS : Certains ne verront pas le SM. C’est normal : tout est dans la ponctuation. Claudine n’attache personne, elle encadre. Et quand elle punit, c’est à l’imparfait du subjonctif.
1. Une voix rouge dans la marge
Elle s’appelait Claudine47.
Ou du moins, c’est sous ce pseudonyme qu’elle sévissait depuis des années dans les couloirs feutrés du comité éditorial. Pas une ligne n’échappait à son scalpel, pas une tournure maladroite ne survivait à ses marges assassinées. Elle traquait l’imparfait du subjonctif comme d’autres les fautes morales, et appliquait sur les récits les plus torrides la rigueur froide d’une institutrice non baisée depuis des lustres.
Moi, je signais L’Artiste.
Un peu pompeux, j’en conviens. Mais entre les trous de mémoire et les trous tout court, on assume ce qu’on peut. J’avais publié quelques textes – érotiques, souvent, excessifs, parfois. Des récits qui ne respectaient pas toujours la bienséance syntaxique, mais qui faisaient bander ou mouiller – ce qui, à mon sens, valait bien un point de grammaire.
Claudine, elle, ne bandait pas. Elle corrigeait.
Froidement. Sèchement. À la ligne.
« Redondance. »
« Rythme bancal. »
« Pléonasme. »
« Ponctuation à revoir. »
Toujours ces remarques, en rouge. Toujours cette distance, chirurgicale, comme si le plaisir devait rester académique, balisé, validé par le Petit Robert.
Un jour, elle a commenté sous l’un de mes textes :
L’usage de la métaphore sexuelle ici est confus. On peine à visualiser la scène. Le plaisir en souffre.
J’ai failli lui répondre :
« Tu veux que je te la montre, la métaphore ? En levrette, sur un bureau, avec ton dictionnaire coincé entre les cuisses ? »
Mais je me suis retenu. Enfin… pas tout à fait.
2. Invitation au pied de la lettre
Le message est parti dans la nuit, un brin ivre, un brin provocateur.
Sobre. Clair. Trop pour elle.
Claudine,
Je te propose un atelier mentorat. Une relecture en présentiel. Toi, moi, un texte chaud, un lieu neutre. Tu viens avec ta rigueur, je viens avec mes fautes. Tu me corriges ?
Elle a mis deux jours à répondre. Deux jours de silence glacial, pendant lesquels je me suis demandé si elle m’avait dénoncé au modérateur pour harcèlement syntaxique.
Puis, le troisième jour, elle m’écrit :
Le vendredi, à 18 h. Médiathèque Desgranges, salle de lecture n° 3. Ne sois pas en retard. Je n’aime pas les phrases qui traînent.
Putain.
Elle avait dit oui.
3. Préface à écartements
Le lieu était parfaitement choisi : austère, silencieux, baigné d’une lumière poussiéreuse et de relents de vieux papier. Une salle excentrée, petite, bardée de rayonnages oubliés. Un endroit où l’on pouvait parler fort sans déranger personne – ou gémir à voix basse sans être entendu.
Je suis arrivé dix minutes en avance. Elle, trois secondes après dix-huit heures. Bien sûr.
Elle portait un chemisier blanc, fermé jusqu’à la gorge. Une jupe crayon noire. Des escarpins sobres. Pas un cheveu en désordre. Une sorte de sainte trinité du contrôle. Mais ses yeux, planqués derrière des lunettes rectangulaires, disaient autre chose. Pas la lubricité. Non.
Le calcul.
Elle posa son sac, sortit un dossier relié, s’assit face à moi sans un mot, et déclara :
Je la fixai.
Elle ne sourit pas.
Elle ouvrit le dossier. Première page. Mon texte. Imprimé, annoté, massacré.
Elle lut à voix haute :
Elle ne répondit pas tout de suite. Son doigt soulignait la phrase. Lentement. Puis, sans ciller :
4. Correction par le bas
Je m’approchai un peu. Pas trop. Claudine ne respirait pas comme une femme qui se laisse surprendre. Elle posait son espace, lettre par lettre.
Je fis glisser mes doigts sur la feuille imprimée qu’elle m’avait tendue, jusqu’à sa remarque rouge. Une flèche pointait un mot : « humide ».
Je levai les yeux. Elle me fixait toujours, bras croisés, jambes croisées, coudes bien droits. Intouchable en apparence.
Elle hésita. Une demi-seconde. Puis elle la tendit.
Sa paume était chaude, un peu moite. Non, humide, corrigea mon cerveau.
Je la retournai, doucement. Et sans quitter son regard, je fis glisser un doigt sur l’intérieur de son poignet.
Je remontai.
Puis, plus lentement :
Son souffle ne varia pas. Mais ses pupilles, si.
Je me levai. Elle resta assise.
Je contournai la table et me plaçai derrière elle.
Elle tourna la tête, lentement. Un angle de joue. Une nuque.
Je posai mes mains sur ses épaules. Légèrement. Elle ne bougea pas.
Elle se redressa brusquement.
Un silence. Puis :
C’est moi qui ai vacillé cette fois.
Je poussai la table. Elle se leva, s’appuya au dossier de sa chaise, puis se pencha en avant. Les avant-bras posés sur les feuillets de mon texte.
La posture. Exacte. Studieuse.
Elle remonta elle-même sa jupe, sans se retourner. Un string noir, dissimulé sous la jupe.
Je baissai les yeux. Dévoilée. Note marginale, effectivement. Je notai la cambrure. L’arrogance de ses reins. L’alignement des mots.
J’écartai le tissu. Lenteur. Précision.
Elle était humide.
Pas floue.
Pas ambiguë.
