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Temps de lecture estimé : 11 mn
23/07/25
Présentation:  Une histoire assez courte avec des armes blanches dedans.
Résumé:  Depuis quelques mois, je travaille pour un petit cirque. Mon petit ami et moi en sommes actuellement les vedettes.
Critères:  #nonérotique cirque
Auteur : Patrik  (Carpe diem diemque)            Envoi mini-message

Collection : Destins insolites et improbables
Angelica, couteaux enchantés

Une histoire assez courte avec des armes blanches dedans. Bonne lecture :)




Orlando aux beaux couteaux



Espagne, plus précisément Andalousie, milieu des années vingt (du XXe siècle).


Depuis quelques mois, je travaille pour un petit cirque. Mon petit ami et moi en sommes actuellement les vedettes. Chaque soir, je me tiens debout contre un panneau de bois, dans diverses positions, tandis que mon Orlando chéri lance ses couteaux acérés qui atterrissent très près de mon petit corps douillet, sans jamais me toucher (c’est préférable).


En revanche, la nuit, Orlando ne se prive pas de jouer avec ce même petit corps…


Petit à petit, notre spectacle est devenu assez célèbre, mais la fierté de mon petit ami grandit également de jour en jour. Idiote comme je suis, je ne fais pas attention, mon homme n’étant pas un macho pour des prunes (ou des olives). Je suis assez fière de mon ténébreux hidalgo qui sait si bien me faire vibrer quand vient la nuit…


L’un des musiciens, Bernardo, me tourne gentiment autour, mais hélas pour lui, je n’ai d’yeux que pour Orlando. Peut-être que, dans d’autres circonstances, je me serais laissé courtiser par ce gentil garçon un peu plus âgé de moi.


Puis un matin, l’orage éclate pour une peccadille. Sous mon nez, Orlando s’entretient impétueusement avec le directeur :



Le directeur et propriétaire du cirque essaye de lui expliquer qu’il faut payer tout le monde (autres artistes, musiciens, machinistes, nourriture des animaux, les impôts…), qu’il y a des frais divers en tout genre et plein d’autres broutilles obligatoires qui réclament des sous. Mais Orlando n’en démord pas :



Pour ma part, je soupçonne le directeur s’en mettre plein les poches, surtout qu’il a changé de train de vie depuis quelques semaines. Assez embêté, il se gratte la tête :



Entendant cette flagrante injustice, je me rebiffe :



Avant que je puisse répondre, le directeur revient à la charge :



Ce n’est pas très intelligent de sa part de dire ce genre de choses. Je deviens nettement plus véhémente :



Absolument pas complexé, mon compagnon fait la moue :



Insensible à cette scène de ménage, le propriétaire insiste lourdement, croyant avoir trouvé un argument massue :



Ulcérée, je me lève d’un bond :



Blessée et trahie, rassemblant illico mes maigres économies et mon peu d’affaires, je quitte illico le cirque. Tandis que je me dirige vers la sortie, du coin de l’œil, je vois bien que le directeur est embêté, il n’avait pas envisagé ma démission impromptue, mais bravache et inconscient, mon ex-petit ami lance d’une forte voix :



Ulcérée par tant d’ingratitude, je prends le premier train, pour mettre un maximum de distance entre mon ancienne vie et la nouvelle. La seule chose que je regrette est de n’avoir pas dit « au revoir » à Bernardo. Il méritait au moins un petit mot gentil de ma part.




Après moi



Quelques jours plus tard, le spectacle reprend avec une nouvelle partenaire que les deux hommes ont dénichée dans le nouveau village où ils font halte. Ils ont quand même eu quelques difficultés à convaincre les deux parents pas très chauds, la fille étant déjà conquise par la future gloire qu’elle obtiendrait.



Le soir même, le petit cirque fait tente comble, le village entier étant présent sur les gradins. Le directeur se frotte les mains, la recette a été bonne, très bonne, et la nouvelle collaboratrice peu exigeante quant à son cachet. Tout le monde attend avec impatience le moment où la fille du pays sera mise à l’honneur.



Toute pimpante, rayonnante de fierté, la jeune fille parade sous les applaudissements, puis elle se poste contre le grand panneau en bois, adoptant une pose assez aguichante. Durant ce temps, Orlando jongle crânement quelques instants avec ses poignards avant de passer à l’action, ça entretient le suspense.



Dès le premier lancer, le couteau se plante en plein cœur de la jeune et jolie partenaire qui expire illico, sans le temps de soupirer « ouf ». Avec une lenteur irréelle, elle glisse vers le sol où elle s’immobilise, une grosse tache rouge entre ses seins, tache qui dégouline ensuite vers le sol, encadrant lentement mais sûrement son corps définitivement inerte d’une auréole sombrement écarlate.


Au moins, elle n’a pas souffert, ce qui est une mince consolation.


Ses autres dagues toujours en main, le lanceur de couteau est toujours figé sur place, la bouche béante, les yeux exorbités. Le directeur n’est pas dans un meilleur état. Tout le petit cirque est immobile, comme si le temps s’était arrêté.


Hagarde et hébétée, la mère s’écrie d’une voix brisée, avant de fondre en larmes :



Tout juste remis de son choc mutique, le père se lève brutalement et hurle comme un forcené :



Telle une puissante vague, les villageois en colère massacrent allègrement le lanceur de couteau ainsi que le propriétaire du cirque, les réduisant en charpie juste assez bonne pour faire de la chair à saucisses. Dans la foulée, ils mettent le feu au cirque et ravagent toutes les roulottes qui finissent elles aussi carbonisées. Les autres artistes ont eu de temps de s’enfuir avant que tout soit définitivement saccagé.