Elle validait.
5. Syntaxe pénétrante
Je me mis à genoux. Parce qu’on ne pénètre pas une correctrice sans prendre la peine de la lire d’abord.
Je posai la langue, là où ses cuisses commençaient à dire ce que sa bouche taisait.
Elle ne dit rien. Mais sa respiration, elle, commentait.
Je l’explorai comme un paragraphe complexe. Une phrase à double fond. Une envolée de chair.
Je baisai la critique.
Je léchai la rigueur.
Son bassin remua une fois. Puis deux. Ses mains s’étaient crispées sur le dossier de la chaise.
Je glissai un doigt en elle, pendant que ma langue dessinait une parenthèse humide autour de son clitoris.
Elle souffla :
Puis, plus bas :
Je me redressai. Elle se tenait, cambrée, offerte, mais digne. La jupe remontée jusqu’aux hanches. Le cul comme une injonction grammaticale.
Je déboutonnai mon pantalon.
Elle ne se retourna pas.
Je lui crachai doucement dans le creux des reins. Un lubrifiant improvisé. Un point d’exclamation.
Elle répondit sans lever la tête :
Je la pénétrai.
6. Levrette de fond et forme
Elle était serrée. Évidemment.
Tout en elle disait le contrôle : ses notes, ses phrases, ses jambes. Alors oui, en elle, ce n’était pas un tunnel. C’était une parenthèse – étroite, chaude, inattendue.
Je l’ai prise doucement d’abord, puis plus franchement.
Mes mains sur ses hanches, son cul frappant les miennes dans une régularité dactylographique.
Elle ne gémissait pas. Elle respirait en cadence, comme si elle déclamait une phrase intérieure, une syntaxe charnelle qu’elle ne voulait pas lâcher trop vite.
Je cognai un peu plus fort.
Elle bascula un peu plus bas, posant les coudes sur les pages.
Je l’attrapai, je la baissai, la gardai autour d’un genou. Un effet de manche. Une entrave douce.
Je glissai une main entre ses cuisses, trouvai son clitoris, pressai légèrement.
Elle eut un sursaut.
Elle se retourna à demi, me regarda. Un œil seul. Mais chargé de feu. Et de défi.
Elle sourit.
Une première.
Et dit :
7. L’inversion syntaxique
Elle se redressa brusquement, me repoussa d’un geste, et me fit asseoir sur la chaise où elle était.
Je la regardai faire.
Elle déboutonna le chemisier, sans effet. Un à un. Comme on corrige une faute de frappe à l’encre bleue.
Sous le tissu : rien.
Rien que ses seins. Parfaits. Fermes. La pointe tendue. Et surtout : totalement assumés.
Elle monta à califourchon sur moi.
Elle me prit en main, me guida en elle, lentement. Elle glissa tout du long, s’empala sans trembler.
Ses mains s’étaient posées sur mes épaules.
Elle ne me chevauchait pas.
Elle me lisait.
Elle me relisait.
Elle s’immobilisa un instant, enfoncée jusqu’à la garde, et murmura :
Elle remua les hanches. D’avant en arrière. Puis en cercle.
C’était précis. Chirurgical. Parfaitement maîtrisé. Comme une correction redoutable, mais jouissive.
Je haletai.
Elle sourit à nouveau.
8. Climax en bas de page
Elle accéléra. Ses seins bondissaient. Son regard ne me quittait pas. Pas un battement de cil. Juste une tension. Une phrase qui se compose. Une page qui s’écrit toute seule.
Je grognai. Elle répondit.
Elle glissa une main entre nos corps. Se caressa en même temps qu’elle me montait.
J’avais envie de gicler. Maintenant. Tout de suite.
Elle me fixa.
Et elle jouit.
En silence. En s’immobilisant. En se contractant si fort que j’ai cru qu’elle allait m’éjecter hors du texte.
Elle resta ainsi, serrée autour de moi, haletante.
Et j’ai fini.
En elle Dans un râle Dans une phrase sans ponctuation
Je me suis déversé comme un paragraphe trop long. Elle a refermé les cuisses.
Puis elle s’est relevée. A pris une feuille. Un stylo.
9. L’après-scriptum
Elle écrivit quelque chose. Me le tendit.
Une phrase.
« Texte approuvé, avec réserve sur la ponctuation. »
Elle rajouta :
« Tu seras recontacté pour une relecture approfondie. »
Elle remit sa culotte. Referma son chemisier. Sans un mot.
Et avant de sortir de la pièce, elle se retourna une dernière fois.
Et elle disparut.
Sur ses talons.
Sans majuscule.
10. Note de bas de comités
Quelques jours plus tard, je reçois un message privé sur la plateforme.
Expéditeur : Comité éditorial – Revebebe
Objet : Relecture approfondie de votre dernier texte
Bonjour L’Artiste,
Votre nouvelle a suscité des avis partagés. Certains l’ont trouvée provocante, voire un peu trop directe ; d’autres saluent sa maîtrise des registres, et le traitement original du motif de la correction (au sens large).
Une voix s’est particulièrement montrée enthousiaste.
Extrait : « Style nerveux, scènes efficaces, belle tension entre domination intellectuelle et soumission volontaire. L’auteur a su rendre la ponctuation charnelle et le désir syntaxique. À reconvoquer. » signé : C47
Je souris.
Claudine.
Ou plutôt : Claudine47.
Qui laisse toujours des commentaires froids, secs, chirurgicaux.
Mais cette fois, elle m’a corrigé par le bas.
Et tamponné par le haut.
Je ferme le message.
Et commence à taper une nouvelle réponse.
Le titre : « Prépositions anales »