Curieusement, il n’y a aucun témoin de cet esclandre ravageur et carbonifère. On évoque même d’un groupe d’étrangers, des grands blonds aux yeux bleus absolument pas du coin qui ont joué les Vandales, comme il y a plusieurs siècles. De ce fait, les forces de l’ordre ne cherchent pas bien loin, et la justice locale classe très vite l’affaire.


On ne va quand même pas s’embêter pour deux saltimbanques venus d’on ne sait où !


Ce que personne ne savait dans cette triste histoire, c’est que je possède un certain pouvoir : la capacité de guider les objets, en leur attribuant une cible précise. Oui, de la télékinésie, pour bien parler. C’était grâce à moi que le spectacle était si sûr et si célèbre. Mais si j’avais révélé mon pouvoir, j’aurais été la cible de bien des convoitises…




Bernardo



Si je sais tout ça (je parle de la fin du cirque), c’est parce que Bernardo me l’a raconté avec divers détails. Il a été le premier à comprendre qu’il ne s’agissait pas de moisir sur place, et il a entraîné les autres derrière lui, sachant qu’on ne raisonne pas une foule en colère.


Hélas, ils ont tout perdu dans cette histoire. Heureusement pour eux, ils ont pu se recaser dans d’autres cirques. Certaines personnes en ont profité pour changer de métier. On raconte que l’un des magiciens est devenu huissier.


Ne sachant pas comment le joindre après avoir plaqué le cirque, j’avais écrit une petite lettre que j’avais envoyée chez sa mère. Je n’ai pas écrit grand-chose, juste que je regrettais de ne pas lui avoir dit « au revoir » et que je lui souhaitais « bonne chance ».


En se fiant au bureau émetteur de la lettre, Bernardo a vite réussi à me retrouver.



Depuis, il me fait une cour gentille mais assidue. Si je me mets en ménage avec lui, il ne sera pas du genre à me dédaigner rapidement comme mon ex. Comme mon prétendant est bon musicien, il n’a jamais eu trop de problèmes à trouver un autre emploi.


Un jour, il me confie son rêve secret : composer une opérette. Je lui demande aussitôt :



Cette réponse m’amuse beaucoup :



Puis à sa grande surprise, je l’embrasse (notre première fois).


Il est d’abord très surpris, comme figé, puis il s’anime en me capturant dans ses bras et en me rendant mon baiser. Houlà, il ne faut pas trop lui en promettre, à mon musicien ! Ce n’est pas pareil qu’avec Orlando, c’est moins macho, mais c’est très passionnel ! Je sens que je vais approfondir ma relation avec Bernardo !


Quelques jours plus tard, il revient avec cinq chansons, je n’en demandais pas tant. Quand il en finit avec la dernière, assez inquiet, il me demande :



Je viens me planter sous son nez :



L’instant d’après, il me capture dans ses bras afin de me remercier et aussi de rattraper un autre temps perdu…




Réorientation personnelle et professionnelle



Dommage que je chante comme une casserole, mais bon, on ne peut pas avoir tous les dons. La petite opérette que mon amoureux a écrite a du succès. Tant mieux pour lui et aussi pour moi, car dans la foulée, nous nous sommes fiancés.


Je sais que mon fiancé va bientôt franchir l’étape suivante, la demande en mariage. Cependant, il faut que je mette les choses au point :



Il capture mes mains dans les siennes :



Il me regarde avec un grand sourire :



Je reste bouche bée :



Avec un large sourire, il approche son visage du mien :



Je suis curieuse de savoir à quoi il a songé pour moi !




Réorientation professionnelle et personnelle



Naviguant entre les places cinq et quinze, je suis assez bien classée en tennis féminin, car je sais bien renvoyer la balle, et parfois de façon très acrobatique (devinez pourquoi). Mais mon gros souci reste la forme physique, je m’essouffle assez vite. Pour éviter d’éveiller les soupçons, je n’utilise pas à fond mes capacités, cependant je vis plutôt bien.


Par deux fois, j’ai fait une petite entorse à mes principes, quand l’écrasante majorité des paris étaient contre moi et ma côte pas du tout folichonne. Ça m’a permis d’amasser un petit pactole en douce…



Pour les revenus, ce n’est pas comparable au tennis masculin, mais en faisant quelques démonstrations ci et là, je suis loin d’être dans la misère, d’autant que je suis souvent conviée à diverses manifestations et autres invitations.


Je sais très bien que ce n’est pas uniquement pour mon revers, car je sais me mettre en valeur, sans toutefois en montrer autant qu’à l’époque où mon ex lançait ses couteaux vers ma petite personne. Il me suffit de montrer une gambette ou un beau décolleté, le tout sans vulgarité pour que ça passe à l’as, comme on dit. Et puis, avec le bas de ma robe qui voltige…


Un grand merci à mon mari Bernardo. Sans lui, je n’aurais pas eu l’idée de me convertir de la sorte. Il m’accompagne dans mes tournées, ça lui permet de trouver l’inspiration. D’ailleurs, nous partons bientôt sur le continent américain, aussi bien pour lui (ses opérettes ont beaucoup de succès) que pour moi (le circuit est plus pro et mieux rémunérateur).



Orlando n’est plus qu’un ancien souvenir. Dommage pour lui de m’avoir traitée en quantité négligeable. Mais même si je lui avais avoué mon don, son orgueil de mâle n’aurait pas supporté la vérité. Pensez donc : devoir sa gloire à une femme, quelle déchéance !


En revanche, je sais que Bernardo m’aime vraiment et qu’il ne cherche pas à profiter de moi. Enfin si, quand même, surtout quand nous sommes dans le même lit !